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plie de trouble et de chagrin , elle passe à l'appartement de sa fille. Elle voiiloit l'inlen oger pour en t;rer des détails et l'accabler ensuite de reproc lies; la jeune miss n'étoit pas en état de satisfaire à sa curiosité , ni d'entendre ses invectives. Trop elTiayée , trop saisie, elle n'étoit pas encore revenue de son évanouissement La bonne mistriss Brown , sa tante , la tenoit dans ses bras, et essayoit de la ranimer.
Le baronnet parcouroit ses potagers, ses boulingrins, son parc, et ne trouvant point ce qu'il cherchoit, ordonnoit à ses gens de monter à cheval pour battre la campagne. Une séc urité imprudente lui avoit fait fermer les yeux sur les longs tête-à-têtes de sa fille avec un jeune homme; une confiance tém.érairel 'avoit empêché de les observer. Le mariage du lord Scarecrew se fût fait, miss Dorothée prévenue d'une inclination que Porgueil el la raison désavouoient, eût cherché à
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oublier Hichard; la fureur jalouse de Folble changea toul-à-coup la situation. Molly passe pour aller chercher Richard de la part de miss Dorothée.
La française va trouver le baronnet, lui dit ce qu'elle croit savoir , ce qu'elle devine, le conduit sur le lieu de la scène qui va se passer. Sir Georges arrive au moment ou Richard, un genou à terre, baisoit la main de miss Dorothée , en pienant congé d'elle.
Les visag s éloient enflammés, les yeux baignés de larmes; le baronnet en vit plus qu'il n'y en avoit, plus qu'on ne lui en avoit dit, entra dans «ne fur.-ur ridicule , suivie des démarches les plus imprudentes de sa part.
Foible étoit vengée ; mais ses remords et ses craintes lui faisoient acheter bien chèrement une. aussi triste satisfaction. Elle n'avoit point le cœur mauvais, et sa jeune maîtresse étoit déshonorée. Elleaimoit Richard de tout son cœur 5 s'il étoit arrêté, il
étoit perdu. Sa jeunesse, son inexpérience, sa foiblesse le livroieiit à un homme puis-aut ; les lois alloient tourner contre lui.
"Voilà le tableau des passions dont les habitans du château de Closteru étoient agitées , tandis que Richard s'eufnyoit à toutes ambes, sans savoir où. Du jardin il avoit gagné le parc, sauté , à plusieurs reprises , un ruisseau large de huit pieds, qui l'embarrassoit dans ses détours. Parvenu à la clôture formée par une palissade de planches, il l*avoit franchie, li se trouvoit dans une campagne couverte de houblons , la plante et les échalas embarrassoient sa marche, mais la couvroient de manière à la rendre un peu plus sûre. Il fit près d'une lieue de cette façon, sans suivre aucune route frayée.
Enfin , ayant perdu de vue le château, il s'abandonne à suivre celui des sentiers qui semble devoir Péloigner le plus de Clostern.
il marchoit aisément, sa taille étant
rî^sngée ; mais ses forces n'étoient point en proportion, il étoit obligé de .««'arrêter souvent pour reprendre haleine. Parti à onze heures du malin, à sept heures du soir à peine avoit-il Tut douze nîilles. Il arrive à la porta d'une p'^tite ferme écartée, périssant d(* lassit'îde et de besoin. Il entre; on lin* offre de bonne arace des rafraîchissemens. Il mange peu , et demande lin lit pour se reposer : on le lui donne, il se couche, et la fièvre le prend. Il n'avoit dans sa poche q-i'une gninée :
]'^ reste de son trésor demeuré avec son linae et ses bardes au château, montoit à dix livres sterlings. Il donna sa gninée à la fermière, pour aller lui chercher les secours dont il avoit besoin. Francy éfoit le nom de cette femme : elle étoit âgée, veuve, mère de plusieurs enfans déjà en âge de l'aider dans l'exploitation de la ferme, ïrancy alla cherclier les choses nécessaires pour faire du bouillon au ma-
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lade. Il eût besoin d'autres secours.
