DU CLERGÉ
Jun bon ecclésiastique. Je ne parle pas de ceux «un évêque qui veille sur son diocèse , qui forme I sages séminaires , qui entretient l'ordre et la |ix dans les communautés, qui résiste aux menants et supporte les faibles, qui est toujours prêt ÎBecourir les malheureux , et qui , dans ce siècle iprreur, réfute les objections des ennemis de la j par ses propres vertus : il est récompensé par ] stime publique. On peut acheter par de pénibles uvaux la gloire d'être un Fénelon ou un Juigné. , ne dis rien de ceux d'un curé, qui attirent , relquefoisparleurimportancel'altentiondes rois, i de ceux d'un missionnaire qui va au martyre, îuvent les combats de celui-ci ne durent qu'un jar, et sa gloire est immortelle. Mais je parle de ax d'un simple et obscur habitué de paroisse, jquel personne ne lait attention. Il est obligéd'a- , llrd de sacrifier les plaisirs et la liberté de sa jeu- ' Ase a d'ennuyeuses et pénibles études. Il faut , c'il supporte, tous les jours de sa vie, la contil'nce, comme une lourde cuirasse, dans mille pl cpasions propres a la faire perdre. Le monde n'ho- )t ire que des vertus de théâtre et des victoires d'un i, nment. Mais combattre chaque jour un ennemi jj lté au dedans de soi, et qui s'approche en ami; (l it>oussersans cesse, sans témoin, sans gloire, sans jj tjige, la plus forte des passions et le plus doux m ds penchants, voilà ce qui est difficile. Des corn- Us d'une autre espèce l'attendent au dehors. 11 |{ ( obligé d'exposer journellement sa vie dans des nladies épidémiques. 11 faut qu'il confesse, la (e sur le même oreiller, des malades qui ont la (f mite vérole , la fièvre putride, le pourpre. Ce f urage obscur me paraît fort supérieur au cou- : }]e militaire. Le soldat combat à la vue des ar- |es, au bruit du canon et des tambours; il se (i ]ésente à la mort en héros : mais le prêtre s'y f^oue en victime. Quelle fortune celui-ci se pro- [ l't-il de ses travaux? une subsistance souvent , f scaire. D'ailleurs , quand il acquerrait des biens, ine peut les faire passer à ses descendants. 11 . it toutes ses espérances temporelles mourir 3C lui. Quel dédommagement reçoit-il deshom- ' fs? Avoir à consoler souvent des gens qui n'ont jis de foi; être le refuge des .pauvres, et n'ay rien à leur donner; être persécuté quel- 'efois pour ses vertus mêmes; voir tourner ses mbats en mépris, ses démarches en ruses, vertus en vices, sa religion en ridicule: tels sont devoirs et la récompense que le monde donne a plupart de ces hommes, dont il envie le sort. Voilà ce que j'ai osé proposer pour le bonheur < peuple et des principaux ordres de l'état, et ce
qu'il m'a été permis de mettre au jour. Assez de philosophes et de politiques ont déclamé contre les vices de la société, sans s'embarrasser d'en rechercher les causes, et encore moins les remèdes. Les plus habiles n'ont vu nos maux qu'en détail, et n'y ont employé que des palliatifs. Les uns ont proscrit le luxe, d'autres les célibataires, et ont voulu forcer à se charger d'une famille des gens qui n'ont pas de quoi subvenir à leurs propres besoins. D'autres ont voulu qu'on emprisonnât les mendiants , d'autres ont défendu aux filles de joie de paraître dans les rues. Ils agissent comme ces médecins qui, pour guérir les boutons d'un corps malade, s'efforceraient de les répercuter au dedans. Politiques, vous appliquez le remède à la tête, parceque la douleur est au front; mais le mal est dans les nerfs : c'est au cœur qu'il faut pourvoir ; c'est le peuple qu'il faut guérir.
