ET ENTRE AUTRES DE CELUI DE LA VERTU
y a encore un grand nombre de lois senti- B n taies dont je n'ai pu m'occuper ici : telles sont t elles d'où dérivent les pressentiments, les aumm, les songes , les retours d'événements lieu- Fix et malheureux aux mêmes époques, etc. lîifirs effets sont attestés chez les peuples policés ^sauvages, par les écrivains profanes et sacrés, . epar tout homme attentif aux lois de la nature. \û communications de l'ame avec un ordre de iil Oses invisibles sont rejetées de nos savants mo- Jrnes, parcequ'elles ne sont pas du ressort de lf 1rs systèmes et de leurs almanachs; mais que de eijpscs existent qui ne sont pas dans les convenant K ci; de notre raison, et qui n'en ont pas été même xierçues !
ïAl y a des lois particulières qui prouvent l'acràn immédiate de la Providence sur le genre hu- Ain, et qui sont opposées aux lois générales delà n jysique. Par exemple, les principes de la raison, : m passions etdusentiment , ainsi que les organes (j la parole et de l'ouïe, sont les mêmes chez tous î 1; hommes; cependant les langues des nations difi firent par toute la terre. Pourquoi l'art de la pa- | ijle est-il si différent parmi des êtres qui ont les î liêmes besoins , et pourquoi varie-t-il sans cesse Qlijjs pères aux enfants, en sorte que nous autres (I «ançais n'entendons plus la langue des Gaulois, ISiJ qu'un jour nos descendants n'entendront plus a. i nôtre? Le bœuf du Bengale mugit comme celui $ \ l'Ukraine, et le rossignol fait entendre enc ore )(]t ms nos climats les mêmes harmonies que celles ji ai ravirent le poëte de Mantoue sur les rivages ni iPô.
,1 On ne saurait dire, avec de célèbres écrivains,
gq le les langues sont caractérisées par les climats; [r si elles en éprouvaient les influences, elles ne langeraient pas dans chaque pays où. chaque clim at est invariable. La langue des Romains a été fP abord barbare, ensuite majestueuse , et est deveae a la fin molle et efféminée. Elles ne sont pas •li ides au nord et douces au midi, comme l'a pré- \ ndu J.-J. Rousseau, qui a donné sur ce point op d'extension aux lois physiques. La langue des usses, dans le nord de l'Europe, est fort douce , ant un dialecte du grec ; et le jargon des provin-
ces méridionales de la France est rude et grossier. Les Lapons, qui habitent les bords de la mer Glaciale, ont un langage qui flatte l'oreille; et les Hottentots, qui habitent le climat très tempéré du cap de Bonne-Espérance, gloussent comme des coqsd'Inde. La langue des Indiens du Pérou est pleine de fortes aspirations et de consonnes qui se choquent. On peut, sans sortir de son cabinet, reconnaître les divers caractères des langues de chaque peuple aux noms que présentent les cartes géographiques de leur territoire, et se convaincre que leur rudesse ou leur douceur n'a aucune relation avec celle de leurs latitudes.
D'autres observateurs ont prétendu que c'étaient les grands écrivains d'une nation qui en déterminaient et en fixaient la langue ; mais les grands écrivains du siècle d'Auguste n'empêchèrent pas que la langue latine ne se corrompît avant le règne de Marc-Aurèle. Ceux du siècle de Louis XIV commencent déjà à vieillir parmi nous. Si la postérité fixe le caractère d'une langue aux siècles où ont paru de grands écrivains, ce n'est point, comme on le prétend , parcequ'elle est alors plus pure ; car on y trouve autant de ces inversions de phrases, de ces décompositions de mots, et de ces syntaxes embarrassées qui rendent l'étude métaphysique de toute grammaire ennuyeuse et barbare ; mais c'est pareeque les écrits de ces grands hommes étinceîlent des maximes de la vertu , et nous présentent mille perspectives de la Divinité. Je ne doute pas que les sentiments sublimes qui les inspirent ne les éclairent encore dans l'ordre et la disposition de leurs ouvrages , puisqu'ils sont les sources de toute harmonie. Voila , à mon avis, d'où résulte le charme inaltérable qui en fait aimer la lecture dans tous les temps aux hommes de toutes les nations; voilà pourquoi Plutarque a effacé la plupart des écrivains de la Grèce , quoiqu'il ne fût ni du siècle de Péricîès , ni de celui d'Alexandre ; voilà pourquoi sa traduction gauloise, faite par le bon Amyot, ira plus loin dans la postérité que la plupart des ouvrages originaux écrits même sous le siècle de Louis XIV. C'est la bonté morale d'une génération qui caractérise une langue, et la fait passer sans altération à celle qui la suit : les langues , les coutumes et les formes des habits passent en Asie inviolablement de génération en génération , pareeque les pères s'y font aimer de leurs enfants. Mais ces raisons n'expliquent pas la diversité de langues qui existe d'une nation à l'autre. 11 me paraîtra toujours surnaturel que des hommes qui jouissent des mêmes éléments, et qui sont assujettis aux mêmes be~
ÉTUDE DOUZIÈME
soins , ne se servent pas des mêmes mots pour les exprimer. Le soleil éclaire toute la terre, et il porte différents noms chez différents peuples.
