‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 77 sur 150 · I. Davy, siedr du Peeron · texte numérisé non relu

I. Davy, siedr du Peeron

' Le même qui devint cardiiiiil eu 1604 el joii;i un si grand rûle pendant nos lutles religieuses II élait né dans le canlon de Ceriie, le 25 novembre 1356, dune famille normande retirée en Suisse pour fuir la persécution. Sa mémoire prodigieuse lui permit d acquérir un savoir extra'irdinaire. Desportes lui conseilla d'abjurer le calvinisme et le lit entrer, comme lecteur, dans la maison de Henri III. Il einijiassa l'état ecclésiastique, où il parvin: rapidement aux honneurs Ce fut lui qu'on chargea d'end<iLiniier Henri IV avant son alijuration. Il publia un volume de poésies et de traductions en vers, el mourut à Paris le 5 septembre 1618. Le morceau qu'on vient de lire efface, comme recherche, les sonnets les plus alambiqués de l'.onsard et de Desportes. Il faut beaucoup d'attention rien que pour le comprendre.

CLKOr^lCE

KEliMEUliS AMOURS DE IMl. DESl'UUTKS

(ju'il siiull're incessamment, qu'il brûle et soit ilo glace, fjii'il siine aux cours des eaux sa peine et smi esiiioy, tju'uii bel œil soit son dieu, son monarque et sa loy, Et qu'en le bien servant des rigueurs il pourchasse;

Huit ait l'ame hautaine, et qu'une belle audace 1,'atl'ranchisse ilu peuple et le relire à soy, (.lue par ses longs travaux, son mérite et sa fuy, Il s'eleve un renom que le tans ne defl'ace;

Hue son heur des jaloux soit tousjours empesclié, •Jue le tlux de ses pleurs ne puisse eslre estanchê, Ou'il trouve à ses desseins la fortune opposée,

Kt que du seul tombeau soit son mal limité'. Ainsi ciiauLoil (llothon, sa quenouille au costé, (Commençant de mes jours la maudite fusée.

.l'a y dit à mou dcsir : l'ense à te bien guider, Kien trop bas, ou trop haut, ne le face distraire. Il ne m'écouta point, mais, jeune et volontaire, l'ar un nouveau sentier se voulut bazarder.

Je vey le ciel sur luy mille orages darder. Je le vey traverser de llamme ardante et claire.

CLtO.MCK. ISl

Se plaindre en trébucliant de son vol tenioi;iiie, Que mon sage conseil n'avoit sreu lelarder.

Apres Ion précipice, o désir misérable!

.le l'ay l'ait dedans l'onde une tombe honoraiib^ De ces pleuis que mes yeux font couler jour et nuil.

Et l'espérance aussi, la seur foible et dotante, Apres maints longs destours, se voit changée en plante. Qui reverdit assez, mais n'a jamais de fruit.

Parmy ses blonds cheveux erroient les amourettes, S'entrelarans l'un l'autie, et ses yeux, mes vainqueuis, Kaisoient par leurs rayons un juillet dans les cœurs. Et sur terre un avril tapissé de lleurettcs.

Sur les lis de son sein voletoient les avettes, Contre les rcgardans décochans leurs rigueurs. Dieux! que d'heureux tourmens! que d'aimables langueui s! Que d'hameçons cachez! que de llammes secretles!

Si tost que m'apparut ce chef-d'œuvre des cieux. En crainte et tout devôt je refermay les yeux, iN'osant les bazarder à si hautes merveilles.

Mais je n'avançay rien, car ses divins propos Jle voleront d'un coup l'esprit et le repos, Et l'amour en mon cœur entra par mes oreilles.

D'une douleur poignante ayant l'anie blessée. Je ne puis en mon lict d'allégeance esprouver; Je me tourne et retourne, et ne sçauroy trouver De place qui ne soit de chardons hérissée.

Ne verray-je jamais que la nuict soit passée? Je suis au mois de juin, et pense estre en hyvei'. Leve-toy, belle Aurore, et fais aussi lever, Non le soleil du ciel, mais cil de ma pensée.

Ali! que dy-je, une nuict'/ tout un siècle est passé, Depuis que son bel œil sans clarté m'a laissé; ■ Non qu'on ne parle plus de saisons ny d'années.

Je laisse au jdiilosophe et aux gens de loisir, A mesurer le tans par mois et par journées, Je conte, quand à moy, le tans par le désir.

Vous n'aimez rien que vous, de vous-mosme maistj'esse, Toute perfection en vous seule admirant,

182 CL KO M ci;.

Eli vous vosli'fi liosir coiiiincncft o.t va mouranl,' El l'amour spulcment par vous incsmc vous l)lessc.

l'ianche cl libre de soing, vostrc belle jeunesse, D'un œil cruel et beau mainte flamme tirant, Brûle cent mille esjirits qui, voslre aiiie implorant, N'esprouvent (|ue fierté, mespris, iiaino et rudesse.

De n'aimer que vous mesmo est en voslre pouvoir; Mais il n'est pas en vous de m'empescher d'avoir Vostro image en l'esprit, l'aimer d'amour extrèiTie.

Or l'Amour me rend vostre, et si vous ne m'aimez, l'iiisqui' je suis à vous, à tort vous picsumez, Urgueilleuse beauté, de vous aimer vous mesme.

(Jui voit vos yeux divins, si pronts à décocher. Et ne perd aussi tost le cœur, l'ame efl'audacc, M'est pas homme vivant, c'est im morceau de glace, Une souche insensible, ou quelque vieux rocher.

Qui ne voit point vos yeux doit les siens arracher, Et maudire le ciel qui ce mal luy pourcliasse; .le ne voudroy point d'yeux, privé de tant de grâce, Car tous autres objets ne font que me fascher.

On doute de ces deux la meilleure avanture. De cil qui pour les voir à la mort s'avanture. Ou qui, ne les voyant, évite son trespas.

