EXPOSÉ DE CE MÉMOIRE
Les événemens qui se sont passés dans les îndes occidentales depuis leur étonnante découverte sont si extraordinaires et si incroyables , qu’il est impossible de les comparer à rien de ce qu’on peut voir aux autres époques de l’histoire. Il faut comprendre dans cet ordre de faits les meurtres d’une foule d’indiens innocens, les dévastations , la destruction des races , exécutés avec une cruauté dont la connaissance plonge l’âme dans l’effroi.
L’évéque don Barthélemi de Las Casas avait été témoin de tous ces malheurs ; il revint en Espagne pour en informer l’empereur , et les raconta à plusieurs personnes : le tableau qu’il en fit remplit d’horreur tous ceux qui l’entendirent ; on le pria d’en publier l’histoire , et Las Casas se rendit à ce vœu de l’hmnanité. Quelques années après il vit que beaucoup d’Espagnols, dépouillant le caractère d’homme , emportés par l’ambition et la cupidité , insensibles aux remords que devaient produire les trahisons elles crimes dont ils avaient affligé le Nouveau-Monde, osaient s’adresser encore au monarque pour obtenir le droit d’entreprendre de nouvelles
conquêtes par des moyens plus cruels, s’il était pos-
sible. t
L’évêque de Chiapa prit alors le parti d’adresser au prince des Asturies le récit abrégé qu’on va lire , afin que Son Altesse fît cesser, par un ordre exprès de l’empereur, de semblables expéditions. Ce mémoire avait été imprimé pour l’usage du prince.