Si quelque grand ministre , jaloux de faire notre bonheur au dedans et d'étendre notre puissance au dehors, ose entreprendre de les rétablir, il faut qu'il suive dans ses procédés ceux de la nature. Elle n'agit que lentement, et par réactions. Je le répète, la cause du pouvoir prodigieux de l'or, qui a ôté à la fois la morale et la subsistance au peuple, est dans la vénalité des charges. Celle de la mendicité , qui s'étend aujourd'hui à sept millions de sujets, est dans les grands propriétaires des terres et des emplois. Celle de la prostitution des filles du monde vient, d'une part, de leur indigence, et de l'autre, du célibat de deux millions d'hommes. La surabondance inutile de bourgeois oisifs et médisants, dans nos petites villes, naît delà taille qui avilit les habitants de la campagne; les préjugés des nobles viennent des ressentiments des roturiers; et tous ces maux, et une infinité d'autres physiques et intellectuels, du malheur du peuple. C'est l'indigence du peuple qui produit des foulesde comédiens, de filles du monde, de brigands, d'incendiaires, de gens de lettres licencieux, de calomniateurs, de flatteurs, de superstitieux, de mendiants, de filles entretenues, de charlatans dans tous les états; et cette multitude infinie d'hommes corrompus qui, ne pouvant parvenir à rien par des vertus , cherchent a se procurer du pain et de la considération par leurs vices. Vous aurez beau y opposer des plans financiers, des projets de dîme réelle, des ordonnances de police, des arrêts du parlement; tous vos travaux seront inutiles. L'indigence du peuple est un grand fleuve qui s'accroît chaque année, qui surmonte toutes les digues, et qui finira par les renverser,
ÉTUDE QUATORZIÈME
Il se joint encore a cette cause physique de nos maux une cause morale, qui est notre éducation. Je hasarderai quelques réflexions à ce sujet, quoiqu'il soit au-dessus de mes forces; mais, s'il est le plus important de nos abus , il me paraît, d'un autre côté, le plus aisé à réformer; et cette réforme me semble si nécessaire, que sans elle toutes les autres sont nulles.
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de l'éducation.
« A quoi, ditPlutarque*, devoit Numa plustost » employer son estude qu'à faire bien nourrir les » enfants et a faire exerciter les jeunes gens, afin » qu'ils ne fussent différents des mœurs, ni turbu- » lents pour la diversité de leur nourriture, mais » fussent lous accordants ensemble pour avoir esté, )t dans leur enfance , acheminés à une mesme » trace, et moulés sur une mesme forme de la » vertu? Cela, outre les autres utilités, servit en- » core à maintenir les lois de Lycurgue; car la » crainte du serment que les Spartiates avoient » juré enst eu bien peu d'efficace, si, par l'in- » stitution et la nourriture, il n'eust, par ma- » niere de dire , teint en laine les mœurs des en- » fants, et ne leur eust, avec le lait de leurs nour- » rices, presque fait sucer l'amour de ses lois et » de sa police. »
Voila un jugement qui condamne toutes nos éducations en faisant l'éloge de celle de Sparte. Je ne balance pas à attribuer à nos éducations modernes l'esprit inquiet , ambitieux, haineux , tracassieret intolérant de la plupart des Européens : on en peut voir des effets dans les malheurs des peuples. 11 est remarquable que ceux qui ont été les plus agités au dedans et au dehors sont précisément ceux où notre éducation si vantée a été la plus florissante : c'est ce qu'on peut vérifier pays par pays, siècle par siècle. Les politiques ont cru voir la cause des malheurs publics dans les différentes formes de gouvernements; mais la Turquie est tranquille, et l'Angleterre est souvent agitée. Toutes formes politiques sont indifférentes au bonheur d'un état, comme nous l'avons dit, pourvu que le peuple y soit heureux. Nous aurions pu ajouter, et pourvu que les enfants le soient aussi.
