I-)e ce propos j'ai voulu m'étayer
Il veut vous voir, pour votre nuiladie.
Il est , dit-il , médecin : — Je suis mort.
Vous êtes pris, si c'est là votre fort ;
Pour vous y vaincre , en moy^s il abonde ;
Il veut parler aux gens de l'autre raondf.'
» Voyons-le donc , puisque c'est mon dtstin.
Mais est-ce tout? — Madame Galatin,
Et je ne gais combien de Genevoises ,
Des Bourguignons, desNormands,desGantoises:
Ah, juste ciel î on veut me ruiner,
M'assassiner. Voyez, monsieur la France,
Traitez ces gens selon leur importance,
Veillez à tout ; parlez au cuisinier;
Dans quelque tems , on viendra m'habiller.
Logez toujours le sexe avec décence ;
Commodément placez le cavalier ,
Leursgensprès d'eux :~Lepoètt*?~Augrcnier.
LA VOLTÉRIADE,
li'.vrTEUR avoit environ vingt-sept ans, lorsqu'il imagina le plan de ce pocnie, et qu'il enexénita les parties qui lui sembloient devoir être les plus piquantes. M. de roltairen'éiolt point en France alors; il apprit cependant qu'on lisoit des morceaux d'un petit ouvrage dont il étoit le héros. Il en- Toya Tiriot à la découverte. Ce discret négociateur n'eut pas de peine a persuader à quelqu'un qui commencoit à pouvoir raisonner, que plaisanter aux dépens d'un plaisant aussi redoutable éloit un amusement dangereux. Il fut convenu qu'il ne seroit plus parlé de cet ouvrage ; l'auteur jeta au feu ce qui éloit écrit , et partit pour les Colonies. Aujourd'hui que cela ne peut
ni lui faire tort , ni chagriner le grande homme ^ on se permet de tirer de sa mémoire tout ce qui y étoit resté sur le sujet, et d'y donner des liaisons.
Le plus grand mérite de cette bagatelle est de contenir beaucoup de fciits littéraires , qu'une distraction générale a fait perdre entièrement de vue, quoiqu'ils soient tous du commencement de ce siècle. Il faut laisser quelques matériaux à ceux qui voudront écrire par la suite l'histoire de notre littérature en philosophes. Les révolutions dans cette partie sont aussi curieuses que dans la politique. Les empires s'écroulent; et il en est dont, aujourd'hui , on n'apperçoit pas même les ruines. Les Chaldéens , les Mèdes , les Persans n'ont rien écrit et sont oubliés : les Grecs , et les Romains subsistent encore , quoique leurs trônes soient détruits. Nous avions l'empire littéraire en Europe ;nous le perdons.
Ne négligeons pas de recueillir quelques-uns des faits qui ont contribue à notre décadence.
Des sept chants de la Foltérlade*
Premier Chant.
Exposition, invocation, description de la chute delà poésie en France, après le siècle de Louis XIV. Les Muses trouvent le jeune Voltaire endormidans le Pré-Saint-Gen^ais. Hors la muse de l'ensemble , et la déesse invention, toutes le douent à l'envî l'une de l'autre. II se réveille , et débute par un chef-d'œuvre; mais il abandonne trop tôt la recherche de la nature, pour se livrer aux grâces.
Triomphes, erreurs, égaremens du jeune héros , en poésie.
II* Chant.
Voltaire se montre successivement
lîSo ŒUVRES,
dans les voitures de toutes les femmes de la cour. L'envie va soulever contre lui le Café - Gradot , présidé par la Motte-Houdart. Les critiques fondent de là sur la Henriade, la tragédie de Marianne , etc. On reproche à l'auteur de n'avoir pas d'idées neuves. Il part pour en aller faire des recrues en Angleterre, et s'embarque au Port-àl'Anglais , va échouer sur les sables d'une des îles de la Seine. Il y trouve im vieux berger normand (i) qui lui dit sa bonne aventure. La musette du berger est garnie de dentelles, et ses moutons ont des colliers faits de rubans de couleur de rose. Voltaire se rembarque, et vient prendre un bateau pécheur à Cherbourg, d'où il descend à Douvres , si fatigué par la tourmente, qu'il est un ob;et risibîe pour le peuple, et une inquiétude pour les commis . qui suspectent ses cartons de contenir de la contrebande; la
(i) Fontenelle,
foule
DIVERSES. 28f
foule l'entoure et l'importune. Il saute sur une borne, et harangue la canaille en débutant ainsi:
Auguste Souveraine , Car où le peuple est Roi, la populace est Reine.
Après ce début, il dit qu'on ne doit; le traiter ni en contrebandier ni ea forban , qu'il vient chercher des secours d'idées nouvelles pour faire fleurir les lettres en France 5 et ou lui répond f'crriwel (1).