F.S HARMONIES ELEMENTAIRES DES PLANTES, PAR RAPPORT A L'HOMME
Si nous considérons l'ordre végétal par les simpes rapports de force et de grandeur, nous le
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trouverons divisé assez généralement en trois grandes classes: en herbes, en abrisseaux, et en arbres. Nous remarquerons premièrement que les herbes sont d'une substance pliante et molle. Si elles eussent été ligneuses et dures, comme les jeunes branches des arbres auxquelles il paraît qu'elles devraient naturellement ressembler, puisqu'elles croissent sur le même sol, la plus grande partie de la terre eût été inaccessible au marcher de l'homme, jusqu'à ce que le fer ou le feu y eût frayé des chemins. Ce n'est donc pas par hasard quêtant de graminées, de mousses et d'herbes sont d'une substance molle et souple, ni faute de nourriture ou de moyens de se développer; car il y a de ces herbes qui s'élèvent fort haut, telles que le bananier des Indes, et plusieurs férulacées de nos climats, qui s'élèvent à la hauteur d'un petit arbre.
D'un autre côté, il y a des arbrisseaux ligneux qui ne viennent pas plus grands que des herbes : mais ils croissent, pour l'ordinaire, aux lieux âpres et escarpés, et ils donnent aux hommes la facilité d'y grimper, en poussant jusque dans les fentes des rochers. Mais comme il y a des rochers qui n'ont point de fentes, et qui sont à pic comme des murailles, il y a des plantes rampantes qui prennent racine à leurs bases , et qui, s'attachant à leurs flancs, s'élèvent avec eux à des hauteurs qui surpassent celle des plus grands arbres : tels sont les lierres, les vignes vierges, et un grand nombre de lianes qui tapissentles rochers des pays méridionaux. Si ces sortes de végétations couvraient la terre, il serait impossible d'y marcher. Il est très remarquable que lorsqu'on a découvert des îles inhabitées, on en a trouvé qui étaient remplies de forêts, comme l'île de Madère; d'autres où il n'y avait que des herbes et des joncs, comme les îles Malouines, à l'entrée du détroit de Magellan ; d'autres simplement revêtues de mousses , comme plusieurs îlots qui sont sur les côtes du Spitzberg ; d'autres en grand nombre où ces différents végétaux étaient mêlés : mais je ne sache pas qu'on en ait trouvé une seule où il n'y eût que des buissons et des lianes. La nature n'a placé ces classes que dans les lieux difficiles à escalader, afin d'en faciliter l'accès aux hommes. On peut dire qu'il n'y a point d'escarpement qui ne puisse être franchi par leur secours. ïl ne s'en fallut rien que, par leur moyen, les anciens Gaulois ne s'emparassent du Capitole.
Quant aux arbres, quoiqu'ils soient remplis d'une force végétative qui les élève à de grandes hauteurs, la plupart ne poussent leurs premières
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branches qu'à une certaine dislance de la terre. En sorte que, quoiqu'ils forment, à une certaine élévation, des entrelacements impénétrables au soleil, qu'ils étendent fort loin d'eux, ils laissent cependant autour de leurs pieds des avenues suffisantes pour les aborder, et pour parcourir aisément les forets.
Voila donc les dispositions générales des végétauxsur la terre, par rapportau besoin que l'homme avait de la parcourir; les herbes servent de matelas a ses pieds; les buissons, d'écheiles à ses mains; et les arbres, de parasols à sa tête. La nature, après avoir établi entre eux ces proportions, lésa distribués dans tous les sites ; en leur donnant, abstraction faite de leurs rapports particuliers avec les éléments et avec les animaux, les qualités les plus propres a subvenir aux besoins de l'homme , et a compenser, en sa faveur, les inconvénients du climat. Quoique cette manière d'étudier ses ouvrages soit méprisée aujourd'hui de la plupart des naturalistes , c'est a celle-là cependant que nous nous arrêterons. Nous venons de considérer les plantes par la taille, à la manière des jardiniers ; nous allons encore les examiner comme les bûcherons, les chasseurs, lescliarpentiers, les pêcheurs, les bergers , les matelots , et même les bouquetières. Peu nous importe d'être savants, pourvu que nous ne cessions pas d'être hommes.
