III. Chant
Voltaire fait des levées considérables dans Shakespéar, Hudibras, Diiden- Rowe, Benjonson et autres, et part bien recruté. Il revient en France, ayant échangé contre de la raison ce qu'il avoit pu conserver de préjugés.
Il donne sa tragédie d'Adélaïde du Guesdin, et la journée est maliieureuse.
Il veut employer la nuit à mettre dans
(i ) V^f rriwcl. Fore bien, mot que le peujjle dit totTjonrs à ceux qui ont parlé bien ou jnuJ, Tome III, Q
a8t ŒUVRES
un nouvel ordre de bataille les idées qui lui avoient mal réussi. Pouréchauffer sa verve , il se frotte la tète , rasée , d'esprit-de-vin. Il avoit malheureusement laissé le toupet. La fièvre chaude le saisit par-là, et le pousse dans le temple du goût, où elle lui montre dans une lanterne-magique, à sa manière , ses ancêtres dramatiques , épiques , lyriques et autres , et ses successeurs dans des brouillards.
IV* Chant.
Le héros poétique, avec les secours qu'il a rapportés d'Angleterre , donne la mort de César, Zaïre, et Brutus.
L'envie ne sachant comment arrêter la rapidité de ces succès , suggère à Desforges-Maillard , poète provincial , de se faire raser de frais , de s'habiller en muse femelle et Bretonne, sous le nom de Mériadec de Kimper , et de faire des agaceries au héros ; le mercure devient le confident de leurs amours. Voltaire se voit parfumer du
DIVERSES. r85
pins doux de tous les encens; et ne sachant où trouver de nouvelles fleurs pour sa belle, il court au palais de la Motte pour en chercher.
Sur les bords renommés de la Croix-du-Trahoir, Tiri# le rencontre, et le tire de cet enchantement, en lui apprenant que sa nialtresso a de la harbe comme un sanglier , et que ses rivaux prennent des avantages sur lui.
Y" Chant.
Voltaire sort de sa léthargie amoureuse, et ordonne à Tiriot d'aller porter aux comédiens la tragédie de Mahomet I. Famine horrible des comédiens Français. Les seize parts tiennent conseil sur les moyens de pouvoir subsister; assiégés, comme ils le sont, par leurs créanciers et par le besoin. Le Grand (i) fait le récit des détresses de la compagnie. Dubfeuil, chargé de trouver les expé-
(i) Le Grand, acteur, alors chargé de fab» Ici récits.
diens, dit qu'il est à bout. Le désespoir s'empare des coeurs. On annonce le liéraiijt-d'armes de Voltaire; il entre, lit le poëme, et le courage des comédiens est relevé. On fait afficher.
L'envie s'étoit écartée depuis longtems des foyers des Français, abandonnant le poste à la pitié. Les émissaires de la déesse ont lu l'affiche, et lui donnent la nouvelle. Elle dépouille toutes les chauve-souris du quartier où elle se trouve, pour renouveler ses ailes, et courir après Desfontaines. Elle apprend , enfin , qu'il est dans l'antre de la crapule. Description de l'antre. La sale déesse, ivre-morte, est étendue par terre à la porte de sa dégoûtante demeure. Elle a à côfé d'elle un broc de bierre et une coupe. L'envie lui fait siffler ses serpens aux oreilles, et l'éveille. La crapule en se levant , saisit sa coupe et son broc.
Les deux horribles figurasse font face.
lescen^elas qui composent lacoîfrure de l'une , contrastent avec les serpens qui sont sur la tête de l'autre. On veut se parler. Une vapeur, qui s'échappe de l'estomac de la crapule , met l'envie en danger de s'évanouir. Enfin elles peuvent s'e^fpliquer; la crapule abandonne Desfontaines aux fureurs de l'envie. Elle le faitlever, s'en empare , et l'envoie cala première représentation de Mahomet, après avoir poudré sa perruque de sublimé corrosif.
VIT Chant.
Première représentation de Maliomet. Description du champ de bataille et des combaltans dans les deux partis. Maliomet et Voltaire triomphent. La renommée le couronne, et le conduit au temple de la gîoire, monté sur Pégase ; il caracole avant que de s'envoler , et l'enthousiasme l'empêche de voir qu'en foulant aux pieds quelques préjugés , il n'a pas ménagé la raisoiL
LA VOLTERIADE.