Perdre la vie est tout, c'est le derniei' naufrage. Telle perte pourtant ne m'en priveroit jias. Car, qui ne les voit point, perd beaucoup davantage '■

f Plus j'ay de connoissance, et plus je détermine De n'aimer rien que vous, seule digne de moy. Digne de m'enlacer d'une éternelle foy.

Et que tous mes désirs ayent de vous origine.

Belle race du ciel, ame claire et divine. Seule toute mon tout, ma cieance et ma loy. Je respire par vous, sans vous rien je ne voy. Et, si j'ay bien ou mal, vostre œil me le destine.

« Traduction d'un sonnet ilalien qui déijulu par ces vers :

Clii vede gli occlii \o^l^i, odi va^liezza Non resta vinio al primo cncouiro, e prive lie I aliii.i, puo l'en du (lie non è vivo, Ne sa clie cusa sia urazia e l)"lle/za. ^

CLEONICE. 185

Que j'estoy malheureux ne vous connoisfant pas! Comme un qui va de nuict, je cliopoy tous les pas. Et prenoy pour ma guide une foihle estincelle.

Depuis, le ciel bénin, pour me recompenser, Me fit voir un soleil, dont la flamme est si belle. Qu'on n'en peut approcher seulement du penser.

Cet œil du firmament lous.jours resplendissant, Qui rend comme il hiy plaist les saisons différantes. Père des animaux, dos métaux et des plantes. Sans qui rien icy bas ne peut estre naissant,

Son voyage infini tous les ans finissant, N'outrepasse jamais les ceintures ardantes Du cancre et de la chièvre, et, comme les errantes. Des vapeurs de la mer va son feu nourrissant.

Mon soleil, qui sur l'autre a beaucoup d'avantage, De mes yeux à mon cœur fait ainsi son voyage, Et sans outrepasser de mes pleurs se repaist.

Mais, ô belle planetto! ô ma flamme dernière! Helas ! vous le voyez, je suis, et m'en déplaist, Trop petit océan, pour si grande lumière.

Si par vostre beauté, digne d'une immortelle, Je sens geler mon ame et mon cœuc enflamer, J'en accuse le ciel plustost que vous blasmer : La faute en est à luy, qui vous forma si belle.

Et si, volant trop haut, où mon désir m'appelle. L'audace ou le malheur me contraint d'abysmer, La faute en est d'Amour qui me fait vous aimer Et croire que la mort pour vous n'est point cruelle.

.Mais, si vous me voyez devant vous tressaillir, llèver, pallir, rougir, les propos me faillir, l^t me dissimuler d'une feinte peu caute,

Me plaire en mes pensers, me séparer de tous, Et que vous ne croyez mon mai venir de vous. Je pense avoir raison d'accuser vostre faute.

Trois fois les Xanlliieiis au feu de leur patrie Se sont ensevelis avec la liberté; Et le vaillant Caton d'un esprit indonté,

J8t (.1, to.Mi;!;.

Afin ili' iiiourii' libre, pst cruel à s.i vie.

I.'esiioiise (le Syplmx, (hi innlheur pmiisuivie, l'iiil en s'emiioisnnnanl le liionipiie appi'esli^, Et, d'un cœur aussi be;iu comme estnil sa lieaulè, Mourut rr.fîypiicnne, après cslre asseivio.

One pens('-je donc faire, A clielif que J^ suis ! Ciiargc de mille fers, mais plus cliar^'é d'ennuis. Qui sens mou aine lilire esclave estie rendue?

Il faut, il faut mourir, je suis trop attendant; Si ce n'est en Calon ma liberté gardant, Soit comme Cleopatre après l'avoir perdue.

Si trop en vous servant, ô ma mort bien-aiméc ! L'ardant feu de mon cœur (k'iaire et se fait voir ; Si l'on dit qu'à son gré vostre œil me fait mouvoir Et que de vous sans plus ma vie est animée ;

Une si ])ure ardeui-, qui n'a point de fumée. Devant tous peut reluire et monslrer son pouvoir. Tant de vers qui si loin mes douleurs font sçavoir, Sont des arcs que je dresse à vostre renommée.

Jadis entre les Giccs, quand l'honneur y vivoit. Le vainqueur des vaincus maint trophée élevoit. Fait d'étoffe légère et de peu de durée.

Mais moy que ma deffaite a rendu glorieux. Bien que je sois vaincu, j'élève en divers lieux Maint trophée immortel pour vous rendre honorée.

0 journée inconstante, heureuse et malheureuse. Extrême en tous les deux ! Inconstant comme toy, .le ne sçay si maudire ou louer je te doy. Tant tu m'es à la fois et douce et rigoureuse !

Fut-il ouc aux enfers ame si douloureuse? Les cieux ont- ils un dieu si fortuné que moy? Mille extrêmes faveurs ont bien-heure ma foy, Mille extrêmes rigueurs la rendent langoureuse.

Ne puissé-je jamais de toy me souvenir! Mais puissé-je tousjours ce penser retenir. Qui durant mon exil si doucement me touche.

Que d'estranges chaos en moy se remesloienl! Son propos me chassoit, ses yeux me r'appelloieut : Dieu que j'ayme ses yeux et que je hay sa bouche !

Lfis célestes beautez d'une heureuse jeunesse, Un orgueil plein d'attraits, une honneste rigueur, En silence un parler qui découvre le cœur. Un modeste dédain, le port d'une déesse ;

Dessous des cheveux blonds une meure sagesse, Un œil comblant l'esprit d'amoureuse langueur. Qui de tout ce qu'il voit est monarque et vainqueur. Qui gelé et fait brûler, qui guarist et qui blesse;

Un esprit tout divin, le ciel mesme estonnant. Un propos qui les cœurs à son gré va tournant, Neige, ébene, coral, lis et roses vermeilles.

Et mille autres thresors de nature et des cieux, De l'œil et de l'esprit la gloire et les merveilles, Sont de ma liberté les tyrans gracieux.

