‹ Œuvres;Chapitre 121 sur 236 · MYSTERE · texte numérisé non relu

MYSTERE

ÉTUDE DOUZIÈME

et de ces instincts universels de la Divinité , que l'ignorance est devenue la source intarissable de nos plaisirs. 11 ne faut pas confondre l'ignorance et l'erreur, comme font tous nos moralistes. L'iguorance est l'ouvrage de la nature, et souvent un bienfait envers l'homme ; et l'erreur est souvent le fruit de nos prétendues sciences humaines, et est toujours un mal. Quoi qu'en disent nos écrivains politiques, qui vantent nos lumières actuelles, et qui leur opposent la barbarie des siècles passés , ce ne sont pas des ignorants qui ont mis alors à feu et à sang toute l'Europe pour des disputes de religion : des ignorants se seraient tenus tranquilles. C'étaient des gens qui étaient dans l'erreur, qui vantaient peut-être alors leurs lumières, comme nous vantons aujourd'hui les nôtres , et à chacun desquels l'éducation européenne avait inspiré cette erreur de l'enfance : « Sois le premier. »

Que de maux l'ignorance nous cache , que nous devons un jour rencontrer dans la vie sans pouvoir les éviter! l'inconstance des amis, les révolutions de la fortune, les calomnies, et l'heure de la mort môme, qui effraie tant d'hommes. La science de ces maux nous empêcherait de vivre. Que de biens l'ignorance nous rend sublimes! les illusions de l'amitié et de l'amour , les perspectives de l'espérance, et les trésors mêmes que nous découvrent les sciences. Les sciences ne nous charment que dans le commencement de leur étude , quand l'esprit s'y présente plein d'ignorance. C'est le point de contact de la lumière et des ténèbres qui produit le jour le plus favorable a nos yeux ; c'est ce point harmonique qui excite notre admiration , lorsque nous venons à nous éclairer. Mais il n'existe qu'un instant : il se dissipe avec notre ignorance. Les éléments de géométrie ont passionné des jeunes gens, mais jamais des vieillards, si ce n'est quelques fameux géomètres, qui ont été de découvertes en découvertes. Il n'y a que des sciences et des passions pleines de doutes et de hasards qui fassent des enthousiastes a tout âge , telles que la chimie, l'avarice, le jeu, et l'amour.

Pour un plaisir que la science donne et fait périr en nous le donnant, l'ignorance nous en présente mille qui nous flattent bien davantage. Vous me démontrez que le soleil est un globe fixe, dont l'attraction donne aux planètes la moitié de leurs mouvements. Ceux qui le croyaient conduit par Apollon en avaient-ils une idée moins sublime? Ils pensaient au moins que les regards d'un dieu parcouraient la terre avec les rayons de l'astre du jour. C'est la science qui a fait descendre la

chaste Diane de son char nocturne; elle a banni les Hamadryades des antiques forêts, et les douces Naïades des fontaines. L'ignorance avait appelé led dieux a ses joies, à ses chagrins, à son hyménéJ et à son tombeau : la science n'y voit plus que le;! éléments. Elle a abandonné l'homme à l'homme j et l'a jeté sur la terre comme dans un désert. Ah jl quels que soient les noms qu'elle donne aux di ' vers règnes de la nature, sans doute des esprit célestes régissent leurs combinaisons si ingénieuj ses, si variées et si constantes ; et l'homme, qui ni 1 s'est rien donné , n'est pas le seul être dans l'uni) 1 vers qui ait en partage l'intelligence.

Ce n'est point à nos lumières que la Divinil î» communique le sentiment le plus profond de s< f attributs, c'est à notre ignorance. La nuit noi ,* donne une plus grande idée de l'infini que toi » l'éclat du jour. Pendant le jour je ne vois qu'il ïi! soleil ; la nuit j'en vois des milliers. Sont-ce mên » des soleils que ces étoiles de si diverses couleurs *' Ces planètes qui tournent autour du nôtre on S elles, comme nous, des habitants? D'où vient planète de Cybèle*, découverte de nos jours p fl! l'Allemand Herschell? Elle parcourait notre a lin« rière depuis la création , et elle nous était inco nue. Où vont ces longues comètes qui traverse !:| des espaces immenses? Qu'est-ce que cette V< ^' Lactée qui sépare le firmament? Quels sont < deux nuages noirs placés au pôle antarctiq près de la Croix du Sud? Y aurait- ils des ast. fa qui répandraient des ténèbres, comme le croyah ta les anciens? Y a-t-il dans le firmament des lie jé, où la lumière ne parvienne jamais ? Le soleil ne «s i montre qu'un inûni terrestre, et la nuit me ; couvre un infini céleste. 0 mystère , couvrez Wm vues ravissantes de vos ombres sacrées ! Ne p tau mettez pas à la science humaine d'y porter ; i triste compas! Que la vertu ne soit pas réduil m attendre désormais sa récompense de la justic( é de la sensibilité d'un globe ! Laissez-lui peu iiisi qu'il y a dans l'univers d'autres destins que ci ! qui font les malheurs de la terre.

La science nous montre le terme de notre son , l'ignorance l'éloigné toujours. Je me gs p bien, dans mes promenades solitaires , de ne former a qui appartient le château que j'aper»!j au loin : l'histoire du maître gâte souvent celli * paysage. Il n'en est pas de même de celle de laji? ture : plus on étudie ses ouvrages , plus on tr(|e de raisons de les admirer. Il n'y a qu'un cas o M science des ouvrages des hommes nous est agm

"Les Anglais l'appellent, du nom de leur roi George Ii sicîus Geo> gianum , l'astre de George.

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