Le philosophe Laîoubère, envoyé de Louis XTV à Siam , dit, dans la relation de son voyage, que les Asiatiques se moquent de nous, quand nous
* Plutarque , comparaison de Numa et de Lycurgue.
leur vantons l'excellence de la religion chrétienne! ! pour le bonheur des états. Ils demandent, en lisant nos histoires, comment il est possible que notre religion soit si humaine, et que nous fassions la guerredix fois plus souvent qu'eux. Quediraientils donc s'ils voyaient parmi nous nos procès perpétuels , les médisances et les calomnies de nos) t sociétés, les jalousies des corps, les batteries duj * petit peuple, les duels des gens bien élevés, et nosi 1 haines de tout genre, auxquelles on ne voit rieiij ; de comparable en Asie, en Afrique, chez les Tar-i m tares ni chez les sauvages , au témoignage même) k des missionnaires? Pour moi, je trouve la cause! k de tous ces désordres particuliers et généraux « dans notre éducation ambitieuse. Quand on a bu] m dès l'enfance, dans la coupe de l'ambition , la soiij n en reste toute la vie, et elle dégénère en fièvre au| g pied des autels. [ w
Certainement, ce n'est pas la religion quienesj à la cause. Je ne sais pas comment des royaumeij «i soi-disant chrétiens ont pu adopter l'ambition poui! jn base de l'éducation publique. Indépendamment ® de leur constitution politique, qui l'interdit a toui ceux de leurs sujets qui n'ont pas d'argent, c'estyn à-dire au plus grand nombre, il n'y a point di passion si constamment proscrite par la religion Nous avons observé qu'il n'y avait que deux pas sions dans le cœur humain, l'amour et l'ambition Les lois civiles portent de grandes peines contr les excès delà première; elles en répriment, tan qu'elles peuvent, les mouvements. Il y a des peine infamantes contre la prostitution, et même ei ,] quelques lieux il y en a de mort contre l'adultère f, Mais ces mêmes lois vont au devant delà seconde elles lui proposent partout des prix, des récon^ , penses et des honneurs. Ces opinions régnent jus que dans les cloîtres. Il y a un grand scandai dans un couvent, si les intrigues amoureuses d'u moine viennent à y éclater ; mais que d'éloges sont donnés à celles qui le font cardinal ! Qued • railleries, d'imprécations et de malédictions cor tre la faiblesse imprudente ! Que de termes dou et honorables pour la ruse audacieuse ! Nobl émulation, amour de la gloire, esprit, intelligence mérite récompensé, de combien de nomsglorieu pallie-t-on l'intrigue, la flatterie, la simonie, perfidie, et tous les vices qui marchent dans toi les états à la suite de l'ambitieux !
Voilà comme juge le monde; mais la relîgior toujours conforme à la nature, porte sur I* caractères de ces deux passions un jugement bie différent. Jésus appelle à lui la faible Samaritain il pardonne à la femme adultère, il absout la p
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îeresse qui baigne ses pieds de larmes; mais joutez comme il sévit contre les ambitieux: [Malheur à vous, scribes et pharisiens, qui ai- [rnez les premières places dans les festins et les [premières chaires dans les synagogues ; qui ai- I mez qu'on vgus salue dans les places publiques, jet que les hommes vous appellent maîtres ! ! Malheur aussi a vous , docteurs de la loi , qui | chargez les hommes de fardeaux qu'ils ne sauraient porter , et qui ne voudriez pas les avoir ! touchés du bout du doigt! Malheur aussi à vous, docteurs de la loi, qui vous êtes saisis de la clef de la science, et qui, n'y étant point entrés vous-mêmes , l'avez encore fermée à ceux qui i voulaient y entrer ! etc. * » 11 leur déclare que, algré leurs vains honneurs dans ce monde , les -ostituées les précéderont au royaume de Dieu. I nous ordonne, en plusieurs endroits, de prendre trde a eux ; et il nous avertit que nous les re- [mnaîtrons à leurs fruits. Dans des jugements si [fférents des nôtres, il juge nos passions suivant jurs convenances naturelles. 11 pardonne à la ■ostitution, qui est en elle-même un vice, mais |ii n'est, après tout, qu'une faiblesse par rapport l'ordre de la société ; et il condamne sans induljînce l'ambition, comme un crime qui est à la fois jmtre l'ordre de la société et celui de la nature. 1 première ne fait que le malheur de deux coujibles , mais la seconde fait celui du genre huai n.
