‹ Œuvres;Chapitre 102 sur 236 · HARMONIES ANIMALES DES PLANTES · texte numérisé non relu

HARMONIES ANIMALES DES PLANTES

m nature, après avoir établi sur un sol formé d débris, insensible et mort, des végétaux doués dji principes de la vie, de l'accroissement et de ptnération , a ordonné a ceux-ci des êtres qui nient, avec ces mêmes facultés, la puissance djse mouvoir, des convenances pour les habiter, d; passions pour s'en nourrir, et un instinct F;br en faire le choix : ce sont les animaux. Je nlparlerai ici que des relations les plus communes qj'ils ont avec les plantes; mais si je m'occuns de celles que leurs tribus innombrables ont èc les éléments, entre elles-mêmes, et avec lomme, quelle que soit mon ignorance , j'ouvrais une multitude descènes encore plus dignes Admiration.

La nature, dans un ordre tout nouveau, n'a pint changé ses lois; elle a établi les mêmes har- Dnies et les mêmes contrastes des animaux aux tîntes, que des plantes aux éléments. Il paraîtrait tlurel à notre faible raison , et conséquent aux pfds principes de nos sciences, qui donnent tant 1 puissance aux analogies et aux causes physiès, que tant d'êtres sensibles qui naissent au ! lieu de la verdure en fussent à la longue affect Les impressions de leurs parents, jointes à : les de leur enfance, qui servent à expliquer Lit de choses dans le genre humain, se fortifiant i eux de générations en générations par de nouées teintes, on devrait voir à la longue des bœufs

des moutons verts comme le pré qui les nourrit.

Nous avons observé, dans l'Étude précédente, que comme les végétaux étaient détachés de la terre parleur couleur verte, les animaux qui vivent sur la verdure s'en distinguent a leur tour par des couleurs rembrunies, et que ceux qui vivent sur les écorces sombres des arbres, ou sur d'autres fonds obscurs , sont revêtus de couleurs brillantes, et quelquefois vertes.

Nous remarquerons à ce sujet que plusieurs espèces d'oiseaux qui vivent aux Indes dans les feuillages des arbres, comme la plupart des perroquets, beaucoup de colibris et même des tourterelles sont du plus beau vert; mais indépendamment des taches et des marbrures blanches, bleues ou rouges, qui distinguent leurs différentes tribus, et qui les font apercevoir de loin dans les arbres, la verdure brillante de leur plumage les détache très avantageusement de la verdure sombre et rembrunie de ces forêts méridionales. Nous avons vu que la nature employait ce moyen général pour affaiblir les reflets de la chaleur ; mais pour ne pas confondre les objets de son tableau , si elle a rembruni le fond de la scène, elle a rendu les habits des acteurs plus éclatants.

Il paraît qu'elle a réparti les espèces d'animaux les plus agréablement colorés aux espèces de végétaux dont les fleurs sont le moins apparentes, comme une compensation. Il y a bien moins de fleurs brillantes entre les tropiques que dans les zones tempérées; et, en récompense, les insectes, les oiseaux, et même des quadrupèdes, comme plusieurs espèces de singes et de lézards, y ont les couleurs les plus vives. Lorsqu'ils se posent sur les végétaux qui leur sont propres, ils y forment les plus beaux contrastes et les harmonies les plus aimables. Je me suis quelquefois arrêté, aux lies, a considérer de petits lézards qui vivent sur les écorces des arbres, où ils prennent des mouches. Ils sont du plus beau vert pomme, et ils ont sur le dos des espèces de caractères du rouge le plus vif, qui ressemblent a des lettres arabes. Lorsqu'un cocotier en avait plusieurs dispersés le long de sa tige, il n'y avait point d'obélisque égyptien, de porphyre, avec ses hiéroglyphes, qui me parût aussi mystérieux et aussi magnifique 4S. J'y ai vu aussi des volées de petits oiseaux, appelés cardinaux pareequ'ils sont tout rouges , se reposer sur des buissons dont la verdure était noircie par le soleil , et les faire paraître comme des girandoles de lampions. Le père Du Tertre dit qu'il n'y a point, aux Antilles , de spectacle plus brillant que de voir des compagnies d'aras s'abattre au sommet d'un

ÉTUDE ONZIEME

palmiste. Le bleu; le rouge et le jaune de leur plumage couvrent les rameaux de J'arbre sans fleurs du plus superbe émail. On voit des harmonies a peu près semblables dans nos climats. Le chardonneret, à tête rouge et aux ailes bordées de jaune, paraît de loin, sur un buisson, comme la fleur du chardon où il est né. Quelquefois on prend des bergeronnettes couleur d'ardoise, qui se reposeni aux extrémités des feuilles d'un roseau, pour des fleurs d'iris.

Il serait fort curieux de rassembler un grand nombre de ces oppositions et de ces analogies. Elles nous mèneraient a trouver la plante qui convient le mieux à chaque animal. Les naturalistes ne se sont point occupés de ces convenances; ceux qui ont écrit l'histoire des oiseaux les ont classés par les pieds, les becs et les narines. Quelquefois ils parlent des saisons où ils paraissent, mais presque jamais des arbres où ils vivent. Il n'y a que ceux qui, faisant des collections de papillons, sont souvent obligés de les chercher dans l'état de nymphe ou de chenille, qui ont quelquefois distingué ces insectes par les noms des végétaux où ils les ont trouvés. Telles sont les chenilles du tithymale, du pin, de l'orme, etc. , qu'ils ont reconnues pour être particulières à ces végétaux. Mais il n'y a point d'animal qu'on ne puisse rapporter à une plante qui lui est propre.

Nous avons divisé les plantes en aériennes, en aquatiques , en terrestres , comme les animaux le sont eux-mêmes, et nous avons trouvé dans les deux classes extrêmes des concordances constantes avec leurs éléments. On peut encore les diviser en deux classes, en arbres et en herbes, comme les animaux le sont aussi en quadrupèdes et en volatiles. La nature ne rapproche pas les deux règnes en consonnances, c'est-a-dire en attachant les grands animaux aux grands végétaux; mais elle les réunit par des contrastes, en faisant accorder la classe des arbres avec celle des petits animaux , et celle des herbes avec les grands quadrupèdes ; et par ces oppositions elle donne des convenances de protection aux faibles , et de commodité aux puissants.

Cette loi est si générale, que j'ai remarqué que par tout pays où les espèces de graminées sont peu variées, celles des quadrupèdes qui y vivent sont peu nombreuses, et que la où les espèces d'ar bres sont multipliées, celles des volatiles le sont pareillement. C'est ce dont on peut s'assurer par les herbiers de plusieurs endroits de l'Amérique , entre autres par ceux de la Guiane et du Brésil, qui présentent peu de variétés dans les graminées.

et qui en offrent un grand nombre dans les arbres. On sait que ces pays ont en effet peu de quadrupèdes naturels , et qu'ils sont au contraire peuph d'une infinité d'oiseaux et d'insectes.

