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Me paroissoit, en faveur des amours,
Verser des pleurs sur les parfums de Flore,
Et pour nous deux avoir changé son cours.
Du frais zéphyr l'haleine étoit plus pure;
Un air plus doux rajeûnissoit les champs :
Tout renoissoit; l'aspect de deux amans
Avoit sans doute embelli la nature.
Ivre d'amour, le désir dans les yeux.
J'entre avec toi dans cette grotte sombre
Que vingt palmiers défendent par leur ombre
Des feux du jour comme des envieux :
Dans tous les temps, un lit de fleurs nouvelles
Y tend un piège à la foible beauté;
L'Amour jura que jamais de cruelles,
Aucun mari, pas une majesté ,
Ces froids tyrans des plaisirs et des belles ,
N'habiteroient ce séjour enchanté.
C'est là, Glycère, ô ma belle maîtresse !
Qu'enfin j'obtins cet amoureux baiser,
Qu'apparemment, pour doubler mon ivresse,
Pendant deux jours tu sus me refuser,
Connois-tu bien la grande différence
Qu'entre Glycère et nos femmes de cour,
Pour décider toujours la préférence
En ta faveur, a su mettre l'Amour?
Tiens, la voici : toujours vive et coquette.
Tu vas donnant des baisers, des faveurs :
Nous t'adorons, nous nous croyons vainqueurs:
Mais un caprice, et soudain la retraite
Est notre lot, tu te ris de nos pleurs;
Un doux regard précède tes rigueurs,
Et leurs rigueurs annoncent leur défaite.
Mais le caprice en te parlant pour moi,
100 ŒUVRKS BADINES
Fit mon bonheur (puis-je dire le nôtre?),
Tu me savois plus scélérat qu'un autre;
Ce titre est bien quelque chose pour toi.
Je suis heureux, j'étois digne de l'être;
Je t adorois, je t'aimois, je brûlois :
Sur ton beau sein, je mourois pour renaître,
Et pour mourir, toujours je renaissois.
Bien différente en ceci d'une reine
Qui veut toujours qu'on fasse tous les frais,
Pour le plaisir tu partageois la peine,
Et par la peine au plaisir tu gagnois.
Dieux ! quel moment! je vois ta belle bouche,
Belle toujours, surtout quand on y touche;
Je vois tes yeux embellis par les pleurs
Que le plaisir, tu le sais, fait répandre;
Nuages doux, amoureuses vapeurs,
Dans tes beaux yeux mêlés d'un feu si tendre ;
J'entends encor ces soupirs enchanteurs,
Et ces baisers que mes lèvres errantes
Venoient chercher sur tes lèvres brûlantes
Où le plaisir confondoit nos deux cœurs ;
Ces demi-mots du désir qui s'éveille,
Ces sons touchans soudain interrompus,
Plus éloquens, pour être suspendus,
Viennent toujours caresser mon oreille.
Je viens de rire, et \& vais m'ennuyer.
Ah! c'en est fait, la force m'abandonne....
J'entends déjà le maudit écuyer.
Adieu, Glycère, adieu, je vais bâiller
Bien tendrement sur les degrés du trône.
Vole par jour vingt mille libertés,
Fais-moi par jour vingt infidélités,
Cent, si tu peux : va ! je te le pardonne.
DE PIRON iGl
Dupe les vieux et ruine les sots ; Conserve bien ta friponne de mine ; Garde-toi bien de perdre tes défauts ; Sois toujours belle, et surtout bien coquine.