‹ Œuvres badines et morales de Cazotte (volume 3)Chapitre 6 sur 23 · IIS L E D I A B L E · texte numérisé non relu

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tion ? . . . Moi ! ma clière Berthe, et qu*ai-je fait ?...

Ali! seigneur Alvare, la conscience ne vous rei)roche-t-elle pas la trisle situation à laquelle votre digne nièie , notre bonne niailresse se trouve rédu.te. Elle se meurt... Elle se meurt, m'écriai-je. . Oui , poursuivit-elle, et c'est la suife du chagrin que vous lui avez c ausé ; au moment où je vous parle, elle ne doit pas être en vie. Il lui est venu des lettres de Naples, de Venise. On lui a écrit des clioses qui fout trembler. Notre bon seigneur, votre fi ère, est furieux : il dit qu'il sollicitera partout des ordres contre vous , qu'il vous dénoncera, vous livrera luimême...

Allez , madame Berthe ,si vous retournez à M aravil las et y arrivez avant niui, annoncez à mon frère qu'il me verra bientôt.

Sur-le-champ, la calèche étant îittelée , je présente la main à Biondelta, cachaut ie désordre de xnouame sous

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Î^.Tpparencedr la ferniclé. Kl le se montrant effrayée : quoi, dit-elle, nous allons nous livrer à voire fiere ? nous allons aigrir parnotie préserue una famille irritée , des vassaux désolés . . • Je ne saurois craindre mon frère , mailame; s'il m*impute des torts que if n*ai pas , il est important que je le désabuse. Si j>n ai, il faut que je in'ex(use, et comme ils ne viennent pas de mon caur, j'ai di oit à sa compassion et à son indulgence. Si j'ai conduit ma mère au tombeau par le dérèglement de ma conduite, j'en dois léparer le scandale, it pleurer si hautement cette perle, que la vérité , Li publicité de mes regrets effacent aux yeux de toute l'Kspagne la tache que le tiefaut de naturel imprimeroità mon

Ah! Dom Alvare ! vous courez à votre perte et à la mienne, ces leHres éi rites de tous côtés, ces préiugés répandus avec tant de promptitude et d'affectation, sont la suite de nos avcn-

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ttires et des persécutions que j'ai essuyées à Venise. Le traître Bernadillo, que vous ne connoissez pas assez , obsède votre frère ; il le portera...

Eh ! qu'ai -je à redouter de Bernadillo et de tous les lâches de la terre ? Je suis, madame, le seul ennemi redoutable pour moi. Ou ne portera jamais mon frère à la vengeance aveugle, à l'injustice, à des actions indignes d'un homme de tête et de courage , d'un gentilhomme enfin. Le silence succède à cette conversation assez vive ; il eût pu devenir embarrassant pour l*uji et l'autre: mais après quelc[ue3 iustans, Biondetta s'assoupit peu à peu, et s'endort. Pouvois-je ne pas la regarder ? Pouvois-je la considérer sans émotion ? Sur ce visage brillant de tous les trésors , de la pompe, enfin , de la jeunesse; le sommeil ajoutoit aux grâces naturelles du repos cette fraîcheur délicieuse , animée , qui rend tous les traits harmonieux; un nouvel Cûchanteraent s'empare de moi ; il

^cnrte mes défiaiires ; mes inquiétuclej sont suspendues, ou s'il m'en reste une assez vive, c'est que la tête de l'objet dont je suis épris, ballotée par les cabots de la voiture , n'éprouve quelnu'incommodité par la brusquerie ou la rudesse des frottemens. Je ne suis plus occupé qu'à la soutenir, à la garantir. Mais nous en éprouvons un si vif, qu'il me devient impossible de lo parer; Biondelta jette un cri, et nous sommes renversés. L'essieu étoit rompu; les mulets, heureusement, s'étoient arrêtés. Je me dégage : je me précipite vers Biondetta, rempli des plus vives alarmes. Elle n'avoit qu'une légère contusion au coude, et bientôt nous «ommes debout en pleine campagne , mais exposés à l'ardeur du soleil en plein midi , à cinq lieues du château de ma mère, sans moyens apparens de pouvoir nous y rendre , car il ne s'olfroit à nos regards aucun endroit qui parut être habité.