Pourquoy ne l'aimeroy-je? elle est toute parfaite. C'est un polirait vivant des beautez de Cypris; 11 n'auroit point de cœur qui n'en seroit épris, Et qui ne beniroit le jour de sa desfaite.

bien que pour un mortel le ciel ne l'ait pas faite. Et que j'advouê assez d'avoir trop entrepris. Je me plais en ma faute, et plus je me sens pris. Et plus je tiens ma vie heureusement sujette.

Mon Dieu ! qu'elle est divine et que je suis heureux D'en avoir connoissance, et de n'estre amoureux De rien tant que des yeux dont j'ay l'ame blessée!

Moins j'y connoy d'espoir, mieux je la vay servant ; Ce qui deust me geler rend mon feu plus vivant. Et le mal qui me tuë est vie à ma pensée.

Un yvoire vivant, une neige animée, Fait que mon œil ravy ne s'en peut retirer. 0 main victorieuse, apprise à bien tirer. Que tu m'as de beaux traits la poitrine entamée!

Aux célestes beautez mon ame accoustumée Ne trouve objet que toy qui la puisse attirer, Et croit qu'elle te peut sans offense adorer, Tant elle est de ta glace à toute heure enllamée.

Le jour dont si souvent j'aime à me souvenir.

isr. f.i.EOMCi:.

Jour qu'il te pleut mes yeux et mon cœur retenir, l'.l lie leur servitude embellir ta victoire,

Tu rompis tant de noMids qui m'avoient seeu lier, l'.l me faisant deslors toute chose oublier, Tu lus miin seul pruser, mon ame et ma mémoire.

Le sculpteur excellent desseignant poui' ouvra^'e l'ue plante, un lion, un homme, nu élément, Si la main obeyt et suit l'entendemenl. Trouve en un marbre seul toute sorte d'ima^'e.

Ainsi rare beauté, sujet de mon courage. Se trouve en vous b; bien et le nr.d il'un amant. Mais, faute de sçavoir, d'art et de jiigemant. Voulant choisir le bien, je me preiis au dommage.

Ce n'est donc le destin par qui tout est forcé, Ce ne sont vos rigueurs, ny le sort courroucé, Que l'on doit accuser de ma perte inhumaine.

La faute est toute à moy : car dedans vosire cœur Est ma vie et ma mort, mon repos et ma paine. Mais je n'en jinis tirer cpie mort, peine et rigueur.

Durant que je vous chante, ô ma flamme secrette! Kt descry ces beaux nœuds qui m'ont sçeu retenir, M'obligeant à bon droit les siècles à venir, Qui verront en mes vers vostre beauté pourtraite,

Le ciel qui sans pareille entre-nous vous a faite. Vous fait de jour en jour plus belle devenir, Si bien que pour menteur chacun me peut tenir. Quand plus que je ne monstre on vous trouve parfaite.

■Afin donc que je puisse un tel blasme éviter, Lors que j'entreprendray vos louanges chanter, Je diray désormais : Tel jour elle estoit telle.

Mais depuis sa beauté d'heure en heure augmenta, La feit plus que déesse, et si haut l'emporta. Que, pour voler après, trop basse fut mon aile '.

ïiiuliiclioii d'un sonnet il:ilien qni commence jiar ces vers :.

Mcnlr' io sciivo di vni, dolce niia morte, Per obligarmi la f'nluia étale Con dar dipinla a tel quella liellate, Clie'l ciel (lié viva al secol nostru iii sorte.

STANCE

Sont-ce dards ou regards qiio les traits élancez De ces deux beaux soleils, rois des aines plus fieres? Hà! ce sont des regards, clairs d'ardantes lumières; Non, ce sont dards cruels, dont les cœurs sont percez.

Sont-ce charmes ou cliants que les sons gracieux, Dont sa vermeille bouche est si bien animée? Ce sont chants qui l'esprit peuvent ravir aux cieux, Ce sont enchantements dontj'ay l'ame charmée.

Puis qu'il se fallnit perdre, et qu'il est destiné Que vaincu je périsse en l'amoureuse guerre, Ce m'est grand reconfort qu'un si beau trait m'enferre. Et qu'en si blonds cheveux je sois emprisonné.

Toutes les autres fois qu'Amour m'avoit douté, Je pleuroy ma fortune et Testât de ma vie; Mais j'aime ores mes fers et fuy la liberté. Et chasliroy mon cœur s'il en avoit envie.

D'im regret seulement mes esprits sont troublez, D'estre trop bas objet pour si haute lumière. Mais, ô rare beauté des beautez la première ! Prenez garde au soleil à qui vous ressemblez.

Ce bel astre du ciel, cet unique (lambeau ; En tous lieux ses rayons sans différence darde : Et son œil, qui si clair cède au vostre plus beau. Comme les hauts sapins le bas soucy regarde.

Ne ne me dédaignez donc, et souffrez qu'eu mourani Un doux trait de vostre œil donne espoir à mon ame ; Permettez que mon cœur bassement vous reclame, Et qu'il se rende heureux, vos beautez adorant.

Mais c'est peu que d'un cœur jiour oftVir à vos yeux, Rois de tous les esprits de ceux qui s'en approcheni ; J'en voudroy mille et mille, afin de pouvoir mieux Piecevoir tous les traits que si droit ils décochent.

Autre faveur du ciel je ne veux desiiei- Qu'estre seul consommé d'une (lamme si claire. Aiissi bien toute autre ame est pour vous trop vulgaire, Seul d'un si beau tourment je mérite endurer.

Car jesçay comme on souffre et n'y suis point no\iveau, Accoustumé d'enfance aux plus cruels allarmes ; Venus au lieu de laict, quand j'estois au berceau, Me fil sucer des feus, des soupirs et des larmes.

Un seul cry ne m'eschappe aux plus fortes langueurs. Et pour en voir la preuve, ô ma jjelle adversaire! Essayez contre moy ce que vous pouvez faire,

Clioisissoz-moy potir l)ut niix traits de vos ligueurs.

jMais, s'il faut tenir clit'r ce qu'on a tout à soy, Me pouvez-vous blesser sans vous estre cruelle? Chacun peut vous aimer, mais non pas comme moy; Chacun n'a pas mes yeux, bien qu'il vous trouve belle.

