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âes boulevards, avant d'avoir été vu dans Je fossé ni sur les murs : voilà, sans doute, des fait^ bien extraor-!
dinaires ; mais un grand courage et des vues supérieures avoient préparé ce succès : des circonstances beureusèment saisies en applanirent les difficultés.
Ollivier , en délivrant Je père de l'objet de sa tendresse , suivoit les niouveniens de la nature, et servoit en môme tems la religion, l'Etat et son souverain. Peut-être se flattoit-il de désarmer enfin le cœur de l'impitoyable Sigisraond; aussi ne fut-il pas plutôt informé de l'infortune de ce prince, qu'il tenta pour le tirer d'esclavage tout ce que peut entreprendre la valeur au désespoir. Le premier à tous les assauts, le premier à repousser les sorties , cberchant sans cesse, par des cartels, à attirer les Sarrasins à des combats singuliers qui le rendissent maitre de quelqu'ôtage illustre, et revenant;
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couvert de gloire, même des entreprises où la fortune ne l'avoit pas secondé.
Des traits d'une valeur aussi étonnante fixoient les regards de l'armée chrétienne; tout ce qu'il y avoit d'aventuriers illustres avoient pris Ollivier pour chef et pour modèle : Philippe les voyoit avec plaisir se rassembler sous un drapeau toujours suivi de la terreur et de la victoire.
Ollivier, que ce commandement met en état de concevoir de plus vastes projets , sachant que la forteresse d'Elima sert de prison au comte de Tours, forme le dessein de s'y introduire , à l'aide d'une galerie souterraine.
Le boyau est ouvert à une distance assez éloignée de la place, pour que l'ennemi ne puisse avoir connoissance des travaux; ils sont conduits avec tant de feu et d'intelligence , qu'ils atteignent déjà le fossé ; mais une nouvelle vient déconcerter les travailleurs.
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Le Soudan , irrité par les refus du comte de Tours , a ordonné les apprêts du supplice. Ollivier , pressé par cette circonstance, change le dessein qu'il avoit de s'introduire dans Elima en celui de profiter de la galerie, déjà conduite jusqu'au fossé, pour insulter la place au moment même choisi par le Soudan pour Pexécution de ses volontés.
Le sacrifice alloit se consommer, tout-à-coup la troupe des aventuriers débouche dans les fossés d*Elima , et, partagée en trois corps, elle donne l'escalade à la place , taudis qu'OUivier s'élançant seul au milieu des Sarrasins par l'endroit qui paroissoit le moins susceptible de lui ouvrir un passage, renverse tout ce qui s'oppose à lui , et vole à l'échafifaud. Hélas ! quelle en fut la récompense ? Un regard foudroyant de la part du comte, des paroles capables de jeter le désespoir dans l'ame la plus affermie.
A ce dernier trait de la fortune, la
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raison abandonne le maHienreux Ollivier; il conçoit le dessein de courir à' 3a mort, mais à la mort la plus obscure. Il jette ses armes , devenues désormais un fardeau inutile , et cherche à se dérober aux empresse^ mens , mêlés de tumulte et de joie , des héros de sa troupe , qui veulent îui ceindre le front d*un nouveau laurier. Il s'élance dans les fossés du château qu'il vient de conquérir , et s'enfuit à travers la campagne, sans projet formé , sans route déterminée.
Les chaleurs immodérées du jour, l'obscurité de la nuit , l'embarras des chemins qu'il se fraie à travers les broussailles, les rochers et les sables, les eaux qui s'opposent à son passage, n'ont rien qui puisse l'arrêter dans sa course. L'accablement de l'ame empêche qu'il ne sente cjue les forces épuisées , par des travaux excessifs , vont abandonner un corps privé de repos et de nourriture.
Enfin il parvient à l'entrée d'une»
foret impénétrable à la clarté flu jour, par la multitude des branches qui s'embarrassent les unes dans les autres , et: l'épaisseur des feuillages; la ronce , armée d'éguillons, le lierre qui s'entortille aux racines que les inondations ont découvertes, un terrein pierreux, inégal , semblent défendre l'approche de ce lieu redoutable à tout autre qu'aux animaux malfaisans , aux reptiles venimeux , aux monstres dont il doit être le repaire ; un torrent qui se précipite du haut d'une montagne aride, vient se briser avec fracas contre des rochers énormes; Tonde couverte d'écume et bouillonnante rejaillit au loin,et, par sa course incertaine et fougueuse , met le comble aux horreurs de cette effrayante solitude.
