CI.EOMCE
Vous m'avez tant appris à langnir misérable, Je suis à vos courroux si fort accoustumé, Que, quand aucunes l'ois vous m'estes favorable, Je ne puis m'asseurer d'eslre de vous aimé.
Mon cœur tremble tousjours, bien qu'il soit enflamé Et qu'il brûle en hyver d'une ardeur incroyable; Ma foy, comme mon mal, en tous tans est durable, Mais des ailes d'Amour mon bien est emplumé.
Les heures sans vous voir me sont longues années, i es ans que je vous voy me sont courtes journées, l'rez et loin toutesfois je meurs d'affection.
Je pleure et suis contant, je m'asseure et soupire, Ne sçachant que je veuv, je sçay que je désire. Et l'heur comme l'ennuy me donne passion.
Se fascher des propos d'un amant courroucé, A qui l'accez du mal fait tenir ce langage; Et prendre garde à luy comme s'il estoit sage. Monstre que vostre esprit d'amour n'est point blessé.
Las ! noslre égal désir en vous estant cessé, Tousjours plus ardamment me dévore et saccage ; Et c'est ce qui m'affole et me comble de rage De voir vostre cœur libre et le mien enlacé.
Encore, au lieu de m'estre et douce et salutaire. Vous mettez sans pitié le feu dans mon ulcère, Et contre un furieux vous entrez en courroux.
Las ! par trop vous aimer j'ay cette frenaisie ; Tousjours l'excez d'amour se change en jalousie. Quand j'aime tièdement, je ne suis point jaloux.
Las 1 tempérez un peu ce despit embrasé, Qui fait naistre en mon cœur tant d'émeutes soudaines. Les fieriez de vostre œil ne sont moins inhumaines Que douce est sa lueur, lors qu'il est appaisé.
Quel serment, non de pleurs, mais de sang arrosé, Peut rendre en vous servant mes paroles certaines, Puis qu'avec tant de foy, de constance et de peines, Vous croyez que n.ion cœur soit traistre et déguisé?
Si j'aime autre que vous, qu'eu vivant je^anguisse,
Kl (l.lili.N ICI,.
Kt, furapiTs mon trospas lo plus cruol sujjplici;
Oui soit ilaus 1rs onfcrs soniblo trop doux jiour nioy.
I^as! Jo u'aiino que vous, tiy no, le sçauroy faire : Soyez donc aussi pronte à ^'uordomier ma foy, Coiiinie vostrc rigueur fut )ironle à ino dcsfairc.
Qu'on ne mo prenne pas pour aimer ticMJemant, Pour fjarder ma raison, pour avoir l'ame saine. Si, conmic une baeehante, Amour ne me pounnaiuc Je refuse le titre et l'honneur d'un amant.
Je veux toutes les nuicts soupirer en dormant, .le veux ne trouver rien si plaisant que ma peine, N'avoir goutte de sang qui d'amoiu' ne soit pleine. Et, sans sçavoir pour quoy, me plaindre incessanmiant.
Mon eœ.ur me desplairoit, s'il n'estoit tout de flame; L'aise et le mal d'amour autrement n'ont point d'amc. Amour est un enfant sans prudence et sans yeux.
Trop d'avis et d'égard sied mal à la jeunesse : Aux conseillers d'estat je laisse la sagesse. Pour m'en servir comme eux, lors que je scray vieux.
Le jour malencontreux que mon ame peu sage Joiia pour un regard l'aise et la liberté, .le ne me doutoy pas qu'une jeune beauté liecelast un cœur double, inlidelle et volage.
Les serpens venimeux, naiz pour nostre dommage Au lieu plus chaud d'Afrique et jtlus inhabité. Dés le premier abord font voir leur cruauté ; L'œil et le port des ours est témoin de leur rage;
Le contraire en vous seule a trahi mon repos, Car vos gestes si doux, vos yeux et vos propos >e respirent que joye et douceur amiable.
Je te puis, ô Nature! à bon droit accuser : Tu luy devais donner, pour ne nous abuser, Ou le cœur plus bénin, ou l'oeil ]ilus effroyable.
Nuict, mère des soucis, cruelle aux affligez. Qui fait que la douleur plus poignante est sentie, Pource que l'ame alors n'estant point divertie, c/; e donne toute en jiroie bux pensers enragez.