EPICI'.AMME

Privé du bel astre amoureux A (|iii mon ame est asservie, Kiitrc mille ennuis rigoureux 1-e ducil ne peut m'osler la vie.

Au retour, jiar contraire effort.

Si l'aise d'esprit ne me prive, Liesse ou douleur excessive Ne suffit pour donner la mort.

Ceste belle ennemie et d'amour et de moy, Qui presqu'en se jouant range tout en servage, A pour soldats clioisis et pour riche équipage L'honneur, la chasieté, la constance et la foy.

Un seul mauvais penser n'a place auprès de soy, La vertu toute vive est peinte en son visage : Si bien que qui la voit levé au ciel son courage, Et des désirs communs n'esprouve point la loy.

Ses yeux sont deux soleils de beauté si i)arfaile, Que d'Amour et de .Mars la lance et la sagette N'ont point tant de pouvoir contre une lil)ertê.

La grâce et la douceur sont lousjours avec elle. Cette belle déesse, ah! non seulement belle, Ains Bellone et guerrière, ainsi m'a surmonté.

Douce lin de mes vœux, s'il vous plaistque j'escrive Ces parfaites beautez, dont vous blessez les dieux, Faites tant que je puisse en vous tenir les yeux, Duiant que je m'essaye à vous pourtraire vive.

Car il ne faut penser autrement que j'arrive Au moindre des beaux traits que vous avez des cieux, Veu qu'il sort de vostre œil tant d'esclairs radieux. Qu'une si grand' clarté de lumière me prive.

Faites comme Piiœbus, quand son fils s'approcha, Qui de son chef doré les rayons destacha,

CLEONICE. 189

Pour ne l'esblouvr pas de se divine flame.

Sinon je ne puy dire, en chantant vos beautez, Fors que je vey des feux et de orandes clairtez. Qui troublèrent ma vue et brûlèrent mon ame*.

A la beauté du ciel vostre beauté j'éffale : Le ciel en sa rondeur toute forme contient Et par son mouvement crée, esmeut et maintient; De semblables effets vous estes libérale.

Car vostre belle veuë, admirable et fatale, Crée en nous les amours, les frarde et les soustient, Et tant de beaux pensers, dont l'esprit s'entretient. Ont leur mouvement d'elle et leur forme idéale.

Le clair soleil du ciel fait naistre en tournoyant Les fleurs, l'or précieux, le rubis flamboyant. Dont mainte dame après son beau chef environne.

Les soleils de vos yeux, mon esprit allumans, Y produisent sans fin perles et diamans. Dont j'espère en mes vers vous faire une couronne.

Le tans léger s'enfuit sans ni'en apercevoir. Quand celle à qui je suis mes angoisses console . Il n'est vieil, ny boiteux, c'est «n enfant qui vole, Au moins quand quelque bien vient mon mal décevoir.

A peine ai-je loisir seulement de la voir Et de ravir mon ame en sa douce parole. Que la nuict à grand pas se haste et me la voile, M'ostant toute clarté, toute ame et tout pouvoir.

Bien-heureux quatrejours, mais quatre heures soudaines! Que n'avez -vous duré pour le bien de mes paines'? Et pourquoy vostre cours s'est-il tant avancé?

Plus la joie est extrême et plus elle est fuitive; Mais j'en garde pourtant la mémoire si vive, Que mon plaisir perdu n'est pas du tout passé.

< Traduction d'un sonnet ilalien donl voici le début :

S'amate, aimo mio sol, ch' io canti, o scriva L'alte bellezze, onde '1 ciel volie ornarvi, Oprale si, cti' io possa almen mirarvi, Per potervi ritrar poi veia et viva.

(".cl huliil trop he\ireux, qui snrt do, couvorluro Aux Ihrosors qu'rt bon droit sur tout je vay prisant, Bien que vovis le portiez prescjue eu vous ilcsplaisanl, Croyez-nioy, s'il vous plaist, n'est de noire teinture.

Car, ainsi (|ue la nuë ou l'onibra^'e ne dure Aux lieux où le soleil ses rais va eonduisant, De niesme, eu (pielque lien que vostre o;il soit luisant, Le noir s'évaiuiuyt ou change de figure.

Qui voit, eoninic je fay, vos regards enflainmans. Juge (lue vobtre lialrit est plein de diauians, Et (juc toute lilaneheur auprès n'est qu'un ondirage.

Doue, pour porter le dueil sans changer de couleur Kt pour tenir la terre et le ciel en douleur, 11 Tant cacher vos yeux et vostre beau visage.

Ceux que trop d'avarice, ou trop peu de sagesse, Dans un foible vaisseau fait sur mer voyager, Et qui cherchent la mort au rivage estranger, l'oinds d'un sale désir qui n'a jamais de cesse,

Si le juste courroux de Neptune les presse. Et qu'ils perdent l'espoir par l'effroy du danger. Chacun à qui mieux mieux pour la net décharger, Jette au milieu des eaux sa plus chère richesse.

Moy qui d'un beau de&ir me scnloy enflammer. Je m' emharquay joyeux sur l'amoureuse mer, Qui de flots et de vents aussi test fut couverte ;

Pour décharger ma nef, j'ay franchement jette Tout ce qui m'estoit cher, l'ame et la liberté, Et n'ay point de regret d'avoir fait cette perte.

Voyant le beau soleil si clair et radieux. Qui couvre et qm destruit toute grande lumière, Ainsi qu'en l'Océan se perd toute rivière, Je ne me puis tenir de le dire envieux.

Car tant de feux divins semez parmy les cieux. Voire sa propre sœur des astres la première, Perdent, s'il est présent, leur splendeur couslumiere, El de leur deshonneur il se rend glorieux.

Le soleil de nos ans, qui fait fleurir ma vie, *

0LEO\' tIE.