Cependant, à force de regarder avec

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attention, je crois distini^iier A la distance d*une Jieue , une l'innée qui s'élève derrière un taillis, mêlé de quelques arbres assez élevés; alors, confiant ma voiture à la garde du muletier , j'engage Bidndetta à marcher avec moi du côté qui m'offre l'apparence de quelque secours.

Plus nous avançons, plus notre espoirse fortifie; déjà lapetite forêt sem- Lle se partager en deux : bientôt ellt3 forme une avenue au fond de laquelle onappercoitdes bâtimens d'une structure modeste : enfin une ferme consi-* dérable termine notre perspective.

Tout semble être en mouvement dans cette habitation , d'ailleurs isolés. Dès qu'on nous apperçoit , un homme se détache et vient au devant d^ nous.

Il nous aborde avec civilité. Son extérieur est honnête : il est vêtu d'un jr>ourpoitit de satin noir taillé en couleur de feu , orné de quelques passemens en argent. Sou âge paroît être de

vînpt-cinq à Irenle ans. Il a le teint iViin campagnard; la fraîcheur prrce sous le bille, et décèle la vigueur et la santé.

Je le mets au fait de l'accident qui nraltire chez lui. Seigneur cavalier, me répondit-il, vous êtes toujours le bien arrivé, et chez des gens remplis de bonne volonté. J'ai ici une forge, et votre essieu sera rétabli : mais vous me donneriez aujourd'hui tout l'or de inonseigneurleducde Médina-Sidonia mon maître , que ni moi ni personne des miens ne pourroient se mettre à l'ouvrage. Nous arrivons de l'église , mon épouse et moi : c'est le plus beau de nos jours. Entrez. Ku voyantla mariée , mes parens , mes amis , mes voisins qu'il me faut fêter, vous jugprez s'il m'est possible de faire travailler maintenant. D'ailleurs , si madame et vous ne dédaignez pas une compagnie composée de gens ({ui sub:)i.stent de leur travail depuis le commencement; de la monarchie, nous allons nous

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mettre à table, nous sommes tous heureux aujourd'hui ; il ne tiendra qu'à vous de partager notre satisfaction.

Demain nous penserons aux affaires. En même tems il donne ordre qu'on aille chercher ma voiture.

Me voilà hôte de Marcos,]e ferïiiier de monseigneur le duc , et nous entrons dans le salon préparé pour le repas de noce ; adossé au manoir principal, il occupe tout le fond de la cour : c'est une feuilléeen arcades, ornée de festons de fleurs , d'où la vue , d'abord arrêtée par les deux petits bosquets , se perd agréablement dans la campagne, à travers l'intervalle qui forme l'avenue.

La table étoit servie. Luisia, la nouvelle mariés , est entre Marcos et moi:

Biondelta est à côté de Marcos. Les pères et les mères, les autres parens sont vis-à-vis; la jeunesse occupe les deux bouts.

La mariée baîssoit deux grands yeux, noirs qui n'étaient pas faits pour

regarder en dessous tout ce qu'on lui disolt , et même les choses indifférentes la faisoient sourire et rougir.

La gravité préside au commencement du repas : c'est le caractère de la nation ; mais à mesure que les outres, disposés autour de la table, se désenflent, les physionomies deviennent moins sérieuses. On commencolt à s'animer, quand tout-à-coup les poètes improvisateurs de la contrée paroissent autour de la table. Ce sont des aveugles qui chantent les couplets suivans, en s'accompagnant de leurs gultarres:

Mircos a dit à Louise y Veux-tu mon cœur et ma foi î Elle a répondu, suis-moi, Is'ous parlerons à l'église.

Là de la bouche et des yeux.

Ils se sont jurés tous deux Une flamme vive et pure.

Si vous êtes curieux De voir des époux heureux, Venez en Estramadure.

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