XXII VIE D ALEXIS TIRON
poète, état le plus grand, le plus noble, le plus sublime que les hommes puissent embrasser, quand c'est du génie qu'ils le tiennent. Quelle honte pour un officier public de ne pas connaître le poète Piron, auteur des Fils ingrats, applaudis si justement de tout Paris; de Calisthcnc, qu'il a si injustement sifflé, comme je viens de le prouver au public par des vers qui valent une démonstration!... » Piron aurait poussé plus loin cette véhémente tirade, si le commissaire, avec une sorte de vivacité assez plaisante, ne l'eût interrompu en lui disant : — « Que parlez-vous de pièces de théâtre ! Savez-vous que Lafosse est mon frère, qu'il en a fait d'excellentes, et qu'il est l'auteur de la belle tragédie de Manlius? Comment la trouvez-vous? Hem? Oh! mon frère était un homme de beaucoup d'esprit! — Je le crois, monsieur, car le mien n'est qu'une... bête, quoique prêtre de l'Oratoire, et que je fasse des tragédies, » répond Piron avec une sorte d'enthousiasme risible, et se donnant en même temps des louanges outrées. Ce trait assez vif, et trèscavalièrement exprimé, ne fâcha point le commissaire Lafosse, qui le prit en galant homme. A la contenance des acteurs, à la gaîté de leurs propos, il ne fut pas longtemps à percer le mystère de toute cette aventure. Il se la fît raconter par Piron, et s'en amusa beaucoup ; après quoi il renvoya ces messieurs, en leur faisant la politesse de les prier de venir chez lui le samedi suivant,