Comme l'autre soleil ii'c-st point touché d'envie, Ombrageant les honneurs d'une moindre beauté ;

Ains, par l'aimable elfort de ses flammes jumelles, Celles qui sont auprès en deviennent plus belles. Et tout objet voisin en rend plus de clairté.

Qui veut fermer l'entrée aux peu chastes pensées, Et par feu, comme Hercule, immortel devenir; Qui veut de beaux désirs son ame entretenir, Fuyant les vanitez du vulgaire embrassées ;

Qui veut au ciel d'amour voir ses ailes haussées. Et de tous vieux ennuis la mémoire bannir. Vienne au jour de vos yeux s'il les peut soustenir. Beaux yeux, les doux meutriers de mes paines passées.

Quiconque ainsi que moy s'y peut ferme arrester. D'autres biens ne sçauroit son esprit contenter ; Tout objet du commun l'offense et le travaille.

Les tourmens ne pourroient l'en priver tant soit peu. Et, comme la vestale avait soin de son feu, 11 conserve le sien de peur qu'il ne luy faille.

Je voy mille clartez et mille choses belles. Mais c'est tout par vos yeux, les miens ne sçauroient voir; Vostre esprit tout divin me rend plain de savoir. Je voile au plus haut ciel, emporté sur vos ailes.

Vous me rendez gelé dans les flammes cruelles, Ainsi comme il vous plaist vous me faites mouvoir. Vous me donnez raison, jugement et pouvoir. Vous estes mon destin et mes lois éternelles.

De vous et non du riel je reçoy qualité. D'un clin de vos beaux yeux je fay ma volonté, Vous me donnez l'essence et la forme première.

Sans vous je suis pareil à cet œil de la nuit. Qui n'est de soy visible et qui point ne reluit, Si des rais du soleil il ne prend sa lumière.

Les combats renommez, les victoires hautaines Des dieux de vostre sang vous croyez surpasser. Comblant de feux mon ame, esclavant mon penser, Et triomphant d'un cœur soumis à tant de paines.

19^2 CLKONir.f:.

Mais la mort, qui se rit dos iniissances mondainos, Kt (jui les jiesans fers des vaiiuus peut casser, Finira ma souflVauce et vous iera cesser De tirer pour tribut de uies yeux des fontaines.

Ma cendre seulement alors vous restera, (Jue vostre cœur félon à son gré traitera. Tandis que mon esprit, sans douleur et sans crainte,

Délivré de l'enfer où il fut tourmenté, Jouyra bien heureux de vostre grand' beauté, l"n la face de Dieu si vivement dé|iain(e.

Ces froideurs, ces dédains, celte ayreable audace. Ne peuvent pas assez pour me désespérer ; Ma foy fait en mon cœur l'espoir ferme durer. Afin qu'amour tousjours y conserve sa place.

Ces propos tousjours pleins d'aign^ur et de menace, Cet œ'il (pii s'embellisl de me voir martyrer, !Se feront que pour vous je sois las d'endurer, Que je n'aime ma peine et que je ne l'embrasse.

Vostre beauté divine adoucisl tellement L'aigreur de mes ennuis, que je chante au tourment ; Je beny vos rigueurs, j'adore ma souffrance.

Ma foy, d'autre costé pure et sainte à jamais, Sert d'asseuré rempart à ma ferme espérance, Et fait que vostre amour en fin je me promets.

Bien que l'onde pesante et l'air humide et pront. Pour croistre leur puissance ayent débat à toute heure, La terre en leurs discords immobile demeure. Et du grand univers l'ordre ne se confont.

Aussi, bien qu'en mon cœur les soupirs qui se font, Ayent dehat éternel avec l'eau que je pleure. Leur quereleux discord ne fait pas que je meure : Avec un peu d'espoir mes esprits se refont.

Mais, si le feu léger les élemens excède D'un trop puissant effort, on verra sans remède L'air flambant, l'eau tarie et la terre brûler.

Las ! je crains que par trop dans mon ame il abonde, Et que je face au ciel tant de flammes voler. Que, nouveau Phaëton, je rebrûle le monde.

cleosicf:. 193

Quand l'aidante jeunesse, aux délices poussée, Cède à l'âge plus ineur, moins amy du plaisir, Tout ainsi que le teint se change le désir, Et la raison commence à guider la pensée,

lies aiguillons d'honneur l'ame se sent pressée, Qui luy font tout à l'heure autre chemin choisir. Et celuy que l'Amour avoit sçeu mieux saisir, Se rit plus hautement de sa llamme passée.

Chacun lors, par le tans rendu plus advisé, Voyant l'âge qui glisse à la nuict disposé, Songe à faire retraite ains que le jour luy faille.

Mais moy qui dois brûler aimant jusqu'à la mort, Plus je touche à la nuict, plus j'éloigne le port. Et moins j'ay de vigueur, plus .\mour me travaille.

Ce bras qui m'a tiré tant de traits amoureux. Par qui ma jeune audace en triomphe est menée; Ce bras toujours vainqueur, ô fiere destinée ! Est ouvert par le fer d'un barbier rigoureux.

Mais quoi! je vay plaignant un coup peu dangereux. Et voyant vostre sang mon ame est eslonnée. Bien que par vos rigueurs la mort me soit donnée. Et que n'ayez soucy de me voir malheureux.

Je n'aime rien si fort que ce qui plus m'outrage; Mais las ! que le barbier n'en tire d'avantage. Si grande cruauté je ne sçauroy plus voir.

Doy-je espérer qu'un jour la pitié vous surmonte. Et qu'avecques mes pleurs je vous puisse esmouvoir, Vous qui de vostre sang faites si peu de conte?

Simulacres divins, flammes saintes et claires, Qui luisez dans le ciel de son front spacieux, Et, comme le soleil, par vos traits radieux Dissijiez la vertu des splendeurs ordinaires.