C'est dans les pays du nord , et sur le sommet des montagnes froides, que croissent les pins, les sapins, les cèdres, et la plupart des arbres résineux , qui abritent l'homme des neiges par l'épaisseur de leurs feuillages, et qui lui fournissent pendant l'hiver des flambeaux et l'entretien de ses foyers. Il est très remarquable que les feuilles de ces arbres toujours verts sont filiformes, et très capables, par cette configuration, qui a encore l'avantage de réverbérer la chaleur comme les poils des animaux, de résister à la violence des vents qui régnent ordinairement sur les lieux élevés. Les naturalistes de Suède ont observé que les pins les plus gras se trouvent aux lieux les plus secs et les plus sablonneux de la Norwège. Les mélèzes, qui se plaisent également dans les montagnes froides, ont des troncs fort résineux. Mathiole . dans son utile commentaire sur Dioscoride, dit qu'il n'y a point de matière plus propre que le charbon de ces arbres à fondre promptement les mines de fer, dans le voisinage desquelles ils se plaisent. Ils sont de plus chargés de mousses, dont quelques espèces s'enflamment à la moindre étincelle. 11 raconte qu'étant une nuit obligé de coucher dans les hautes montagnes du détroit de
Trente, où il herborisait , il y trouva quantité dj mélèzes ou larix, tout barbus , dit-il, et tout blanc de mousses. Les bergers du lieu , voulant lui prc curer quelque amusement, mirent le feu au)1 mousses de quelques uns de ces arbres , qui s'en)' J brasèrent aussitôt avec la rapidité de la poudre H canon. Il semblait, au milieu de l'obscurité de \\ï nuit, que la flamme et les étincelles montasse^ jusqu'au ciel. Elles répandaient, en brûlant, unp fort bonne odeur. Il remarque encore que le meiji leur agaric croît sur les mélèzes , et que les arqu< busiers de son temps s'en servaient à conserver ] feu et à faire des mèches. Ainsi la nature , en coi ronnant les sommets des montagnes froides et fei rugineuses de ces grandes torches végétales , en mis les allumettes dans leurs branches, l'amado! à leurs pieds, et le briquet à leurs racines.
Au midi , au contraire , les arbres présentent dans leurs feuillages , des éventails , desparapluu et des parasols. Le latanier porte chacune de si feuilles plissce comme un éventail , attachée à urj longue queue, et semblable, dans son développi ment parfait , à un soleil rayonnant de verdur On peut voir deux de ces arbres au Jardin du Ro Celle du bananier ressemble à une longue et larj ceinture, ce qui lui a fait donner sans doute le noi de figuier d'Adam. La grandeur des feuilles de pli sieurs espèces d'arbres augmente à mesure qu'c s'approche de la ligne. Celle du cocotier à fru double des îles Séchelles a douze ou quinze pie< de long, et sept ou huit de large. Elle suffit poi couvrir une nombreuse famille. Il y a aussi une c ces feuilles au Cabinet du Roi. Celle du talipot c l'île de Ceylan a à peu près la même grandeu L'intéressant et infortuné Robert Knok , qui ! donné la meilleure relation de cette île que je coi naisse, dit qu'une de ces feuilles peut couvr quinze ou vingt personnes. Quand elle est sèch< ajoute-t-il, elle est à la fois forte et maniable, (! sorte qu'on peut l'étendre et la resserrer à se gré , étant naturellement piissée comme un évei tail. Dans cet état, elle n'est pas plus grosse qi| le bras, et extraordinairement légère. Les hat tants la coupent par triangles , quoiqu'elle sel naturellement ronde ; et chacun d'eux en porte t morceau sur sa tête , tenant de la main le bout plus pointu en avant, pour s'ouvrir un passage? travers les buissons. Les soldats se servent de cet feuille pour faire leurs tentes. Ils la regardenj avec raison , comme un des plus grands bienfaij de la Providence, dans un pays brûlé du soleil, inondé de pluies la moitié de l'année. La natu a fait, dans ces climats, des parasols pour des v
DES PLANTES
ges entiers; car îe figuier qu'on appelle aux ïn» >s figuier des Banians, et dont on voit le dessin ms Tavernier et dans plusieurs autres voyageurs, oît sur le sable même brûlant du rivage de la mer , i jetant, de l'extrémité de ses branches, une muljude de jets qui s'inclinent vers la terre , y prenant racine, et forment, autour du tronc princi- 1; quantité d'arcades couvertes d'un ombrage iipénétrable.
Dans nos climats tempérés , nous éprouvons une ifenveillance semblable de la part de la nature, lies t dans la saison chaude et sèche qu'elle nous [lie quantité de fruits pleins d'un jus rafraîchisnt, tels que les cerises, les pèches, les melons; L à l'entrée de l'hiver, ceux qui échauffent par lars huiles , tels que les amandes et les noix. Quel- |es naturalistes même ont regardé les coques Ijneuses de ces fruits comme des préservatifs de Ipirs semences contre le froid de la mauvaise saiji; mais ce sont, comme nous l'avons vu , des nyens de surnager et de voguer. La nature en Éijploie d'autres que nous ne connaissons pas, pr préserver les substances des fruits des impres- Ins de l'air. Par exemple, elle fait durer pendant tjit l'hiver plusieurs espèces de pommes et de lires qui n'ont d'autres enveloppes que des pelli les si minces, qu'on ne peut en déterminer les nisseurs.
