LES G É A N S
Conte A n t r - d i l u v i e x.
-Lie Calife Harouon-AIliaraschir] aimoit passionnément les contes. Il no paroissoit pas donnerdanstoiitce qu'on lui disoit en ce genre ; mais il eu crojoit assez pour mériter, même à cet égard , le titre de commandeur des crojans. Lui en est-il arrivé quelque chose de f "icheux ? Au contraire : il s'est amusé toute sa vie. Il a noblement récompensé les conteurs ; et , depuis, par reconnoissance , ceux-ci eu ont tant conté à son avantage, que.
si Pon pouvoit brûler l'histoire , ce souverain se verroit placé bien audessus de son contemporain, Charlemagne, dans la fable, quoique noire empereur ait à celle-ci quelque peu d'obligation.
Le Calife Harouonentend dire qu'on retient dans les prisons de Bagdad un fou qui prétend avoir vécu avant le déluge. 11 le fait conduire à son palais, j^ipproche-toi, Amram: tu es un singulier rêveur. Comment as-tu survécu à la catastrophe ? comment t'estu conservé depuis.
Oh , Commandeur des fidèles , je n'y étois pas quand il a tant plu. J'y avois été bien avant. Voici mon histoire. En ce tems-là, il y avoit des géans sur la terre.
LECALIFE.
Arrête-toi, fou : vas-tu te donner les airs de parler comme un livre ?