S'il est vray que tousjours les deux grands luminaires. Les flambeaux arrestez, ceux qui changent de lieux. D'une égale clarté luisent dedans leurs cieux. D'où vient que vos rayons soyent souvent si contraires?

Amour, père du tout, une fois seulement

I9i CLKONICH.

Lriir imposa do liiiiT, rt ilopuis cmistammnnt

Ils voiil gardant leur oidri' cl soiil luusiDiirs scinlilalilcs.

Vous, les S|)horf's d'amour, yeux, ('(dcsles llamlicaux, Luisez de cent façons divers et variables, Mais doux ou courroucez tousjours vous estes beaux.

Vous qui fuyez les pas du vulgaire ignorant, Et par maints grands labeurs gaignez la connoissance Des secrets de nature, admirable en puissance, D'entre les faussetez la vérité tirant,

S'il est vray qu'à son bien tout homme aille courant. D'où vient que je sois seul suivant ce qui ni'oflance'? D'où vient qu'en le sçacliant je n'y fay résistance, Mais que de mon bon gré je le vay procurant;'

Ou, si c'est mon vray bien que d'adorer ma dame. Pour quoy son doux regard n'appaise-t-il mon ame'^ D'où me vient tant de glace et de brùlans trespas?

S'ils naissent de la voir, comment se peut-il l'aire Que j'y coure à toute heure, ardant et volontaire, Et craigne moins la mort que de ne la voir pas'?

STANCES

Soit que mon haut désir trop pront et trop ardant M'offusque les esprits et les aille bandant, Soit que devant mes yeux sans cesse elle revienne. Soit que sa belle vruë ensorcelle la mienne. Ou bien soit que plustost le ciel, qui l'aime tant, Aille avecquc les ans ses beautez augmentant. Ou soit que de mes pleurs elle se face belle. Je luy trouve tousjours quelque beauté nouvelle.

Soit que son jeune cœur ne puisse cstre adoucy. Soit qu'aux pleurs et aux cris il devienne endurcy, Soit qu'elle n'ait pitié d'un tourment qu'elle ignore. Ou soit que comme femme elle liayt (|ui l'adore. Ou soit que mon penser lui semble audacieux. Soit qu'elle veuille voir comment brûlent ses yeux. Ou qu'elle soit d'amour l'ennemie immortelle. Autant qu'elle est parfaite, autant elle est rebelle.

Soit que d'un feu si beau j'aime à me consumer. Soit que le tans m'ait fait aux maux accoutumer. Soit que mon entreprise assez me recoinpanse, Soit que l'esprit s'obstine en trouvant résistance, Soit que le cours du ciel m'ait donné cette loy.

CLEOMCK. lOrj

Soit que mon mal s'oublie alors que je la voy, Soit que tant de beautez ne la monstrent cruelle, Plus elle est inhumaine et plus je suis fidelle.

Le feu de ses beaux yeux par les ans s'esleindra; Peut-estre après ma mort douce elle deviendra; Mais plustost l'air du nord fera chaude la glace, Le feu sera pesant, la terre aura sa place; Plustost les corps meslez seront sans changement, Plustost le premier ciel perdra son mouvement, Plustost se confondra la suite imivcrselle Que ma foy se corrompe ou j'adore autre qu'elle.

Pour alléger mon esprit languissant, Qu'Amour tenaille à secrettes attaintes.

De quoy faut-il que je face mes plaintes. Quand de hauts cris je vay l'air remplissant?

De moy? Nenny; car jestois impuissant Pour résister à deux deïtez saintes, Qui par la force et par leurs douces faintes Eussent rendu tout brave obéissant.

De mes yeux? Non; par eux je voy ma dame. Et d'elle? Moins; elle fait qu'en mon ame Tous bas désirs par son feu sont estains.

Amour aussi n'eust sçeu mieux me contraindre Que veux-je donc.' Rien, fors que je me plains Que je ne sçay de quoy je me dois plaindre.

CHANSON

Amour, oyant tant renommer La Venus qui me fait aimer, Entreprist vers elle un voyage; Tant il est désireux du beau !

Et se fit oster son bandeau Pour mieux voir si parfait ouvrage.

Alors ravy de tant d'attraits.

Et navré de ses propres traits :

« Sus. sus, dit-il, qu'on me rehande; Aussi bien, revolant aux cieux, 11 ne faut pas que je m'attande De voir rien d'égal à ses yeux. »

IM CLEONICE.

Quand jo, vous voy si hollo, à ma douce adversaire ! Je dy, d'estonncinont et d'amour transporté, Si ma llamme doit croistrc égale à sa beauté, Que sera-ce de moi? que faut-il (|ue j'espère?

Celle qui fut promise au Troyen pour salaire, Cause (lu long débat si souvent reclianté, Qui tint les (".recs dix ans autour d'une cité, N'avdit tant d'hameçons pour les hommes altraii-e.

Quand en la mer Pontique, eiraiit en maints destours, Le Danube orgueillrux vient descliarger son cours. Il rend long tans après douce l'humeur salée.

Vos beautcz tout de mesme, entrans dedans nuin creur, Destrempent doucement son amere langueur. Et parmy mes ennuis la liesse est meslée.

Pource que je vous aime à l'égal de mon ame, Je vous voy contre moy la haine entretenir. Or, si l'inimitié mon amour lait finir, Changeant de naturel, m'aimerez-vous, madame?

Mais en vain pour mon bien tel secours je reclame, Car vous pourriez plustost amante devenir, Que pour quelque accident qui me sçeust advenir, Je sentisse en l'esprit moins d'amoureuse tlame.

Le roc de vostre cœur, de glaçons remparé, Plustost s'éclatera d'un feu démesuré.

Que l'ardeur qui m'allume en rien soit consumée.

Et puis j'ayme trop mieux vous aimer sans espoir Que, ne vous aimant point, à mon gré vous avoir, Car l'amant est tousjours plus divin que l'aimée*.

