‹ Œuvres badines et morales de Cazotte (volume 3)Chapitre 5 sur 23 · Tome U · texte numérisé non relu

Tome U

tio L E D I A B L E

Calmez cette frayeur; ce tintamarre ne menace ni vous ni moi.

Mon flegme dût la surprendre; mais elle pouvoit me dérober ses pensées en continuant d'affecter du trouble. Heureusement la tempête avoit fait son dernier effort. Le cielse nettoyoit, et bientôt la clarté de la lune nous aiiiionça que nous n'avions plus rien à redouter du désordre des élémens.

Biondetta demeuroit ù la place ou elle s'étoit mise. Je m'assis auprcs d'elle sans proférer une parole -.elle fit semblant de dormir, et je me mis à rêver plus tristement que je n'eusse encore fait depuis le commencement de mon aventure, sur les suites nécessairement fâclieuses de ma passion. Je ne donnerai que le canevas de mes réflexions. Ma maitresse étoit charmante, mais je voulois en faire ma femme.

Le jour m'ayant sui-pris dans ces pensées , je me levai pour aller voir si je pourrois poursuivre ma route. Cela me devenoit impossible pour le moment.

A M O r R E U X. Ttf

Le muletiîîF qiiicondiiisoitmaralècho me dit que ses mulets étoient hors de lervice. Comme j'étois dans cet embarras , Biondetta vint me joindre.

Je commencois à perdre pntionre, quand un bomme d'une physionomie sinistre , mais vigoureusement taillé , parut devant la porte de la ferme, chassant devant hii deux mulets qui avoient de l'apparence. Je lui proposai de me conduire cliez moi ; il savoit le chemin , nous convînmes de prix.

J'allois remonter dans ma voiture , lorsque fe crus reconnoitre une femme de campagne qui travcrsoit le chemin suivie d'un valet : je m'approche ; je la fixe. C'est Berthe, honnête fermière de mon village, et sœur de ma nourrice. Je l'appelle; elle s'arrête, me regarde à son tour, mais d'un air consterné. Quoi! c'est vous, me dit-elle , seipnour Dom A Ivare ? Que venez-vous chercher dans nu endroit où votre perte est jurée, où vous avez mis la désola-

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