«J E chante un bel-esprit qui gâta tout en France ]l?ar ses heureux talenset par son imprudence. X)ans l'univers savant , trop étroit à son gré j Pendant quatre-vingts ans voyageur égaré , Courant d'un pas léger à travers les systèmes , Sur tout ce qu'on a dit, il composa des thèmes, Et par tout ce fatras, qu'il leur fit digérer, Égara les esprits qu'il sembloit éclairer. Long-tems il intrigua pour effacer la gloire De tous les noms écrits au temple de mémoire. Il travailla long-tems pour nous faire oublier Ceux qu'un hardi pillage avoit su dépouiller. Enfin,vainqueur de tous,ou feignant de le croire. Sur le dos des bassets , apôtre de sa gloire , Il s'éleva si haut , qu'on crut le voir assis Au temple où le génie a seul droit d'être admis. O toi, que tour-à-tour il a craint et chérie, Piquante déité de la plaisanterie !
5i par tes jeujt badins appelait le plaisir,
Tu déridas les fronts sans les faire rougir : Si tu sus rencontrer l'heureux moyen déplaire, Sans que l'on pût jamais t'accuser d'être amère, Je t'invoque en riant : anime mes portraits. Le héros que je chante est digne de tes traits! Rousseau (i) rijiioit encor, mais sa verve aflfoiblie Annonçoit le déclin de son illustre vie. Ses écrits languissans étoient à peine lus , Pour tout dire, en un mot : i?0U55^dU n'écrivoitplus* On ne distinguoitpaslerimeur plein de gloire, De lauriers , tout enfant , coiffé par la victoire : Qui, banni pour des vers que Saurin avoit faits. De sa patrie en pleurs emporta les regrets (2). Tel brilloit à Paris qui s'éclipse à Bruxelles. Ce feu ne jetoit plus que quelques étincelles ; E t d'Ho udart (3), cependant, le surprenant bonheur Sur son abaissement élevoitsa grandeur.
Il formoit dans Paris cette ligue fatale , De rime et de raison également rivale ;
(I \ Jean-Baptiste Rousseau, mort depuis à Bruxelles.
(Z) Jamais les auteurs du tenis n'ont attribué à Rous» keau les couplets, cause occasionnelle de son bannissement : on étoit au moment d'en découvrir l'auteur, lorsque ses adversaires ayant trouvé une copie de la Moysiade , corrigée de i>a main, la produisireu f, ca qui lui fit prendre la Fuite.
(3) Houdart de li Motte a fait des tragédies, congédie», opéra, poënies-épinues, ode», fables , a^l-^ucs,
Qui , risquant d-aviUr les tragiques tréteaux , Faisoit parler aux rois la langue des badaux. (Edipe , qu'aux sifflets ce changement expose, Maudissoit les destins, beaucoup moins que la prose, (i) De Pons,{2) Bofnd/n,(3)Jf.-iWarc,fauteurs
de nouveautés, Auteurs , à leurs débuts, des muses rejetés , Déjàsepréparoient, en buvant Melpomène, A voir leurs avortons couronnés sur la scène : Cependant que, partout,un langage nouveau (4) Qui déjà s-étendoit de la chaire au barreau , ^ Entortillant le sens des phrases néologues ,
•uvrages polémiques, didactiques, philosophiques. C'est le précurseur de VoUaire dans l'universalicé. 11 est question de son sysléme pour mettre la tragédie en prose. Il débuta par (EblPE.
(1) L'abbé de Pons, écrivain''oubllé , trfcs. obscur , très-entoriillé. VoyezDiCTiONNAIRENÉOLOCigUE. (1) Boindin, homme d'esprit, Iroid, compassé, pédant d'irréligion.
(3) St. Marc, homme d'esprit , précieux : il reste de' lui les DIAIOGUES lEî DIEUX , et quelques critiques rigoureuses de Boileau et de Racine. On son. geoit déjà à déprimer.
(4) Ce langage nouveau étoit le néologisme. Desfontaines l'attaqua par son DICTIONNAIRE , et par une brochure dans le goût du CHEF-D'ŒUVRE UT. X'INCONNU , sous le nom de PANTALON-PHÉ 3U s'. Ces ouvrages, manquant de goût, sont rest-s dans l'#ubli , et le néologisme i fait place au persilflago.