La nature a mis d'autres végétaux aux lieux humes et arides, dont les qualités sont inexplicables û les lois de notre physique , mais qui sont admirablement d'accord avec les besoins de l'homme q|i les habite. C'est le long des eaux que croissent I plantes et les arbres les plus secs , les plus lég,s, et par conséquent les plus propres à les Ira iser. Tels sont les roseaux qui sont creux , et les lies remplis d'une moelle inflammable. Il ne faut qjune botte médiocre de jonc pour porter sur l' u un homme fort pesant. C'est sur les bords des M du nord que croissent ces vastes bouleaux dont Jljiefaut que l'écorce d'un seul arbre pour faire ,«1 grand canot. Cette écorce est semblable à un j cjr par sa souplesse, et si incorruptible a l'humi- M, que j'en ai vu tirer , en Russie, de dessous 1< terres dont on couvre les magasins à poudre, q étaient parfaitement saines , quoiqu'on les î mises du temps de Pierre le Grand. Suivantle tuoignage de Pline et de Plutarque, on trouva a Kae , quatre cents ans après la mort de Numa le livres que ce grand roi avait fait mettre avec ' dans son tombeau. Son corps était totalement ipit ; mais ses livres , qui traitaient de la philo- 1 nie et de la religion , étaient si bien conservés ,
Bernardin.
jtie le préteur Pétilius en prit lecture par ordre du sénat. Sur le rapport qu'il en fit, il fut décidé qu'on les brûlerait. Ils étaient écrits sur des écorces de bouleau. Ces écorces se lèvent en dix ou douze feuillets blancs et minces comme du papier, et en tenaient lieu aux anciens. La nature présente a l'homme d'autres trajectiles sur d'autres rivages. Elle a mis sur les bords des fleuves de l'Inde le bambou , grand roseau qui s'y élève quelquefois à soixante pieds de hauteurs , et qui y croît delagrosseur de la cuisse. L'intervalle compris entre deux de ses nœuds suffit pour soutenir un homme sur l'eau. Un Indien s'y met à califourchon , et traverse ainsi les rivières , en nageant avec les pieds. Le Hollandais Jean-Hugues Linschoten, voyageur digne de foi , assure que les crocodiles ne touchent jamaisaux gens qui passent ainsi les rivières, quoiqu'ils attaquent souvent les canots et les chaloupes même des Européens. Il attribue la retenue de cet animal vorace à une antipathie qu'il a contre ce roseau. François Pyrard, autre voyageur qui a fort bien observé la nature , dit qu'il croît sur les rivages des îles Maldives un arbre appelé candou , d'un bois si léger, qu'il sert de liège aux pêcheurs *. Je crois avoir eu en ma possession une souche d'arbre de la même espèce. Elle était dépouillée de son écorce toute blanche, de la grosseur du bras, de six pieds de longueur, et si légère que je la levais avec deux doigts avec la plus grande facilité. C'est dans les mêmes îles et sur les mêmes sables que s'élève le cocotier, qui y vient plus beau que dans aucun autre lieu du monde. Ainsi l'arbre le plus utile aux marins croît sur le bord des mers les plus naviguées. Tout le monde sait qu'on y bâtit un vaisseau de son bois , qu'on en fait les voiles avec ses feuilles, le mât avec son tronc, les cordages avec Tétoupe appelée ca'ire qui entoure son fruit, et qu'on le charge ensuite avec ses cocos. II est encore remarquable que le coco renferme, avant sa maturité parfaite , une liqueur qui est un excellent antiscorbutique. N'est-ce donc pas une merveille de la nature que ce fruit vienne plein de lait, dans des sables arides, et sur les bords de l'eau salée? Ce n'est même que sur les bords de la mer que l'arbre qui le porte parvient dans toute sa beauté ; car on en voit peu dans l'intérieur des terres. La nature a placé un palmier de la même famille, mais d'une autre espèce , au sommet des montagnes des mêmes climats : c'est le palmiste. La tige de cet arbre a quelquefois plus de cent pieds de hauteur : elle est parfaitement droite ;
* Voy&z Pyrard, Foyage aux fies Maldives , page 38.
