‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 80 sur 150 · POUR UN MAL D'YEUX · texte numérisé non relu

POUR UN MAL D'YEUX

Que je vous plains, ô mes beaux adversaires ! Astres divins, roys des cœurs et des yeux. Venus jalouse et le soleil des cieux Cachent le jour de vos flammes si claires.

L'aveugle enfant dont ma peine est venue, De son bandeau vos rayons tient couvers; Mais leur clarté luit et flambe au travers, Comme un éclair se fait jour par la nnë.

Phœbus, Amour ou Cyprine la belle De vos beaux yeux n'obscurcit la couleur; Non, c'est le ciel, touché de ma douleur, Qui veut punir leur mauvaistié cruelle.

Car sa faveur ne leur avoit donnée, Tant de clartez, tant d'amours, tant d'appas, De traits, d'altraits, pour causer mon trespas, Brillant une ame à vos loix destinée.

Repentez-vous, et, changeant de pensée, Soyez plus douce au cœur qui n'est qu'à vous; Tout aussi-tost le ciel vous sera doux, Chassant le mal dont vous estes pressée.

0 ciel clément! si juste est ma prière,

' Iniilé d'un sonnet italien qui commence par celte stroplie :

Poi ch' liai ciel sangue mlo sete si Jiiilenle, I'., percir io mora, o morte acerba e ria, Sei raossa per ferir la Donna mia Con velenoso stral fiero e pungente.

20ti CLEO M CE.

Guary sa vciir- et liiy lilossp 1p enriii-, Mcsnio à sps youx (loiuio iiliis ilo lnniicic, A celle lin de mieux voir ma langueur.

La hoanlé de nostre âge à nulle antre égalée, Par qui le roy des cœurs son empire maintient, Languit dedans im lict, et la cour désolée; En crainte attenil la lin du mal qu'elle soustient.

.-Vuiour, que penses-tu? quel bois, quelle vallée De Cypre ou d'Amathonle en ce tans te relient? Ne connois-tu, pavivret, que son mal t'appartient, Et que ta destinée en la sienne est meslée?

Nous devons bien tous deux avoir l'esprit transi En ce courroux du ciel, qui nous menace ainsi De voir dés le matin nostre clarté ravie.

D'autant (jue si ce mal d'elle est victorieux, Tu perdras ton empire et je pcrdray la vie : Car mon cœur et tes traits logent dedans ses yeux.

STANCES

En fin les dieux bénins ont exaucé mes cris ! La beauté qui me blesse, et qui tient mes espris

En langueur continue.

Languit dedans un lict d'un mal plein de rigueur; Son beau teint devient palle, et sa jeune vigueur

Peu à peu diminue.

Plus grand heur en ce tans nepouvoit m'advenir Une heure en son logis on ne l'eust sçcu tenir,

Elle eust fait cent voyages.

Aux festins, aux pardons d'un et d'autre costé. Et chacun de ses pas au cœur m'eust enfanté

Mille jalouses rages.

Pour le moins tant de jours qu'au lict elle sera Nonchalante de soy, ma frayeur cessera ;

Car ceux qui me font crainte, D'approcher de son lit n'auront pas le pouvoir, Et peut-estre le tans qu'ils seront sans la voir

Rendra leur llarnme esteinte.

Mais, las ! une autre peur va mon cœur désolant ! Je voy qu'elle allbiblit, et son mal violant

D'heure en heure prend anie :

La force luy défaut à si grande douleur. Les roses de son teint n'ont pas tant de couleur,

Ny ses yeux tant de llame.

rLF.OMCE. 20T

Eh bien! elle mourra. M'en faut-il tourmenter? Rien de mieux en ce tans je ne puis souhaiter ;

Car s' elle m'est ravie, Et que pour tout jamais son œil me soit couvert, Mon cœur a tant d'ennuis ne sera plus ouvert, Sa mort sera ma vie.

Je n'auray plus l'esprit de fureurs embrasé, Mon lict ne sera plus si souvent arrosé.

Et la nuict solitaire Ne m'orra tant de fois les hauts cieux bldsphemer. Ni la loy des destins qui me force d'aimer, Quand moins je le veux faire.