Faisoit, pour le trouver, suer les pédagogues. Bouquets et billet s doux, quatrains, fables , rondeaux, A la sagacité des (SJipes nouveaux , Par rambiguité , préparoiont la torture , Cent fois plus que n'eût fait lénigme du Mercure ; On ne s'entendoit plus : on disoit sol j»our uf, Tout périssoit enfin , quand Voltaire parut. (1) Fort près des Cordelicrs, au milieu d'une rue, D'où le pont-neuf au loin se présente à la vue , Lieu peuplé de cafés, de libraires, d'acteurs , S'élève unchampouvert auxtalensdes auteurs, Alors , que le repos devenu nécessaire Paroissoit un plaisir suffisant au vulgaire , A la paume, au billard, cet endroit consacré, D'un titre assez bourgeois se trouva décoré. Enfin le sentiment , qui toujours se rafine , A défaut d'appétit inventant la cuisine , Suggéra qu'il falloit un ragoîit à l'esprit; De ce nouveau besoin le théâtre naquit. Las de croiser les bras , de parler sans rien dire , Chacun,pour ses vingt sols,voulut pleurer et rire (2).
(l) L"î bâtiment des CorJ-lier» va dispaioî;re , et l'ancienne Comédie Française a disparu; les Libraires et 1-s Acteurs ont dés^né I» <^>jnrtier.
[î] Le premier prix de» places de la Comédw Franraise fut de dix sols , mai* il éloil à vii'g'; dk» U t«nn dont H est païU.
Oîiatre murs tapissés d'une sombre couleur, Sous les efforts de l'art ont pris de la splendeur, îs'on , celle qu'étala l'ambition romaine : Un cirque , en abrégé terminé par la scène (i ) , Mal peint , mal éclairé , n'offrant aux curieux Qu'un spectacle, moins fait pour imposer aux yeux, Que pour intéresser le cœur par les oreilles , Fut le cercle où brilloient les jRorrow, lesCorneiZ/^i; Et c'est là que Racine, avec plus de douceur, Enseigna le chemin qui mène droit au coeur. La parque, qui nous vexe et dont rien ne nous venge, A leur place laissoit Campistrc)n (2)>.f la Grange : Moins pour nous consoler , que pour nous faire voir Qu'il n'est point de laurier qui brave son pouvoir. Lorsque , pour éloigner ces tristes rêveries, Créhillon , précédé du flambeau des furies , Peignant à nos regards des objets odieux , Essaya sur nos cœurs ses crayons vigoureux. Rhadamiste , fumant du sang de son épouse , Fit supporter l'excès de sa fureur jalouse;
[il On peint l'ancierme s«lle de la Comédie Française, où l'on étoit éclaire par de la chandelle , qu'uu homme 5 entre tous les actes, venoit moucher.
[2] Ci.iipistron et la Grange. Carapistron a laissé au théâtre AKDRONIC, pièce dont la versificauon «6t foible , la contpxture bonne, le choix du sujet lieureux. La Grange y a laisse AMASIS , d'où l'on i %ïvé le plan des MÎROl'ES italiennes et françaises,
DIVERSES. 5ç«
Electre nous charma par sa propre douleur; Mais rival du soleil et rempli de terreur , ( Malgré l'art et les soins qui lavoient préparée) Tout Paris recula pour la coupe d'Atree (i). Tandis que INIelpomène employoit ses pînceauJÉ A nous représenter ces lugubres tableaux ; Hjrpjiron et Jourdain , sur la scène comique^ Ayant banni Scaron par un sel plus at tique , (2) Avoient ouvert la lice à l'iiomine aux rubans verds^ Trlssotin y Vadlas , et tant d'autres travers, Voulant se dérober aux verges de Molière , Festoient ce qu'ils étoient -.mais d'uneautremahicre, (3)R.'^ndrJetDi;/'^t?sn/,bieniuoinssiirsdeleurscoupg, Avoient livré la guerre nux j 0 ue urs ^aws.J j 1 0 ux; Cette carrière entin , par leur mort délaissée, Adjnettoit pourtenans Néricûulty la Chaussée f L'un froid , l'autre pédant et pleureur à l'excès : Ils doivent leur couronne à des demi-succès , Et Pirun , à l'affût d'une palme immortelle
(1] On saie qa» le fctin dATRÉE fit r«.cul-r 1« •oleil ; le public Ta reçu d« même à la représentatioa.