L'esprit, le cœur étolent encore plus travaillés que le corps. Inquiet pour miss Dorothée, pour lui-même, sachant qu'il éloit poursuivi, il se voyoit assiégé par la honte et le châtiment.
II avoit manqué à ses maîtres. Le pasteur de Buttorf, le chapelain de Woodstock , toute la nature étoit devenue son ennemie. Comment pourroit-il échapper ? Le seul habit qui lui restât étoit la livrée de l'homme déterminé à le poursuivre. Ses seules ressources étoient dans un endroit d'où il lui pnroissoit impos=iible de les tirer. L'idée de miss Dorothée, qu'il adoroit, dont il alloit faire le milheur. dont il se voyoit séparé pour la vie , ajoutoit encore au désordre d© son imagination.
La fièvre dura trois jours sans reldclie. Francy et ses en fans , entr'autres Dolly, une de ses filles, âgée de dix- Luit ans, ne cessoient de lui rendre
IMPROMPTU. 2jM l?s soins les plus charitables. Le quatrième jour , le sang se calma , Rithanl dormit , et à la suite d'une sueur abondante , l'accès tomba entièrement.
Le malade, quoique foible , voulut se lever. Il s'assit dans la chambre de ses Ilotes, servant à la fois de salle , de cuisine et de magasin. Là, lesdeu^ coudes sur li table, et la tête appuyée sur les mains, il revoit tristement; des éclats de rire, et beaucoup de caquet qui se faisoient entendre à la porte, l'interrompirent.
Une de ces femmes , désignées communément sons le nom de Bohémiennes , tenoit la main de Dolly , lui prédisoit un mariage prochain, une aisance honnote, une famille nombreuse et toute jolie , une vieillesse avancée, de la santé, de la joie, du bonheur en tout ^enre. La jeune personne ne' se posséloit pas, enchantée par la perspective d'un avenir aussi flatteur; et la sorcière, pour la combler, char-
geoit sans cesse ses prophéties de circonstances plus agréables. MissDolly entre pour faire part à sa mère de sa bonne aventure, la Bohémienne la suit, attirée, en npparence, par Tespoir d'une tartine de beurre et d'une tasse de lait, dont on devoit récompenser son savoir et sa complaisance.
C'étoit une femme d'une taille fort au-dessus de l'ordinaire, le teint basané, l'œil vif et J3arfaitemeut beau, une physionomie aquiline, et dont on étoit saisi au premier aspect. Richard en fut frappé, il sortit de sa rêverie pour la considérer : elle-même le fixa pendant quelque tems sans rien dire, d'un air d'intérêt ; enfin , elle approche de lui , et l'apostrophe.... Oh!
oh! beau jeune homme, que faitesvous ici?...
A ce propos , Richard, occupé surtout à se cacher, se croit reconnu , et rougit. Savez-vous qui je suis, bonne
femme? lui dit-il d'un air inquiet
Peut-être , lui répondit-elle , mon
métier est de connoitre les gens , souvent mieux qu'ils ne se connoisseut eux-me'^mes. N'ayez pas de frayeur cependant , je ne trahis personne , encore moins les jeunes gens aimables :
au contraire , je suis toute à leur dévotion.
Richard la tire par la manche , la conduit un peu à Técart. Parlez , bonne femme, me connoitriez-vous , en effet?
Ou je ne suis pas sorcière , répond la Bohémienne... Si vous n'êtes que sorcière, dit Richard, vos connoissances ne me donnent point d'inquiétude, et je n'ai rien à vous demander.
Mais voyez le petit incrédule ! dit la Bohémienne j vous avez donc bien du mépris pour mon art. C'est à Oxford que vous l'avez puisé.
A Oxford, reprend Richard avec précipitation; que pariez-vous d'Oxford, madame? Le pasteur de Buttorf vous auroit-il dit. ..
On ne me dit rieu, répliqua la de-