Si nous jetons un coup d'œil sur les rapports de;graminées aux quadrupèdes, nous trouverons que, malgré leur contraste apparent , il y a enlw eux une multitude de convenances réelles. Le pei d'élévation des graminées les met a la portée de: mâchoires des quadrupèdes, dont la tête est dan: une situation horizontale, et souvent inclinée ver la terre. Leurs gerbes déliées semblent faites pou être saisies par des lèvres larges et charnues ; leur tendres tiges , facilement tranchées par des dent incisives ; leurs semences farineuses , aisémen broyées par des dents molaires. D'ailleurs, leur touffes épaisses et élastiques, sans être ligneuses présentent de molles litières a des corps pesants, if

Si au contraire nous examinons les convenant qu'il y a entre les arbres et les oiseaux , nous vei rons que les branches des arbres sont facilemei embrassées par les pieds a quatre doigts de la pli part des volatiles , que la nature a disposés de façop" qu'il y en a trois en avant et un en arrière, afiliri'1 qu'ils pussent les saisir comme avec des mains. DP plus, les oiseaux trouvent , dans les divers étag'j W des feuilles, des abris contre la pluie, le soleil le froid , à quoi contrihuent encore les épaisseutP des troncs. Les trous qui se forment sur ceux-c] m et les mousses qui y croissent, leur donnent di « logements pour faire leurs nids, et des matelt 1 pour les tapisser. Les semences rondes ou allonge ii des arbres sont proportionnées à la forme de let I becs. Ceux qui portent des fruits charnus loge] ' des oiseaux qui ont les becs pointus ou court lM comme des pioches. Dans les îles des pays sitij entre les tropiques et le long des grands fleuM ,f de l'Amérique , la plupart des arbres marilin * et fluviatiles, entre autres plusieurs espèces I palmiers, portent des fruits revêtus de coq» j très dures, afin qu'ils puissent flotter sur lesea qui les ressèment au loin; mais leur enveloppe j les met pas à couvert des oiseaux. Les diver; ' tribus de perroquets qui les habitent , et dont crois qu'il y a une espèce répartie a chaque • i pèce de palmier , trouvent bien le moyen d'ouv' leur graine avec des becs crochus, qui perc<| comme des alênes et qui pincent comme des nailles.

La nature a encore ordonné des animaux d troisième ordre, qui trouvent, dans l'écorce dans la fleur d'une plante, autant de commodiji qu'un quadrupède en a dans une prairie, ou»

DES PLANTES

^eau dans un arbre entier : ce sont les insectes, èelques naturalistes les ont divisés en six grandes jSbus , qu'ils ont caractérisées ,■ suivant leur coujjme, quoique assez inutilement, par des noms jiecs. Ils les classent en insectes coléoptères, ou a luis , comme les scarabées , tels que nos hannehs; en hémiptères ou a demi-étuis, comme les jillinsectes, tels que le kermès; en tétraptères ou quatre ailes farineuses, comme les papillons ; en ttraptères qui ont quatre ailes nues , comme les leilies ; en diptères ou à deux ailes nues , comme

I mouches communes ; et en aptères ou sans ails, comme les araignées. Mais ces six classes ont

II multitude de divisions et de subdivisions qui punissent les espèces d'insectes de formes et d'ins- Ip les plus disparates, et qui en séparent beau- ,up d'autres qui ont d'ailleurs entre elles beaulup d'analogie.

jlQuoi qu'il en soit, cet ordre d'animaux paraît jtrticulièrement affecté aux arbres. Pline observe ie les fourmis sont très friandes des graines du (près. Il dit qu'elles attaquent les cônes qui les Ijnferment, quand ils s'entr'ouvrent dansleur marité, sans y en laisser une seule; et il regarde mme un miracle de la nature qu'un si petit auiai détruise la semence d'un des plus grands ares du monde. Je crois qu'on ne pourra jamais ijablir, dans les diverses tribus d'insectes, un ritable ordre, et dans leur étude l'utilité et Palpent dont elle est susceptible, qu'en les rapirtant aux diverses parties des végétaux. Ainsi , i rapporterait aux nectaires des fleurs les papilns et les mouches qui ont des trompes pour en cueillir les sucs; a leurs étamines, les mouches ki, comme les abeilles , ont des cuillers creusées ms leurs cuisses garnies de poils pour en serrer I poussières , et quatre ailes pour emporter leur ptin; aux feuilles des plantes, les mouches cornunes et les gallinsectes , qui ont des pieux poin- |s et creux pour y faire des incisions et en boire s liqueurs ; aux graiues , les scarabées , comme p charançons , qui devaient s'y enfoncer pour vire de leur farine, et qui ont leurs ailes renfermées ins des étuis pour ne pas les gâter , et des râpes )ur y faire des ouvertures ; aux tiges", les vers , tii sont tout nus , parcequ'ils n'avaient pas besoin jêtre vêtus dans la substance du bois qui les abrite p toutes parts ; mais ils ont des tarières avec lesjelles ils viennent quelquefois a bout de détruire ;s forêts; enfin, aux débris de toute espèce , les jurmis , qui ont des pinces, et l'instinct de se réufir en corps pour dépecer et emporter tout ce qui m convient. La desserte de cette grande table

végétale est entraînée par les pluies aux rivières, et de la a la mer, où elle présente un nouvel ordre de relations avec les poissons. 11 est digne de remarque que les plus puissants appâts qu'on puisse leur présenter sont tirés du règne végétal, et particulièrement des graines ou des substances des plantes qui ont les caractères aquatiques que nous avons indiqués , telles que la coque du Levant, le souchet de Smyrne, le suc de tithymale, le nard celtique , le cumin , l'anis , l'ortie , la marjolaine , la racine d'aristoloche, et la graine de chenevis. Ainsi , les relations de ces plantes avec les poissons confirment ce que nous avons dit de celles de leurs graines avec les eaux.

Ce serait en rapportant les diverses tribus d'insectes aux diverses parties des plantes, que nous verrions les raisons qui ont déterminé la nature a donner à ces petits animaux des figures si extraordinaires. Nous connaîtrions les usages de leurs outils , dont la plupart nous sont inconnus , et nous aurions de nouveaux sujets d'admirer l'intelligence divine et de perfectionner la nôtre. D'un autre côté, celte lumière répandrait le plus grand jour sur beaucoup de parties des plantes dont les botanistes ignorent l'utilité, parcequ'elles n'ont de convenances qu'avec les animaux. Je suis persuadé qu'il n'y a pas un végétal qui n'ait au moins un individu de chacune des six classes générales d'insectes reconnues par les naturalistes. Comme la nature a divisé chaque genre de plantes en diverses espèces , pour les rendre capables de croître dans différents sites, elle a divisé de même chaque genre d'insectes en diverses espèces , pour les rendre propres a habiter différentes espèces de plantes. Elle a peint pour cette raison, et numéroté de mille manières diverses , mais invariables, les divisions presque infinies de la même branche. Par exemple , on trouve constamment sur l'orme le beau papillon appelé brocatelle d'or, a cause de sa riche couleur. Celui qu'on nomme les quatre omicron, et qui vit je ne sais où , produit toujours des descendants qui portent cette lettre grecque imprimée quatre fois sur leurs ailes. Il y a une espèce d'abeilles à cinq crochets, qui ne vit que sur les fleurs radiées : sans ces crochets , elle ne pourrait se cramponner sur les miroirs plans de ces fleurs , et se charger de leurs étamines aussi aisément que l'abeille commune, qui travaille, pour l'ordinaire, au fond de celles dont la corolle est profonde.