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elle porte à son sommet , pour unique feuillage , un bouquet de palmes , du milieu duquel sort un long rouleau de feuilles plissées, semblable au fût d'une lance. Ce rouleau renferme, dans une espèce de fourreau coriace, les feuilles naissantes, qui sont très bonnes à manger avant leur développement. Le tronc du palmiste n'a de bois qu'a la circonférence ; mais il est si dur , qu'il fait rebrousser le tranchant des meilleures haches. Il se fend d'un bout a l'autre avec la plus grande facilité, et il est rempli, au dedans, d'une substance spongieuse qu'on enlève aisément. Quand il est ainsi préparé, il sert à faire, pour la conduite des eaux souvent dévoyées par les rochers qui sont au sommet des montagnes , des tuyaux qui sont incorruptibles a l'humidité. Ainsi les palmiers donnent aux habitants de ces pays de quoi faire des aqueducs a la source desrivières, et des vaisseaux à leur embouchure. D'autres espèces d'arbres leur rendent ailleurs les mêmes services. C'est sur les rivages des îles Antilles que croît l'acajou, qu'on y appelle improprement cèdre, a cause de son incorruptibilité. Il y vient si gros, que , d'un seul de ses tronçons , on fait des pirogues qui portent jusqu'à quarante hommes *. Cet arbre a une autre qualité qui , au jugement des meilleurs observateurs , aurait dû le rendre précieux a notre marine ; c'est qu'il est le seul de ces rivages que les vers marins n'attaquent jamais, quoiqu'ils soient si redoutables a toutes les espèces de bois qui flottent dans ces mers, qu'ils dévorent en peu de temps les escadres, et que , pour les en préserver , on est obligé , depuis quelques années, de doubler leurs carènes de cui vre. Mais ce bel arbre a trouvé des ennemis plus redoutables que les vers dans les habitants européens de ces îles, qui en ont presque totalement détruit l'espèce.
La manière dont la Providence a pourvu ala soi de l'homme, dans les lieux arides, n'est pas moins digne d'admiration. Elle a mis dans les sables brû lants de l'Afrique une plante dont la feuille , con tournée en burette, est toujours remplie d'un grand verre d'eau fraîche ; le goulot de cette burette est fermé par l'extrémité même de la feuille, en sorte que l'eau ne peut pas s'en évaporer * \ Elle a planté sur quelques terres arides dumêmepays, ungran arbre, appelé par les nègres bon, dont le tronc monstrueusement gros, est naturellement creusé comme une citerne. Dans la saison des pluies , se remplit d'eau , qu'il conserve fraîche dans les
Voyez les pères Labat et Du Tertre.
* C'est sans doute le ncpcnlkcs dhtilloloria, Lm. ( A.-M.)
plus grandes chaleurs, au moyen du fcuillagi touffu qui en couronne le sommet. Enfin elle ! placé , sur les rochers arides des îles Antilles , de fontaines végétales. On y trouve communémeD une liane , appelée liane à eau , si remplie de sèvî que, si on en coupe une simple branche, il eij coule sur-le-champ autant d'eau qu'un homme I pourrait boire d'un trait : elle est très limpide I très pure. Dans les lagunes de la baie de Campd che, les voyageurs trouvent un autre secours ces lagunes , au niveau de la mer , sont presqij entièrement inondées dans la saison pluvieuse; H elles sont si arides dans la saison sèche , qu'il ej arrivé a plusieurs chasseurs qui s'étaient égari dans les forets dont elles sont couvertes , d'y moi| rir de soif. Le célèbre voyageur Dampier rapporj qu'il a échappé plusieurs fois a ce malheur par secours d'une végétation fort extraordinaire , qu'il ui avait fait remarquer sur le tronc d'une espèj de pin qui y est très commun : elle ressemble! un paquet de feuilles placées l'une sur l'autre p| étages ; et à cause de sa forme , et de l'arbre j elle croît , il l'appelle pomme de pin. Cette pomij est pleine d'eau ; en sorte qu'en la perçant h sa M avec un couteau, il en coule aussitôt une bor h pinte d'une eau très claire et très saine. Le p i Du Tertre raconte qu'il a trouvé plusieurs fois ) pareil rafraîchissement dans les feuilles tourn en cornet d'une espèce de balisier qui croît | les plages sablonneuses de la Guadeloupe. J'ai I dire à plusieurs de nos chasseurs que rien n'é | plus propre a désaltérer que les feuilles du || qui croît dans nos arbres \