| A cela , nos docteurs répondent qu'il ne s'agit uis l'éducation de nos enfants que de leur inspi- | l'émulation de la vertu. Je ne crois pas qu'il if question dans nos collèges d'exercices de srtu, si ce n'est pour faire a ce sujet quelques èmes ou quelques amplifications. Mais on leur urne une véritable ambition, en leur appremt a se disputer les premières places dans les asses, et en leur faisant adopter mille systèmes tolérants. Aussi , quand ils ont une fois la clef è la science dans leur poche, ils sont bien dèterinés, comme leurs maîtres, à n'y laisser entrer ;rsonne que par leur porte.
La vertu et l'ambition sont incompatibles. La oire de l'ambition est de monter, et celle de la Ttu de descendre. Voyez comme Jésus répriandeses apôtres, lorsqu'ils lui demandent lequel [entre eux doit être le premier. Il prend un ennt , et le met au milieu d'eux. Sans doute ce était pas un enfant de nos écoles. Ah! lorsqu'il >us recommande l'humilité si convenable à notre
'Saint Matthieu , chap.xxm etsuiv.
faible et misérable nature, c'est qu'il n'a pas cru que la puissance, même suprême, pût faire notre bonheur dans ce monde : et il est digne de remarque que ce ne fut pas au disciple qu'il aimait le plus qu'il donna la primauté sur les autres; mais pour prix de son amour, qui fut fidèle jusqu'à la mort, il lui légua, en mourant, sa propre mère.
Cette prétendue émulation inspirée aux enfants les rend pour toute leur vie intolérants , vains , changeants au moindre blâme ou au plus petit éloge d'un inconnu. On leur donne , dit-on , de l'ambition pour leur bonheur , afin qu'ils fassent fortune dans le monde; mais la cupidité naturelle suffit au-delà pour remplir cet objet. Est-ce que les marchands, les ouvriers et toutes les professions lucratives, c'est-à-dire tous les états delà société, ont besoin d'un autre stimulant ? Si l'on n'inspirait d'ambition qu'à un seul enfant, destiné à remplir un jour de grands emplois , cette éducation , qui ne serait pas sans inconvénient , serait au moins convenable à la carrière qu'il doit parcourir : mais en l'inspirant à tous, vous donnez à chacun d'eux autant d'ennemis qu'il a de compagnons; vous les rendez malheureux les uns par les autres. Ceux qui ne peuvent s'élever parleurs talents cherchent à réussir auprès de leurs maîtres par des flatteries, età faire tomber leurs égaux parleurs médisances. Si ces moyens ne leur réussissent pas, ils prennent en baine les objets de leur émulation, qui valent à leurs camarades des applaudissements , et qui sont pour eux des sources perpétuelles d'ennui, de châtiments et de larmes. Voilà pourquoi tant d'hommes bannissent de leur mémoire les temps et les objets de leurs premières études, quoiqu'il soit naturel au cœur humain de se rappeler avec délices les époques de l'enfance. Combien voient encore avec une tendre émotion les berceaux d'osier et les poêlons rustiques qui ont servi à leurs premières couches et à leurs premières tables, et ne peuvent voir sans aversion un ïurselin ou un Despautère! Je ne doute pas que ces dégoûts de l'éducation n'influent beaucoup sur l'amour que nous devons porter à la religion, parcequ'on ne nous en montre de même les éléments qu'avec tristesse, orgueil et inhumanité.
