LES AMOURS D II 1 P PO I. Y T T
Un seul trait de contenteirionl; Avruglo au bien je nie puis dire, F.l au mal tnip lilein de clarté, Ne pouvant lien vnir (pie mari ire Au miroir de vostre beauté.
Puis fpi'on guarist par son rimlrairc, Tout l'espoir que je puis avoir Kst de sortir de ma misère.
Lors (pie je cesseray de voir; A la mort donc je me retire, Tour rendre mon mal limité, Lors, si ne voyez mon martiri', .le ne verray vosire beauté.
CllAiNSOlN
Le mal qui me rend misérable, Et qui me conduit au Irespas, Est si grand, qu'il est incroyable; Aussi vous ne le croyez pas.
Amour, qui des yeux prend naissanre, Court aussi tost vers le désir.
Se con.serve avec l'espérance.
Et trouve» repos au plaisii-.
Mon amour est d'une autre sorte :
Le desespoir la rend plus l'orle.
Elle renaist de son trespas; Perdant, elle acquiert la victoire.
C'est une chose forte à croire, Aussi, vous ne le croyez pas.
Tout ce que l'univers enserre Tend au bien, le cherche et le suit, Le feu, l'air, les eaux et la terre.
Et tout ce qui d'eux est produit; Moy seul, de moy-mesme adversaire.
Je cours à ce qui m'est contraire, Et ne fuy rien tant que mon bien ; •le rens ma douleur incurable :
Mais, pour ce qu'il n'est pas croyable. Madame, vous n'en croyez rien.
Si j'aimois à l'accoustumée.
Je croy qu'il seroit bien aisé De juger mon ame enllamée Par quelque soupir embrasé.
Si tost qu'une autre amour commence.
Elle apparoist, chacun le pense.
LES AMOURS !> lUPPOI.YTF,. 1T3
On la connoist, on en fait cas; Mais le feu qui me met en cendre Est tel, qu'il ne se peut comprendre ; Aussi, vous ne le croyez pas.
Il n'y a regret ny tristesse Qui trouble si fort un amant, Que de voir celle qui le blesse i\e croire rien de son lourmant; Et c'est ce qui plus me console.
Car, si mes pleurs ou ma parole Ma douleur pouvoient asseurer. Ce me seroit fort peu de gloire Qu'elle fust si facile à croire, Estant si forte à endurer.
Le mal qui me rend misérable.
Et qui me conduit au trespas, Est si grand, qu'il est incroyable; Aussi, vous ne le croyez pas.
CHANSON
Pour faire qu'une affection Ne soit sujetle à l'inconstance, 11 faut beaucoup de connoissance.
Et beaucoup de discrétion.
Je suis bien d'avis qu'une dame Ne doive aisément s'asseurer Qu'un jeune amant garde sa flamo, Pour le voir plaindre et soupirer ; Car, presqu'aussi tost qu'il commance.
Le refus ou la jouyssance Esteignent ses feux si cuisans.
Et n'y peut avoir d'asseurance Qu'il n'ait passé deux fois douze ans.
Et puis la jeunesse indiscretle, Brûlant d'amoureuse chaleur, Ne sçauroit retenir secrette Une joye ou une douleur; De ses faveurs elle se vante, Pronte, dédaigneuse, arrogante, Rien ne s'y peut voir d'arresté.
Et son ame est plus inconstante Qu'un flot deçà delà porté.
J'estime aussi peu recevable.
Au moins pour durer longuemant.
Cette ardeur qu'on croit véritable,
171 M", s A MOI) lis n H I IM'OI YTK.
Du inemier regard s'allmnanl; L'Amour est foible à sa naissancp, Mais lo laiis luy donne accroissanco, K.t li; yuide à ])crfeclion ; Il laut donc de la connoissance l'imr Condor nne affection.
Mais surtout qui veut vivre heureuse, La grandeur ne doit estimer, L'amour des giands est dangereuse, Et ne se peut assez blasmer ; Sujette au bruit et à l'envie, De mille ennuis elle est suivie.
Celle qui s'y veut bazarder S(; trouve à la fin asservie, An lieu qu'elle doit commander.
Cbarnn d'eux de soy tant présume Qu'il pense estre aimé par devoir; Us brûlent comme on les alhnne, L'œil d'autruy les fait esmouvoir ; Et, dès que leur ame est esprise, ' Fureur guide leur entreprise, Tout conseil arrière est laissé, Puis ne font cas après la prise Du bien qu'ils ont tant pourchassé.