Telles sont en partie les précautions dont laFjvidence a compensé, en faveur de l'homme, |i inconvénients de chaque climat , en opposant I qualités des éléments des qualités contraires (js les végétaux. Je ne les suivrai pas plus loin , cajr
* Les plantes qui fournissent de l'eau sont très commi | , surtout dans les déserts et dans les pays chauds. La nature se j e les y avoir répandues avec profusion , pour servir aux bcjis de l'homme et des animaux. Leurs sucs rafraîchissants s< rment sous les rayons du soleil ; ils s'y conservent même c jre toutes les lois de la physique , qui veu t que les fluides s'é I rent par l'action de la chaleur. Ainsi , c'est au milieu de serts brûlants de l'Amérique que s'élèvent les mélocactus, les écorces hérissées de piquants cachent une source d'eai pide et acidulée. Ainsi Thunbîrg rapporte que les HotfoB étanchent leur soif en suçant la tige humidede Yalbuca rûm L'Ethiopie offre encore une multitude d'arbres dont les t» sont comme autant de coupes pleines d'une liqueur parti' | tels ront les gelingues et le clelebôs, que les missionnaires pu décrire sans bénir la Providence. Enfin on trouve à : gascar le ravinai, ou arbre du voyageur ( ravelana mad cariensis), ainsi nommé de la propriété singulière qu'il fournir une grande quantité de très bonne eau douce lors le perc? à la base de ses feuilles. ( A. -M. )
DES PLANTES
!>s crois inépuisables. Je suis persuadé que chaque [ttitude et chaque saison ont les leurs qui leur sont jffectées , et que chaque parallèle les varie dans jliaque degré de longitude.
j harmonies végétales des plantes avec l'homme.
S Si maintenant nous examinions les relations végétales des plantes avec l'homme , nous les trouerions en nombre infini ; elles sont les sources erpétuelles de nos arts, de nos fabriques, de lOtre commerce, et de nos délices ; mais, à notre rdinairc, nous ne ferons que parcourir quelques- Ins deJeurs rapports naturels et directs, auxquels ! homme n'a rien mis du sien, j A commencer par leurs parfums , l'homme me |araît le seul être sensible qui en soit affecté. A la érité, les animaux, et surtout les mouches et les japillons, ont des plantes qui leur sont propres, et ui les attirent ou les rebutent par leurs émanations; mais ces affections semblent liées avec leurs liesoins. L'homme seul est sensible aux parfums et t l'éclat des fleurs , indépendamment de tout apjétit animal. Le chien même, qui prend, par la jomcsticité, une si forte teinture des mœurs et es goûts de l'homme, paraît insensible à cette ouissance-Fa. L'impression que font les fleurs sur ious semble liée avec quelque affection morale ; jar il y en a qui nous égaient et d'autres qui nous fttrislent , sans que nous en puissions apporter il'autres raisons que celles que j'ai essayé d'établir jn examinant quelques lois générales de la nature. lu lieu de les distinguer en jaunes, en rouges, en >leues, en violettes, on pourrait les diviser en ;aies, en sérieuses, en mélancoliques : leur caracère est si expressif, que les amants, dans l'Orient, emploient leurs nuances pour exprimer les divers legrés de leur passion. La nature s'en sert souvent, par rapport a nous, dans la même intention. }uand elle veut nous éloigner d'un lieu marécageux et malsain, elle y met des plantes vénéneuses, jui ont des couleurs meurtries et des odeurs relouantes. 11 y a une espèce d'arum qui croît dans les narais du détroit de Magellan, dont la fleur présente l'aspect d'un ulcère, et exhale une odeur si orte de chair pourrie , que la mouche à viande fient y déposer ses œufs. Mais le nombre des planes fétides n'est pas fort étendu. Les campagnes ont tapissées de fleurs qui, pour la plupart , ont les couleurs et des odeurs fort agréables. Je voulais que le temps me permît de dire quelque 'hose de la simple agrégation des fleurs ; ce sujet îst si vaste et si riche, que je ne balance pas d'as-
