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supposez qu'elle eût cette opinion, e!le ne seroitpas tout-à-rait dc^iaisonnablp; vos impatiences, votre hiinieur m'engageroient bientôt à la instifier.
Persna'iez-vous qu'il nn*est aussi lacila de vous faire ma fille, comme de me faire votre père. La punition seroit forte, et vous ne me pousserez point; à ces extrémités. Je veux vous trouver plus docile, être content de vous, vous rendre heureuse. Cessez de vous inquiéter, quand je veille pour vous.
Prenez votre tabouret : achevez ce réseau de dentelle. Je sors , et ne veux pas trouver à mou retour la trace d'Jiumeur la plus K-^ëre. Le capitaine sortit en effet : Richard prit son ouvrage, sans savoir ce qu'il faisoit, ce qu'il devoit espérer ou craindre.
Tout avoit plu au ministre dans la maison du capitaine, ses façons, sa table, son vin , et surtout les beaux yeux de Bekit. Tant d'atlniits l*attirpient vers le petit ménage , qu'il s'y rendit bientôt familier, et pour deve^
nir utile et intéressant, s'il étoit possible, il proposa d'enseigner l'anglais à la jeune Galloise. Le capitaine fit très-sérieusement part à son pupille des bonnes intentions du pasteur :
celui-ci s'en défendoit, comme d'une étude inutile; il savoit mieux l'anglais que son instituteur prétendu. Apprenez toujours, ma chère Bekit , disoit le capitaine : dans le monde , si l'on ne veut désobliger personne, on est tous les jours dans le cas de se laisser enseigner les choses que l'on sait par des gens qui les ignorent. Richard n'osant persister dans son refus devient, malgré lui, Fécolierdu ministre.
La leçon étoit longue et pesante, car il falloit affecter une grande ignorance. Cependant le maître étoit facile à tromper. S'il échappoit à Richard de prononcer un mot d'une manière trop correcte pour un commençant , le précepteur regardoit cette mal-adresse, dans l'exécution du rôle , commue
lin progrès rapide, en attribuant mi moins la moitié de ce succès prétendu à sa propre suffisance. Il redoublo.t le zèle pour presser les études, ^t fût devenu insupportable, 5*il n'eût parlé souvent des personnes du cbâleau. Pendant plusieurs jours il en avoit donné des nouvelles assez indifférentes; mais il en apporta un matin qui pensèrent mettre Richard au désespoir.
Sir Archibald Holtwel , clievalier baronnet très-riche, ami delà maison de Mislriss Brown, arrivoit de ses voja^cs, C'éloit un homme de bonne maison, un cavalier très-aimable : il éto.t amoureux de miss Dorothée ; la tante favorisoit ouvertement cette inclination , et les deux familles, de concert, pressoient une alliance également convenable aux deux pnrtis.
Klchard, déconcerté parce récit, se fût trabi par une exclamation, si lecapitaine. attentif à ses mouvemens, lie l'eût rassuré d'ua coup-d'œil. Lo
ministre termina sa visite et donna lieu par sa retraite aux explications.
Voilà le terme de mes espérances, disoit Richard. Je serai venu dans cette ridicule mascarade pour être témoin du mariage !.. Eh ! qui suis-je, après tout, pour disputer le cœur d'une personne riche et charmante à ua homme brillant de tous les avantages de la nature et de la fortune.
Vous êtes, reprit le capitaine , une petite Galloise très-inquiète , très-défiante , toute entière à vos premiers inouvemens. Un mariage projeté, estil achevé ? Sur ce pied , je dois vous appeler mistriss Jackmann ; car mon ami, le ministre , m'a proposé de se donner à vous , avec cent livres sterlings de rente, dont il jouit de son patrimoine , deux cents livres qu'il retire de son bénéfice , les bijoux, la garde-robe, et tous les effets de feue madame Jackmann. Mistriss Brown , miss Dorothée, tout le m,onde désire cette union 3 vous me feriez presque
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souhaiter qu'elle eût lieu; cependant
vous croyez-vous mariée?
M. Jackraann m*épouser! moi! et vous l'entretenez dans cette idée !
Je ne le llatte point , reprit le capitaine, je ne le désespère point. Je suis bon père , et ne veux pas forcer votre inclination....
Mais, dit Richard, me proposezvous sérieusement de me marier avec cet ecclésiastique ?
