LE PARDON
A son voisin la gentille Isabelle Fut se plaindre de son époux Qui toujours lui cherchoit querelle.
— Croyez-moi, dit-il, vengez-vous.
Le conseil plut fort à la belle.
Le galant fut choisi pour servir son courroux. A chaque heure du jour, c'étoit nouvelle plainte; Notre couple à l'envi signaloit son ardeur :
Mais la colère du vengeur
En moins de huit jours fut éteinte ;
De tout on se lasse à la fin.
La belle, que toujours la vengeance aiguillonne,
Six fois fut se plaindre un matin :
— Oh 1 pour le coup, dit le voisin, Je suis chrétien, je lui pardonne.