DU SENTIMENT DE LA MÉLANCOLIE
j La nature est si bonne , qu'elle tourne à notre )laisir tous ses phénomènes ; et si nous y prenons ;arde, nous verrons que les plus communs sont jieuxqui nous sont les plus agréables.
{ Je goûte, par exemple, du plaisir lorsqu'il pleut i verse, que je vois les vieux murs moussus tout légoultanls d'eau, et que j'entends les murmures les vents qui se mêlent aux frémissements de la »luie. Ces bruits mélancoliques me jettent , penlant la nuit, dans un doux et profond sommeil, c ne suis pas le seul homme sensible à ces affecions. Pline parle d'un consul romain qui faisait Jresser, lorsqu'il pleuvait, son lit sous le feuillage pais d'un arbre, afin d'entendre frémir les gouttes e pluie, et de s'endormir à leurs murmures, j Je ne sais à quelle loi physique les philosophes >euvent rapporter les sensations de la mélancolie, 'our moi, je trouve que ce sont les affections de ame les plus voluptueuses. « La melancholie est friande, » dit Michel Montaigne. Cela vient , ce ie semble, de ce qu'elle satisfait à la fois les deux 'uissances dont nous sommes formés, le corps et ame, le sentiment de notre misère et celui de lOlre excellence.