[ij L'Ai.cEsTE du Misanthrope, il eut de U
|>eine à réussir.
[3] R»gnard est trop-Cconni. D ifr.»sni a laiW au llicitre I' MARIAGK FAIT et ROMPU , et l'Eii'R-T I>E CONTR\DI^TiaN. Il 7 » d« lui un JOcEtR rt
UD« Jalouse.
Pour peindre un m/f ro mane attendoit un modMe (0 • Telsétoient nos plaisirs quand Phébus (2), par hasard. Vint engendrer Inès dans la tète d'Houdart. A son charmant aspect tous les cœurs s'attendrirent , Despoches,àrenvi,tous les mouchoirs sortirent ; (3)Et,lorsque les bambins furent sur le trottoir, Le plaisir de pleurer passa celui de voir. Houdart , qui se croyoit auteur de cet ouvrage , Sentant par le succès élever son courage , Croit qu-il doit eftacer tous ceux qui ne sont pins , Tous ceux qui sont : bientôt il donne {^) Ro mulus , Et , volant tout d'un trait aux plaines Idumées , Au fer d'Antiochus livre les Macchabées (5). Mais, Phébus avec lui nétant plus de concert,.
[,3 Voltaire a servi de modèle k VEMPIRÉE de U ÎIIÊTBOMANIK. 1 • j 1
[11 II n'y a lien de si lieureux que le sujet de la tra-^^die d'Inès, par le p^nre d'intérêt doi,t il alf-rte ,* c'est un coup de fortune ; il a été unique pour l'Auleur ; le surcès de cette pièce l'éleva au plus LauC decré de réputation. ^ o r
[31 Les BAMBINS. L'effet de cette scène d en fans fut prodigieux , et a occasionné, par imitation, bien des sottises théâtrales.
[41 ROMULUS, tragédie de la Motte, mal écrite et mal composée.
[51 Les MACCHABiES , autre tragédie de cet auur II Y a deux pctes de beaucoup d'effet. Le reste T'eltpas bon llapitceest mal écrite. L'auteur écriyo.t nul en vers.
Il voit avec chagrin tout le terrain qu'il perd ; Et , convaincu trop tard qu'il lui manque la verve Il aspire aux succès en dépit de Alinerve. D'abord, pour essayer des attentats nouveaux^ (i)Il découpe Racine et le sert en lambeaux. Et, par un manifeste impudent , frénétique ^ Il veut bannir les vers de la scène tragique. Le hardi novateur s'étoit rendu pédant Du public; car hélas , il est toujours enfant Mais, qu'il falloit d'efforts pour garder Ja tutelle ! (2) La science , sans goût , entame la querelle , Et bientôt contre lui sarcasmes et brocards , Au nom de tous les Grecs, fondent de toutes parts. De leurs traits, repoussés par ce maître d'escrijney Ses rivaux mal-adroits deviennent la victijnf»(3): La fureur en redouble, on se mêle, on combat,
(1) Il rlrOUPK RACINF. La Motte mit en prose les bfrlles scènes de MlTHRTDATE , en se servant de» méiDes mots.
(1") La science sans GOUT. Allusion à la queteUe de Mde. Dacier, Le fond de la querelle de M. de U Motte, avec celte savante, venoii de ce qu'il avoit traduit riliadct les amateurs de la rime »e joignirent à elle.
(3, D^VIENVENT LA VICTIME. On lit avec beau, coup de plaisir la Défense de la Motte contre Mde. Da. cier. C'est un modèle de politesse, de finesse, d'adres.-e, écrit supérieurement. Le fond du procès ne valoii rien i il gagna par la Lmia.
TumellL K.
Et la presse gémit (i) de l'horrible débat.
Tandis que l«s neuf sœurs, que le désordre étonne ,
Se tiennent à l'écart et n'inspirent personne ,
Que faisiez-vous alors , aimables déités ?
Errantes au hasard dans ces lieux enchantés,
Où de fruits ^avroureux une plaine chargée
Présente à l'orangère une récolte aisée ,
D'un jeune homme, endonnî sur le pré St.-Gervais^
Avec étonnement vous regardiez les traits.
Ce don , ce rare don , à qui tout autre cède ,
(2) L'heureuse invention qui toujours vous précède. L'a vu sans rien sentir qui décèle un penchant.
