‹ ŒuvresChapitre 30 sur 72 · DIX-HUITIÈME MOTIF · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME MOTIF

Les Indiens sauvages profiteront du bienfait de la civilisation , et la religion chrétienne sera respectée.

Les mauvais traitemens qu’on a exercés contre les Indiens en ont fait fuir un grand nombre ; ils vivent aujourd’hui comme des bêtes sauv.ages dans les bois et les montagnes, sans association, sans vêtemens, sans nourriture réglée, et sans culte. Les courses que l’on fait contre eux pour leur donner la chasse, comme aux tigres et aux jaguars, leur ont inspire la plus grande horreur pour tout ce qui leur rappelle le nom de chrétien, et les portent^ s’enfoncer chaque jour davantage dans les déserts en laissant un pays immense sans maisons et sans habitans ; ils restent plongés dans la plus grande indifférence à l’égard de la religion , dont ils n’ont pas la moindre idée.

Si une déclaration de Votre Majesté annonçait que tous les Indiens appartiennent à la couronne, que leur aliénation est défendue par la loi fondamentale de l’Etat , qu’ils sont libres comme les Espagnols et maîtres de leurs personnes , qu’ils peuvent faire des acquisitions de biens-fonds, se livrer à l’industrie et au commerce, et jouir devant la loi civile des mêmes droits que les Européens, il est incontestable que les Indiens des villages en répandraient la nouvelle parmi ceux qui ont fui dans les déserts, et que la confiance ramènerait ces sauvages dans leurs habitions j les voyageurs pourraient alors traverser faci-

lement les provinces ; tout renaîtrait au sein d une nouvelle population , et dans un siècle tous les malheurs seraient oublies.

Et qui pourrait calculer les biens spirituels que ce système ferait aux Indiens! Rien n arrêterait plus les courses évangéliques des missionnaires; 1 Evangile serait annoncé dans les villages ; la doctrine chrétienne pénétrerait peu à peu dans les esprits et dans les cœurs, avec douceur et sans violence ; la religion serait aimée , au lieu qu elle est maintenant abhorrée par des hommes qui ne peuvent la juger qu’en la comparant avec les déréglemens , les vices et les cruautés qu’ils aperçoivent dans les chrétiens.

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