‹ ŒuvresChapitre 66 sur 72 · HUITIÈME RÉPLIQUE · texte numérisé non relu

HUITIÈME RÉPLIQUE

Sépulvéda ne cesse de traiter les Indiens de barbares , dépourvus de toute morale et presque sans intelligence : il en donne pour garans l’historien Gonzale d’Oviedo et d’autres personnes qui ont été en Amérique. Mais il faut attacher bien peu de prix

à la connaissance de la vérité pour s’appuyer sur le témoignage d’un écrivain qui a été compté parmi les infâmes voleurs et les assassins qui , sous le nom de militaires , ont infesté ce malheureux pays. Il le prouve assez lui-même dans la préface et dans le huitième chapitre du sixième livre de sa fausse: chronique, ou Ion trouve presque autant de mensonges que de pages. Quant aux autres personnes qui ont attesté les mêmes faits au docteur Sépuîvéda , elles ont sans doute partagé les atrocités et les horribles attentats d’Oviédo , et jmgé prudent d’en imposer sur la vérité des faits. Que n’interrogeait-il cette foule de religieux qui ont visité les Indes et qui sont revenus en Espagne ? Us lui auraient dit la vérité tout enliere , et il saurait maintenant que les Indiens ont un génie très pénétrant, et propre à la culture de toutes les sciences et de tous les arts ; une ardeur extreme a avancer dans les connaissances qu’ils ont commencé à acquérir , et une docilité parfaite pour les conseils qu’on leur donne dans leur instruction ; qu ils possèdent des notions intéressantes sur la morale et la loi naturelle , et que s’il existe parmi eux des habitudes vicieuses sur des points étrangers à leur système religieux , elles ne peuvent être imputées qu’aux individus, comme en Espagne et dans les autres parties du monde civilisé. Ces qualités devaient suffire pour ne pas les appeler barbares , à moins qu on ne l’eut fait comme dans l’antiquité à l’égard des peuples qui n’étaient ni Grecs ni Romains. Le docteur trouverait-il bon que les Romains , en prenant Cordoue , sa patrie , ou

Séville , qui esl la mienne , s’en fussent partagé comme esclaves les habitans nos ancêtres , après les avoir pillés? qu’ils les eussent ensuite fait mourir de faim ou expirer sous les coups ? car enfin Trogue Pompée et beaucoup d’autres historiens romains traitent nos ancêtres de ces temps-là de peuples barbares et sauvages. Mais il est surtout remarquable que,, barbares ou non, les Indiens n’avaient fait de mal ni à l’Espagne ni à la religion chrétienne.

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