‹ Œuvres badines et morales de Cazotte (volume 2)Chapitre 10 sur 20 · Tome /, L · texte numérisé non relu

Tome /, L

IWe, la raison , ni le devoir, ne me permettent pas de me livrer à des mouvemens d'ambition , et encore moins de prendre un nouvel attachement; cependant vous pouvez assurer le Soudan de ma reconnoissance pour tout ce qu'il y a d'obligeant et de flatteur dans les oËfres que vous me faites de sa part.

Seigneur , repartit Tlman , votre sagesse pourra balancer à loisir l'importance delà couronne que l'on vous otFre; à l'égard des engagemens par lesquels vous vous croyez retenus, les beaux yeux de la sultane Séjamé vous en a (Franchiront, avec le secours du saint Islanisme.

Sigismond se lève avec précipitation sur son séant : Quoi! dit-il, est-ce qu'il est question que je me fasse Turc ?

J'apporte avec moi, répondit modestement le docteur, le livre de lumières; souffrez, seigneur. . .

Que je souffre ? Que je lise votre

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IiVre du blasphème ! Je ne sais pas lire, Dieu merci; feu le comte, mon père , de glorieuse mémoire , n*a jamais su ni lire, ni écrire. Il se battoit plutôt que (le disputer ; il a vécu en digne chevalier et est mort en bon chrétien ; il m'a laissé son exemple à suivre et sa foi pour héritage.

Mais, seigneur, poursuivît l'Iman, pensez -vous à la colère de Mélec ?

Alon devoir me force à vous annoncer l'extrémité rigoureuse à laquelle vous vous trouvez réduit; de deux choses l'une, il faut régner sur les Syriens, ou mourir d'un supplice h u mi h an t.

Eh bien ! reprit le comte avec le même feu , je rendrai gloire à Dieu , il prendra soin de ma vengeance. . .

^lais, seigneur, pourquoi faire si peu de cas de la vie , de la grandeur ?

Pourquoi les sacrifier à une prévention si facile à détruire , quand on veut écouler les lumières de la raison? JSô

lisons qu'un chapitre ; permettez que je vous éclaire.

Par la mort ! monsieur l'abbé, dit le comte, en se levant ds dessus son lit , et lui montrant le pommeau de son cimeterre, voyez la croix de moa épée , c'est le seul signe de ma foi que je puisse trouver dans ce pays sacrilège , je vous en assomme tout-àl'heure, si vous insistez pour me faire faire une hérésie. Allez au diable avec votre sultane , sa Syrie et son Mahomet. Dites à l'invincible Mélec Baaladin, que je méprise ses offres, encore plus ses menaces ; que Dieu est aii ciel et Philippe aux portes de Damasi

L'air du visage , les regards , le ton de la voix de Sigismond, effrayèrent l'Iman. Il se retire et va rendre compte du peu de fruit de sa négociation à celui qui l'en avoit chargé;

Mélec ne respire que la vengeance ; il choisit pour théâtre un bastion avancé qui servoit de défense au fort d'Elima , et dont la plate-forme se

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^éconvroit des hauteurs du camp des Chrétiens. L'endroit paroissoit sûr ; l'attaque avoit été néghgée de ce côté , les assiégeans ayant paru mépriser une forteresse qui devoit suivre nécessairement le sort de Damas.

Pour faire plus d'impression sur l'esprit de son peuple , le tyran voulut, dans le spectacle sanglant qu'il devoit donner , mêler des cérémonies de religion à l'appareil militaire.

Le jour destiné pour le supplice du comte étant venu, on fait sortir ce prince de son appartement ; il est conduit à la plate-forme du bastion : ia garnison d'Elima lui sert d'escorte; la foule des ministres de la religion musulmane attachés à la principale mosquée de Damas , le précède et l'entoure ; le peuple, dont la curiosité est excitée par ces préparatifs , se porte en foule vers le lieu d'où il peut être à portée de voir cette scèn« tragique.

Le sacrifice alloit être consommé, L3

Sigismond attaché auprès du pîeu, fatal instrument de son supplice, a déjà rejeté avec mépris l'Alcoran qu'on a voulu lui faire placer sur son cœur et sur sa tête; déjà sa profession de foi, renouvelée avec fermeté, a attiré sur lui l'indignation de tout ce qui l'environne : le signal de l'exécution est donné.

Tout-à-coup un guerrier armé de toutes pièces, paroît sur le haut dii parapet, d'où il s'élance vers le milieu de la plate-forme , en terrassant tout ce qui se trouve sur son passage. Les Imans effrayés s'éloignent avec précipitation ; le guerrier s'approche du comte de Tours, brise les indignes liens qui retenoient ce prince enchaîné. La garde s'avançoit pour y mettre obstacle; mais des cris d'alarme s'élèvent de toutes parts , et la forcent de se porter à la défense des murs que l'on escalade.

Les Chrétiens ont débouché dans les fossés du bastion par une galerie

souterraine , de la conduite de laquelle les assiégés n'avoient point de cotinoissance : les échelles sont appliquées, et les sentinelles qui sont au haut des murs, les yeux fixés sur le comte de Tours , n'ont rien appercu de ce qui se passe autour de leurs postes; les coips-de-garde sont enveloppés avant d'avoir pu se mettie en défense ; une partie tombe sous 1© cimeterre des assaillans. Le reste s'enfuit et répand l'effroi par ses clameurs. La garnison se trouble; les chefs ne savent 011 se poster; les ordres sont confus, indécis, l'exécution tumultueuse , embarrassée , timide : l'avantage se déclare de tous côtés en faveur des Chrétiens.

Cependant le comte de Tours ne voyant qu'un seul homme, à la vue duquel tous les Sarrasins lui semblent être saisis d'une terreur panique, regarde ce guerrier intrépide que la terreur précède , environne et suit , et qui semble venu comme par miracle-

pour lui rendre la liberté, la couronne et la vie ; et ne pouvant plus résister aux mouvemens de sa reconnoissance , il lui jette les bras au col et le serre avec tendresse.

A ce transport, (l'infortuné croyoit enfin avoir obtenu sa grâce ) Ollivier , car c'étoit lui-même, ôte son casque, et un genou en terre, il présente sa tête nue aux embrassemens de son maître, qu'il pense avoir enfia désarmé.

Que la foudre t'écrase, malheureux! s'écria le comte, en reculant d'horreur à la vue de ces traits , qui lui ctoient toujours plus odieux. Ollivier se retire, saisi de douleur, glacé d*efFroi. Hélas ! un peu plus tard, la main de Sigismond alloit se déshonorer par un cruel parricide.

Le souverain de la Touraine, arraché des mains des bourreaux par un seul guerrier, dans une place forte, au milieu d'un peuple entier, et dans laquelle Passailhnt paroit au milieu

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