Si tost que son beau corps sera froid et transi. Sur le point de sa mort je veux mourir aussi,

La sentence est tlonnée; Car ma vie à l'instant de regret finira, Ou par glaive ou poison du corps se bannira Mon ame infortunée.

Avec ce dernier acte à tous je feray voir Que moy seul, en vivant, meritoy de l'avoir

Pour mon amour fidelle :

Car de tant de muguets, qui l'aiment feintemont. Je suis seur que pas un, fors que moy seulement. Ne se tùra j)Our elle.

Tous mes maux prendront cesse en ce commun trespas. Je ne douteray * plus que jamais icy bas.

Son cœur de moy s'esliange; Et j'aime trop mieux voir nostre mort arriver Que, si vivans tous deux, je m'en voyois priver Par un malheureux change.

0 mort, haste-toi donc! fay ce coup glorieux, Et de ton voile obscur couvre les plus beaux yeux

Que jamais fil nalure :

Sépare un clair esprit d'un corps parfait et beau. Tu mettras avec elle Amour et son flambeau Dedans la sépulture.

Las! en parlant ainsi, je sens soudainement Un spasme, une foiblesse, un morne estonnement,

Qui pallit mon visage; Ma langue s'engourdit, mes yeux sont pleins d'horreur; Puis en moy revenu, despitant ma fureur, De ces mots je m'outrage :

0 méchant que je suis, ingrat et malheureux ! Je ne mérite pas d'estre dit amoureux,

208 CI.F.ONICE.

J'ay l'amf! ti'op cruollo :

Chacun veut de sa dame allonger le (testiu, r.t nioy je fay dos vœux pour avancer la fin

D'une qui m'est si belle.

11 r;int liicn que la rage ait iiouvoir dedans moy, 1.1 (|ui' le tronlileinent, (|ui uic donne la loy,

Soit d'une eslrange sorte, (Juand, vivant tout eu vous, o mon mal hien-aimé! N'ayant jour que de vous, par vous seule aninu'-.

Je vous souhaite morte.

Mais plustost les hauts cieux et tous les élemens, Soient remis pelle-melle en confus hrouilloineus,

Le sec avec l'humide ; IHiissent tous les humains sans remède finir, Ains que je voye. helas! vostre mort advenir,

0 ma belle homicide !

Il est vray que pour vous j'ay beaucoup enduré, J'ay porté le regard et l'esprit égaré,

J'ay eu la couleur sombre :

J'ay pleuré, j'ay crié, mais souvent sans raison. Car j'estoy si troublé de jalouse poison.

Que je craignoy mon ombre.

Tuisquand tous ces soucis pour vous m'iroient suivant, F.ncore aux ennemis on pardonne souvant.

Quand leur fin est prochaine; Joint qu'un trait de vos yeux doucement élancé. Et vos propos si doux m'ont trop recompensé

De tant et tant de peine.

0 dieux, qui d'icy bas les destins gouvernez, Et qui des supplians les malheurs destournez.

Oyez ce que je prie !

Rendez saine ma dame avec un pront secours. Et, s'il en est besoin, retranchez de mes jours

l'our allonger sa vie.

El toy, dieu cynthien, qui fais tout respirer, Si dés mes jeunes ans on m'a vu t'adorer.

Viens alléger ma dame; Chasse au loin sa langueur, rens luy son teint vermeil ; Soleil, tu aideras à cet autre soleil,

Qui esclaire en mon ame.

Que ne suis-je endormy durant l'obscure nuicl. Qui retient mon aurore et la cache à ma vue! 0 plaisir peu durable! o douleur mal previu"!

r.LEONiCE. -iO;»

Celles riieur des humains comme un songe s'enfuil.

L'image de ma perte en tous lieux me poursuit, Et du plaisir passé le souvenir me tuë. Las! divine beauté, qu'estes-vous devenue? Je suis par vostre éclipse en ténèbres réduit.

Je ne sçay que je fay, je ne sçay que je pense ; Si fay, je pense en vous, dont l'ennuyeuse absence Me laisse accompagné de regret et d'esmoy.

