‹ ŒuvresChapitre 35 sur 72 · PROTESTATION · texte numérisé non relu

PROTESTATION

Je proteste devant Dieu, devant ses anges, devant les saints de son royaume éternel , et devant tous les hommes qui vivent au moment où j’écris (1542) ou qui vivront après ma mort, laquelle ne peut être fort éloignée , qu’aucun motif d’intérêt personnel ne m’a dicté les vingt considérations que je viens d’exposer, et qu’elles n’ont pour but que le salut de l’âme du roi et de celles des Espagnols et des Indiens; car j’ai reconnu , et il m’est démontré que pendant les quarante - cinq dernières années le mauvais gouvernement, les cruautés et les tyrannies des Espagnols qui ont exercé ou qui exercent encore au nom du roi d’Espagne l’autorité dans l’Amérique , y ont fait mourir plus de quinze millions d’indiens sans religion. Je déclare également que je n’ai écrit qu’afin de prévenir, autant qu’il serait en moi, l’entière destruction des habitans dans des contrées si riches et si vastes , au grand préjudice de la religion et de l’Espagne. Ce malheur me paraît inévitable si l’on n’arrête par de promptes mesures la mortalité que cause un système d’administration appuyé sur les préjugés et sur les plus funestes intentions. Si l’influence de ses partisans l’emporte sur l’humanité, ceux qui vivront après moi verront s’accomplir mes tristes prédictions : que Dieu en préserve l’Espagne ! Ainsi soit-il. Fait en l’année i542.

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