Ce n'est pas que je pense qu'une plante nourrisse dans ses diverses variétés toutes les branches collatérales d'une famille d'insectes. Je crois que chaque genre, parmi ceux-ci, s'étend beaucoup

ÉTUDE ONZIÈME

plus loin que le genre de plantes qui lui sert principalement de base. En cela , la nature manifeste une autre de ses lois, par laquelle elle a rendu ce qu'il y a de meilleur le plus commun. Comme l'animal est d'une nature supérieure au végétal , les espèces du premier sont plus multipliées et plus répandues que celles du second. Par exemple, il n'y a pas seize cents espèces de plantes dans les environs de Paris* , et on y compte près de six mille espèces de mouches. Je présume donc que les diverses tribus de plantes se croisent avec celles des animaux , ce qui rend leurs espèces susceptibles de différentes harmonies. On en peut juger par la variété des goûts dans les oiseaux de la même famille. La fauvette a tête noire niche dans les lierres ; la fauvette a tête rousse des murailles, dans le voisinage des chenevières ; la fauvette brune , sur les arbres des grands chemins, où elle compose son nid de crins de cheval. On en compte de douze espèces dans nos climats, qui ont chacune leur département. Nos diverses sorles d'alouettes sont aussi réparties à différents sites, aux bois, aux prés, aux bruyères, aux terres labourées, et aux rivages de la mer.

Il y a des observations bien intéressantes à faire sur- les durées des végétaux, qui sont inégales, quoique soumises aux influences des mêmes éléments. Le chêne sert de monument aux nations; et le nostoc , qui croît à ses pieds , ne vit qu'un jour. Tout ce que j'en peux dire en général , c'est que le temps de leur dépérissement n'est point réglé sur celui de leur accroissement, ni celui de leur fécondité proportionné à leur faiblesse, aux climats ou aux saisons, comme on l'a prétendu. Pline** cite des yeuses , des planes et des cyprès qui existaient de son temps , et qui étaient plus anciens que Rome, c'est-à-dire qui avaient plus de sept cents ans. Il dit qu'on voyait encore auprès de Troie , autour du tombeau d'Ilus, des chênes qui y étaient du temps que Troie prit le nom d'Ilium, ce qui fait une antiquité bien plus reculée. J'ai vu en Basse-Normandie, dans le cimetière d'une église de village, un vieux if planté du temps de Guillaume le Conquérant ; il est encore chargé de verdure , quoique son tronc caverneux et tout percé à jour ressemble aux douves d'un vieux tonneau. Il y a des buissons mêmes qui semblent immortels; on trouve, en plusieurs endroits du royaume, des aubépines que la dévotion des peuples a consacrées par des images de la bonne Vierge, qui durent

* Les cryptogames ne sont pas compris dans ce nombre.

41 Histoire naturelle, XVI , chap. xuv.

depuis plusieurs siècles , comme on peut le veri-j fier par les titres des chapelles qu'on a bâties auprès. Mais, en général, la nature a proportionné \à v[ durée et la fécondité des plantes aux besoins d& animaux. Beaucoup de plantes périssent aussitô1 qu'elles ont donné leurs graines , qu'elles abandonnent aux vents; il y en a , telles que les champignons, qui ne vivent que quelques jours, comnfc les espèces de mouches qui s'en nourrissent. D'au 1res conservent leur semence tout l'hiver pour Ym |i sage des oiseaux : tels sont la plupart des buissons La fécondité des plantes n'est pas proportionnée ; leur petitesse , mais a la fécondité de l'espèce ani| maie qui doit s'en nourrir : le panic , le petit mil | et quelques autres graminées si utiles aux bêtes eP aux hommes, produisent incomparablement plulfe de grains que beaucoup de plantes plus grandes eS»if plus petites qu'elles. 11 y a beaucoup d'herbes qui» ne se reperpétuent par leurs semences qu'une foi dans un au ; mais le mouron se renouvelle par le siennes jusqu'à sept à huit fois, sans être inter rompu même par l'hiver. 11 donne des grain mûrs six semaines après qu'il a été semé. Lp° capsule qui les renferme se renverse alors vers l)ia terre et s'entr'ouvre , pour les laisser emporte aux vents et aux pluies, qui les ressèment par1 tout. Cette plante assure toute l'année la subsi; tance des petits oiseaux dans nos climats. Aimt s la Providence est d'autant plus grande que s i créature est plus faible.

D'autres plantes ont des relations d'autant plu touchantes avec les animaux, que les climats < les saisons semblent exercer plus de rigueur en vers ceux-ci. Si ces convenances étaient approfoi dies, elles expliqueraient toutes les variétés d la végétation dans chaque latitude et dans chaqi saison. Pourquoi, par exemple, la plupart d( arbres du nord perdent-ils leurs feuilles en hi ver, et pourquoi ceux du midi les conservent-i toute l'année? pourquoi, malgré le froid des h vers du nord , les sapins y restent-ils couverts & verdure? 11 est difficile d'en trouver la cause mais il est aisé d'en reconnaître la fin. Si les bot leaux et les mélèzes du nord laissent tomber leui feuilles a l'entrée de l'hiver , c'est pour donn( des litières aux bêtes des forêts ; et si le sapin p1 ramidal y conserve les siennes, c'est pour lei ménager des abris au milieu des neiges. Cet arbi offre alors aux oiseaux les mousses qui sont su: pendues a ses branches , et ses cônes remplis t pignons mûrs. Souvent, dans son voisinage, d< bocages de sorbiers font briller pour eux leui grappes de baies écarlates. Dans les hivers de ne)