La politique de la plupart des maîtres consiste surtout à composer l'extérieur de leurs élèves. Ils modèlent à la même forme une multitude de caractères que la nature a rendus différents. L'un les veut graves et posés, comme si c'étaient de petits présidents; les autres, en plus grand nombre, les veulent prompts et vifs. Un des grands refrains de leurs leçons est de leur crier sans cesse : « Allons ,
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» dépêchez-vous , ne soyez pas paresseux. » J'attribue à cette seule impulsion l'étourderie générale qui caractérise notre jeunesse ■ et qu'on reproche à notre nation. C'est l'impatience des maîtres qui produit d'abord l'étourderie des écoliers; elle s'accroît ensuite dans le monde par l'impatience des femmes. Mais est-ce que dans le cours de la vie la réflexion n'est pas plus utile que la promptitude? Combien d'enfants sont destinés à y remplir des états graves! La réflexion n'est-elle pas la base de la prudence, de la tempérance, de la sagesse , et de la plupart des qualités morales? Pour moi, j'ai toujours vu les honnêtes gens assez tranquilles, mais les fripons toujours alertes.
Il y a a cet égard une différence bien sensible entre deux enfants, dont l'un a été élevé dans la maison paternelle, et l'autre dans une école publique. Le premier est, sans contredit, plus poli, plus honnête, moins jaloux, par cela seul qu'il a été élevé sans envie de surpasser personne, et encore moins de se surpasser lui-même, suivant notre grande phrase à la mode, vide de sens comme tant d'autres. Un enfant rempli d'émulalion de collège n'est-il pas obligé d'y renoncer dès les premiers pas qu'il fait dans le monde, s'il veut être supportable à ses égaux et à lui-même? S'il ne s'y propose d'autre but que son avancement, n'y sera-t-il pas affligé de la prospérité d'autrui? Ne s'y remplira-t-il pas de haines, de jalousie et de désirs qui le dépraveront au physique et au moral? La philosophie et la religion ne le forcentelles pas de travailler chaque jour de sa vie a détruire ces vices de l'éducation? Le monde même l'oblige d'en masquer l'aspect hideux. Voilà une belle perspective ouverte à la vie humaine, où il faut employer la moitié de nos jours a détruire avec mille efforts ce qu'on a élevé dans l'autre avec tant de larmes et d'appareil!
Nous avons pris ces vices des Grecs , sans songer qu'ils avaient contribué à leurs divisions perpétuelles, et a leur ruine finale. Au moins la plupart de leurs exercices avaient pour but l'utilité de la patrie. S'il y avait chez les Grecs des prix pour la lutte , le pugilat, le disque, la course à pied et en chariot, c'est que ces exercices étaient nécessaires a la guerre. S'ils en avaient établi pour l'éloquence, c'est qu'elle servait a défendre les intérêts de la patrie , de ville à ville, ou dans les assemblées générales de la Grèce. Mais à quoi employons-nous les longues études des langues mortes, et des coutumes étrangères a notre pays? La plupart de nos institutions , par rapport aux anciens, ressemblent beaucoup au paradis (|e§
sauvages de l'Amérique. Ces bonnes gens diseni i h qu'après la mort les ames de leurs compatriote vont dans un certain pays, où elles chassentles ame des castors avec les ames des flèches, en marchanj j , !! sur l'amede la neige avec l'ame des raquettes, e t ( qu'elles font cuire l'ame de leur gibier dans l'am ^ des marmites. Nous avons de même des imagej mi de colysée où il ne se donne point de jeux , de[L|( images de péristyles et de places publiques oij l'on ne peut point se promener ; des images de vs ; , ses antiques où l'on ne peut mettre aucune liqueur] |fi mais qui servent beaucoup a nos images de grafiL,, deur et de patriotisme. Les vrais Grecs et les vraiL,i1f Romains se croiraient chez nous dans le pays cÉLs leurs ombres. Heureux si nous n'avions empruntl , d'eux que de vaines images, et si nous n'avion|i lh pas naturalisé chez nous leurs maux réels, en transportant les jalousies, les haines et les vainc! émulations qui les ont rendus malheureux!