Suivez le conseil des déesses, Qui n'ont aimé si hautement, Et, puis que vous estes maistresses, Retenez le commandement ; Fuyez aussi toute accointance De ces muguets pleins d'apparance, Qui se paissent de vanité.
Et qui fondent leur recom pause Plus au bruit qu'en la vérité.
Si quelque heur en amour se treuve, 11 vient d'avoir bien sçeu choisir, Et sur une constante preuve Avoir arresté son désir ; Celuy qui garde en sa pensée Une amour de loin commencée, Tousjours sagement retenu, Et qui ne l'a jamais laissée, Mérite estre bien reconnu.
Celuy qui, discret et fidelle.
Sans gémir s'est laissé brûler, Et à qui la peine cruelle N'a jamais rien fait déceler;
Il— A.Aiorns n'ii I l'i'oi VTI-. 17,";
Qui cK-he au dedans sou inartiro.
One la peur d'aimer ne retire, Kl trouve au mal contentement, Toi serviteur se peut élire Sans avoir peur du changement.
CIIAÎNSON
Si losl que vostre œil m'eut blessé.
Tant de feu s'esprist en mon ame, Que je n'eusse jamais pensé Pouvoir ardre en plus chaude flame.
Mais croissans en vous chacun joui Les grâces qui vous font si belle, .l'ay veu croistre aussi mon amour Tousjours de quelque ardeur nouvelle.
Elle est or' à l'extrémité.
Plus grande on ne la sçauroit rendre; iN'e croissez donc plus en beauté, Ou vous me mettrez tout en cendre.
STANCES
Si l'angoisse dernière en rigueur est semblable \u mal de mon esprit, le mortel misérable Despistant les hauts cieux, a fort juste raison, Les cieux qui, trop cruels, pour mourir l'ont fait naistre! Mais, las! un si grand mal que le mien ne peut estre; La mort et ma douleur sont sans comparaison.
En la mort seulement se corrompt la matière Qui tient des elemens; l'ame demeure entière. Franche et libre du corps, et s'en revoUe aux cieux. En celte mort d'amour, inhumaine et cruelle, Mon esprit se divise, et sa part immortelle, Que plus chère je tiens, s'en va quand et vos yeux.
Amour, qui de tes mains en as fait le partage, Tu me fais trop connoistre à mon desavantage, Qu'on ne doit un enfant pour arbitre choisir; L'intellect, la raison, tu les laisse à ma dame Kl à moy seulement ceste pai t de noslre ame, Où sont les passions, la crainte et le désir.
Las! j'en porte en mon cœur en si grande abondance, Qu'en ideurant je in'estonne, accablé de soulïrance, Comment, pour y durer, mes esprits sont si forts? (In dit qu'on peut mourir d'une douleur trop forte;
170 i.Fs AMorns I) ini'pni, YTK.
Mais je croy le coiitraiip au mal qiw je suppoili'; Car la souin dmilinir doniip vii; à mon coips.
Tout ainsi qu'iin (lamli(>aii,(niaiiil l'iiiiinpiir iiimiriclcrf (lommouce à iuy faillir, jflte haut sa luiiiicre, Kt scintille plus fnit sur le point qu'il ilolaul; Tout ainsi malheuroux, lors que ma lin arrive, Mon feu se l'ait plus chaud et ma douleur plus vive; Le plus rude en aiiinur, c'est le derniei' assaul.
Peu rusé que j'estnis, je me f'aisnis accroiie, Quand amour de mou creur eut la iiremierc f;lnirc, Que mon mal fust dcslors à son extremilé; Mais, lielas ! je connoy, par ses nouvelles brèches, Qu'il a i)0\ir les enfans de moins poignantes flèches, Kt qu'avecques nostre àg^e il croist sa cruauté.
Oounno on voit bien souvent une eau foible et débile, Qui du cœur d'un rocher youtte à goutte distile Et sert aux pastoureaux pour leur soif estancher, l'ar l'accroist d'un torrent plus fiere et plus hautaine. Emporter les maisons, noyer toute lu iilaine. Et rien qui soit devant ne pouvoir l'empesclier.
De ma première amour le cours esloit semblable : Elle erroit peu à peu, çà et là variable. Le moindre empeschement la pouvoit ari'esfer; Mais ce nouveau désir la rend ores si forte, Que, malgié la raison, tous mes sens elle emporte, Et ma foible vertu n'y peut plus résister.
0 moy tiois fois heureux, si ma libre pensée Du puissant trait d'amour n'eust point esté blessée! Tous ces autres soucis, bourreaux de nos esprits, La folle ambition, le soin, la convoitise. Et tant de vains honneurs que l'ignorance prise, Comme trop bas pour moy j'avoy tous à mespris.