Le rayon d'un bel œil llamboyant et léger, Passant comme un éclair, ma poitrine a percée Et par sa vive flamme, en mon cŒ'ur élancée,

Imité d'un sonnet ilalien qui commence par celte strophe

V nnio, Donna; e di nie sol percli' io v' amo, Non per altra cagion, nemica siele :

Dell ! se per sol amarvi odio m' havele, Gradirelemi poi s' io vi disarno?

CLEONICE. 197

N'a rien laissé dedans de mortel à purger.

Depuis vostre beauté s'y est venu loger, Trouvant la place vuide et sans nulle pensée, Et, pour toute la tlainine autour d'elle amassée, Sa glace et ses froideurs elle ne veut changer.

Peut estre afin qu'un jour, quand ma despoûille entière Sera réduite en cendre, et faute de matière S'amortira d'un coup mon triste embrasement,

Elle sorte du feu sans qu'elle en soit atteinte, Pour jetter, sacrilège, au vent ma cendre esteinte. Et sur mon ornbre encore avoir commandement.

Si vostre esprit divin, tout au ciel adonné. Un jour tant seulement s'abaissoit en la terre, Pour voir de quels liens vostre rigueur m'enserre. Assez je me tiendrois en mes mau.\ guerdonné.

Mais depuis tant d'hyvers que je suis enchaisné. Et que l'aveugle Amour coup dessus coup m'enferre. Vous ignorez encor de m'avoir fait la guerre. Et que, vaincu de vous, je sois si mal mené.

Ueconnoissez vos coups qu'autre ne m'eust sçeu faire, Reconnoissez les traits de vostre œil adversaire, Lt, piteuse, à la fin dites tout bas de moy :

« Le mal de cet amant ne vient que de me suivre; Par trop d'alfeclion il est mort dedans soy. C'est raison qu'en mon cœur je le fasse revivre. »

J'avoy creu que l'espoir du fruit que l'on désire Rendoit l'amour durable et lui donnoit pouvoir. Et q\ie le bien du tout impossible d'avoir' Se dasiroit sans peine et sans donner martire.

Je dure toutesfois, bien que, sous vostre empire, Rien, sinon des lourmens, je n'atlen recevoir. Et sens maintes douleurs mon courage esmouvoir, Tandis qu'à l'impossible aveuglement j'aspire.

11 est vray bien souvent que mon feu si brûlant, Faute d'un peu d'espoir, se fait moins violant, Et qu'il reste tousjours de la glace en mon ame.

Mais je ne laisse pas d'aimer et d'endurer ;

' I.p liien absolument impossible à obtenir.

lf»S CI.KOMCE.

El, s'il m'estoit permis en aimant d'espérer, Il n'y a rien en moy qui ne fust tont de llamo.

STANCES

Alors qu'auprès (le vous la fortune m'appelle, M'onvrant tous les tliresors que recèlent les cieux, Trop l'iiilile à conleinpler une chose si belle, Je me rourrouce à moy de n'avoir que deux yeux. Mais las ! c'est pour mon mal que j'en veux davantage, Car je ne voy que Irop ma perte et mon dommapfe.

Mes yeux sont assez clairs pour lire en vos beautez L'irrévocable loy de ma mort asseurée, F.t pour voir que trop haut mes désirs sont portez, Ayans l'aile tardive et foible, et mal cirée, Pour voir qu'à vos soleils leurs cerceaux se desl'ont, El que tont mon espoir comme neige se font.

0 misérable vu<" A pleurer condamnée!

Tu le vois, m;iitilenant qu'il n'en est plus saison, Kl tu ne le veis pas à l'heure infortunée (Jne par un doux re^Mrd tu vendis ma raison : Mais surprise et ravie, et d'amour afTollée, T'égayois en l'objet q>ii mon ame a brûlée 1

Fay donc de ton erreur maintenant pénitence^ rieurant les passions qu'au cœur tu fais sentir. Mais qui pourroit pleurer une si belle offance? C'est pécher doublement que de s'en repentir; Non, ne le faisons pas, mais monstrons au contraire Que ce malheur forcé nous est choix volontaire.

0 misérables yeux, aussi fous que dolans ! Oui vous fait aujourd'hui lâcher tant de fontaines? Sentez-vous plus qu'hier de douleurs et de paines, l'erdant de vostre jour les rais estincelans?

Ce que d'un mal nouveau les accez violans Vous cachent une fois, ses rigueurs inhumaines. Ses courroux, ses fieriez de froiileur toutes plaines. Mille fois sans raison vous le furent celans.

Et puis, quand vous seriez cent mille ans aupre> d'i-lle, Devez-vous espérer qu'elle en sr)it moins cruelle. Et qu'ayez à la fin favorables les cieux ?

Non, non, ne pleurez point deux ou trois jours d'absance; Pleurez le premier jour que vous veistes ses yeux, Qui de tons vos malheurs fut la seule naissance.

Je pars, non point de vous, mais dp moy seuleniPiit, Car je laisse mon ame afin qu'elle vous suive; Et ne vous estonnez que sans ame je vive. Amour me l'ait mouvoir par son feu véhément.

.le ne vous laisse point à ce département, liien que vous présumiez n'estre jamais captive; Car je vous porte au cœur si belle et si naîfve, (jue n'avez rien en vous qui n'y soit vivement.

Mais pourtant ma douleur n'est par là divertie, Car j'emporte de vous cette seule partie, (jui rafraîchit ma perte et l'en fait souvenir.

l'uis je crains d'autre part, sachant votre rudesse, (.lue vous receviez mal l'ame que je vous laisse, Kt que vous ne vueillez avec vous la tenir '.

DIALOGUE

Que sera-ce de vous, privez de la lumière, Pauvres yeux, dont le ciel vous contraint séparer?

— .Nous ferons de nos pleurs une large rivière, Et serons tousjouis clos si ce n'est pour pleurer.

Vous aurez pour confort la pourtraiture sainte, Qu'amour en mon esprit viendra représenter.

— Au cœur tant seulement servira cette fainte. Mais rien, sinon le vray, ne nous peut conforter.