DES PLAINTES

nais, plusieurs arbrisseaux toujours verts, nme le lierre , l'alaterne , et d'autres qui resit chargés de baies noires ou rouges qui transit avec les neiges, comme les troènes, les épi- 5 et les églantiers, présentent aux volatiles des bi ta lions et des aliments. Dans les pays de la îe torride , la terre est tapissée de lianes fraî- 3s, et ombragées d'arbres au large feuillage , îs lesquels les animaux trouvent delà fraîcheur, s arbres mêmes de ces climats semblent crains d'exposer leurs fruits aux brûlantes ardeurs

soleil : au lieu de les dresser en cônes, ou d'en avrir la circonférence de leur tête, ils les caent souvent sous un feuillage épais, et les porit attachés à leur tronc ou à la naissance de 1rs branches : tels sont les jacquiers , les paliers de toutes les espèces, les papayers, et une altitude d'autres. Si leurs fruits n'invitent pas

dehors les animaux par des couleurs appâtâtes, ils les appellent par des bruits. Les lourds cos, en tombant de la hauteur de l'arbre qui les rte , font retentir au loin la terre. Les siliques ires du caneficier, lorsqu'elles sont mûres et e le vent les agite, font, en se choquant, le uit du tictac d'un moulin. Quand le fruit gri- ;re du genipa des Antilles tombe dans sa maturité, pète a terre comme un coup de pistolet*. A ce ;nal, sans doute, plus d'un convive vient cherèr sa réfection. Ce fruit semble particulièrement jstiné aux crabes de terre, qui en sont très jands, et qui s'engraissent en très peu de temps ir cette nourriture. Il leur aurait été fort inutile I l'apercevoir dans l'arbre, où ils ne peuvent imper; mais ils sont avertis du moment où il (. bon à manger, par le bruit de sa chute, iutres fruits, comme les jacqs et les mangues, ippent l'odorat des animaux à une si grande itance , qu'on les sent de plus d'un quart de Isue , quand on est au-dessous du vent. Je crois je cette propriété d'être fort odorants est commune aussi à ceux de nos fruits qui se cachent as leur feuillage, tels que les abricots. Il y a iiutres végétaux qui ne se manifestent , pour ainsi m } aux animaux que pendant la nuit. Le jalap i; Pérou, ou belle-de-nuit, n'ouvre ses fleurs, ès parfumées, que dans l'obscurité. La fleur de pucine, qui est du même pays, jette dans les téibres une lumière phosphorique , observée, < ns l'espèce vivace, par la fille du célèbre Linnée. h propriétés de ces plantes donnent une heuuse idée de ces beaux climats , où les nuits sont

Voijaz le père Du Tertre , Histoire des Antilles.

assez calmes et assez éclairées pour ouvrir un nouvel ordre de société entre les animaux. Il y a même des insectes qui n'ont besoin d'aucun phare qui les guide dans leurs courses nocturnes; ils portent avec eux leur lanterne : telles sont les mouches lumineuses. Elles se répandent quelquefois dans des bosquets d'orangers, de papayers et d'autres arbres fruitiers , au milieu de la nuit la plus sombre. Elles lancent à la fois, par plusieurs battements d'ailes réitérés, une douzaine de jets d'uu feu qui éclaire les feuilles et les fruits des arbres où elles se reposent d'une lumière dorée et bleuâtre* ; puis, cessant tout a coupleurs mouvements, elles les replongent dans l'obscurité. Elles recommencent alternativement ce jeu pendant toute la nuit. Quelquefois il s'en détache des essaims tout brillants de lumière, qui s'élèvent en l'air comme les gerbes d'un feu d'artifice.

Si on étudiait les rapports que les plantes ont avec les animaux , on y reconnaîtrait l'usage de beaucoup de parties que l'on regarde souvent comme des productions du caprice et du désordre de la nature. Ces rapports sont si étendus, qu'on peut dire qu'il n'y a pas un duvet de plante , un entrelacement de buisson, une cavité, une couleur de feuille, une épine, qui n'ait son utilité. On remarque surtout ces harmonies admirables avec les logements et les nids des animaux. S'il y a dans les pays chauds des plantes chargées de duvet, c'est qu'il y a des teignes toutes nues qui en tondent les poils , et qui s'en font des habits. On trouve, sur les bords de l'Amazone , une espèce de roseau de vingt-cinq à trente pieds de hauteur, dont le sommet est terminé par une grosse boule de terre. Cette boule est l'ouvrage des fourmis , qui s'y retirent dans le temps des pluies et des inondations périodiques de ce fleuve : elles montent et descendent par la cavité de ce roseau , et elles vivent des débris qui surnagent alors autour d'elles a la surface des eaux. Je présume que c'est pour offrir de semblables retraites à plusieurs petits insectes, que la nature a creusé les tiges de la plupart des plantes de nos rivages**. La vallisne-

* Voyez le père Du Tertre , Histoire des Antilles.

*" Toutes ces observations sur la vallisneria sont tirées d'un voyage en France , en Italie et aux îles de l'Arcliipel , fait par un Anglais en 1730. Mais elles renferment plusieurs erreurs : d^abord , ces fleurs n'ont pas reçu des tiges en spirales pour se préserver des crues subites des fleuves. Il y a dans ce phénomène quelque chose de plus singulier et de plus admirable. La vallisneria est une plante dioïque ; les fleurs femelles croissent séparément sur de longs pédoncules roulés en tire-bourre , et qui ne s'allongent qu'à l'époque de la fécondation. C'est alors qu'elles s'élèvent à la superficie de l'eau. Cependant les fleurs mâles , attachées à des pédoncules très courts , n'ont pas la te*

ÉTUDE ONZIEME

ria46, qui croît dans les eaux du Rhône, et qui porte sa fleur sur une tige en spirale, qu'elle allonge à proportion de la rapidité des crues subites de ce fleuve , a des trous percés à la base de ses feuilles, dont l'usage est bien plus extraordinaire. Si on déracine cette plante, et qu'on la mette dans un grand vase plein d'eau , on aperçoit à la base de ses feuilles des masses d'une gelée bleuâtre , qui s'allonge insensiblement en pyramides d'un beau rouge. Bientôt ces pyramides se sillonnent de cannelures qui se détachent du sommet, se renversent tout autour, et présentent, par leur épanouissement, de très jolies fleurs formées de rayons pourpres, jaunes et bleus. Peu à peu, chacune de ces fleurs sort de la cavité où elle est contenue en partie, et s'écarte a quelque distance de la plante, en y restant cependant attachée par un filet. On voit alors chacun des rayons dont ses fleurs sont composées se mouvoir d'un mouvement particulier, qui communique un mouvement circulaire à l'eau , et précipite au centre de chacune d'elles tous les petits corps qui nagent aux environs. Si on trouble, par quelque secousse, ces développements merveilleux, sur-lechamp chaque filet se retire, tous les rayons se ferment, et toutes les pyramides rentrent dans leurs cavités; car ces prétendues fleurs sont des polypes.

