‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 56 sur 150 · VI · texte numérisé non relu

VI

Qu'une sct'iellf ni'ilciir me dcvoro fct sacraf^e, Rt qup, privé d'pspoir, .j'aynift, helasi vainement, .le ne m'en fasclie point : je me plains seulement Que mon cni\ n'est plus elair pour voir vostre visap;e.

tjue ne suis-je l'oiseau ministre de l'orage, Qui tient Td'il nu soleil sans llechii' nullement ':' Je seroy bien-heurcnix, voyant incessamment l,a divine beauté qui me tient en servage.

Le malheur qui me guide est plein de grand' rigueur, Un monstre horrible à voir ne me fait point de peur, VA je crain les regars il'une jeune déesse.

C'est Amour qui le l'ait, ipii ne s'assouvit pas, l<e cruel, de ma mort, mais veut que mon trespas Soit privi' de t(i\it jidiid d'Iionneur et de liesse.

Pourqtioy si folement croyez-vous à un verre. Voulant voir les beautez que vous avez des cieux ? Mirez-vous dessus moy pour les connoistrc mieux. Et voyez de quels traits vostre bel œil m'enferre.

Un vieux chesne ou un pin, renversez contre terre, Monstrent combien le vent est grand et furieux : Aussi vous connoistrez le pouvoir de vos yeux, Voyant par quels efforts vous me faites la guerre.

Ma mort de vos l)eautez vous doit bien asseurer, Joint que vous ne pouvez sans péril vous mirer : Narcisse devint (leur d'avoir veu sa figure.

Craignez doncqnes, madame, un semblable danger, N'on de devenir fleur, mais de vous voir changer, Par vostre œil de Méduse, en quelque roche dure '.

L'arc de vos bruns sourcils mon cœur tyrannisans, C'est l'arc mesme d'Amour, dont traistre il nous martire :

Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe :

A clie prpsii, sii])erba, a un vetro fede? Se ben comprender vuoi la tua bellezza, Specchiate in me : ch' é tanta sua «randezza, Quanto è 1' incendio mio, ch' ogn' altro eccede.

LES AMOURS D HIPPOLyTE. 125

Et ne croy point qu'en nous d'autres lleches il tire Que les traits de vos yeux si pronts et si luisans.

De leur vive splendeur sortent les feux cuisans Qui font que tout le monde a peur de son empire ; Ses rets sont vos cheveux, où toule ame il attire, Ravie en si beaux nœux, si blonds et si plaisans.

C'est pourquoy ce vainqueur, qui par vous se fait craindre, Ne sçauroit vous blesser, vous brûler, vous estraindre, Prenant de vous son feu, son cordage et ses traits.

Craignez donc seulement qu'en voyant vostre image, Vous ne puissiez souffrir tant d'amours et d'attraits, Et ne faciez, vamcuë, à vous mesmes hommage.

STANCES

Lors que j'escry ces vers, il ne faut que l'on pense, Que trop audacieux je n'aye connoissance, Du rang que vous tenez et de ma qualité : Car je jure vos yeux et leur puissance sainte Que je garde en cecy le respect et la crainte, Dont il faut révérer une divinité.

Aussi tant de vertus vous font toute divine. Et vos douces beautez nionstrent bien l'origine Que vous avez du ciel tout parfait et tout beau : Vous n'avez rien d'humain, vostre grâce est céleste. Vos discours, vostre teint, vostre ris, vostre geste. Et l'Amour sans vos yeux n'auroit point de flambeau.

J'en parle asseurement : car je connoy sa tlame. Qui souloit prendre vie aux beaux yeux d'une dame, Et qu'il me flst sentir loi s que j'en fu surpris : Las! or' à mon malheur je l'ay mieux reconnue, Uegardant folement les traits de votre veuë, Qui m'ont bien sçeu punir d'avoir trop entrepris.

Or ne m'accusez point que je sois téméraire, Présumant vous aimer : car je ne sçauroy faire Qu'ailleurs tourne mon cœur, qui vous est destiné ; Et, quand ce seroit faute aux mortels d'entreprendre D'aimer une déesse, on ne m'en peut reprendre : Le péché fait par force est toujours pardonné.

Las ! on peut bien juger que c'est une contrainte, Vcu qu'au plus fort du mal dont mon ame est altainte, Je ne me puis garder de vous suivre en tous lieux, Et que, trouvant ma mort peinte en vostre visage, Mon triste desespoir, ma perte et mon dommage, Pour n'y connoistre rien, je me ferme les yeux.

J'ay fait un fort rempart d'amour et de constance

liA IKS AMOIJUS n IIIPPOI.YTE.

Cdiilro le ilcsospoir armé ilo vii)l;iiur,

Oui iiio ("ail mille assauls ot ne me pp\\\ l'iiicer :

ijucliniolois (lo furie il l'ail hincho en luuii amc;

Mais prpsqu'au iiipsmr iuslanl vostro hrautr, madame,

Arcouraiit au sorouis, rong:arilc de passer.

Je voudroy liioii pourtant qu'il demeurast le maistreli 11 combat mnu salut, que je ne veux connoislie. Mais, las! je me lepen de l'avoir désiré; Car, bien que ma douleur mortellement me blesse, r.l (pie (le mieux avoir Je sois descspei'é, J'aiiue mieux vivre ainsi (pi'eu toute autre liesse.

