‹ Œuvres badines et morales de Cazotte (volume 3)Chapitre 19 sur 23 · Tome IL ji · texte numérisé non relu

Tome IL ji

sur votre prudence : ayez attention surtout de paroître moins froide à mon éf^aid. Vous êtes du pays de Galles, on y respecte ses païens, mais on les aime encore davantage. Après cette courte instruction, Bekit préparée à cruelffue chose de nouveau , alla donner ordre à son ménage , et le ministre arriva pour l'heure du dîner.

Il s*appeioit M. JaLkniann , homme qui tiroit sur sa cinquantaine, d'assez bonne mine, de p'»u d*esprit, mais d'ailleurs l'apparence d'un honîiélfî Lomme, et d'un hon ecclésiastique. Il avoit beaucoup d\ippétit, et parla peu pendant le repas; cependant il laissoit; de teins en tems échapper des regards du côté de Bekit : elle baissoit les yeux, déjà couverts de son béguin gallois :

cependant il en admira la beauté, et en fit compliment au capitaine. Ensuite il demanda à la jeune miss , si c'étoit par attacliement pour la façon de se mettre dans son pays , qu'elle ne s'ii.ibiiloit point à l'anglaise. J)ekit crut

IMPROMPTU. ipx

(Tevoir répondre, qu'elle suivoil moins son propre ^oût, que celui de soa cher père. La réponse éloit en gallois, mais assez mêlée d'anglais , pour pouvoir être entendue du ministre, àpeu-près.

Bekit vous trompe , mon cher pasteur, dit le capitaine; elle quittera la mode de son pays, lorsqu'elle parlera bon anglais. Eetitneréponditrien, et la conversation tourna sur d'autres objets.

Vous avez bien fait, capitaine, cîisoit M. Jackmann, de venir vous établir dans ce village. La situation en est charmante. Pair y est sain, le lerrein fertile , le peuple y est bon , TOUS ne pouviez mieux choisir un séjour dans toute l'Angleterre , pour j manaer agréablement votre demisolde. La dame du lieu, Mistriss Brown, veuve d'un homme de distinction, est une femme respectable a tous égards. Je vous en ferai faire fa connoissance. Nous avons déjà parlé

de vous : elle m'a même chargé de l'excuser, sur ce qu'elle n'a pu vous rendre votre visite; elle est incommodée depuis quelques jours. Elle vit d'ailleurs dans une grande retraite, et presque vis-à-vis de miss Dorothée INettling, sa nièce, que les suites d'une aventure assez ridicule ont forcée de se jeter d^ns ses bras. . . Vous en aurez oui parler, capitaine: cette affaire a fait beaucoup de bruit.

Non , répondit le capitaine, je suis très-peu iubtruit des aventures de la contrée. . .

Oh ! il faut que je vous raconte celle-ci, reprit M. Jackmann; elle est singulière ; je la tiens de Mistriss Brown : elle s'est passée sous ses yeux.

Milady Nettling avoit un laquais beau comme un ange, chantant à ravir. Le laquais et miss Dorotléefaisoient tous les jours de la musique ensemble ; il paroissoit régner entr'eux beaucoup d'intelligence. Sir Georges

crut avoir surpris son laquais faisant violence à sa fille. Il tira l*épée , fit un vacarme étonnant, ordonnant à tous ses gens de monter à cheval pour courir sur le ravisseur, qui, dit-on, s'étoit évadé. Un grnnd seigneur, venu de Londres exprès pour épouser miss Dorothée, s'en retourna comme il étoit venu. La jeune personne étoit déshonorée ; le croiriez-vous , monsieur ? ce laquais, ce galant, ce ravisseur étoit (Il montroit du

doigt Bekit) étoit aussi dangereux que cette jeune miss ; c'étoit une fille.

Une fille ! reprit le capitaine , en a-t-on des preuves ? Ne dites-vous pas qu'il s'étoit sauvé?

Mille preuves, reprit le pasteur, cent mille preuves plus claires que le jour. Mistriss Brown elle-même les a vues, les a tenues dans ses mains ; le château , les domestiques , tous les paysans des environs en son convaincus. C'étoit la fille de Tom Cawsson , un riche particuher du comté de Kent:

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il est venu la réclamer, l'a conduite cliez lui. . . C'étoit une fille , vous dis-je; c'en est encore une, à moins qu'elle ne soit mariée. La réputation de miss Dorotliée est parfaitemeuC rétablie, et tout le monde a blâmé le barotmet de ses vivacités et de son indiscrétion.

Rien n*est plus singulier, dit le rapitaine. Il faut étouffer de rire , dit le ministre. . . MissBekit ne rit point! peut-être ne m'a-t-elle pas entendu?, l'as tout-à-fait, dit le capitaine ; mais je lui expliquerai Tav*^ uture , et elle en rira à son tour. En finissant ce propos , le ministre acheva de vider iiJie bouteille d*excellent vin, se leva de table, et sortit.

Richard étoit demeuré stupéfait, la bouc lie béante. Quoi : dit-il en anglais, dès qu*il se vit seul avec le capitaine, Dorothée est à Corn - Trée ! elle croit que je suis une fille .' on lui en a donné des preuves plus claires que le jour., t'est vous 5 monsieur, qui m'avez joué

ce tour , vous avez aposté quelque fanfôme. ..

Doucempnt, doucement, Bekit , reprit le capitaine; vous en êtes aux invectives, et vous oubliez le gallois et mon nom. Jusqu'ici j'ai été plus sage que 'ous; pourquoi doutez-vous de moi ? Votre maitresse est à Corn-Trée : vous éte3 à deux pas d'elle, vous respirez le même a^r, et vous vous plaignez Sa réputation étoitcompromise, et peut-être perdue : elle étoit brouillée avec toute sa famille, et exposée pour l'amour de vous aux chagrins les plus amers; d*un coup de baguette j'ai chaugé la scène, j'ai mis les rieurs de son coté , et fait tomber le ridicule sur ceux qui méritoient plus qu'elle d'en être chargés. Je l'ai même vengée du Lord Smrecrew : il est bien mortifié aujourd'hui de l'avoir aussi légèrement dé.ia ignée.

Elle me croit fille, ajoutoit Richard.

Je ne trompe, répondit le capitaine, que ceux que j'ai intérêt de tromper ;

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