Sans cœur, sans mouvement, transi, muet et blesme, Pievenez donc, mon tout, pour me rendre à moy-mesme; Car, en vous esloignant, vous m'ostnstes à inoy.

DU rREMIERJOin D'OCTOlinE.

Amour, s'il t'en souvient, c'est la troisième année. Le jour mesme et le point qu'à toy je fus soumis, Et que le beau désir d'un bien qui n'est permis Rendit ma liberté de nouveau l'enchainée.

Ilelas! à quels travaux ma vie est condamnée ' Je semé au vent mes cris, sans espoir je gémis, Mes yeux trop désireux, ce sont mes ennemis, Ma nef sans gouvernail s'égare abandonnée.

Dieux ! qu'une grand' beauté de grands maux me causa ! Mon sang se gela tout, mon esprit s'embrasa. Je perdy la raison, la force et le courage;

Je devins papillon à ses yeux me brûlant, Je vescu salemandre en feu si violant.

Et fus caméléon à l'air de son visage.

Cesse, ô maudite main ! cesse, esprit insensé ! Trop pronts à mes malheurs, d'inventer et d'écrire. Puis que l'œil qui me tient esclave à son enipiic. De vos labeurs s'offense et se rend courroucé.

Quand des flammes d'Amour je seray trop pressé. S'il faut pour n'estoulTer qu'en mes vers je soupire, Plaignons tant seulement l'aigreur de mon martiro. Et taisons de tout point celle qui m'a blessé.

Encor, pour n'irriter cette flere déesse, La nuict, seul à mon lict, j'ouvriray ma tristesse, Escrivant et tirant de mes yeux maint ruisseau ;

Et ce lict, seul témoin de mes maux incurables,

'210 CI.KONICE.

Soia lin tant d'rsi rils, mes cnfans misérables, Tout en un iiicsiiH' l;ms la toinbo ol le JK'iccau.

Puissent tousjoMi'.s durci' les ennuis si cuisans, Dont ma bouche aux rej,M-ets sans relâche est contrainte, l'uis qu'il semble à mon ame, en cent chaînes eslrainte, Que sa rame et ses fers n'en sont pas si pcsans.

La iiuict est ma lumière, et mes jours plus luisans. Ce sont tristes horreurs, pleines d'ombre et de crainte; Mon repos gist à faire une éternelle plainte. Et les lieux de ])laisir me sont tous déplaisans.

Ne me laisse donc point, ô dolente pensée! Renais ainsi qu'une hydie en mourant renl'or^'ée, Et ne souffre mon œil de larmes s'épuiser.

Car d'ennuis et de pleurs sans plus je me contente, Le soupirer m'est paix ; aussi c'est mon attente, Hue l'extrême soupir seul me doit appaiser.

Vers, engeance maudite, ingrate à vostre maistre, Qui serviez d'affoler mon esprit langoureux, Et qui par vostre son, plus ou moins douloureux. Faisiez de mon esîat la fortune connoistre ;

Puis que des ceps d'Amour la raison rne dépcsire, Et le pouvoir tyran d'un œil trop rigoureux. Vous serez la victime, ô mes vers malheuieux ! Pour offrir au démon, qui libre me fait estre.

Amour, au lieu du cœur qui t'estoit immolé, Tien, brûle ces papiers; tu l'as assez brûlé! Passe icy ton courroux, je t'offre ame pour ame.

Ils sont enfans du cœur, respirans et vivaus, Et ne font qu'estonner tes fidelles servans, Se plaignant sans cesser des rigueurs de ta (lame.

Puis que tous les malheurs sont pour moy destinez. Puis qu'avec le desdain ma constance est forcée, Puisque ma foy se voit d'oubly recompensée, Et mes yeux pour jamais à pleurer condamnez, / Je te sacre, ô Vulcan ! ces vers infortunez,

Geste main malheureuse et ceste ame insensée. Vange-moy de moy-mesme, et la flamme élancée

CLEOMCE. 2tl

Fasse que proiitement ils soient exierminez.

