‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 9 sur 150 · I.XXIl PHILIPPE DESPORTES · texte numérisé non relu

I.XXIl PHILIPPE DESPORTES

loutcs SCS qualités lui ajjpai tcnainil. Aus!>i la f'oiinr la plus spéciale aux éciivains méridionaux lui a-l-elle élé ]>cai avantageuse. Ses sonnets ne valent pas ses élégies, dialogues, stances, prières et chansons. On en citeiail avec peine qnalie ou cinq oi'i ne minaude pas l'afTcclalion italienne. Kous avons transcrit le morceau que lui dicta son bon sens contre 1< s femmes intéressées qui cliercliaient à le séduire pendant sa ■vieillesse. Les meilleurs ne jiortent aucune trace d'imitation- ' Une belle dame lui ayant redemandé ses lettres d'amour, il lui écrivit sur-le-champ cette réponse, dans laquelle palpile un sentiment véritable :

l.fllres, le seul repos de mon àiuc a^;ilée, Hélas ! il le faut donc me Séparer de vous, Et que par la i igucur d'un injuste lourroux Ma plus belle richesse ainsi me soil osiée.

Ha ! je moui ra, pluslosl, et ma dextre indomtée Fléchira par mjou sang le ciel Iraislie el jaloux, Que je m'aille privant d'un bien qui m'est si doux : Non, je n'en fera, rien, la chance en est jelée.

Il le faut loulesfois, elle les veut i avoir,

Et de luy résister je n'ay cu'ur ny pouvoir :

A tout ce qu'elle veut mon ànie est trop conirainle.

0 beauté sans arresl ', mais trop ferme en rigueur, Tiens, reprends tes papiers el ton amitié feinte. Et me rends mon repos, ma franchise et mon co'ur.

Les observations, auxquelles donnent lieu les sonnets de Desportes, demeurent vraies si on les applique à ses autres poèmes, (l'est quand il oublie les anciens, quand il oublie les fadeurs italiennes, qu'il se moiilre supérieur. Ktant inspiié par la nature, et le fond ne nuisant point à la forme, ses dons d'écrivain produisent alors tout leur effet, fne miit, par exemple, travaillé d'amoureux désirs, le poêle cherchait vainement l'oubli et le repos. Dans sa pénible agitation, l'idée lui vint d'adresser une prière au sommeil; ne connaissant ]ias de morceau où le même sujet fiit traité, il exprima simplement ce qu'il senkiil et lit un chel-d'œuvre. 11 faudrait citer celle iiiéce tout entiéie, car elle • est belle depuis le commencement jusqu'à la fin, mérite sou- ; tenu qu'offrent rareinent les œuvres du seizième siècle. Comme on peut la lire, page li de ce volume, nous nous boiiierons à citer quelques strophes charmantes. Admirez d'abord cet cxorde :

< C'est-à-dire : que rien n'arrête, à lai|uelle rien ne résiste.

PHILIPPE nESPOP.TES. LWHI

Somme, doux repos de nos yeux.

L'aimé des hommes el des dieux, Fils de la nuil et du silence.

Qui peux les esprits délier, Qui fait les soucis oublier Et le mal plein de violence :

Approche, ô sommeil désiré !

Las! c'est trop longtemps demeuré ;

La nuict est à demy jjassée.

Et je suis encore attendant

Que tu chasses le soing mordant,

lloste importun de ma pensée.

Ouelle gracieuse allure ! quelle marche légère! Coinivie les mois semblent d'eux-mêmes prendre leur place dans ces strophes harmonieuses. Presque aussilôl le poète fait une peinliiie exquise de hi nuil :

Haste loy, sommeil, de venir; Mais qui te peut tant retenir?

Piien en ce lieu ne te retarde.

Le chien n'ahoie icy autour, Le coq n'annonce point le jour.

On n'entend j)oint l'oye criarde.

Un petit ruisseau doux-coulant A Ilots sinueux va roulant, ■ Qui finvile de son murmure.

Et l'obscurité de la nuit Moite, sans chaleur et sans bruit, Propre au repos delà nature.

Ne semble-l-il pas voir celte nuil obscure, moite, fraîche et silencieuse, bien propre, en effet, à calmer les sens, à plonger l'esprit et le corps dans un repos léthargique? Toute la liii doit être mise sous les yeux du lecteur pour montrer quelle perfection atteignait Desporles quand il suivait la pente de son génie; l'auteur s'adresse toujours au sommeil :

Si tu peux nous représenter Le bien qui nous doit contenter, Séparé de lonyue distance, 0 somme doux et gracieux!

Représente encore à mes yeux Celle dont je pleure l'absence.

Le bien de la voir tous les jours Autrefois étoit le secours De mes nuicts, alors trop heureuses; Maintenant que j'en suis absent, Piends-moy, par un songe plaisant.

Tant de délices amoureuses.

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