‹ Œuvres;Chapitre 126 sur 236 · PLAISIR DES TOMBEAUX · texte numérisé non relu

PLAISIR DES TOMBEAUX

Mais il n'y a point de monuments plus intéressants que les tombeaux des hommes, et surtout ceux de nos parents. Il est remarquable que tous les peuples naturels, et même la plupart des peuples civilisés, ont fait, des tombeaux de leurs an cêtres, le centre de leurs dévotions, et une partie essentielle de leur religion. Il en faut excepter ceux dont les pères se font haïr des enfants par une éducation tristeet cruelle, c'est-à-dire les peuples occidentaux et méridionaux de l'Europe. Partout ailleurs cette religieuse mélancolie est répandue. Les tombeaux des ancêtres sont , à la Chine, un des principaux embellissements des faubourgs des villes et des collines des campagnes. Ils sont les plus forts liens de la patrie chez les peuples sauvages. Quand les Européens ont quelquefois proposé à ceux-ci de changer de territoire, ils leur ont répondu : « Dirons-nous aux os de nos pères, » Levez-vous, et suivez-nous dans une terre étran- » gère? » Ils ont toujours regardé cette objection sans solution. Les tombeaux ont fourni aux poési d'Young et de Gessner des images pleines de char mes. Nos voluptueux , qui reviennent quelquefois aux sentiments de la nature, en font construire! de factices dans leurs jardins. A. la vérité, ce nej sont pas ceux de leurs parents. D'où peut leUfj venir ce sentiment de mélancolie funèbre au milieu des plaisirs? IS'est-cc pas de ce que quelque chose subsiste encore après nous? Si un tombeau] ne leur faisait naître que l'idée de ce qu'il doilj renfermer, c'est-à-dire d'un cadavre , sa vue révolterait leur imagination. La plupart d'entre eux! craignent tant de mourir! II faut donc qu'à cette] idée physique il se joigne quelque sentiment moral. La mélancolie voluptueuse qui en résultoj naît, comme toutes les sensations attrayantes de l'harmonie, de deux principes opposés, du sen-j

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