Je vous propose, dit le capitaine, de ne rien ( roire léf;ërement , d'en user obligeamment avec les persoiniesdout les vues nous font honneur. M. Jackmann prêcjie demain, et nous invite à venir l'entendre : nous lui devons cette marque d'attention.
L'heure du sermon arriva. M. Jackmann vint chercher Bekit et son père pour les placer, à ce qu'il disoit, de la manière la plus avantaj^^euse. On s'arrête à la porte d'une chapelle ; on entre ; on fait asseoir Richard : il étoit , sans le savoir , dans le château. Il lèvo
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les yeux: miss Dorothée, dans une tribune en face de lui, est le premier objet qu*il apperçoit. Elle étoit belle comme un ange. Un cavalier, qui ne cédoit en rien du côté des avantages extérieurs , étoit assis derrière elle , et lui parloit.
Que la fausse Galloise fut déconcertée à ce spectacle imprévu ! Que de passions s'élèvent dans son ame !
l'amour, la jalousie, la crainte d'être reconnue.... Le capitaine , attentif à tout, lui serre la main, lui parle à l'oreille, lui ordonne de prendre courage. L'office étoit commencé, les dames étoJent à leurs prières , et Richard eut le tems de se remettre, avant de devenir l'objet de leur attention ; mais il ne put éviter les lorgnades de sir Archibald. Ce cavalier profite d'un intervalle entre l'office et le sermon , se penche à l'oreille des dames , et montre la Galloise : bientôt toute la tribune a les yeux de ce côté.
Ce qui n'étoit qii*iin objet de curîosité poiirmistriss Brown, en devint nn de surprise et nirme de saisissement pour Dorothée. La ressemblance la frappa Ne se crovnnt point observée, elle ne détourna point les ^eux de dessus Richard ; éloignée de soupçonner que ce pût être Ini-inême , elle ne revenoit point de Téton nement que lui occasionnoit une aussi parfaite ressemblance ; et iM. Jackmaim acheva de débiter son homéh'e , sans s'être attiré la plus légère attention de sa part.
B-iihard, toujours lorgné par sir Archibald , observé avec tant d'attention par Dorothée , beaucoup regardé de JNIollv, n'avoit pas levé les ^eux. Le capitaine avoit un air froid et désintéressé, comme s'il n'eût rien su, rien vu, n'eût pris aucune part à ce qui se passoit. 1 1 se préparoit à retourner chez lui. M. Ja(kinaim , suivi d'im domestique du château , vient l'engager à dîner de la part des dames. Le capitaine accepte; Richard est entraîné :
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il se trouve vis-à-vis de miss Dorothée, sans avoir eu le tems de réfléchir sur l'embarras d'une pareille entrevue. Il étoit entré les yeux fermés, pour ainsi dire. MistrissBrown lui fit, ainsi qu'au capitaine, un accueil caressant. On examina l'ajustement f^allois , on en loua la propreté , l'arrangement. On dit des choses obligeantes sur la figure. Miss Dorothée ne disoit mot , et regardoit avidement , surprise de trouver tant et aussi peu de différence. Le béguin gallois , avancé jusque sur les yeux et sur les tempes, changeoit la physionomie, et en quelque sorte les traits, La taille, les habitudes du corps étoient dénaturées, le tout ensemble représentoit , d'une manière vraie , une Galloise jeune et timide , fille d'un officier réformé , recherchée en mariage par M. Jackmann: mais cela ressembloit étrangement à Richard.
On sert le dîner. Placé en face de sir Archibaldet de Dorothée, Richard Tie pouvoit lever la vue sans rencoii-
trer la leur attachée fixement sur Iiiî. Le baronnet adressoit souvent Ja parole à la jeune miss; il donnoit un tour galant à ses expressions : Dorothée, quoique d'un air un peu distrait, lui lépoudoit avec douceur et poliment.
Chaque mot de cet entretien étoit un coup de poignard pour la Hiusse Galloise ; dans son idée, mistriss Brown regardoit déjà ce cavalier comme son neveu , et la nièce le traitoit en amant. Le chagrin, la jalousie étoient à leur comble; heureusement , le caractère habituel de sa physionomie n'étoit pas assez connu , pour que le désordre pût en être remarqué ; déjà l'attention étoit entraînée d'un autre côté; profitant d'une question que lui avoit ïaite sir Archibald, le capitaine racontoit un fait assez extraordinaire dont il avoit été témoin. Sa narration étoit pleine de feu , de précision , d'agrément , d'intérêt ; on s'y attacha , et Dorothée seule , demeurant occupée de la figure et des mouvemens de Richard, il eut
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le tems de respirer et de se reconnoître.