Mais je me doute fort que ces vers et ceste ame, Accoustumez au feu, ne craignent point ta flaine, Et que tous tes efforts n'y profitent de rien.

Brûle sans plus les vers et la main malheureuse, Dieu Vulcan, si tu peux; quant à l'ame amoureuse, Laisses en faire Amour, il la brûlera bien.

Je verray par les ans, vengeurs de mon martire. Que l'or de vos cheveux argenté deviendra. Que de vos deux soleils la splendeur s'esteindra. Et qu'il faudra qu'Amour tout confus s'en retire.

La beauté qui, si douce, à présent vous inspire, Cédant aux lois du tans, ses faveurs reprend la ; L'hyver de vostre teint les fleurettes perdra. Et ne laissera rien des thresors que j'admire.

Cet orgueil desdaigneux qui vous fait ne m'aimer, '" En regret et chagrin se verra transformer. Avec le changement d'une image si belle

Et peut estre qu'alors vous n'aurez déplaisir De revivre en mes vers, chauds d'amoureux désir, Ainsi que le phénix au feu se renouvelle.

Cent fois tout courroucé de voir que mes escris N'ont peu rendre à m'aimer vostre cœur plus facile : Jettons, ce dy-je, au feu cet ouvrage inutile, Aux destins de son maistre il doit estre compris.

Puisque tant de labeurs, de soupirs et de cris. Tous ont esté semez en terroir infertile, J'en veux brûler l'histoire et suivre un autre stile. Ce n'est que trop chanté d'Amour et de Cypris.

Vostre injuste rigueur me pousse à cet outrage; Mais de les mettre au feu je n'ay pas le courage. Voyant vostre beau nom en mille endroits semé.

Donc qu'ils restent vivans, puisque la mésme flame Feroit aussi mourir les honneurs de ma dame. Il suffit que sans eux je sois seul consommé'.

' Iiiiilé (l'iiji sonnel il:ilien qui coiiimeiice par ceUe strophe S'alçiina voila avien ch' io arder tente Le rime mie, clie senza haver giovato A porre in voi pielà, m' lianno acquistalo. Pin cfie fama futura, Oflio présente.

2^ r.i.KOMCi:,

Le sprain de mes jours commence à se troubler, Mou esprit délivré retourne à la contrainte, lU raninureuse ardeur, que je pensois cstainle, Iiei)iend nouvelle vie et se veut redoubler.

l'ren f,'arde A loy, mon cœur, mets peine à rassemMiT Ta raison (jui s'éfjareet fait place à la crainte; Tourne ailleurs les désirs, sans qu'une œillade l'ainle De lant de vravs ennuis vienne plus le combler.

Ke le rembar(iue point sur une mer de larmes. Meurs i>his tost au combat que de lendre les armes, r,l que le seul desdain ait jiouvoir dedans toy.

Las! je le veux assez, j'y consens, je l'approuve. Je ne sçay quoi pourtant de plus puissant se trouve, (Jui derecliefm'enchaisne et me donne la loy.

Chercher depuis trois jours à vivre en solitude. Me cachant de tous ceux que j'aimoy paravant; Rêver lorsque je parle et soupirer souvant. Et des livres d'amour faire ma seule estude ;

La nuit, me plaindre au lict que la plume est trop rude, Accuser le soleil si lent en se levant. Fonder mille desseins sur le sable mouvant, Et n'abhorrer plus tant le nom de servitude;

Repenser cent fois l'heure un semblable penser, Pour les ombres du faux la vérité chasser. Me plaindre et ne sçavoir ((u'aucun mal je soutienne;

Trouver comme un nectar mon pleur délicieux, Et n'avoir qu'un image en l'esprit et aux yeux, Font signe encore en moy de la flamme ancienne.

Beaux yeux, par qui l'Amour entretient sa puissance, Qui vous juge mortels se va trop abusant. Si vous estiez mortels, vostre esclair si luisant Ne me rendroit pas dieu par sa douce inlluance.

Donc vous estes divins, et tirez vostre essance De l'éternel Amour, l'univers mailrisanl. Mais d'où vient, s'il est vray, vostre feu si cuisant? Car ce qui vient du ciel ne peut faire nuisance.