11 y a dans certaines plantes des parties qu'on regarde comme les caractères d'une nature agreste , qui sont, comme tout le reste de ses ouvrages , des preuves de la sagesse et de la providence de son auteur : telles sont les épines. Leurs formes sont variées a l'infini, surtout dans les pays chauds. Il y en a de faites en scies, en hameçons, en aiguilles, en fer de hallebarde, et en chausses-trapes. Il y en a de rondes comme des alênes , de triangulaires comme des carrelets, et d'aplaties comme des lancettes. Il n'y a pas moins de variété dans leurs agrégations. Les unes sont rangées sur les feuilles par pelotons, comme celles de la raquette; d'autres par rubans, comme celles des cierges. Il y en a qui sont invisibles, comme celles de l'arbrisseau des îles Antilles appelé bois de capitaine : les feuilles de ce redoula-

culté de se mouvoir; et c'est justement à cette époque que, par une seconde prévoyance , leur tige se brise avec effort , et que , dégagées des liens qui les retenaient loin des fleurs femelles , elles viennent les couvrir de leur poussière vivifiante.Bientôt après , les fleurs à spirales, devenues fécondes , resserrent les anneaux de leurs tiges, et, ramenées peu à peu au fond des eaux, elles y reprennent leur première place, et y déposentleurs postérités. Cette plante, qui sera toujoursun sujet d'étonnemertt pour les naturalistes, croit dans les fleuves d'Italie et du midi de la France. Les voyageurs l'ont également retrouvée dans l'Amérique septentrionale et à la Nouvelle-Hollande. (A.-M.)

ble végétal paraissent en dessus nettes et luisan-ï tes ; mais elles sont couvertes en dessous d'épines très fines, qui y sont tellement couchées, que, pour peu qu'on y porte la main, elles entrent dan? les doigts. 11 y a d'autres épines qui ne sont posées que sur les tiges des plantes; d'autres sont suif leurs branches. On n'en trouve guère , dans nofj climats, que sur des buissons et sur quelque; herbes ; mais elles sont répandues aux Indes sui beaucoup d'espèces d'arbres. Leurs formes et leurdispositions très variées ont des relations , don la plupart nous sont inconnues, avec les défense! des oiseaux qui y vivent. Il était nécessaire qu j beaucoup d'arbres de ces pays portassent des épi i nés, pareequ'il y a beaucoup de quadrupèdes qui y grimpent pour manger les œufs et les petits de! oiseaux, tels que les singes, les civettes, les tigres) les chats sauvages, les piloris, les opossums, le rats palmistes , et même les rats communs. L'a cacia ,|7 de l'Asie offre aux oiseaux des retrait* qui sont impénétrables a leurs ennemis. Il ne porlj point d'épines sur son tronc et dans ses branches»! mais h dix ou douze pieds de hauteur, précise ment à l'endroit où* les branches de l'arbre se di visent , il y a une ceinture de plusieurs rangs d larges épines de dix à douze pouces de longueur et hérissées à peu près comme des fers de halhi bardes. Le collet de l'arbre en est environné, t manière qu'aucun quadrupède n'y peut monte: | L'acacia de l'Amérique, appelé impropremeij faux acacia, a les siennes figurées en crochets j parsemées dans ses rameaux, sans doute par que! que rapport inconnu d'opposition avec l'espèi de quadrupède qui fait la guerre à l'oiseau qij l'habite. 11 y a aux îles Antilles des arbres qi n'ont point d'épines , mais qui sont bien plus h génieusement protégés que s'ils en avaient. Ui plante qui est connue dans ces pays sous le no de chardon épineux, qui est une espèce de cicrj rampant, attache ses racines, semblables à desi laments, au tronc d'un de ces arbres, et elle cou a terre tout autour, bien loin de là, en croisant s branches l'une sur l'autre, et en formant une 1 cein te don t aucu n qu ad ru pède n'ose approcher . El porte d'ailleurs un fruit très agréable a mange En voyant un arbre dont le feuillage est innocen rempli d'oiseaux qui y font leurs nids , entou a sa racine d'un de ces chardons épineux , on ( rait d'une de ces villes de commerce sans défen où tout paraît accessible, mais qui est protég aux environs par une citadelle qui l'entoure ses longs retranchements . ainsi l'arbre est H côté , et son épine de l'autre.

DES PL-

AINTES.

Les quadrupèdes qui vivent des œufs des oiïux seraient fort embarrassés, si quelquefois la Sture ne faisait croître, au haut de ces mêmes fores, un végétal d'une forme très extraordinaire, I leur en ouvre l'accès. Il est en tout l'opposé ! chardon épineux. C'est une racine de deux !?ds de long , grosse comme la jambe , pillée comme si on l'eût piquée avec un poinçon , liée a une branche de l'arbre par une multitude filaments, a peu près comme le chardon épiux est attaché au bas de son tronc. Elle en tire, mme lui, sa nourriture, et jette dix à douze andes feuilles en cœur , de trois pieds de long de deux pieds de large, semblables aux feuilles nymphœa. Le père Du Tertre l'appelle fausse cine de Chine. Ce qu'il y a encore de plus ange, c'est que, du haut de l'arbre où elle est icée , elle jette à plomb des cordes très fortes , bsses comme des tuyaux de plume dans toute ir longueur , qui viennent s'enraciner a terre, plante ne sent rien, et ses cordes sentent l'ail, us doute, quand un singe ou tel autre animal impant aperçoit ce large étendard de verdure , rbre a beau être entouré d'épines à son pied, f signal lui annonce qu'il a des correspondances m la place : l'odeur des cordons qui descendent jsqu'à terre lui indique son échelle , même penm la nuit; et pendant que les oiseaux dorment jânquillement sur leurs nids , en se fiant a leurs irtifications, l'ennemi s'empare de la ville par s faubourgs.

! Dans ces pays , les épines des arbres défendent Isqu'aux insectes. Les abeilles y font du miel dans b vieux troncs d'arbres épineux creusés par le jmps. Il est bien remarquable que la nature, qui donné cette ressource aux abeilles de l'Amériie, leur a refusé des aiguillons , comme si ceux îs arbres suffisaient à leur défense. Je crois que est par cette raison , a laquelle on n'a pas fait itention, qu'on n'a jamais pu élever aux îlesAniles des mouches à miel du pays : sans doute Iles refusaient d'habiter les ruches domestiques, ircequ'elles ne s'y croyaient pas en sûreté ; lais elles s'y seraient peut-être déterminées , si a avait garni d'épines les ruches qu'on leur a résentées.

Si la nature emploie les épines pour défendre isqu'aux mouches des insultes des quadrupèdes, Ile se sert quelquefois des mêmes moyens pour îlivrer les quadrupèdes de la persécution des touches communes. Â la vérité, elle a donné à îi'.x qui y sont le plus exposés des crinières et es queues gornies de longs crins pour les écar-

ter; mais la multiplication de ces insectes est si rapide dans les saisons et les pays chauds et humides , qu'elle pourrait devenir funeste a tous les animaux. Une des barrières végétales que la nature leur oppose est la dionœa muscipula. Cette plante porte sur une même branche des folioles opposées, enduites d'une liqueur sucrée semblable à la manne, et hérissées de pointes très aiguës. Lorsqu'une mouche se pose sur une de ces folioles, elle se rapproche sur-le-champ comme les mâchoires d'un piège à loup , et la mouche se trouve embrochée de toutes parts. Il y a une autre dionœa qui prend ces insectes avec sa fleur. Quand une mouche en veut sucer les nectaires , la corolle, qui est tubulée, se ferme au collet, la saisit par la trompe , et la fait mourir ainsi. Elle croît au Jardin du Roi. Nous observerons que sa fleur en godet est blanche et rayée de rouge, et que ces deux couleurs attirent partout les mouches , qui sont très avides de lait et de sang.

