XL VI
La ^'arnison d'ennuis, qu'Amour fait demeurer En mou cœur pour sa garde, est si grande et si forte, Qu'il ne faut avoir peur qu'un seul soupir en sorte, ^'e qu'il puisse en ses maux seulement respirer.
Si quelque heureux plaisir se veut avanlurer D'approcher de mon cœur, afin qu'il b; conforte, Il esprouve à son dam qui! se faut retirer; Car s'il veut passer outre, on le tuë à la iiorte.
Le desespoir sanglant, capitaine inhumain, Sans jamais se lasser, tient les clefs en la main. Et ne lait rien entrer que du party contraire.
Tous pensers gracieux il en a sçeu bannir; Mes esprits seulement n'oseroient s'y tenir, S'ils n'estoient affligez et comblez de misères*.
' Imité d'un sonnet italien qui commence par cette strophe ;
Già ninfa, or voce da le membra scossa, E da la voce altrui conforme imago, Ohe lr:i riposte valli, d'aere vago Sol vai prendendo nulriiiiento e possa, etc.
>! Imité d'un sonnet italien dont voici les premiers vers: E si folta la scliiera de' martiri, Clie in guardia del mio petto ha posti Amore, Che é tollo altrui l'enlrare e l'uscir fuore, Onde si niuoion deniro i suoi sospiri.
CLEONICE. '203
A peine un doux printans commen(,'oit à pousser Le |ioil, au lieu de tleuis, au bas de mon visage, Quand, ainsi qu'un soleil sans nuë et sans ombia^^c, Vostre œil vint sa lumière à mon ame élancer.
Ses rayons gracieux, luisans sans m'offenser, EschaufTerent un tans doucement mon courage : Mais, comme il poursuivit plus avant son voyage, De mille feux ardens je me senly presser.
Alors vint mon esté, qui, las! encore dure, Dont le chaud fit mourir mon espoir en verdure, Sans que je puisse voir un seul de ses fruits meurs ;
Et croy que de tout point il eust séché mon ame, N'estoit qu'incessamment je tempère sa flame Des vens de mes soupirs et des eaux de mes pleurs.
Je porte plus au cœur d'amour et de tourmens. Qu'on ne voit dans le ciel de luisantes images. D'eaux en mer, d'herbe aux prez, de sablons aux rivages, Qu'un siècle n'a de jours, qu'un jour n'a de momcns.
Ma bouche n'ouvre pas moins de gemissemcns, Je ne celé en l'esprit moins de feux et d'orages. Mes yeux ne laschent pas moins d'humides nuages, Et moins mon estomach de brasiers vehemens.
Enire tant de sujets, de vaincus, de rebelles, Qu'Amour a fait gesner en ses Chartres cruelles, Je suis le plus maudit et le plus languissant.
11 a changé pour moy toute douce nature : Aux autres d'espérance il donne nourriture. Et de pur desespoir il me va repaissant '.
Qu'avançé-je en l'aimant, sinon que je fay perte De moy, de mes soupirs, de mes pas, de mon tans? llelas! que ne sont donc mes désirs moins consUuis,
Iinilé d'un sonnet italien qui débute ainsi :
Non lia lanle, quant' io pêne etormenli, S telle il ciel, l'aere augetli e pesci l'onde, Fere i bosclii. erbe i piali e i rami fronde, Giolni gli anni, liore idi, l'iiore momenti.
•201 i; LE II M Cl:;.
^aIls (lu'ainsy ji' iii'élaïu'o à ma mort toute ouvcitc!
l.a iloiilcur (1110 pour cWc m trois ausj'ay soiilVortc, I.Vnnuy scrliaiit mim teint on sou plus doux prinlans, A l'onvy de ma l'oy mes douleurs augmcnlans, l.a pitié (le son amc assez, m'ont d(!eouverte.
J'ay tant versé de pleurs (pi'un marbre en fust cavû, Dessus nu diamant mon mal j'eusse engravé; i'.l.je n'avance rien, tousjours elle est cruelle!
Ke i)ropre d'un sujet sans le sujet ne faut, Le feu ne seroit feu s'il cessoit d'estre chaud, S'elle cstoil sans ri^'ueur ce ne seroit plus elle.
LU
Si la vierge F.i'ygone, Andromède et Cythere, Astres pleins d'amitié, bénins et gracieux, Font le ciel plus aimable et l'embellissent mieux Que le noir scorpion, l'hydre et le sagittaire :
Pourquoy ne changez-vous ce courage adversaire? Pourquoy ne sont plus doux vos propos et vos yeux? Pourquoy, vous adorant, m'estes-vous si contraire? Pourquoy me rendez-vous malade et furieux?
Quand vous m'aurez tué pour vous avoir aimée, Vous serez par les dieiix en astre transformée, Haineux, rouge de sang, d'orgueil et de fureur;
Et tous ceux qui sçauront ma mort non méritée, Diront en vous voyant : 0 tlambeau plein d'horreur Tousjours des vrays amans soit ta llame écartée!