I.XIV
Si doucement p.u' sou regard me lue Ce basilic de ma mort ilesireux, (Jue je le cherche et me sens bieu-heureux l.n mon malheur d'estre près de sa veuë.
n'aise et d'enuuy mon ame est toute émnë, Quand je puis voir ces beaux yeux amoureux ; De cent couleurs mou visage se mue, .le tremble tout, et suis avantureux.
Qui penseroit d'une mesme fontaine Pouvoir couler le repos et la paine, l'eur, hardiesse, ennuy, contentement'.
Comme au chaos tout se mesloit ensenible, Ainsi cet œil cent contraires assemble Dans le chaos de mon entendement.
Si la fureur d'amour, rendant l'ame agitée, La ravit dans le ciel de son corps l'élevant, Et si l'ame rel)elle et qui s'en va privant, Tousjours foible et pesante en terre est arreslée ;
Que n'aimez-vous, déesse, afin d'estre portée Par la fureur d'amour dans le ciel en vivant? Plein de ravissement je vous iroy suivant, l'.t mon ame à son gré seroit lors contentée.
Cette ombre de beauté, qui vous fait renommer, Quand vous seriez au ciel, se verroit transformer En la beauté parfaite et d'essence éternelle;
Tout volage désir en moy seroit esteini. Regardant vostre cœur je m'y trouveroy peint. Et vous verriez au mien votre image si belle.
' Imilé d'un sonnet italien qui commence par cette strophe
Ciiinto nel tempo ove, fra mille belle. Wadonna in loco occulte si sedea, Volsi gli occhi a guardar s' io la vedea, ciie 'I sol conoscei' soglio infra le stelle.
!. F. < AMorr, s I) Il 1 1' roi \TP.
, Vouloir ambitieux, espérance interdite, Désirs pronts à mon mal qui m'avez sçeu forcer, F'eu durables desseins, mal asseuré penser, Courage, helas ! trop grand pour force si petite;
Et vous, rares beautez de la jeune Hippolyte, Qu'Amour fait si souvent par mes yeux repasser, Pour Dieu, mes ennemis, veuillez un peu ('esser. F.t que vostre rigueur à pitié vous invite.
Ne voyez-vous comment trop tost vous me tnez^ Je ne languiray point si vous continuez, l'ne extrême douleur ne peut estre durable.
Et c'est ce qui me trouble et me fait soupirer ; Car mon cruel tourment m'est si fort agréable. Que je tasche à durer pour le faire durer.
Bien que ma patience et ma foy vous ennuyé. Et que la fermeté vous fasche extrêmement, .le ne me puis garder de vous faire un serment. Tout prest de le sceller du sang et de la vie;
Et que vos yeux divins, qui mon ame ont ravie, Cessent de m'éclairer si je pense autrement : C'est qu'en despit du ciel, de fortune et d'envie, Vif et mort je seray vostre éternellement.
l.es courroux, la rigueur, le tans et la distance, Serviront de rampart pour garder ma constance, (jue vos nouveaux désirs ne pourront entamer.
Je ne fay rien pour moy d'user de ce langage; Car je sçay qu'on ne peut vous fascher davantage, Que de vous menacer de tousjours vous aimer.
ST.ANCES
Quand j'espreuve en aimant les rigueurs d'une dame. Qui jeune et sans amour se mocque de ma llamp. Et demeure cruelle au .son de mes douleurs. Ferme je continué et souffre en patiance. Espérant à la fin par ma persévérance Caver * son cœur de roche, amolli de mes pleurs.
Tant plus une entreprise est haute et mal-aisée.
160 I. FS AMoi'RS n'n ippn i.vTK.
Plus Pli la poursuivant mon aiiic osl Piiiliraséo ! La peine cl la longueur ne inc peut retenir, Contre tous les malheurs j'oppose ma constance, Kt pour m'encoiirayf'r il sul'lit que je pense Que nul aulro que inoy n'espère y iiaivenir.
Car mon cœur kciumciix à rien iK! se peut plaire, Oue j'estime qu'un autre ait espoir do parrair<'; lin Dieu pour compagnon je ne puis recevoir ; .le veux suivre tout seul ce que je me propose, F.t encore en amour, plus qu'en toute aulre chose, •le l'uy les compagnons et n'en veux ]ioiiit avoir.
J'aiineroy beaucoup mieux supporter la riuiesse r.t l'orgueil dédaigneux d'une fiere maislresse, (Jui inesprisast tout autre au fort de mon esmoy, nu'estre dessous le joug d'une plus piloyalile, Oui pour me retenir se rendist favorable, Mais qui favorisast les autres comme moy.
