‹ Œuvres. Avec une introd. et des notesChapitre 94 sur 150 · ELEGIE VIII · texte numérisé non relu

ELEGIE VIII

De tous ceux qui d'Amour ont senly la ru^lesse, Af;gravez sous Id joug d'une ingrale maislresse. Et qui pour le loyer d'avoir persévéré Ont par sa cruauté maint supplice enduré, Il ne s'en trouve jroint que ce dieu plein de lage Ait battu plus que moy de tempeste et d'orage. Ne (|ui plus justement se puisse hmenlei' D'avoir comme sa toy veu sa peine augmenter. Il m'a tousjours choisi pour butte à sa colère, 11 m'a tousjours pressé comme son adversaire, Sans me donner relâche, et sans que mon devoir Ni mes longues douleurs layent peu desmouvoir. Ni lléchir la rigueur <le sa liaine obstinée Oonire ma patience, à soufl'rir condamnée.

Il est vray que quanti seul j'estoy maistre de niu\, Urjettant dédaigneux son empire et sa loy, H sucroit son absynthe, et sous un doux visage Recelloit la rigueur de son mauvais cnurage; Et pour mieux déguiser sa fiere cruauté. Il oll'rit à mes yeux vostre unique beauté, liiclie d'attraits subtils, de regards et de llame, (.lui percèrent mon coeur et voilèrent mon ame. Mais ce tourment nouveau m'estoit plaisant et doux. Tant j'aimay dés ce jour tout ce qui vient de vousl .loint cpie bien tosi après vous eustes connoissance

>1 Ki.Ki. I i;s.

ruiiiLufii pour Miuh aiiiii'i .l'i-iuliiroy de soiitliaiico;

Kt vous, comme drosse encline /i la pitié,

Kusles 11- co'ur toiulié li'un rayon (!'amilié,

Me recevant pour vostre, et prenant davantage

Le mien (in',in mesmc instant je vous laissay pour gayo,

Lequel, jionr (iuel(pie ennuy qu'il ait peu soustcnir,

Devers nioy du depuis n'est voulu revenir.

Ah! qu'en ce tans heureux je sentoy de liesse, Me voyant favory île si helle i)rineesse, Itonl les yeux, gracieux qui tioucement luisoienl. Mille feux amoureux dans mon ame attisoienl! De ses divins propos je prenoy nourriture, J'admiroy les Ihrcsors du ciel et de nature; Souvent par mes jiensers aux cieux je m'enlevoy, Kt, ravy de moy-mesmc, en elle je vivoy.

0 tans heureux et doux! ù saison désirable! Ilelas! que ta faveur me lut lors peu durable! •Juc mon i)rintans l'ut court, et comme en un moment .l'esprouvay le malheur d'un obscur changement! Tout Testât de ce monde est un jeu d'inconstance. Mais encor en amour on voit moins d'asseurance; Sa faveur est semblable à un beau jour d'hyver, Qui se perd aussi-lost qu'on le void arriver. Veu qu'en ce tans heureux, las! je ne pouvoy croire 0\ie le [dus grand des dieux peusl ofrensei'*ma gloire. Ce fut lors que mon heur en malheur se changea, Et que mon plus grand bien quand et vous s'estrangea.

Vous fustes mariée ! ô dure souvenance 1 Helas! je meurs encor aussi-tost que j'y panse! Je sens rcnouveller mes antiques douleurs, El faut que de mes yeux je verse mille jileurs. Mais ce qui m'aflligea d'un regret plus extrême lut que je me trouvay sans vous et sans moy-mesme . Car ce nouveau mary jaloux vous enleva, Et mon cœur pour jamais d'allégresse priva; Laissant la cour sans grâce, ennuyeuse et déserte, Et tous les beaux esprits qui gemissoient leur perte

iielas! combien depuis ay-je esté travaillé! Combien de l'ois la nuicl, en sursaut éveillé, Ay-je arrosé de pleurs mon visage et ma couche, Ayant vostre beau nom à toute heure en la bouche. Et ne pouvant trouver de plu^ ;jiand réconfort Que de crier sans cesse et d'imiilorer la mort/

Or durant les assauts de ma dure infortune, L'cnnuy qui me pressoil autant que chose aucune, C'esloil que mon malheur n'esloit point entendu;

Car lyranniquemeiit, vous m'aviez tleffeiidu D'en faire aucune plainte, et de vous en escrire. Ainsi j'estoy contraint d'étouficr mon marlire, Et mourir suffoqué sans m'oser déceler, M d'un seul mot d'escrit mes ennuis consoler; Seulement vostie image en mon cœur si vivanio Donnoit force à ma vie et la rendoit constante.

