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Oui , )e le suis....
Brvnette.
Esclare lâche et vain ; Digne en efet de mon juste dédain , Digne des fers , de l'exil , de la foudre , Je vois ton but ; il se montre à la fin : Ose achever , quel est ce «ouverain ? Qu'il se présente , il faut que je le voie, Et que je montre à ses yeux le mépris Que j'ai pour Iiu'. Pour celui qu'il m' envoie | A vos ardeurs je réserve ce prix.
Henri.
Vous le voyez qui se livre à la joie ; Ilem[>li d'amour , à ses remords en proie : Honteux , confus , tremblant . mais «nivréî C« crimiael ^ banui , désespéré.
Henri n'est plus , il me cède la place ; Richard , vainqueur des Celtes , le remplace. Pardonnez-moi des soupçons odieux :
Trop prévenu contre un sexe adorable , D'attachement je le crus peu capable ; Je le fuyois : je vous vois , et vos yeux Me soumettant au pouvoir que je brave y En un instant me firent votre esclave , Sous un faux nom....
Brunette.
Cesse de t'accuser.
Ou dans les fers , ou sous le diadème , Henri, Richard, pour moi toujours le même. De quoi te sert ici d.e t'excuser ?
Eh ! pourroit-on s'offenser quand on aime !
Zerbin finissoit à peine, lorsqu'au cri d'un matelot qui étoit au haut du mât, un Iransportde joie saisit l'équipage. On a vu la terre ; on se la montre ; c'est ce point fixe que vous voyez à l'horison. On tremble qu'un vent ne s'élève et ne dissipe l'objet sur lequel toutes les espérances se fondent, comme les nuages inconstans dont ou lui trouve l'apparence. Cependant ce
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poînt de vue , presqu'imperceptible , commence à prendre de Pétendue.
Eclairé vivement par les rayons du soleil, le mélange de l'ombre et des lumières le fait étinceler d'or et d'azur. Encore un moment, et les objets qu'il rassemble vont se présenter dans la forme et sous les couleurs qui leur sont naturelles. Les plaines s'abaissent devant les coteaux couronnés de nuages. L'émail des prairies éclate de toutes parts. La forêt se détache du vallon qu'elle favorise de son ombre.
Le palmier , le cyprès , le sapin orgueilleux, s'élèvent sur leurs tiges, et semblent porter jusqu'au ciel leurs chevelures agitées par les vents ; bientôt le rapport uniforme des sens va confirmer que l'on touche de près au but où tous les vœux de nos voyageurs aspirent : déjà le myrte et le citronnier qui fleurissent, s'annoncent par les plus doux parfums, tandis que l'air, mollement ému, porte à l'oreille le bruit de la vague qui s'étale^
se joue, se replie , et vient, en ondoyant, mourir entre les petits cailloux qui bordent le rivage.
Enfin une ance, que deux monticules avancées dans la mer protègent contre la fureur des vents de Sud et de Lybie, va recevoir la nef dans soa sein tranquille, assez profond, et ^u'un sable de couleur d'argent environne de toutes parts.
Comme la barque est sans esquif, il faut, pour descendre sur la plage, traverseren nageant queL-[ues brasses d'eau. Fleur-de-Myrte seroit embarrassée sans le secours de son adroit écujer; elle l'accepte, et les voili 6ur le sable, ayant pour tout équipage le luth de Zerbin , le seul meuble qui composât sa fortune.
On cherche un arbre , un rocher pour se mettre à couvert de l'ardeur du soleil ; tandis que les matelots se répandent drfns la campagne pour y prendre des lumières sur la natu^-e du pays ou le hasard vient de les faire
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mborder. Mais ils ne voient rien qui leur indique que le pays soit liabité, La terre qu'ils parcourent offre de tous côtés des plaines, des bocages, qui ne doivent leur richesse qu'à la nature. On n'y distingue nulle part l'efTort laborieux delà charrue, ou le taillant de la serpe et du ciseau. Le faon qui paît dans la campagne, l'oiseau qui «e joue entre les feuillages, se lais^ cent approcher sans défiance : seuls liabitans , en apparence , de ces retraites paisibles , ils n'ont point encore connu d'ennemis , ils ignorent également le danger des filets et des réseaux: , les atteintes mortelles da la flèche ou de l'épieu;
Il s'agissoitde trouver un asile pour la nuit. L'amante d'Enguerrand, appuyée sur le bras de son libérateur , s'achemine vers un. bosquet éloigné d'un demi-mille du bord de la mer.
Le couvert en est épais , et pourra la garantir du serein. On y trouve des tapis de gazon et des fleur» sur le«
bords d'une eau fraîche et cristalline J et si l'appétit venoit à se réveiller , on n'a qu'à cueillir autour de soi. La branche , accablée sous le poids de l'orange , de la grenade et du citron doux, se courbe, et semble chercher la main qui voudra la soulager.
Mais on a déjà saisi toutes les commodités de ce séjour. La belle est arrangée. Un repas digne de la frugalité du premier Age se prépare , on le dévore. La faim commence à s'appaiser. Cependant les fruits, tout savoureux qu'ils sont, irritent la soif : il faut la satisfaire. Fleur-de-Myrte se penche pour ramasser de Peau dans sa main. Le lit du ruisseau , trop creusé par la pente, rend les efforts de la belle inutiles ; elle se fatigue , et ne peut parvenir à mouiller le bord de ses lèvres altérées.
Alors Zerbin (l'amour et l'industrie font usage de tout ) prend son luth, ce luth qu'il estimoit unique en son espèce , en brise la table, la
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nettoie dans le sable, le remplit d'eau, le présente, on boit, et la coupe d'invention nouvelle semble prêter des charmes au breuvage.
Tandis que la collation s'aclievoit, la nuit survint, et l'air changea sensiblement de température. Le vent se leva plus frais et plus fort; l'arbre, au pied duquel Fleur-de-Myrte étoit assise , la garantissoit foiblement. Kilo se plaint. Zerbin s'approche timidement sans doute, mais de très-près; il ose même la serrer dans ses bras:
elle s'en étonne : mais un moment après elle a une toute autre surprise ; c'est de se trouver sans colère.
Elle n'étoit peut-être pas encore à la fin de ses découvertes , lorsqii'un accident auquel on ne devoit; pas s'attendre^ vint tout-à-coup la tirer d'affaire.