KLF.GIK

Je délibère eu vain d'une chose adviMOK", Car, puis qu'outre mon gré mon amc est devenue Prisonnière d'Amour, que sert de consulter S'il est bon de le suivre, ou s'il l'aul l'civiter'? I.'advis n'y vaut jilus lieu, monstrons don(; de nous plaire Au chemin qu'aussi bien par contrainte il faut faire, Et courons la fortune. 0 Amour ! désormais Mon repos et ma vie en tes mains je remets. Toy seul comme un grand roy commande en ma pensée, La raison et la peur loin de moy soit chassée, Et tant de vains respects qui m'ont trop retenu, Divisans mon esprit par un trouble inconnu.

Celuy qui sent de Mars sa poitrine échauffée. Et qui veut s'honorer de quelque beau trofée, Ne pallist estonné pour la peur des bazars. Mais voit devant ses yeux, par les rangs des soldars, La mort d'horreur couverte et de sang toute tainte. Et l'attend de pié coy sans frayeur et sans crainte. Moy donc qu'un plus grand Dieu touche si vivement. Et qui veux que mon nom vive éternellement. Pour avoir mon amour sur tout autre élevée : Moy qui ay tant de fois ma vaillance esprouvée, Craindray-je maintenant à ce dernier assaut'? Le fait qiui j'entrcpren veut un courage liant, Constant et patient, qui souffre sans se plaindre, Qui durant sa langueur joyeux se puisse faindre. Qui sente incessamment quelque nouveau tiespas. Oui se laisse brûler et ne soupire pas. Et qui, pour tout loyer des douleurs qu'il supporte, Ne puisse espérer rien qu'une douleur plus forte. C'est un labeur bien grand : mais rien n'est mal-aisé An crt'ur ipii ((nriiiie moy d'.ininur (>'l embrasé.

LES AMOURS P HIPI'OI.ÏTE. 1'2."

Je veux donc poursuivir sans espérance aucune, Sans appuy, sans raison, sans conseil, sans fortune, Et d'Amour seulement je veux estre guidé : L'n aveugle, un enfant, qui desja m'a bandé Les yeux ainsi qu'à luy, pour ne voir mon offanco. Et qui de mon malheur rn'oste la connoissance : Ou, si je le connois, il me trouble si fort, (.lue je suis le premier qui consens à ma moil.

Appelle qui voudra Phaëton misérable D'avoir trop entrepris, je l'estime louable; Car au moins il est client un haut fait poursuivant. Et par son trespas mesme il s'est rendu vivant : J'aimeroy mieux courir à ma mort asseurée, Poursuivant courageux une chose h,onoré.e, tjuelasche et bas de cœur mille biens recevoir De ceux que le commun aisément peut avoir. Mon esprit, nay du ciel, au ciel tousjours aspire, El ce que chacun craint, c'est ce que je désire. L'honneur suit les hazars, et l'homme audacieux Par son malheur s'honore et se rend glorieux. Le jeune enfant Icare en sert de témoignage, Car, si volant au ciel il perdit son plumage, Touclié des chauds rayons du céleste flambeau, Le fameux océan luy servit de tombeau, Et depuis de son nom cette mer fut nommée : P.ien-heureux le malheur qui croist la renommée. Desja d'un sort pareil je me sens menacer, Moy qui devers le ciel mon vol ose dresser (Voyage audacieux!); mais rien ne me retire, Car les ailes d'Amour ne sont faites de cire, Le plus ardant soleil si tost ne les fondra : Puis j'ay ce reconfort, quand ma cheute adviendra, Que ceux qui sçauront bien où je voulois attaindre Envieront mon trespas plustost que de me plaindre.

COMPLAINTE

Sauvage loy d'Amour et de ma destinée ! Las! on voit qu'un chacun fuit naturellem<!nt Ce qui le peut destruire : et mou ame obstinée Cherche ce qui me lue et s'y plaist follement.

Je sçay que je me pers pour croire à ma jeunesse. Je voy par la raison que c'est trop m'abuzer. Inutile sçavoir dont je ne puis uzer.

Misérable raison dont la force est maislresse !

Quand le mal vient d'en haut, vaine est toute deffance,

126 I,ES AMOHHS n'im'l'OI, VTE.

Mieux vaut doncq' quo je ccddo avec ce reconfoit Que vos rni'os honuloz exrusent mon ofTanco, Kt que mon liant ilesir etprnisi> ma iiioil.

Car, si je meurs, uiadame, en vous faisant service, Jamais plus grand honneur je ne puis acqtusrir ; Vous me recompense/, eu me faisant mourir, Pourven (jue ma douleur par mon tiespas finisse.

Aussi je ne me plains que me soyez cruelle. Mais, las! je suis marry de ce qu'eu me tuant, Kt ])ayant de rigueur mon service fidelle, Vostre honneur peu à jieu se va diminuant.

Car, si lost qu'on sçaura la perle de ma vie. Chacun, craignant son mal, loin de vous se tiendra Et vous accusera, quand il se souviendra Que vous m'aurez tué pour vous avoir servie.

Si donc ma passion n'esmeut vostre courage, Si vous n'avez soucy de ma ferme amitié, Au moins, en m'offensant, ne vous faites dommage; Ayez de vostre honneur, et non de moy, pitié.

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