Le repas finit, Theiire de.^e séparer arrive :mistrissBrown témoigne beaucoup de satisfaction au capitaine d'avoir fait sa connoissance et celle de sa fille ; elle et Dorothée embrassent Bekit, et on se quitte.
La jeune miss fut sensible a Péloignement de la G ailoise ; le mouvement dont elle étoit agitée étoit confus ; quelque chose de plus fort qu'une inclination naissante lui parloit en faveur de cette jeune étrangère : d'ailleurs, peut-on se séparer sans regret du portrait d'un amant chéri ? Pour Richard, il étoit liors de lui-même. L'impression du baiser que lui avoit donné Dorothée avoit passé dans son cœur; il étoit encore sur ses lèvres imprimé avec des traits de feu , la raison étoit égarée , la tête étoit perdue. M. Jackmann et le capitaine le reconduisoient en le tenant sous le bras, et le portaient pour ainsi dire. Le bon ministrô
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féiicifolt son ami de l'effet prodigieux de sa visite dans le château : son mérite y avoit subjugué tout le monde, et sir Archibald lui-même déclaroit hautement qu'il feroit toutes les avances pour gagner son amitié, s'il lui étoit possible d'y réussir.
D'après ce discours du bon ministre, on ne doit point être surpris de voir s'établir une liaison intime entre les deux maisons. Sir Archibald fait toutes les avances imaginables au capitaine ; mistriss Brown et Dorolliée visitent exactement sa prétendue fille, et Bokit devient leur compagnie de tous les jours; mais elle ne rentroit jamais chez elle de bonne humeur.
Ma fille, lui disoit le capitaine, je ne vous conçois pas; vous jouissez de Il vue, de la conversation, de la familiarité de la personne que vous aimez , et vous ne paroissez pas contente?
Je n'aimois qu'éperdûment, répondoit Richard, et vous me faites aimer
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â la fureur. Je ne vois que des choses qui m'enchantent, me mettent hors fie moi et me désespèrent, mon bonheur devient impossible.
Impossible! dit le capitaine : Oui, reprit Richard ; voulez-vous que je ne le croie pas ? Voulez-vous m'épargner le pîus affreux tourment ? Eloignez sir Archibald.,..
Vous ne le voulez pas pour rival, repartit le capitaine , il faut donc Pavoir pour amant....
Pour amant ! moi! s*écria Richard, quelle nouvelle ridiculité!... Que cela soit ridicule ou non , dit le capitaine , vous prendrez patience , autrement vous m'exposeriez à la perdre. En finissant cette petite dispute , le capitaine sortit , et laissa Eekit seule. Cela ne lui étoit pas arrivé depuis quelque tems. Il étoit très-assidu à la maison, et lui avoit tenu fidèlement compagnie.
Il n'y avoit pas un quart-d'henre c;u'il étoit absent , quand sir Archibald
entra. Surpris de ne trouver ni monsieur .Tatkmann, ni le capitaine, il olK)r(1a VtcVd d'un air d'enthousiasme.
Quelle nouveauté, belle enfant, vus gardiens éternels vous ont abandonnée ! Cela tient du prodif];e. Hokit voulut répondre que le capitaine l'aimant beaucoup, ne se séparoit d'elle qu'à regret. Et non, non, mon petit an^e, reprit le baronnet, il n'y a pas d'excès dans son attachement. Veuf et jeune encore, vous devenez un embarras pour lui, et pour se mettre ù son aise , il prémédite de vous faire l'économe et la garde-malade d'un vieux curé do village, et il vous obsède, de cramte cju'un ami ne vous éclaire sur les suites d'un engagement aussi absurde, aussi peu fait pour vous. Hichard regardoit fixement le joli baronnet, attendant avec curiosité la suite d'un entretien annoncé par un semblable début. Sir Archibald se voyant écouté , suivit sa pointe. Que j'ambitionnois, dit-il, le moment de
vous parler tête-à-tête! Je n'ai pu vous voir sans émotion, ma chère 13ekit : dès le premier jour, vous ave^ dû le démêler dans mes regards ; nous avons toujours été observés, il a fallu me contraindre : jamais on n'aima plus vivement, plus ardemment que je vous aime.
En faisant cette déclaration cavalière, le baronnet s'étoit saisi d*une inalnetla baisoit. "Richard la dégagea.
"Vous vous trompez , sir Arcliibald , lui dit-il, vous pensez être auprès de xniss Dorothée.
