‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 57 sur 150 · PRIERE · texte numérisé non relu

PRIERE

Grand Rien d'Amour, enfant de Cytherée, Au dos ailé, à la tresse dorée.

Qui peux l'enfer et la terre esmouvoir. Vainqueur des Dieux, écoute la prière D'un de tes serfs, dont l'ame prisonnière, Tremblant de crainte, adore ton pouvoir.

Las! s'il est vray, comme j'ay connoissance, Que je retourne en ton obéissance, Et derechef In me vueilles ravir; ,1e le veux bien, mon cœur je t'abandonne, Encor un coup, libre je m'emprisonne :

.\ plus grand Dieu je ne puis m'asservir.

Je ne veux point à tes loix contredire ; Sans résister, j'accours sous ton empire : L'homme mortel doit obeïr aux Dieux; Qui te méprise, il confond la nature.

Son estomach est d'une roche dure, Voire à regret lui esclairent les cieux.

Icy je jure à ta deïté sainte.

Qui connoist bien que je parle sans fainle, Qu'à tout jamais je veux persévérer Ton prestre saint, qui t'offre en sacrifice Mon cœur brûlé pour te rendre propice, F.l mon esprit pour tousjours t'adorer.

LES AMOURS D HIPPOLYTK. 12"

0 grand Amour! de puissance invincible, Cruel et doux, gracieux et terrible, Qui fais marcher en triomplie les rois, Des jeunes cœurs U: seigneur et le maistre, Puis que pour tel je te veux reconnoistre, Escoule, ô Dieu, ma prière et ma voix.

Si tous tes traits en mon cœur je retire, Si sans crier je languis en martire, Si j'ay lavé tes ailes de mes pleurs.

Si mes soupirs entretiennent ta (lame, Et si lu l'ais des cheveux de ma dame Les forts liens qui letiennent les cœurs.

Chasse, ô grand Dieu ! cette crainte nouvelle, Qui me poursuit, qui me serre et me gelle ; Banny bien loin le triste desespoir, Aux crins retors, à la couleur sanglante. Qui de regars mon esprit espouvanli', Et qui me fait tant de peurs recevoir.

Mon cœur en tremble, et mon ame esfonnée A la frayeur s'est toute abandonnée, Tant cette nuict il m'a fait endurer ! Fay l'un des deux, ou luy donne la chasse Loin de mon cœur, ou lui quitte la place : Vous ne pouvez ensemble demeurer.

CHANSON

Douce liberté désirée, Déesse, où t'es-tu retirée, Me laissant en captivité ?

Helas ! de moy ne te détourne, Retourne, ô Liberté ! retourne.

Retourne, ô douce Liberté !

Ton départ ma trop fait connoistre Le bon heur où je soulois estre, Quand douce tu m'allois guidant, Et que, sans languir davantage, Je devois, si j'eusse esté sage, Perdre la vie en te perdant.

Depuis que tu t'es éloignée, Ma pauvre ame est accompagnée De mille épineuses douleurs :

Un feu s'est espris en mes veines.

Et mes yeux changez en fontaines Versent du sang au lieu de pleurs.

Un soin caché dans mon courage

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