Il y a des plantes aquatiques qui portent des épines propres a prendre des poissons. On voit au Jardin du Roi une plante de l'Amérique , appelée martinia, dont la fleur a une odeur très agréable, et qui , par la forme de ses feuilles arrondies, le lissé de leurs queues et de ses tiges, a tous les caractères aquatiques dont nous avons parlé. Elle a encore ceci de particulier, qu'elle transpire si fortement, qu'elle paraît au toucher comme si elle était mouillée. Je ne doute donc pas que cette plante ne croisse en Amérique sur le bord des eaux. Mais la gousse qui enveloppe ses gaines a un caractère nautique fort extraordinaire. Elle ressemble a un poisson a demi desséché, blanc et noir, avec une longue nageoire sur le dos. La queue de ce poisson est fort allongée, et finit en pointe très aiguë, courbée en hameçon. Cette queue se partage ordinairement en deux, et présente ainsi deux hameçons. La configuration de ce poisson végétal est tout-a-fait semblable en grandeur et en forme à l'hameçon dont on se sert sur mer pour prendre des dorades , et a la tête duquel on figure en linge un poisson volant, excepté que l'hameçon a dorade n'a qu'un crochet, et que la gousse de la martinia en a deux , ce qui doit rendre son effet plus sûr. Cette gousse renferme plusieurs graines noires ridées , et semblables à des crottes de mouton aplaties.

Comme j'ai peu de livres de botanique, j'ignorais d'oii la martinia était originaire; mais, ayant consulté dernièrement l'ouvrage de Linnée, j'ai trouvé qu'elle venait de la Vera-Cruz. Ce fameux naturaliste ne trouve a cette gousse que l'appa-

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rence d'une tête de bécasse; mais, s'il avait vu des hameçons a dorade, il n'eût pas balancé a y reconnaître cette ressemblance, d'autant que le bout de ce prétendu bec se recourbe en deux crochets qui piquent comme des épingles, et sont, ainsi que toute la gousse et la queue , qui la tient à la tige , d'une matière ligneuse et cornée très difficile a rompre. Jean de Laet* dit que le terrain de la Vera-Cruz est au niveau de la mer , et que son port, appelé Saint-Jean de Hulloa, est formé d'une petite île qui est au ras de l'eau ; en sorte , dit-il , que quand la marée est fort grosse , elle en est toute couverte. Ces inondations sont fort communes dans le fond du golfe du Mexique , comme on peut le voir dans la relation que Darnpier nous a donnée de la baie de Campêche , qui est dans le voisinage. Je présume de là que la marlinia , qui croît sur les rivages inondés de la Vera- Cruz, a quelques relations qui nous sont inconnues avec les poissons de la mer; d'autant que les semences de plusieurs arbres et plantes de ces contrées , rapportées par Jean de Laet , ont des formes nautiques très curieuses.

Il n'est pas besoin d'aller chercher dans les plantes étrangères des relations végétales avec les animaux. La ronce, qui donne dans nos champs des abris à tant de petits oiseaux, a ses épines formées en crochets; de sorte que non-seulement elle empêche les troupeaux de troubler les asiles des oiseaux, mais elle leur accroche bien souvent quelques flocons de laine ou de poil propres à garnir des nids, en représailles de leurs hostilités, et comme une indemnité de leurs dommages. Pline prétend que c'est a cette occasion qu'est née la haine de la linotte et de l'âne. Ce quadrupède, dont le palais est à l'épreuve des épines, broute souvent le buisson où la linotte fait son nid. Elle est si effrayée de sa voix , qu'elle en jette , dit-il , ses œufs a bas; et, quand ses petits sont nouvellement éclos, ils en meurent de peur. Mais elle lui fait la guerre à son tour en se jetant sur les égratignures que lui font les épines, et en becquetant sa chair jusqu'aux os. Ce doit être un spectacle curieux de voir le combat de ce petit et mélodieux oiseau contre ce lourd et bruyant animal , d'ailleurs sans malice.

Si on connaissait les relations animales des plantes, nous aurions sur les instincts des bêtes bien des lumières que nous n'avons pas. Nous saurions l'origine de leurs amitiés et de leurs inimitiés, du moins quant a celles qui se forment dans la

* Histoire des Indes occidentales , livre v, chapitre xviu.

société ; car pour celles qui sont innées , je ne crois |l pas que la cause en soit jamais révélée à aucun f'1 homme. Celles-là sont d'un autre ordre et d'uniautre monde. Comment tant d'animaux sont-ilsi !î entrés dans la vie avec des haines sans offense, des!8 industries sans apprentissage , et des instincts plusF sûrs que l'expérience? Comment la puissance élec-p trique a-t-elle été donnée à la torpille , l'invisibî-p lité au caméléon , et la lumière même des astres àp une mouche? Qui a appris à la punaise aquatiques à glisser sur les eaux , et à une autre espèce de pu-p naise à y nager sur le dos , l'une et l'autre pourP attraper la proie qui voltige à leur surface? L'araîÉI gnée d'eau est encore plus ingénieuse. Elle envi-nronne une bulle d'air avec des fils , se met au mi-P lieu , et se plonge au fond des ruisseaux , où sm bulle paraît comme un globule de vif-argent. Là ,fc elle se promène a l'ombre des nymphœa, sans rieiil1 craindre d'aucun ennemi. Si, dans celte espèce ,N deux individus de sexe différent viennent à se reti-P1 contrer, et se conviennent, les deux globules rap-F prochés n'en font plus qu'un , et les deux inscctesP sont dans la même atmosphère. Les Romains, quiP construisaient, sur les rivages de Baies , des salon*! ( sous les flots de la mer, pour jouir de la fraîcheur^ et du murmure des eaux dans les chaleurs de l'été.fâ étaient moins adroits et moins voluptueux. Si ui ] I homme réunissait en lui ces facultés merveilleuse^ qui sont le partage des insectes , il passerait parm P ses semblables pour un dieu.