Non , je ne me trompe point , charmante Bekit, repart vivement le baronnet. Dorothée a du mérite, nos païens veulent nous arranger , et je me prête à cette union sans répugnance 5 mais quelle différence entre l'estime que je ressens pour elle , et le goût passionné qui m'emporte vers vous î Je vous adore, ma chère Bekit 5 je ne puis vivre sans vous posséder; j'y satrificïOis ma fortune et ma vie j mais
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laissez-moi vous dérober à ce mariage disproportionné, à cette vie frugale et mesquine, à ce misérable petit vili âge. Londres vous attend , venez-y partager ma fortune, venez-y faire votre soiL et le mien ...
Sir Archibald, eftiporté par sa passion , étoit tombé aux grnoux de Ilichard , les lui serroit , clurchoit à lui dérober quelques petites faveurs ; on le repoussolt avec des bras assez potelés , mais très -nerveux : on entend du bruit, le baronnet reprend une attitude décente. M. Jackmann entre ; le capitaine le suit de près , et trouve la Galloise l'air fort allumé entre ses deux prétendans. Klle attendit que la compagnie fût retirée pour exhaler sa petite cbaleur. Se voyant seule avec le capitaine ; vous me l'aviez promis, monsieur, lui dit-elle; vous n'avez pas tardé à me tenir parole , la tête tourne à sir Archibald, autant qu'à M. Jackmann. Je ne mets point les passions burlesques que je fais sur le
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compte de mes tristes cliarmcs ; les vôtres y peuvent plus que les miens.
Cela peut vous être utile, et à moi ; je le veux ( roire , mais ces gens vous comblent d'amitiés. Ce sentiment qu'ils vous témoignent en toute occasion , a été jusqu'ici la mesure des éc^^rds, des ménagemens que j'ai eus pour eux. M. Jackmann m'ennuie à périr ; je u'aimois point sir Arcliibald ; je le regarde maintenant comme votre victmie, et il me fait pitié. Quelle conduite dois-je tenir avec eux ? Prévoyez-vous une tin à mon embarras et à leur folie?
Mais sérieusementvous me grondez, Bckit , reprit le capitaine d'un air enjoué. Je pensois avoir mérité plus d'amitié , de confiance de votre part, et que vous seriez plus tranquille sur ce qui se passeroit autour de vous , soit que j'y prisse part ou non ; mais vos passions vous rendent difficile à gouverner; vous lasseriez peut-être la patieuce d'un autre, mais la mienne
est égale à ma tendresse pour vous , et parconséquent n'a point de bornes; jusqu'ici vous avez été contente de moi : refuserez-vousde vous conduire encore quelf{ue tems sur mes avis ?
Doutez de tout ce que vous voyez; suspendez votre juj^ement sur mon compte, sur celui d*autrui, et laissezmoi suivre mes desseins sans les troubler.
A'iais comment, dit Richard, dois-je me conduire avec les étranges courtisans que vous m'avez faits ?
Ne leur battez ni froid ni cliaud , reprend le capitaine, ils suivront leur petite pointe , mais ils n'iront pas loin.
Ridiard est encore une fois résigné.
31 voit tous les jours sir Arcliibald clans la maison ducapitaineet au château ; mais ne se trouvant iamais seul avec lui, il en est quitte pour recevoir quelques œillades lancées à la dérobée par le baronnet, ou pour un t(^nilre senement de main ; t'cLolt fort
peu
IMPROMPTU. 3i3 peu cle choses; mais imsoir il trouva ce billet dans son métier à dentelles:
A la charmante Miss Bekit.
•t Vos malheurs et les miens ton- » chent à leur comble. J'ai oui le capi- » taine, mistriss Brown et Jackmann » s'entretenir de votre mariage, il se » décide sous huit jours. Oh, mon ange, » vous laisserez -vous sacrifiera ce » vieux prêtre ? On n'a nul ménage- » ment pour vous , en aurez - vous » pour quelqu'un , au hasard d'être V malheureuse toute votre vie ? Pre- » nez conseil, ma chère Bekit, devo- » tre cœur et de votre amant. Dérobez- » vous à des vues mercenaires, bour- » geoises et économiques ; disposez » de moi et de ma fortune. Votre dis- » crétion à mon égard me persuade » que je ne vous suis point indifférent. » Oh quelle vie délicieuse ! Quel en- » chaînement de plaisirs nous atten- » dent ! Une voiture se trouvera de-