I-E CALIFE
De quelle taille à-peu-près ?
Quelqiievingtninedepiedsau-clessus de la mienne , gros et nourris à proportion. SMsnous trou voient sur leur chemin , ils pouvoieiit nous écraser sans nous voir.
Le palais de ces gens-là devoit êtrs a une énorme structure.
Le dAme du ciel le couvroit. Leur
peau ér.o.t à l'abri des injures du tems. et si la pluie ou le soleil leur paroi,! soient incommodes, un grand chêne leur servoit de parasol. Je les voyois
unjour, autour d'un vallon, assis qui sur une colline, qui sur l'autre , un fleuve lessep.roit;ils se versoiei^t a boire d'un bord à l'aufre.
Eh! que mangeoieiit-iJi ?
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Des rliinocéros pris à la chasse, les bœufs et les moutons de nos bergeries,
LE CALIFE
Vous éleviez donc du bétail?
Oui; mais nous avions bien de la peine à nous en réserver un peu de lait.
LE CALIFE
Quoi ! vous ne saviez pas vous faire votre part ?
Que pouvions-nous disputer à ces dieux de la terre, qui pensoient que tout leur appartînt ! et nous étions surveillés de leur part par quelquesuns des nôtres, cliargés de cet office : ceux-là faisoient aussi mal nos affaires que celles de leurs maîtres , nous vexoient en leur nom , et s'engraissoientaux dépens de tous. Nous souffrions beaucoup plus de la part de ceux-ci que de celle de nos chefs.
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LE CALIFE
Et que n'en portiez-voiis vos plaintes.
Nous étions trop écartés des oreilles qui pouvoieat nous entendre ; et il ne se trouva pas un de ceux qui auroient dû nous écouter, assez sage pour nous en rapprocher. Cela occasionna bien du désordre. Tout-à-coup l'espèce du bétail vint à manquer pour la nourriture, et leséléplians, que nous avions élevés pour la guerre et la chasse.
LE CALIFE
Et qu'étoient devenus les éléphans ?
Les préposés pour les géans les pre— noient pour voiturer leurs femmes avec les singes et les guenons de leur équipage; ils s'en servoient pour leur propre commodité , pour leurs amusemens.
LE CALIFE
Et vos géans ne savoientpas lesleuï reprendre ?
fio L E F O U
Cela passoitpourimpossible. Je n'en sais pas la raison ; mais il falloit que C€la le fût.
LE CALIFE
Vous avez parlé de guerre. Vos maîtres se la faisoientdonc entr'eux ?
et pour quel motif ?
Pour s'entre-dérober une de nos Tribus.
LE CALIFE
Vous armoit-on? Vous faisoit-oa battre les uns contre les autres ?
On s'en seroit bien gardé. On se battoit pour nous , comme on le feroit ici pour se rendre maître d'un troupeau de moutons et de chameaux.
LE CALIFE
En ce cas-là vous n'en deviez pas beaucoup souffrir.
Un peu de famine; et, parfois; les éléphans nous fouloientaux pieds ,
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mais nous avions une consolation ; nos tyrans s'entre-détruisoient , et nous avions souvent le petit soulagement d'en changer. .
LE CALIFE
Vous les haissiez donc bien ?
De tout notre cœur, et nous ne supportions notre état que dans l'espérance de les voir un jour tous détruits, comme on sait que cela est arrivé ; et de mon tems cela s'acheminoit :
ils étoient en moindre nombre, etcommençoient à s'abâtardir.
LE CALIFE
Et de quelle façon celaa-t-il pu se faire ?
Par le goût qu'ils ont pris pour les femmes de notre taille.
LE CALIFE
Ce que vous dites est monstrueuT.
Et tout aussi vrai, quoique moins proportionné que le reste de ce que
j'ai dit. Peu -à- peu pour cle certains motifs les espèces se sont rapprochées, mêlées , et tout alloit tellement en déclinant , de la grandeur vers la petitesse, que le déluge a bien pu trouver, à-peu-près de la même taille, tout ce qu'il mit alors de niveau.
LE CALIFE
Leurs femmes manquoient peutêtre de beauté.
Elles otoient monstrueusement belles, superbement parées. Quand elles avoient leur tas de plumes sur la tête, elles donnoient autant d*ombre qu'un sycomore de la grande espèce.
LE CALIFE
Je ne saurois me faire l'idée d'une beauté de celte taille-là.
Je ferai à votre hautesse le portrait de la divine ITourouza , l'épouse dô mon maître. Imaginez des yeux du bleu d'azur le plus parfait, bien plus iarges que la paume de la main , ani--;
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tnés d'une passion violente, ils eussent mis du métal en fusion; mais Jeur éclat étoit tempéré par des paupières d'un beau brun clair, longues comme les bâtons de votre éventail.
Ses cheveux d'une couleur tirant sur l'ébène descendoientsur ses épaules , en cent boucles flottantes, grosses comme le bras; sa voix ressembloit à un de ces harmonieux coups de tonnerre, dont le son nourri se prolonfj^e sans éclater. Quand elle marchoit, la terre tressailloit sous ses beaux pieds , et les cèdres de la forêt s'ébranloient au point qu'on eût cru qu'ils alloient la suivre.
LE CALIFE
Mais vous la peignez avec une clialeur propre à persuader que vous la trouviez trop belle.