Voilà comme en l'esprit de vous je vay pensant.

CLEONICE. -21'

Puis en fin je resouls que le ciel tout puissant Vous a faits ainsi beaux, clairs, fiers et pitoyables,

Non pas que l'âge ingrat mérite de vous voir, Mais afin de monstrer qu'il a bien le pouvoir De former des soleils plus que l'autre admirables.

Vrais soupirs, qui sortez de la llamme cruelle Dont mon cœur amoureux est ceint de tous costez, Allez, et de vostre air chaudement évantez Ce beau sein où la neige en tous tans est nouvelle.

Faites par vostre ardeur que le froid se dégelle, Qui nuit au doux printans de ses jeunes beautez. Et puis d'un petit bruit bassement lui contez Combien de fois le jour je vais mourant pour elle.

Vous luy direz ainsi : INostre esprit eiiflamé Sort du feu de vos yeu.v dans un cœur allumé ; II est vostre, madame, et rien ne peut l'estaindre.

Pourtant recevez-nous. — Lors, entrans peu à peu, Faites tant qu'à la fin elle brûle en son feu, Et connoisse à l'essay si j'ay tort de me plaindre '.

LXVHl

Que d'agréables feux, que de douceurs amercs Retire en mon esprit vostre œil, mon beau vainqueur! Cypre, Papbos, Eryce, .-imathonte et Cytlieres Ne logent tant d'amours que j'en ay dans le cœur.

Je veux mal aux destins, dont les loix adversaires M'ont si tard fait sentir vostre aimable rigueur; Le tans vescu devant ne m'estoit que langueur. Et mes plus clairs objets des horreurs solitaires.

A cet heur maintenant bien que tard destiné. Je me vante entre tous l'amant plus fortuné, Et pourveu que le sort ne rompe mes liesses,

Gardez pour vous le ciel, sainte troupe des dieux, Beuvez vostre nectar, caressez vos déesses ! Mortel, je ne seray sur vostre aise envieux.

* Imité d'un sonnet italien qui commence par ces vers :

Itene, û miei sospir, ch' accesi in quella Fiamma amorosa siete, ù vive il core, Di cui non so se in altro amante Amore Pii'i degna accese, o più suave, o bella.

Ma l>ellc cl clipre mort, pourquoy me tuez-vous, Doutant i-uutie raison de ma foy pure et sainte? llelas ! c'est moy, mon cœur, (|ui seul dois avoir crainte, Quand je vois vos beaulez admirables de tous.

Tant d'amours, tant d'attraits, rigoureusement doux, Ce teint, ce ris, ce front où la (;iace est emprainle, Et ces beaux niiïuds cliatains, dont si fernu! est l'clrainle. Sont assez de sujets pour me rendre jaloux.

Laissez-moy donc tout seul avaller ce bi-uvage, F.t croyez qu'en l'esprit je n'ay que vostre image, Je la sers, je l'adore, à toute heure, en tous lieux.

Je jure vos beaulez et vos grâces parfaites. Que je ne suis plus rien que tel que vous me faites Et que je vy sans plus comme il jilaist à vos yeux.

CHANSON

Ilclas! que faul-il que je fasse Pour monslrer (|uel est mon airiour.

Quand brûlant pour vous nuicl et jour.

Vous pensez que je sois de glace ?

Afin d'avérer toute fainte, Ouvrez mon cœur que vous avez, Et mes vœux plus ne recevez Si dedans vous n'estes empreinte.

Mais, pour y graver autre image, Le trait d'Amour n'est assez fort :

Elle y sera jusqu'à la mort, Et plus, s'il se peut davantage.

Mes désirs de vous prennent vie.

Et cet heur les rend glorieux ; Asseurez moy de vos beaux yeux.

Amour et Venus je deffie.

Il a bien fallu, ma déesse.

Que mon cœur fust de diamant.

Pour durer au feu vehemant Et aux co\ips de vostre rudesse.

Non, il n'en est point sur la terre Qui garde en l'esprit tant de foy; Je n'ay rien fragile de moy, Que mes courroux qui sont de verre.

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