Cherchez doncques ailleurs plaisir qui vous contente. En tant d'objets divers, si plaisans et si beaux.

— Lors que nous l'essayons, nostre douleur s'augmente, Ti ouvans au lieu de jour de bien petits (lambeaux.

Trornpez-vous, et croyez de ces lumières claires Que c'est le beau soleil qui vous peut consoler.

— On ne se tromiie point en choses si contraires, Et nous ne voyons rien qui le puisse égaler.

Quel ciel noircy de pluye, ou quel nuage espais. Quel désert séparé, quel antre assez sauvage,

triiil>'- d'un sonnet italien qui débute ainsi :

Parlo, nnn pià di voi, pero che unila Con voi r,din.i ritnan, m.i da me sli^sso; Ne VOI restait', cli' io non pur da presso Vi porlo. ma nel cor viva c scolpila.

■200 CI. KO M ci:.

Mcroccllf, inhumain, l'air do vo. Itoau visapn,

Qui plcMivoit en mon cœur tant ilo foux et do traits?

Qui m'as si lost chanjjé mou repos et ma paix Ku guorro el en discord, mon tans caimo en orage? Qui do tant de fureurs a comblé mon courage? Amour, conle-lc moy. Las! cruel, tu te tais.

Que je vo\is porte envie, o bois! ô monts! ô plaines! Hé ! que ne l'ail le ciel pour adoucir mes paines, Qu(! je sois parmy vous en oysoau transmué,

En arbre, en (leur, en roc, en fontaine cliampestio? 11 ne m'en chaut en (pioy, pourveu que je puisse esire Plus souvent esclairé des yeux (jui m'ont tué.

XMII

Do ces yeux rigoureux, où ma mort se peut lire, Contre ma volonté le ciel me tient absant. Je diroy pour mon bien, si mon cœur languissant Trouvoit quelque allégeance au feu (jui le martiie.

La fin d'un de mes maux est naissance d'un pire. Mon espérance est foible et mon désir puissant, Tandis, fieres heautez, qui m'alioz meurtrissant, Soit mon bien ou mon mal, sans (in je vous désire.

Clairs miroirs do mon ame, yeux dos miens tant aimés, Qui, si loin de mon cœur, tousjours le consommez,- Roses que le soleil ne peut rendre seichées,

Filets d'or, chers liens de mes alfoctions, Et vous, beautez du ciel, grâces, perfections, Helas! pour tout jamais me serez-vous cachées?

Demain j'espère voir la beauté qui m'affole, Et cet œil gracieux mon superbe vainqueur : Voir cette vive glace et m'en brûler le cœur, Et ravir mes esjjrits en sa douce parole.

Mais, ah Dieu ! que lo tans légèrement s'envole. Alors qu'en la voyant j'adoucy ma langueur! Et qu'lielas' au contraire, il est plein de longueur. Quand pour en estre loin je pleure et me désole !

Que dy-je, en estre loin? je la voy sans cesser. Et suis tousjours auprès du cœur et du penser : Car si la nuict cruelle au soir m'en fait distraire.

Mon esprit amoureux ne part point de ses yeux. Comme le beau soleil ne part jamais des cieux. Bien qu'il coure en tournant l'un et l'autre hémisphère.

CHANSON

U beaux ennemis de mon cœur, Yeux, les boute-feux de nos âmes, Que vous estes pleins de rigueur !

Vous n'aimez que meurtres et fiâmes.

Vos traits, de ma mort glorieux, Blessoient de bien plus douce sorte, Quand l'espoir riant à mes yeux, De mon cœur vous trahit la porte.

Trompé, je me soumis à vous, Lors privez de toute rudesse.

Mais, las! pouviez-vous estre doux Estans les yeux de ma maistresse?

Helas! que veux-je faire? A quoy suis-je réduit? Quel malheureux destin ma fortune dispose? Quel bandeau ténébreux rend ma paupière close? Quelle erreur furieuse à la mort me conduit?

Le pauvre laboureur scme en espoir de fruit; Tout discours, tout effet a pour but quelque chose ; Je suis seul malheureux, qui lien ne me propose Qu'ennuy, perte, regret du dieu qui me séduit.

Des fortes mains d'Hercul' veux-je arracher la masse? Humilier un tigre? échauffer de la glace? Non, il faut par raison corriger ma fureur,

Et des griffes d'Amour retirer nostre vie : Si celle que je sers en a si grande envie. L'aimant sans espérance, aimons-la sans douleur.

On lisoit en ses yeux une paix éternelle. Lors qu'en sortant du ciel sa beauté m'appanit; Et mon jeune désir follement y courut, Comme un gay papillon au feu de la chandelle.

Jles travaux endurez, ma liberté nouvelle. Mes desseins, mes sermens, rien ne me secourut; Soudain tout me trahit, se rendit ou mourut. Dieux ! comme une rigueur peut-elle eslre si belle?

Depuis je n'ay vescu que comme elle a voulu. Bandé contre moi-mesme, à ma mort résolu, N'esprouvant que tempeste en la mer plus paisible.

Au gré des passions contrairement poussé.

Las! fussi'î-je une roclu; en iitielcjuc inoiil i;lat<'', Sans eslrc à tant de feux si vif cl si sensible !

Echo, nymphe jadis d'amoureuse nature, Qui n'est rien maintenant qu'image de la voix. Et qui dans ce val creux, caché d'un peu de bois, D'air et de bruit lasché prens vie cl nourriture,

Si tost que je me plains du tourment (juc j'endure, Pour avoir désiré plus que je ne dcvois, Tu m'annonces mes maux, laschanl si tu pouvois Me diviM'tir de suivre une beauté si dure.

Quand en me souvenant du mal quej'ay passé, Je dis : Mais que seray-je ayant tant jiourchassé'^ Chassé, me respons-tu d'un accent lamentable.

Et quand plus rurieux du cours de mes rnallicurs. Je demande : lié! comment finiront ces clameurs? Meurs, est lors de ta voix l'oracle irrévocable' .

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