LES DEUX SŒURS
Ce fut dans un bosquet charmant, Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
Qu'un satyre vint brusquement...
Ma sœur, que le pas est glissant !
« Car j'eus affaire à un vaurien, pis qu'un lutin, « qui vouloit jouer de la main comme le plus grand « libertin. Dis-moi, ma sœur.
Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
Ce satyre vint brusquement, Dis-moi, t'en a-t-il fait autant ?
Il m'applique un baiser brûlant :
Ma sœur, cetoit là justement.
« Qu'il se plaça, qu'il me força, qu'il m'embrassa, « qu'il s'empressa de me faire tout ça, ma sœur !
Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, etc.
Il m'applique un baiser brûlant ; Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
Ce baiser fut si surprenant, Ma sœur, que je dis seulemeni :
« Ah! chien de vaurien! tu t'y prends bien! Sais-tu, « libertin, que je te ferai aller par un autre chemin? « Ma sœur!
Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, etc.
DE FIKON 191
Ce baiser fut si surprenant !
Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
Qu'il me fit tomber à l'instant :
Ma sœur, peut-on faire autrement?
« Quand on glisse, qu'on tombe sans malice, qu'il « n'y a ni garde ni suisse, il faut bien malgré soi qu'on « obéisse : cela est bien dur! Ah! ma chère sœur!
Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, etc.
Qu'il me fit tomber à l'instant; Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
Moi, de la main je me défends, Ma sœur, et par grand accident,
a II étoit grand, entreprenant, séduisant, méchant, « violent, même insolent. Ah ! ma sœur !
Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, etc.
Moi, de la main je me défends ; Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
Que va-t-il faire en ce moment?
• Ma sœur, quel tendre engagement !
« Il s'approche de moi tout tremblant, se disant le « plus constant des amans, pleurant, soupirant... Que « cela est embarrassant, ma chère sœur 1 Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, etc.
Que va-t-il faire en ce moment?
Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
J'ôte sa main; soin impuissant!
Il glisse l'autre plus avant.
« Ah! le scélérat! le renégat! ce n'est pas son novice ciat qu'il commence là : ma petite sœur !
Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, etc.
J'ôte sa main ; soin impuissant !
Dis-moi, t'en a-t-il fait autant?
Je veux crier; mais vainement, Ma sœur!... ma voix va se perdant.
« Ah! ah! ah! j étouffe!... j étouffe!... il mote mes « pantoufles. Ah ! ma chère petit sœur !
Dis-moi, t'en a-t-il fait tontaine, Dis-moi, t'en a-t-il fait autant ?
Je veux crier, mais vainement; «*
Dis-moi, t'en a-t-il fait autant i
Ma sœur, quatre fois brusquement....
— Quatre fois, ma sœur? — Oui vraiment.
L'infâme !
— Ah ! que ton satyre est charmant.