Ainsi qu'un grainl lorieiit qui les plaines menace, S'écoulant en ruisseaux |)cid sa première audace, Et l'eflort qui d'orgueil le faisoit escumer; Ainsi l'amour d'un seul est plein de violance, Mais quand on le divise il perd toute puissance. Qui aime en plus d'un lieu ne s(;auroit bien aimer.
D'une seule lumière en la nuict allumée L'ombre entière se fait, qui se perd consumée Par les rayons espars des flambeaux d'alentour ; Ainsi d'un seul désir la vraye amour est faite, Qui s'afToiblist par nombre et demeure Imparfaite. Le désir divisé ne se peut dire amour.
J'accompare une dame en cent lieux embrasée. Au miroir qui reçoit toute image opposée,
I t n'en relient pourlant aucune impression; Ainsi dans son esprit de légère nature,
C.e qu'elle voist luy plaist, elle en prend la figure, Mais le perdant des yeux le perd d'affection.
Je ne m'estonne plus d'ouyr tant de complaintes Dp ces amans légers, dont les amours sont faintes, linissans aussi tosl qu'ell' ont commencement; L'homme n'en est pas cause, encor qu'il soit muable; Mais il ne sçauroit rendre un bastiment durable, De la foy d'une femme ayant fait fondement.
Deux beaux yeux, un beau teint, une bouche vermeille, Un propos qui ravit les hommes de merveille, Rendent bien un amant du feu d'Amour espris : Mais, pour nourrir sa llamme et la faire étenielli'.
II le faut asseurer d'une amour mutuelle,
LES AMOURS D niPPOLYTR. Ifil
C'est ce qui le retient quand la beauté l'a pris.
Qu'on n'estime jamais qu'une dame inconstante, Qui veut embrasser tout et de rien n'est contante, Conserve un seul amant qui soit sans fiction ; Toute ardeur qu'elle allume est moindre que fumée, Car il faut bien aimer pour estre bien aimée, Et de deux cœurs vmis naist la perfection.
N'adorer qu'une chose et ne penser qu'en elle, Ne voir que par ses yeux, la trouver seule belle. Ce qu'elle a dans le cœur le sentir tout ainsi, Gouster par sa présence une douceur extrême. Mourir ne la voyant, c'est ainsi comme j'aime; Mais je ne dure pas si l'on ne m'aiuie aussi.
LXYIII
Les sanglots continus, l'ardeur, l'impatience, Dont jamais vostre cœur ne peut eslre touché, Le grand feu qu'en l'esprit jusqu'icy j'ay caché, Et qui ne s'esteignoit pour tans ny pour absence;
Vos injustes courroux, vostre méconnoissance, Par qui je me suis veu tout espoir retranché ; Et ces longues froideuis, qui mon âge ont séché, Ne me pouvoient sortir de vostre obéissance.
Tant de vœux faits au ciel n'esteignoient point mon feu, La force ou le conseil y servoient aussi peu, Tout appareil rendoit ma playe envenimée :
Mais en fin les dédains l'un sur l'autre amassez M'ont si bien gaianti des martyres passez. Qu'à peine il me souvient de vous avoir aimée.
A mon terrestre ciel j'ose faire la guerre. Comme un nouveau géant que l'orgueil va touchant: Mes traits sont mes désirs, mais, en les décochant. De haste et de fureur c'est moy seul que j'enferre.
Au lieu de mont sur mont haut élevé de terre, Espoirs, songes, pensers l'un à l'autre accrochant, Je pense estre bien-haut, quand en vous approchani. Sur moy vostre bel œil mille foudres desserre.
Je vous estime heureux. Titans audacieux. Bien qu'en fin vous fussiez le triomphe des dieux, Vostre orgueilleux désir cessa quand et la vie;
Le mien ne cesse point, et pour eslre brûlé,
1t>2 LKs Ajioulîs 11 m iMMi » rr,
Pour ti'pltiichei' cent fois, l'oudi'oyé, desolo, Je ne puis voir chctif la lin de mon envie.
Soucy diaud et sbré, que la crainte a l'ait naislie, F.t qui, craignant jilus fort, devient plus violant, El i)cndanl que la llaniine et le gel va rneslant, Ti'ouhles, pers et détruis tout ce (|u'amour fait eroistre:
Puis qu'en si peu de tans tu t'es renilu mon niaislre, De cent chaudes fiu'eurs mon esprit martelant , Va, retourne au Cocyte et me laisse dotant. Comme un tigre enragé de ma chair me repaistre.
Sur les glaces d'enfer passe, entre mille ennuis, Sans lumière tes jours et sans sommeil tes nuits, Non moins troublé du faux que des seures nouvelles.
Va t'en : tout ton venin est entré dedans moy. .le n'ay point d'autre sang; helas! doncquc pourquov Me viens-tu retroubler par ces larmes cruelles?