(3) Mntmosine,ssisœiiT , s'émeut en le voyant; Sans penser qu'elle va déloger sa cervelle ; Le front, qu'elle apperçoit, est un temple pour elle,
{1) ET LA PRESSE GÉWIT. Il paroissoit , de part et d'autre , deux à trois brochures par éemaine j venant des deux parties
(2) L'HEUREUSE INVENTION. M. de Voltaire n*a jamais invR n t<?.
(3) MNÉMOîINE SA SŒUR. Jamais homme n'eu» une mémoire plus étendue, plus ornée, plus obéissante. Indépendamment de cette faculté naturelle, il avoic une mémoire artificielle, concentrée dans des tablettes, enrichies continuellement et par lui et par de» gens à gages, qui accueilloient tout ce qu'ils pouvoient trouver de passable dans des ouvrages ignorés et faits pour l'être, jusîju» dans les œuvres de l'abbé d« MaroUe*.
Elle y va rassembler tout ce qu'elle a cueilli. Les muses, qui de loin à son air recueilli , Jugent que quelqu'objet occupe leur amie, Accourent pour tomber en même rêverie , Pour le considérer, pour juger à Tenvie Qu'on peut, en l'inspirant, en faire un favori. Melpomènejàgrands traits, lisant sur son visage, Que sur la Motte-Houdart il aura l'avantage. Et pourra la venger du ridicule affront Dont ce fier prosateur a fait rougir son front, Pour laisser de ses dons une trace visible, Dépouille un cerisier d'une branche flexible , En forme une couronne, et brûle d'en couvrir Le front du chevalier qu'elle vient de choisir. Mais ses soeurs, sur-le-chajnp, comme en caricature,' Ont de dons tous pareils orné sa chevelure ; Hélas ! on en eût fait un poète accompli, Si les femmes savoient ne gâter qu'à demi ! On auroit entendu crier -.cours à la gloire ; Sois pcète , orateur, savant, écris Vhistoire ; Lalunetteàlu mainvas -percer dans les deux ; Sois plaisant, sois prcfond, comique, sérieux: Et, malgré tant de dons, il en manque un encore ; Rienpourluin'esttombédesmainsde TerpsicoreÇ}")»
(1) TERPSICORE. Muso de la danse , et emblème à la foi» de l'ensemble. Il est ëeViappé à M. de Vollalre des beautés de tous les genres; il a presque toU' jaura maDqué d't^asamblo»
Uranie , en voyant voltiger ce ballon : «Ehquoilvousrencontrezunfnfant d'Apollon, Ma sœur, sur cet objet de notre complaisance. Vous ne répandez rien ! laissez là votre danse, Et douez avec nous ».. Tout en faisant un pas, La muse répondit :« Je ne m'en mêle pas...'. Rendez-nous, s'il vousplaît, raison de ce caprice... Kn le regardant mieux vous me ferez justice, Et conviendrez, ma sœur, que du haut jusqu'en bas Votre héros est fait comme votre compas ».... A ce burlesque mot, qui fait rire Thalie, Le dormeur se reveille, et la plaisanterie Ayant pris, de ce jour , empire sur ses sens , Le reveilloit encore à quatre-vingt-quatre ans. Les chastes déités, dans les airs enlevées, En nuages brillans se sont évaporées; Arouet , c'étoit lui, tout en ouvrant les yeux, Recherche avidement les objets gracieux, Quel'adroitP/2^èefor(i)lui présent oit en songe, Etbientôt, regrettant un aussi doux mensonj^e, Le cerveau tout brûlant, le cœur gonflé d'orgueil. Il court à travers champs pour regagner Arcueil, Il en étoit sorti. Mais dites-nous, déesses. Est-il vrai que Momus enleva vos largesses ? •
[l] PllŒBKTOn. Morp\ee,Dieu du sommeil, a c!«ux ouieiians : I 6ûn"es vrais.
