‹ Œuvres badinesChapitre 7 sur 128 · VIE D ALEXIS TIRON XXI · texte numérisé non relu

VIE D ALEXIS TIRON XXI

l'intérêt le plus vif et le plus piquant. Les voisins, depuis le haut de la maison jusqu'en bas, étaient à leurs fenêtres, une lumière à la main, et faisaient, avec les gens du guet, retentir l'air de si grands éclats de rire, que ce bruit, mieux que les efforts du clerc, réveilla le commissaire. Il descend tout chancelant, bâillant encore et se frottant les yeux. Sa maison illuminée du haut en bas ; sa cour remplie de monde ; les rires immodérés des voisins, hommes et femmes, enfants et domestiques, tous en chemise (i), la garde presque pâmée, et se tenant les côtes à force de rire; nos trois acteurs au milieu, debout, dont l'un parlant avec une admirable volubilité, et les deux autres l'écoutant dans des attitudes grotesques et comiquement sérieuses; tout cela lui paraît un songe, il ne sait où il est ; il se frotte de nouveau les yeux, les ouvre de toute leur grandeur, promène ses regards incertains à droite, à gauche, de tous les côtés, bâille pour la dernière fois, et se réveille enfin tout-à-fait. — « Ouf! voilà bien du bruit! qu'est-ce que tout ceci? Voyons... » Alors s'adressant à Piron : «. Qui êtes-vous? Votre nom? — Piron, — Quel est votre état? — Poète. — Poète? — Oui, monsieur, poète. Eh! où vivez-vous donc pour ne pas connaître le poète Piron? Je le passais à votre clerc. Quelle idée aurais-je de vous, d'ignorer mon état, quand je me nomme? Oui, monsieur, mon état est d'être

(1) La scène se passait vers la fin du mo ïs de mars en 1731.

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