Voilà les doux plaisirs qu'Amour m'a t'ait senln. Sans que de ses prisons j'aye voulu sortii-. Encor n'est-ce la fin de ma griéve souffrance! J'ay sceu que vous dnutez de ma persévérance, Et que ce que j'ay fait pour couvrir mon ardeur, l'assoit en vostrc endroit pour change ou pour froaieui . Las! est-ce le guerdon d'une foy si certaine'.' Faut-il ([u'apres l'angoisse et la mort inhumaine De brûler sans me plaindre, en vous obéissant, Je sois plus que jamais à grand tort languissant'.' Et qu'avec le destin vous laciez alliance Pour forcer tout d'un coup ma vie et ma constance''

Certes, vous avez tort, et ne sçauroy penser iJu'Amour, juste vengeur, ne s'en doive offenser. .N'espérez toutesfois, ô chère Parthenie, Que j'en sois moins lidelle à vostre tyrannie ! Car ainsi comme l'or plus il est refondu. Rebattu, martelé, plus luisant est rendu. Tout ainsi ma constance au plus fort des allurmes. Des ennuis, des rigueurs, des soupirs et des larmes, Se monstrera plus belle et ne fléchira pas, Deussé-je en vous servant souffrir mille trespas. Car je croy qu'en mourant pour une beauté telle. On s'acquiert, comme en guerre, une gloire immortelle.

ELEGIE IX

En la saison première) après que toutes choses lurent de leur chaos ordonnémenl decloses, Lors que tous blancs <le foy les mortels icy bas. -Nouvelle œuvre du ciel, seulement n'avoient pas Entr'eux le nom de vice, ains guidez d'innoyance Faisoicut bien pai' nature, et non par connoissance, Amour, puissant démon, qui, le premier des dieux, Avnit fianchy le sein du chaos ocieux.

Ayant mis fin par tout au trouble et à la guerre, Aniourcuv des humains vint demeurer sur terre i'.ieii qu'il fust immoitel, il ne les dédaignoil, Mais de jour et de nuict il les accoinpagnoit;

•2:;fi F.i.EciKR.

Il lojjpoil (htiis leurs cœurs, il i:cli;\iiir(iil leurs .iiiies,

Kl siMis le doux (MVorl do, ses poi^nanlos llauics,

(".liaeuii, pour s'alleyoi-, sa inoillé clioisissoil,

^« cessant leur amour quauil ce désir cessoit.

Lors tous vivoiout coulaus, l'aïuimle osluil sansciaiule

Que sous un beau seuililanl loycast une anic faiulr,

iju'on apprit aux soujtirs ijuaud ils dévoient soilir,

l;t que niesines les pleurs fussent duits à mentir;

l.a liouclie estoil du cœur asscuré ténioi-ua;^e,

(•u ne s'anmsoil point à farder son lan^.ij,'(!,

Ses yeux, sa coulenancc; ains, sans dissimuler,

t.Mii plus avoit d'amour, mieux en s(.-avoit parler.

la beauté, la douceur, le mérile et l'adresse,

r.>loient les seuls ell'oits |)our vaincre une maistresb( ,

sinilde et sans arlilice, et qui ne sçavoit pas

l'ser selon les tans de rigueurs ou d'appas,

h'ai.onner un sou-ris, composer ses œillades,

l'our rendre en se jouant les je\mes cœurs malades.

Mais, qui i)lus est aussi, l'or n'avoit aucun pris;

(laripians', perles, rubis, n'eussent nicu les csiuis

Ite l:i moindre bergère, ains l'amitié prisée

Sui' toute autre richesse estoit anllioriséc.

Alais comme peu à i)eu le vice s'avança,

Et que celte saison en une autre passa,

Kl ([ue l'or jaunissynt se mit en évidence,

Kt (|uc la fermeté lit place à l'inconstance,

•.•n'en se sceut déguiser, et qu'on sceut liueiuent

Au poids de la richesse estimer un amant;

Qu'on peut de cent façons couvrir sa fantaisie,

l".t du beau nom d'iionneur masquer l'hypocrisie,

Amour tout estonné de voir si-tost changé

l'n )ieu|ile, (jui n'aguere estoit si Iden rangé,

DctesLant leur malice, ainsi se jirit à dire :

« Il faut, il faut, dit-il, ([u'ailleurs je me retire; Ce peu|)lc est misérable et ne connoisl combien Il a par ma faveur rcccu d'aise et de bien. »

L'effet l'ust aussi pront que la voix prononcée; Car d'une aile à plein vol parle vague élancée, il se perd dans la nuë, où, soustcnu de l'aii', l>o\n' dire ces propos il cessa de voler :

« Tu t'en repentiras, race ingrate cl chctive, Kt, regrettant trop tard le bien dont tu te prive, Ueconnoistras en bref combien sont dilferans Les vrais conlenteinens des plaisirs ajqiarans.

1 Celliers.

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