Qu'embusqué méchamment il en fit un ballot? Vos (Ions sont-ils restés aux mains du dieu fallût ? Non, il les a rendus, on peut les reconnoitre, Aux essais du poète on les vit reparoître ; Les couronnes tenoieut du dieu qui les ravit Un grelot qui pendoit à la place du fruit. De sa rouille le tenis ne les a pas couvertes : Cen'estpasdulaurier, maiselles sont bien vertes, Et le seront encore pour nos derniers neveux, Et peut-être que trop dangereuses pour eux! Cependant Àrouet^ plein du feu qui l'embrase, Une phrase aussitôt enjambant une phrase , Et la muse avec feu lui prêtant son appui , Ecrit sur un sujet qui s'empare de lui. (i)/c>ca5feetsonéponx, con luitspar Melpomène,
[ I] JOCA'^TE. Voltaire ayoit dix.Viuit ans quand il fit cet:e tragédie. On peutdire qu'elle est à la hauteur de Corn'îiUe pour la marche , de Racine pour le style; que l^s impressions douloureuses y sont plus ménagées que daiis Crébillon et au point juste où il fautqu'ollec le soient pour des âmes français-s. Ces trois beaux génies seseroient fait honn^'ur d" lui donner place dans eur recueil. Voltair" n'a rien fait dep lis qui en approche. MÉROHE pêche en quelques endroits par 1» style, une enflure déplacée , et par la ron:»xture. MA- HOMET pérhe par le vice du principal caractère ; on a fait de ce;^ épileptique un convulsionnair» Aiabe , un diable pire que celui de Milton. Ses crimes sont dé» goûtans.
Sans inspirer Teffroi se montrent sur la scène; Onmet,pouréloignerrépouvante etPhorreur, Un crayon mâle et doux aux mains de la terreur. Au développement du plus fatal oracle, Le public enivré s'écrioit au miracle ; L'auteur plus exalté , bien plus ivre que lui , Et dédaignant déjà son immortel appui, Se promet que bientôt détonnantes merveilles Vont lui faire effacer Racine et les Corneilles* Les leçons de Porée (i) ont peu d'effet sur lui, Il pourra se passer de conseil et d'ami , L'orgueil est désormais le guide qui le mène. (2) H e rode est mal choisi pour enflammer la scène , D'Euripide on estloin, de Sop ho de encoriplusj Corneille a refusé le modèle à Varus (S). Et cependant , du jour on eût eu l'avantage , (4) Si des versbien tournés pouvoient faire un ouvrage. Melpomène gémit et veut par des rigueurs Réchauffer un amant trop comblé de faveurs; Mais déjà c'en estfait; il n'est plussursestraces. Le petitlibertin se laisse aller aux grâces.
[i] PORÉE. Voltaire, qui aToit parfaitement étudié sous luij le consultoit sur ses premiers ouvrages.
fl] HÉROdE. Le sujet étoit mal choisi. On voit que Voltaire a perdu de vue les grands modiles.
[3J Varus est le plus plat Romain qu'on eût pu mettre sur le théâtre.
f4J Si des vers. La tragédie de MARIANNE est «upérieurement écrite.
{i)VaT Zaïre et (îai/55/n il chercheànoiif ravir. 11 faut en raffollcr, mais non pas l'applaudir, Français! vous égarez ce jeune téméraire; Hélas, il n'a que trop ce qu'il faut pour vous plaire ! 11 étale à vos yeux des fantômes brillans : La beauté philosophe à l'âge de seize ans , Un héros bien complet, tout au sortir de page, Un Turc, fait à Paris, et dans le bon usage. Four visages on prend ces masques bien vernifî, On prend pour la couleur un brillant coloris; Et bientôt à nos yeux , séduits par la magie , Un prestige paroit un effort de génie,
j4reuet\ qu'as-tu fait? où vas-tu t'égarer? Le guide que tu fuis pouvoit seul t'éclairer. Quoi ! tu peux t'éloigner d' une source aussi pure! Ah, pour l'illusion tu quittes la nature ! Songe qu'elle est la base et la règle des arts» On va bientôt compter tes pas par tes écarts.
[i] Par Zaïre et Gaussi». La pièce de Zaïre
e:t dictée par ]«s Grâces; on sent partout leur cliarme comme on peut apperrevoir leur négligence. Quand un enfant a fait une charmante espièglerie, on en rafolle; mais on ne Papplaudit pas; on 1* gàteroit. M. d« Voltaire est parti , et Lien d'autres après lui, de ca délicieux roman , pour l'illusion à quelque prix quocs fût. Ses imitateurs ont été bien malheureux en mettant d»s romans sur le théâtre; on nous a replongés dans l'enfance d'où Corneille nous avoit tirés par la Terité de s-s tableaux. Nos tragédies , au lieu d'être un amu. •em».nt noble et preique instructif; n'ont plus été ^u» de* jouets d'eafans.
3oo ŒUVRES