surer qu'il y a de quoi occuper le plus fameux botaniste de l'Europe toute sa vie, en lui découvrant chaque jour quelque chose de nouveau , et sans l'écarter de sa maison de plus d'une lieue. Tout l'art avec lequel les joailliers assemblent leurs pierreries disparaît auprès de celui avec lequel la nature assortit les fleurs. Je montrais à J.-J. Rousseau des fleurs de différents trèfles que j'avais cueillies en me promenant avec lui ; il y en avait de disposées en couronnes, en demi-couronnes, en épis, en gerbes, avec des couleurs variées a l'infini. Quaud elles étaient sur leurs tiges , elles avaient encore d'autres agrégations avec des plantes qui leur étaient souvent opposées en couleurs et en formes. Je lui demandai si les botanistes s'occupaient de ces harmonies : il me dit que non ; mais qu'il avait conseillé a un jeune dessinateur de Lyon d'apprendre la botanique, pour y étudier les formes et les assemblages des fleurs , et que , par ce moyen, il était devenu un des plus fameux dessinateurs d'étoffes de l'Europe. Je lui citai à ce sujet un trait de Pline, qui lui fit beaucoup de plaisir : c'est à l'occasion d'un peintre de Sicyone, appelé Pausias, qui apprit, par cette étude, a peindre au moins aussi bien les fleurs que celui do Lyon savait les dessiner : a la vérité, il eut encore un maître aussi habile que la nature, ou plutôt qui n'en diffère pas; ce fut l'amour. Jcvais rapporter ce trait dans la simplicité du langage du vieux traducteur de Pline, afin de ne lui rien ôter de sa naïveté *.. « En sa jeunesse , il fit la cour à une » bouquetière de sa ville , qui avoit nom Glyccra , » laquelle estoit fort gentille, et avoit dix mille in- » ventions a digérer les fleurs des bouquets et des » chapeaux ; de sorte que Pausias, contrefaisant le » naturel des chapeaux et bouquets de sa mais- » tresse, vint à se rendre parfait en cet art : fina- » lement , il la peignit assise , et faisant un cha- » peau de fleurs; et tient-on ce tableau pour une » des principales pièces que jamais il ait faites. II » l'appela Stephano Plocos, pour ce que Glycera » n'avoit autre moyen de se soulager en sa pau- » vreté qu'à vendre des chapeaux et bouquets. » Et certes on dit que L. Lucullus donna à Denys, » Athénien, deux talents de la simple copie de ce » tableau. » Cette anecdote a plu singulièrement a Pline , car il l'a répétée dans un autre endroit " " : « GeuxduPeloponese, dit-il, furent les premiers qui » compasserent les couleurs et senteurs des fleurs » qu'on mettoit aux chapeaux. Toutefois cela vint
* Histoire naturelle de Pîînc , Uv. XXXV, chap. xr. ** Idem , Uv. XXI, chap. h.
ÉTUDE ONZIÈME
» de l'invention de Pausias , peintre, et d'une » bouquetière nommée Glyeera, à qui ce peintre » faisoit fort la cour , jusqu'à contrefaire au vif les » chapeaux et bouquets qu'elle faisoit. Mais cette » bouquetière changeoit en tant de sortes l'ordon- » nance de ses chapeaux , pour mieux faire resver » son peintre , que c'estoit grand plaisir de voir » combattre l'ouvrage naturel de Glycera contre le » savoir du peintre Pausias. »
L'antique nature en sait encore plus que la jeune Glycère. Comme nous ne pouvons la suivre dans sa variété infinie, nous ferons au moins une observation sur sa régularité : c'est qu'il n'y a aucune fleur odorante qui ne croisse aux pieds de l'homme, ou au moins a la portée de sa main. Toutes celles de cette espèce sont placées sur des herbes ou sur des arbrisseaux, comme l'héliotrope, l'œillet, la giroflée , la violette , la rose, le lilas. Il n'en croît point de semblables sur des arbres élevés de nos forets; et si quelques fleurs brillantes viennent sur quelques grands arbres des pays étrangers, comme le tulipier et le marronnier d'Inde, elles ne sentent point bon. À la vérité, quelques grands arbres des Indes, comme les arbres à épices , sont entièrement parfumés; mais leurs fleurs sont peu apparentes, et ne participent pas de l'odeur de leurs feuilles. Les fleurs du cannellier sentent les excréments humains : c'est ce que j'ai éprouvé moimême , si toutefois les arbres qu'on m'a montrés à l'Ile-de-France, dans une habitation appartenante à M. Magon, étaient de véritables cannelliers. La belle et odorante fleur du magnolia croît dans la partie inférieure de l'arbre. D'ailleurs, le laurier qui la porte est, ainsi que les arbres à épices, un arbre peu élevé.