II nous importe au moins de connaître les in-f1 sectes qui détruisent ceux qui nous sont nuisibles j ' Nous pouvons profiter de leurs guerres pour vivriv en repos. L'araignée attrape les mouches avec de? filets ; le formica-leo surprend les fourmis dans m S entonnoir de sable; l'ichneumon a quatre aileji prend les papillons au vol. Il y a une autre espèoj d'ichneumon , si petite et si rusée , qu'elle pomM un œuf dans l'anus du puceron. L'homme peu! multiplier à son gré les familles d'insectes qui lu sont utiles, et parvenir à diminuer le nombre d celles qui font tant de ravages dans ses cultures Les petits oiseaux de nos bosquets lui offrent pouj f ce service des secours encore plus étendus et plu J agréables. Ils ont tous l'instinct de vivre dans soi ; voisinage et dans celui de ses troupeaux. Souvcn une seule de leurs espèces suffirait pour écarte! de ceux-ci les insectes qui les désolent en été. Il a dans le nord un taon, appelé kourma par le Lapons , œslrus 7*angiferinus par les savants , qu tourmente les rennes domestiques au point d les faire fuir dans les montagnes , et quelquefois de les faire mourir , en déposant ses œufs dan

DES PLANTES

kur peau. On a fait a l'ordinaire , à ce sujet , beau- Kp de dissertations , sans y apporter de remède. I suis persuadé qu'il doit y avoir en Laponie des 'seaux qui délivreraient les rennes de cet insecte jingereux, si les Lapons ne les effrayaient par le mil de leurs fusils. Ces armes des nations civiles ont rendu toutes les campagnes barbares. 3s oiseaux destinés à embellir l'habitation de

îomme s'en éloignent, ou ne s'en approchent p'avec méOance. On devrait défendre au moins I tirer autour des paisibles troupeaux. Quand les jseaux ne sont pas effrayés par les chasseurs, ils j livrent à leurs instincts. J'ai vu souvent , à l'Ilejj-France, une espèce de sansonnet appelé martin, ji'on y a apporté des Indes , se percher familièrement sur le dos et sur les cornes des bœufs, pour 1 nettoyer. C'est à cet oiseau que cette île est re- Wable aujourd'hui de la destruction des sautellles, qui y faisaient autrefois tant de ravages. ms celles de nos campagnes d'Europe où l'homme erce encore quelque hospitalité envers les oiaux innocents , il voit la cigogne bâtir son nid |r le faite de sa maison , l'hirondelle voltiger dans js appartements , et la bergeronnette, sur le bord Kg fleuves, tourner autour de ses brebis pour les (fendre des moucherons.

[Le fondement de toutes ces connaissances porte 1 l'étude des plantes. Chacune d'elles est le foyer

la vie des animaux, dont les espèces viennent aboutir comme les rayons d'un cercle à leur ntre.

ÎDès que le soleil , parvenu au signe du Bélier , a inné le signal du printemps à notre hémisphère, l vent pluvieux et chaud du sud part de l'Afrile, soulève les mers, fait déborder les fleuves, ni engraissent de leur limon les champs voisins, renverse, dans les forêts, les vieux arbres, les bncs desséchés, et tout ce qui présente quelque istacle à la végétation future. Il fond les neiges li couvrentnos campagnes, et,s'avançant jusque us le pôle , il brise et dissout les masses énormes ; glace que l'hiver y avait accumulées. Quand tte révolution , connue par toute la terre sous le m du coup de vent de l'équinoxe, est arrivée i mois de mars . le soleil tourne nuit et jour au ur de notre pôle, sans qu'il y ait un seul point ms tout l'hémisphère septentrional qui échappe sa chaleur. A chaque parallèle qu'il décrit dans s cieux, une ceinture de plantes nouvelles éclot itour du globe. Chacuned'elles paraît successiveent au poste et au jour qui lui sont assignés ; le reçoit à la fois la lumière dans ses fleurs , et rosée du ciel dans son feuillage. A mesure qu'elle

prend de l'accroissement , les diverses tribus d'insectes qu'elle nourrit se développent aussi. C'est h cette époque que chaque espèce d'oiseau se rend à l'espèce de plante qui lui est connue , pour y faire son nid, et y nourrir ses petits de la proie animale qu'elle lui présente, au défaut des semences qu'elle n'a pas encore produites. On voit bientôt accourir lesoiseaux voyageurs, qui viennenten prendreaussi leur part. D'abord l'hirondelle vient en préserver nos maison s en bâtissan t son I i t a l'en tour . Les cailles quittent l'Afrique, et, rasant les flots de la Méditerranée , elles se répandent par troupes innombrables dans les vastes prairies de l'Ukraine. Les francolins remontent au nord jusque dans la Laponie. Les canards , les oies sauvages , les cygnes argentés , formaut dans les airs de longs triangles, s'avancent jusque dans les îles voisines du pôle. La cigogne, jadisadorée dans l'Egypte, qu'elle abandonne, traverse l'Europe , et s'arrête ça et Ta jusque dans les villes , sur les toits de l'Allemagne hospitalière. Tous ces oiseaux nourrissent leurs petits des insectes et des reptiles que les herbes nouvelles font éclore. C'est alors que les poissons quittent en foule les abîmes septentrionaux de l'Océan , attirés aux embouchures des fleuves par des nuées d'insectes qui sont entraînés dans leurs eaux , ou qui éclosent le long de leurs rivages. Ils remontent en flotte contre leurs cours, et s'avancent en bondissant jusqu'à leurs sources ; d'autres, comme les nord-capers , se laissent entraîner au courant général de l'océan Atlantique, et apparaissent comme des carènes de vaisseaux sur les côtes du Brésil et sur celles de la Guinée. Les quadrupèdes même entreprennent alors de longs voyages. Les uns vont du midi au nord avec le soleil , d'autres d'orient en occident. 11 y en a qui côtoient les âpres chaînes des montagnes ; d'autres suivent le cours des fleuves qui n'ont jamais été navigués; de longues colonnes de bœufs pâturent en Amérique le long des bords du Méchassipi , qu'ils font retentir de leurs mugissements. Des escadrons nombreux de chevaux traversent les fleuves et les déserts de la Tartarie ; et des brebis sauvages errent en bêlant au milieu de ces vastes solitudes. Ces troupeaux n'ont ni pâtres ni bergers qui les guident dans les déserts au son des chalumeaux ; mais le développement des herbes qui leur sont connues détermineles moments deleursdéparts elles termes de leurs courses. C'est alors que chaque animal habite son site naturel , et se repose à l'ombre du végétal de ses pères ; c'est alors que les chaînes de l'harmonie se resserrent, et que, tout étant animé par des consonnances ou par des contrastes, les.

ÉTUDE ONZIÈME

airs, les eaux, les forêts et les rochers semblent avoir des voix, des passions et des murmures.

