Tome /, K
Tn'inqiiîétant peu de ce qui se faisoit autour de moi.
Il ne se passoit point de mois que notre troupe ailée ne fit quelque recrue , et peu de jours que Slngilline ou ses compagnes ne délivrassent quelques prisonniers, et pour les employer à je ne sais quel usnge. Mais ils retomboient siir-le-t li.imp dans leur première captivilé.
La langueur que |'afFe( tois , le sommeil dont j'étois toujours accablé, le peu de nourriture que l'on me voyoit prendre , rendoient ma sanlé suspecte, et m'ont sans doute épargîié des bontés qui m'eussent été fort à charge. Je ne voulois que Gloriane: elle me suffisoit; jeune, vive , naturelle . elle m'aimoit avec passion , et sans doute elle m'aime encore. Le tour de son esprit me cliarmoit. Je voudrois qu'un loisir plus étendu me permit de vous rendre tous les bons contes qu'elle m'a faits de Strigilline et de ses compagnes, tous les petits traits scélérat» 3 ah.
qu'elle m*a bien appris à connoltre •on sexe!
Cette nuit encore nous sortions d'un entretien de cette espèce. Tout-àcoup, vers le point du jour , ma niaitresse jette un faraud cri, mVchnppe, et disparoît. Dans le moment un bruit afTreuK se fait onlendre. l/enreinte du mnr qui nous environnoit s'écroule, se dissipe en fumée, et je me trouve nu à côté de mes habits, au milieu de tous les gens avec qui Barin m*a rencontré.Ce sont, en apparence, les hôtes de la ménagerie.
Je me lève et regarde autour de moi : je vois quM ne reste aucun vestige des jarrliiis ni du palais. Tout n'étoit-il qu'illusion ? Mais comment s'est-elle dissipée ? Qu'est devenue Gloriarie? Je crains la vengeance de la Fée, s'il faut que ma maitresse en soit la victime ; si je dois la perdre , je le sens, je ne m'en consolerai janiais.
Florizel ayant mis fin au récit cle son aventure, Enguerrand fît à son tour le détail de la sienne; n'oubliant aucune circonstance, depuis l'instant de son entrée dans la forêt jusqu'au moment où Strigillineet ses compagnes, après l'enchantement détruit, s'étoient envolées sous la forme de très-hideuses harpies. Comme on cheminoit en parlant , on se trouva bientôt sur la route du château que possédoit le père du jeune homme; la séparation se fit après beaucoup de civilités de part et d'autre.
Enguerrand et Barin se trouvant seuls, celui-ci rompit le silence; il Pobservoit depuis long-tems, mais à regret.
Ce gentilhomme, dit-il, ne doit pas être tenté de courir après sa Gloriane ; à la manière dont vous l'avez peinte, ila rabattu deson airconfiant, et il Ccuidroit faire voir dans un semblable déshabillé, à nos jeunes ^ens
POEME. i;3
à la mode, les trois quarts des bonnes fortunes dont ils se piquent. Celui-ci m'a l'air d'un franc libertin.
L'histoire qu'il nous a faite ne m'a point plu ; j'ai été au moment de lui en dire mon avis; car je suis fort serviteur du seigneur Thorismond son père.
Barin, répondit le chevalier, on eût fait de vous un excellent pédagogue ; vous prêchez volontiers la réforme, et vous donnez très-libéralement votre avis. . . .
Quelquefois, monsieur, J'en pourrois donner de passables. . . .
Et pourriez-vous m'expliquer ce que vouloient dire ces mouvemens de tête et d'épaules que vous faisiez pendant que je rendois compte de mon aventure?
Je pensois, répondit l*écuyer,qua vous auriez pu taire bien des choses sur lesquelles on vous avoit demandé de la discrétion, ou tout au moins,
ne pas prendre un étourdi pour votre confident.
Je vois, reprit le maître , que vous
pensez que je doive faire beaucoup
d'atlention aux menaces du président
de l'étrange assemblée où nous nous
J sommes trouvés cette nuit.
II a les bras longs , monsieur, et je pense que la griffe est au bout. Après I tout, mettez en prose et en vers tout
r ce que vous avez vu; il ne peut m'en
I revenir ni bien ni mal. En finissant
ces mots , le maître et l'écujer se trouvèrent à la porte d'une bôtellerie qui étoit isolée dans la campagne ; ilâ étoient fi^^igués, ils y entrèrent.