Je puis me tromper dans quelques unes de mes observations; mais quand elles sont multipliées sur le même objet, et attestées par des hommes dignes de foi, et sans esprit de système, j'en puis tirer des conséquences générales qui ne doivent pas être indifférentes au bonheur du genre humain, en lui montrant des intentions constantes de bienveillance dans l'auteur de la nature. Les variétés de leurs convenances se prêtent des lumières mutuelles ; les moyens sont différents , mais la fin est toujours la même. La même bonté qui a placé le fruit qui devait nourrir l'homme a la portée de sa main y a dû mettre aussi son bouquet. Nous remarquerons ici que nos arbres fruitiers sont faciles à escalader , et diffèrent en cela de la plupart de ceux des forets. De plus, tous ceux qui donnent des fruits mous dans leur maturité, et qui auraient été exposés à se briser par leur chute, comme les
figuiers, les mûriers, les pruniers, les pêchers, les abricotiers , les présentent à peu de distance de terre : ceux, au contraire, qui produisent des fruits durs , et qui n'ont rien à risquer dans leur chute, les portent fort élevés, comme les noyers, les châtaigniers et les cocotiers.
Il n'y a pas moins de convenance dans les formes et les grosseurs des fruits. Il y en a beaucoup qui sont taillés pour la bouche de l'homme, comme les cerises et les prunes; d'autres pour sa main, comme les poires et les pommes ; d'autres , beaucoup plus gros, comme les melons, sont divisés par côtes, et semblent destinés à être mangés en famille : il y en a même aux Indes, comme le] jacq , et chez nous la citrouille , qu'on pourrait par-| tager avec ses voisins. La nature paraît avoir suivi; les mêmes proportions dans les diverses grosseurs des fruits destinés a nourrir l'homme, que dans! la grandeur des feuilles qui devaient lui donner; de l'ombre dans les pays chauds ; car elle y en a taillé pour abriter une seule personne , une fa-! mille entière, et tous les habitants du même ha-! meau.
Je m'arrêterai peu aux autres rapports que les i plantes ont avec l'habitation de l'homme par leuij grandeur et leur attitude, quoiqu'il y ait a ce sujeli des choses très curieuses à dire. II en est peu] qui ne puissent embellir son champ, son toit oij son mur. J'observerai seulement que le voisinage de l'homme est utile à plusieurs plantes. Ur missionnaire anonyme rapporte que les Indien;; sont persuadés que les cocotiers au pied desquel, il y a des maisons deviennent beaucoup plu; beaux que ceux où il n'y en a pas, comme si ce: arbres utiles se réjouissaient du voisinage de;! hommes.
Un autre missionnaire, carme déchaussé, appehj le père Philippe , dit positivement que, lorsque I< cocotier est planté auprès des maisons ou des ca bancs, il devient plus fécond par la fumée , par lej cendres et par l'habitation de l'homme, et qu'il rapporte doublement du fruit; que c'est par cett» raison que les lieux plantés de palmes, aux Indes! sont remplis de maisons et de logettes; que le maîtres de ces lieux donnent, au commencement quelques écusa ceux qui veulent les habiter, e i qu'ils sont obligés de leur accorder leur part de fruits lorsqu'on les cueille : a quoi il ajoute qui quoique leurs fruits , qui sont très gros et très durs j tombent souvent des arbres dans leur maturité ou par les rats qui les rongent ou par la violenci des vents , on n'a jamais ouï dire que personne du ceux qui habitent dessous en aient été blessés)
DES PLANTES
l'est ce qui ne me paraît pas moins extraordinaire u a lui*.
| Je pourrais étendre les influences de l'homme a ilusieurs de nos arbres fruitiers, surtout au pomme et à la vigne. Je n'ai point vu de plus beaux pinmiers, dans le pays de Gaux, que ceux qui roissent autour des maisons des paysans. 11 est m que les soins du maître peuvent y contribuer, f me suis arrêté quelquefois dans les rues de Paris | considérer avec plaisir de petites vignes, dont racines sont dans le sable et sons le pavé, tasser de leurs grappes toute la façade d'un corps- 5-garde. Une d'entre elles, il y a, je crois, six i sept ans , donna deux fois du fruit dans la |ême année , ainsi que l'ont rapporté les papiers iblics.
harmonies animales des plantes avec l'homme.