Je les desdaignoy tous, et n'avoy point, de crainte De voir ma volonté si lascliement contrainte, Appris dès ma jeunesse à dresser l'œil aux cieux : Et tenant vers le cœur une si ferme roche. Que rien pour l'assaillir n'en pouvoit faire approche. Sinon la passion commune aux plus grands dieux.
Ilelas ! j'en suis vaincu ! je la sens qui saccage, Comme un fier ennemy, les forts de mon courage; Je me rens, mais en vain; son courroux ne s'esteint. Elle brûle mon cœur d'une flamme éternelle, Et me laisse au pouvoir d'une jeune cruelle, Qui croit le feu d'amour n'estre rien qu'un feu peint.
Ce n'est pas toutesfois le sujet de mes plaintes, Qu'Amour dedans mon sang ses sagettes ait tainles;
LES AMOfRS D II 1 1' PO 1. Y TE.
Je n'accuse le ciel pour un si beau malheur, N'y pour me voir au joug d'une maistresse dure: Car ce m'est reconfort de penser que j'endure l'our la plus grand' beauté la plus griève douleur.
Je me plains seulement que l'astre de ma vie Sa divine clairté si soudain m'ait ravie : A peine il apparoist lors que je suis privé, Et l'œil, ma seule guide en l'amoureux voyage, Peu (idelle me laisse au plus fascheux passage! Las ! dés le point du jour mon soir est arrivé.
Pauvres yeux désolez, qui vous soûliez tant plaire En l'objet bien-aimé de ma douce contraire. Et de m'avoir trahy vous teniez glorieux. Faites de vostre erreur maintenant pénitence. Et devenez torrens pour pleurer cette absence ; Mais, pour la bien pleurer, c'est trop peu que deux yeux.
STANCES
AMOURS DE MONSIEUR DESI'ORTES
Voicy lo beau seleil en sa course premipre, Uui, d(''S son orient, semé plus do clairlé Q\ie le soleil du monde, mu plus chaud de l'esté, Ardent en son midy, ne jette de lumière; A qui tous les esprits, (luc-lque luisans qu'ils soii^ul. Au point de son lever sont astres à l'aurore. Faisant recaclier ceux qui desjà paroissoient, l".t retenant cachez ceux qui l'estoient encore.
Soleil des beaux esprits, lumière claire et sainic. Des autres tans l'envie et du sien l'ornement. Qui fait luire son siècle, et voille obscurément Tout le passé de honte et l'avenir de crainte; Qui seule moîistie plus en eflet de sçavoir Que H'a fait, ny fera nulle autre en apparence; De ce que l'on a veu, de ce qui reste à voir. Toute lexjierience et toute l'espérance.
Voicy le beau Phœnix, humble, qui se vient rendre Pour hommage soy-mesme à ce nouveau soleil, A un nompareil astre un oiseau noinpareil, Kt sa vie à ccluy dont il la doit reprendre; Car les ailes d'Amour font qu'il est un oiseau; Mais ce qu'il est si rare en ce tans, le fait estre Un Phœnix, dont la tombe est l'unique berceau, 'hii rend l'ame au soleil, pour au soleil renaistre.
Amour, nouveau Phœnix, pour chercher nouvelle ame. Sur un lict de senteurs ses ailes agitant.
S'oppose à ce soleil ardamment bluettant,
Tout tlammeux de rayons, tout rayonneux de llauu-.
Voila ses os brûlez dessus un lict d'encens,
Voila soudain qufe l'ame en a esté ravie,
Ces beaux vers animez heureusement naissans
De la cendre d'Amour, où l'Amour reprend vie.
Or estant le Pliœnix (cet oiseau qui trémousse Iles ailes à la flamme unique comme il est, Uien qu'un ver seulement de ses cendres ne naist Et, petit l'iiœnisseau, d'autres ailettes pousse; Mais ces beaux vers éclos pour faire des Amours, Sortent en si grand nombre à la fois de leur cendre, Et prennent en naissant tant d'ailes tous les jours, (.tue, les nommant Pho'nix, j'ay crainte de mesprendre.
Soient Amours ou Phœnix, leurs ailes sont bien fortes. Mais, si tant de beaux vers, aux Amours destinez, l'orient autant d'Amours amoui'eusement nés, Que d'Amours porteront les Amours de Des-Portes'/ El si c est un Phœnix que chacun de ses vers, Oue de rares beautez, que de raritez belles! Et combien volera son nom par l'univers. Si chacun de ses vers en naissant prend des ailes!