C'est là qu'accable de faim , de soif, de fatigue et de douleur, le malheureux chevalier succombe enfin sous le poids de tant de maux réunis ; les genoux se plient, la tête se penche, le corps s'afifaisse et tombe eu défait
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lance ; mais la fraîcheur du lieu ranimant bientôt les esprits, l'idée d'Agnès, cette image chère et douloureuse , revient encore , et rend à l'ame sa première sensibilité. Les larmes coulent avec abondance: hélas ! dit-il, d'une voix qu'entrecoupent sans cesse les sanglots , je ne vivois que pour elle ; je ne la reverrai plus , il faut que je meure. Puis s'apostrophant lui-même , avec une espèce de transport : tu ne vivois que pour elle ? Eh ! tu n'as vécu que pour son infortune ! C'est par toi, c'est pour toi que la princesse la plus aimable , la plus digne de jouir des avantages qui lui étoient destinés , dérhiie de ses espérances, devenue la fable du monde, peut-être en proie aux remords ,et détestant le jour fatal qui t'oTrit à sa vue, gémit dans l'opprobre et la captivité, si le trépas n'a mis fin à ses douleurs; et tu ne vivois que pour elle? Meurs, meurs, meurs mille fois, malheureux, et périsse avec toi le souvenir de ton forfait!
CVn étoit fait de l'infortuné libérateur du comte de Tours , si l'assistance céleste n'eût envojé à son secours un solitnire que la haine du monde et l'amour de la sacjesse avoient conduit dans cet affreux désert. Il achevoit sa carrière dans les travaux du corps, la méditation , l'étude et la pénitence.
Après avoir labouré le champ dont le produit servoit à sa subsistance, il revenoità la grotte qui faisoit sa demeure ordinaire : il passe sur les bords du torrent; il voit OUivier, et sapproche , saisi de cette compassion qu'éprouvent les belles âmes à la vue d'un infortuné. D'abord il croit que les tristes soins de la sépulture sont les seuls qu'il puisse désormais lui rendre. Cependant il s'npperço:t b entôt qu'une première vue l'a trompé , et que les symptômes qui le frappent sont ceux d'un dangereux évanouissement.
Il s'empresse : il essaie de dissiper le mal par le secours de l'eau , par celui
des secousses violentes ; mais voyant que ses efforts sont insuffisans , et que le mal s'opiniâtre contre d'aussi foibles ressources , il court à sa cellule, et apporte une fiole remplie de sucs d'herbes, dont l'expérience lui enseigna la vertu. Le breuvage opère , les esprits se raniment , les yeux s'ouvrent, la connoissance revient à notre héros, et bientôt après l'usaga de la parole. Alors les malheurs qui l'ont réduit à cet état déplorable ve^ nant en foule se retracer à sa mémoire , lui arrachent un soupir amer, et ses joues se baignent de larmes. Le charitable solitaire y mêle les siennes; il ne peut résister à l'attendrissement dont il se sent pénétré en faveur do l'aimable inconnu. Hélas! lui dit-il, jeunp étranger, de quelle nature sont les peines qui vous ont plongé dans un état aussi déplorable ? Quel dessein vous a conduit dans ces lieux reculés, à travers ces routes ignorées et impraticables ? Sans doute , le ciel qui vous
protège a permis que je vinsse vous arracher des portes d'un trépas qui ii*étoit pas dans l'ordre de sa providence. Parlez, ouvrez votre cœur; peut-être pourrai-je seconder ses vues en rendant la tranquillité à Pâme , . comme je viens de rappeler le corps â la vie. Si ce sont des biens terrestres, de vains honneurs, que vous avez perdus , dites, et ma langue inspirée va faire passer dans votre cœur tout le mépris que je sens pour ces trésors imaginaires. Si les passions ont égaré votre jeunesse, et l'ont: plongée dans des désordres dont vous ayez à rougir , dites, je suis homme, je connois notre foiblesse. Je vous parle au nom de celui dont le doigt terrasse et relève , qui châtie à regret , et ne demande qu'à pardonner Enfin, mon fils, livrez-vous avec confiance; de quelque nature que soient les consolations dont vous avez besoin , je ne crois pas trop présumer du zèle ardent c[^ui Bi'anime , et j'ose xïie promettre
198 OLLIVIER, POEME, de rétablir entièrement le calme dans votre cœur , de vous rendre au monde , s'il le faut , au ciel et à vous-même. O mon père ! répondit Ollivier , les secours que j'ai reçus de vous , les bontés que vous me témoignez , les offres que vous me faites, sont, sans doute, les effets d'une grâce particulière, qui ne veut pas que je périsse.
Je m'y livre. Je parlerai, quoique j'aie beaucoup à rougir des aveux que je dois vous faire. Je suis bi-en malheureux et bien coupable. Hélas! j'aimois; j'étoisaimé. L'excès d'une passion réciproque occasionna la faute énorme que j'ai commise : il m'attira les disgrâces sous le poids desquelles vous me voyez prêt à succomber. A la suite de ce discours , souvent interrompu par des soupirs, Ollivier s'arrêta un instant avant de passer au détail de ses aventures.