Mais il ne suffisait pas à la nature d'avoir donné Èl'homme des berceaux et des tapis chargés de liits, si elle ne lui eût fourni . dans l'ordre végé- Imême, des moyens de défense contre les déflations des bêtes sauvages. Il aurait eu beau liller, pendant le jour, à la garde de ses biens, i auraient été au pillage pendant la nuit. Elle lui :|lonné des arbrisseaux épineux pour les enclore, p on avance vers le midi , plus on trouve de vajités dans leurs espèces. Mais, au contraire, on ne if point, ou du moins on voit bien peu, de ces jbrisseaux épineux dans le nord , ou ils paraissent piles; car il n'y a point de vergers. Il semble fil y en ait aux Indes pour toutes sortes de sites. k>ique je n'aie été, pour ainsi dire, que sur la 'ère de ce pays, j'y en ai vu un grand nombre ht l'étude offrirait bien des remarques cuises à un naturaliste. J'en ai remarqué un, entre 1res, dans un jardin de l'Ile-de-France, qui p paru propre à faire des enclos impénétrables k plus petits quadrupèdes. Il vient de la forme m pieu, gros comme le bras, tout droit, sans mehes , et portant pour unique verdure un petit taquet de feuilles à son sommet. Sonécorceest héjsée d'épines très fortes et très aiguës. Il s'élève |ept ou huit pieds de hauteur, et croît aussi gros jliaut qu'en bas. Plusieurs de ces arbrisseaux, pités de suite les uns auprès des autres, formeent une vraie palissade, qui n'aurait pas le Jindre intervalle. Les raquettes et les cierges, si nmuns sous la zone torride , ont des épines si
Vol('z ,e Voyage d'Orient, du révérend père Philippe, ne déchaussé, liv. VII, chap. v, sect. iv.
perçantes , qu'en marchant dessus elles traversent! les semelles des souliers. Il n'y a ni tigres , ni lions, ni éléphants qui osent en approcher. Il y a une autre sorte d'épine dans l'île de Ceylan, dont on se sert pour se défendre des hommes mêmes, qui franchissent toutes sortes de barrières. Robert Knok, que j'ai déjà cité, dit que les avenues du royaume de Candy, dans l'île de Ceylan , ne sont fermées qu'avec des fagots de ces épines, dont les habitants bouchent les passages de leurs montagnes.
L'homme trouve dans les végétaux non-seulement des protections contre les bêtes féroces , mais contre les reptiles et les insectes. Le père DuTertre raconte qu'il trouva un jour dans l'île de la Guadeloupe, au pied d'un arbre, une plante rampante dont les tiges étaient figurées comme des serpents. Mais il fut bien autrement surpris quand il aperçut sept ou huit couleuvres qui étaient mortes autour d'elle. Il l'indiqua à un chirurgien , qui fit , par son moyen, des cures merveilleuses, en l'employant contre les morsures de ces dangereux reptiles. Elle est fort répandue dans les autres îles Antilles, où elle est connue sous le nom de bois de couleuvre. On la retrouve encore aux Indes orientales. Jean- Hugues Linschoten lui attribue la même figure et les mêmes propriétés. Nous avons dans nos climats des végétaux qui ont des convenances et des oppositions fort étranges avec les reptiles. Pline dit que les serpents aiment beaucoup le genévrier et le fenouil ; mais qu'on n'en trouve point sous la fougère, le trèfle, le frêne et la rue, et que la bétoine les fait mourir. D'autres plantes, comme nous l'avons dit, détruisent les mouches, telles que les dionées. Thévenot assure qu'aux Indes les palefreniers garantissent leurs chevaux des mouches en les frottant , tous les matins , avec des fleurs de citrouille. L'herbe aux puces , qui a des graines noires et luisantes, semblables à des puees, chasse ces insectes d'une maison , selon Dioscoride. La vipérine, qui a ses semences faites comme des tètes de vipères, fait mourir ces reptiles. Il estprobable que c'est a des configurations semblables que les premiers hommes auront reconnu les relations et les oppositions des plantes avec les animaux. Je pense que chaque genre d'insecte a son végétal destructeur que nous ne connaissons pas. En général , toutes les vermines fuient les parfums.
La nature nous a encore donné dans les plantes les premiers patrons des filets pour la chasse et pour la pêche. Il croît dans quelques landes de la Chine une espèce de rotin si entrelacé et si fort qu'il s'y prend des cerfs tout en vie. J'ai vu moimême, sur les sables du bord de la mer, à l'Ile-de-
ÉTUDE ONZIÈME
France, une sorte de liane , appelée fausse patate , qui couvre des arpents entiers , comme un grand filet de pêcheur. Elle est si propre aux mêmes usages, que les nègres s'en servent pour pêcher du poisson. Ils en font , avec les tiges et les feuilles , de longs cordons qu'ils jettent a la mer ; et , après en avoir formé une chaîne qui renferme sur l'eau une grande enceinte, ils la tirent, par les deux extrémités, au rivage. Ils ne manquent guère d'y amener quelque poisson*; car les poissons s'effraient non-seulement d'un filet qui les enveloppe, mais de tout corps inconnu qui fait de l'ombre à la surface de l'eau. C'est avec une industrie aussi simple et à peu près semblable que les habitants des Maldives font des pêches prodigieuses, en n'employant , pour amener les poissons dans leurs réservoirs , qu'une corde qui flotte sur l'eau avec des bâtons.