Mais ce vaste concert ne peut être saisi que par des intelligences célestes. Il suffit a l'homme , pour étudier la nature avec fruit , de se borner à l'étude d'un seul végétal. Il faudrait, pour cet effet, choisir un arbre antique dans quelque lieu solitaire. On jugerait aisément, aux caractères que j'ai indiqués, s'il est dans son site naturel , mais encore mieux a sa beauté, et aux accessoires dont la nature l'accompagne toujours quand la main de l'homme n'en dérange point les opérations. On observerait d'abord ses relations élémentaires, et les caractères frappants qui distinguent les espèces du même genre, dont les unes naissent aux sources des fleuves, et les autres à leurs embouchures. On examinerait ensuite ses convolvulus, ses mousses, ses guis , ses scolopendres, les champignons de ses racines , et jusqu'aux graminées qui croissent sous son ombre. On apercevrait dans chacun de ces végétaux de nouveaux rapports élémentaires, convenables aux lieux qu'ils occupent, et à l'arbre qui les porte ou qui les abrite. On donnerait ensuite son attention a toutes les espèces d'animaux qui viennent y habiter, et on serait convaincu que, depuis le limaçon jusqu a l'écureuil, il n'y en a pas un qui n'ait des rapports déterminés et caractéristiques avec les dépendances de sa végétation. Si cet arbre se trouvait au milieu d'une forêt bien ancienne elle-même, il est probable qu'il aurait dans son voisinage l'arbre que la nature fait contraster avec lui dans le même site, comme, par exemple, le bouleau avec le sapin. Il est encore probable que les végétaux accessoires et les animaux de celui-ci contrasteraient pareillement avec ceux du premier. Ces deux sphères d'observations s'éclaireraient mutuellement, et répandraient le plus grand jour sur les mœurs des animaux qui les fréquentent. On aurait alors un chapitre entier de cette immense et sublime histoire de la nature, dont nous ne connaissons pas encore l'alphabet.

Je suis sûr que, sans fatigue et presque sans peine, on ferait les découvertes les plus curieuses : quand on n'en étudierait qu'un seul, on y trouverait une foule d'harmonies ravissantes. Pour jouir de quelques tableaux imparfaits en ce genre, il faut avoir recours aux voyageurs. Nos ornithologistes, enchaînés par leurs méthodes, ne songent qu'a grossir leur catalogue, et ne connaissent dans les oiseaux que les pattes et le bec. Ce n'est point dans les nids qu'ils les observent, mais a la chasse, et dans leur gibecière. Ils regardent même les couleurs de leurs plumes comme des

accidents. Cependant ce n'est pas au hasard qujtyc la nature a peint, sur les rivages du Brésil, d'iiiL beau rouge incarnat et qu'elle a bordé de noip l'extrémité des ailes de l'ouara, espèce de corlie^i qui habite le feuillage glauque des palétuviers qi|i naissent au sein des flots, et qui ne portent pointe des fleurs apparentes. Le savia, autre oiseau dii même climat, a le ventre jaune, et le reste du plii mage gris. 11 est de la grosseur d'un moineau, <b il se perche sur les poivriers, dont les fleurs soib sans éclat, mais dont il mange les graines, qu'|$ ressème partout. A ces convenances il faut joindiin celles du site, qui tire lui-même tant de beauljh du végétal qui l'ombrage. Ces harmonies soi|»s rapportées par le père François d'Abbeville. Su|$i vant YHistoïre des Voyages de l'abbé Prévost , L y a sur les bords du Sénégal un arbre fluviatil dont les feuilles sont épineuses, et les branchi|d pendantes en arcades. 11 est habité par des ot seaux appelés kurbalos ou pêcheurs, de la tailp d'un moineau, et variés de plusieurs sortes m couleurs. Leur bec est fort long, et armé de pli tites dents comme une scie. Ils font leurs niclscL la grosseur d'une poire. Ils les composent de terni; de plumes, de pailles, de mousse , et les attache] i| à un long ûl, à l'extrémité des branches qui dojL nent sur la rivière, afin de se mettre à l'abri d'L serpents et des singes, qui trouvent quelquefc||( les moyens d'y grimper. Il n'y a personne qui i|, prenne ces nids, à quelque distance , pour II fruits de l'arbre. 11 y a de ces arbres qui en oâ jusqu'à mille. On voit ces kurbalos voltiger sai, cesse sur l'eau, et rentrer dans leurs nids aveoil mouvement qui éblouit les yeux. Suivant lepèj Charlevoix, il croît en Virginie, sur les bords dj lacs, un smilax à feuilles de laurier, qui pousj de sa racine plusieurs tiges dont les branches erj ; brassent tous los arbres qui l'environnent, L montent à plus de seize pieds de hauteur. EH] forment en été une ombre impénétrable, et en 1 ver une retraite tempérée pour les oiseaux. S fleurs sont peu apparentes, et ses fruits vienne en grappes rondes, chargées de grains noirs. | smilax a pour habitant principal un geai fortbeal Cet oiseau porte sur sa tête une longue crête noi! qu'il dresse quand il veut. Son dos est d'un pouj pre sombre. Ses ailes sont noires en dedan bleues en dehors, et blanches aux extrémités, avj des raies noires à travers chaqueplume. Saque| est bleue, et marquée des mêmes raiesquescsailç et son cri n'est pas désagréable. 11 y a des oiseai quinelogent pas sur leur plante favorite, maisvi à-vis. Tel est le colibri, qui se niche souvent, ai

DES PL

es Antilles, sur un fétu de la couverture d'une ise, pour vivre sous la protection de l'homme, ans nos climats , le rossignol place son nid à couîrt dans un buisson, en choisissant de préférée les lieux où il y a des échos, et en observant i l'exposer au soleil du matin. Ces précautions iïses , il se place aux environs , contre le tronc un arbre; et là, confondu avec la couleur de son ;orce, et sans mouvement, il devient invisible, ais bientôt il anime de son divin ramage l'asile oscur qu'il s'est choisi, et il efface par l'éclat de ■ chant celui de tous les plumages. Mais, quelques charmes que puissent répandre s animaux et les plantes sur les sites qui leur sont lignés par la nature, je ne trouve point qu'un aysage ait toute sa beauté, si je n'y vois au moins ne petite cabane. L'habitation de l'homme donne chaque espèce de végétal un nouveau degré d'infrêt ou de majesté. 11 ne faut souvent qu'un ^bre pour caractériser dans un pays les besoins |un peuple et les soins de la Providence. J'aime (voir la famille d'un Arabe sous le dattier du dé- •rt, et le bateau d'un insulaire des Maldives, îargéde cocos, sous les cocotiers de leurs grèves iblonneuses. La hutte d'un pauvre nègre sans inustrie me plaît sous un calebassier qui porte mtes les pièces de son ménage. Nos hôtels fasioux ne sont , à la ville , que des maisons bour- ^oises; à la campagne, ce sont des châteaux, ?s palais, des temples. Les longues avenues qui s annoncent se confondent avec celles qui font )mmuniquer les empires. Ce n'est pas , à la vêlé, ce que je trouve de plus intéressant dans m paysages. Je leur ai préféré souvent la vue [une petite cabane de pêcheur, bâtie sur le bord [une rivière. Je me suis reposé quelquefois avec ôlkes a l'ombre des saules et des peupliers où aient suspendues des nasses faites de leurs probes rameaux.

| Nous allons , à notre ordinaire , jeter un coup !œil rapide sur les harmonies des plantes avec homme ; et afin démettre au moins un peu d'orre dans une matière aussi abondante , nous divisons encore cesharmonies, par rapportàl'homme !ême , en élémentaires , en végétales , en animas", et en humaines proprement dites, ou alimentes.

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