Voici encore l'effet d'une loi peu observée: c'est qu'il ne s'élève aucun homme célèbre, dans quelque genre que ce soit , qu'il ne paraisse en même temps , ou dans sa nation , ou dans la nation voisine, un antagoniste avec des talents et une réputation tout-à-fait opposés : tels ont été Démocrite et Héraclite, Alexandre et Diogène, Descartes et Newton , Corneille et Racine , Bossuet et Fénelon , Voltaire et J.-J. Rousseau. J'avais rassemblé sur ces deux derniers hommes célèbres, contemporains, et morts dans la même année, une multitude de traits qui prouvaient qu'ils ont contrasté toute leur vie en talents, en mœurs et en fortunes ; mais j'ai abandonné leur parallèle pour m'occuper de ce travail, que j'ai cru plus utile.
Celle balance dans les hommes illustres ne paraîtra pas extraordinaire, si on considère qu'elle est une suite de la loi générale des contraires qui gouverne le monde, et d'où résultent toutes les harmonies de la nature : elle doit donc se manifester particulièrement dans le genre humain qui en est le centre , et elle se montre en effet dans l'équilibre admirable avec lequel les deux sexes naissent en nombre égal. Elle ne se fixe pas sur les individus en particulier, car on voit des familles qui sont toutes de filles, et d'autres toutes de garçons ; mais elle embrasse l'agrégation d'une ville entière et d'un peuple, dont les enfants mâles et femelles naissent toujours en nombre à peu près égal. Quelque inégalité de sexe qu'il y ait dans les variétés des naissances dans les familles, l'égalité se retrouve dans l'ensemble du peuple.
Mais voici une autre balance aussi merveilleuse, et à laqnelleje ne crois pas qu'on aitfaitaltention. Comme il y a beaucoup d'hommes qui périssent par les guerres, les voyages maritimes et les travaux pénibles et dangereux, il s'ensuivrait à la longue que le nombre des femmes devrait aller tous les jours en augmentant. En supposant qu'il ne pérît chaque année que la dixième partie des hommes plus que de femmes, la balance des sexes devrait devenir déplus en plus inégale. La ruine sociale devrait augmenter par la régularité même de l'ordre naturel. Cependant la chose n'arrive pas ; les deux sexes sont toujours à peu près aussi nombreux : leurs occupations sont différentes, mais leurs destins sont les mêmes. Les femmes, qui poussent souvent les hommes h des entreprises
hasardeuses pour entretenir leur luxe, ou qui J mentent parmi eux des haines et même des guei res pour satisfaire leur vanité, sont emporté* dans la sécurité de leurs plaisirs par des maladi< auxquelles les hommes ne sont pas sujets, ma qui résultent souvent des peines morales , phi siques et politiques que ceux-ci ont éprouvées leur occasion. Ainsi l'équilibre de la naissant entre les sexes est rétabli par l'équilibre de la mor f
La nature a multiplié ces contrastes harmon ques dans tous ses ouvrages, par rapport j,.^ l'homme ; car les fruits qui servent à nos besoii ont souvent en eux-mêmes des qualités oppose» qui se compensent mutuellement.
Ces effets, comme nous l'avons vu ailleurs , il, sont point des résultats mécaniques des climat aux qualités desquels ils sont souvent oppose Tous les ouvrages de la nature ont les besoins |L l'homme pour fin, comme tous les sentiments! l'homme ont la Divinité pour principe. Ce sol.1 les intentions finales de la nature qui ont donné! \ l'homme l'intelligence de tous ses ouvrage .... comme c'est l'instinct de la Divinité qui a renw l'homme supérieur aux lois de la nature. G'(|! cet instinct qui, diversement modifié par les ojï nions, porte les peuples de la Russie à se baignj dans les glaces de la Neva au plus fort de Vhïvm ' ainsi que les peuples du Bengale dans les eaux u? Gange; qui a rendu, sous les mêmes latitude les femmes esclaves aux Philippines, et despo ques a Lîle Formose ; les hommes efféminés a Moluques et intrépides a Macassar , et qui forrr dans les habitants d'une même ville , des tyrac des citoyens et des esclaves.
Le sentiment de la Divinité est le premier m bile du cœur humain. Examinez un homme da ces moments imprévus où les plans secrets d' taque et de défense dont s'environne sans ce! l'homme social sont supprimés, non pas a la v d'une grande ruine qui les renverse tolalemen mais seulement à la vue d'un animal ou d'u plante extraordinaire : «Ah! mon Dieu, s'écr » t-il , que voila qui est admirable ! » et il appe les premiers passants pour partager son étonn ment. Son premier mouvement est d'élever joie à Dieu , et le second , de l'étendre aux hoi mes; mais bientôt la raison sociale le rappelle l'intérêt personnel. Lorsqu'il voit un certain noi bre de spectateurs rassemblés autour de l'ob de sa curiosité : « C'est moi , dit-il , qui l'ai vu » premier. » Puis, s'il est savant, il ne manq pas d'y appliquer son système. Bientôt il calcule que cette découverte lui rapportera, il y njoi