C'est Charlemagne , dit-on , qui a institué M éludes; quelques uns disent que ce fut pour div ser ses sujets, et leur donner de l'occupation: il a fort bien réussi. Sept années d'humanités , dei de philosophie , trois de théologie : douze ai d'ennui, d'ambition et de suffisance, sans compti les années que de bons parents font doublera leu enfants, pour les renforcer, disent-ils! Je demain si , au sortir de là , un écolier est , suivant la déni mination de ces mêmes études, plus humain, pli philosophe , et croit plus en Dieu qu'un bon payst qui ne sait pas lire. A quoi donc tout cela sert-il la plupart des hommes? Quelle utilité le plus grar nombre en lire-t-il dans le monde pour la perfe lion deses propres lumières, et pour la pureté de diction? Nous avons vu que les auteurs classiqu eux-mêmes n'ont puisé leurs connaissances qi dans la nature, et que ceux de notre nation qui sont le plus distingués dans les sciences et dans 1 lettres, tels que Descartes, Michel Monta™ J.-J. Rousseau, etc., n'ont réussi qu'en s'écarta de la route de leurs modèles , et en en prena souvent une opposée. C'est ainsi que Descart attaqua et ruina la philosophie d'Aristote : v diriez que les sciences et l'éloquence sont précis ment hors des barrières de nos institutions thiques.
J'avoue cependant qu'il est heureux pour bea coup d'enfants qui ont de mauvais parents qu'il ait des collèges; ils y sont moins malheureux qi dans la maison paternelle. Les défauts de leu maîtres, étant exposés à la vue, sont, en parti réprimés par la crainte de la censure publiqu mais il n'en est pas ainsi de ceux de leurs parcn
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ar exemple, l'orgueil d'un homme de lettres est Ijïbillard, et quelquefois instructif ; celui d'un ecjésiastiqueest dissimulé , mais flatteur; celui d'un jîntilhomme est altier , mais franc ; celui d'un jîysan est insolent, mais naïf: mais l'orgueil d'un [purgeois est morne et stupide; c'est l'orgueil a n aise,- l'orgueil en robe de chambre. Comme ïp bourgeois n'est jamais contredit, si ce n'est • ir sa femme, ils se réunissent l'un et l'autre pour jndre leurs enfants malheureux , sans même s'en [m ter. Peut-on croire que dans une société où jus les moralistes conviennent que les hommes | nt corrompus, oùlescitoyens ne se maintiennent le par la crainte des lois, ou par la peur qu'ils |t les uns des autres, les enfants faibles et sans 4fense ne soient pas abandonnés a la discrétion i la tyrannie? Il n'y a rien de si borné et de si fin que la plupart des bourgeois; c'est chez eux ■e la sottise jette des racines profondes : vous en Ayez beaucoup, hommes et femmes, mourir apoplexie pour mener une vie trop sédentaire, fjur manger du bœuf et prendre du bouillon de \|nde étant malades, sans se douter un moment #3 ce régime leur soit nuisible. Il n'y a rien de sain , disent-ils; ils l'ont toujours vu observera Mrs tantes. C'est là qu'une foule de faux remèdes Ile superstitions conservent les réputations qu'ils ident dans le monde; c'est dans leurs armoires
le cassis , espèce de poison , passe encore pour ujî panacée universelle. Le régime de l'éducation ■leurs malheureux enfants ressemble à celui de ,lr santé : ils les forment à de tristes usages ; ils Ir font apprendre, la verge a la main, jusqu'à f j'angiîe ; ils les tiennent sédentaires tout le long lljour, dans l'âge où la nature les force de se Ipvoir pour se développer. Soyez sages, leur ||nt-ils sans cesse ; et cette sagesse consiste a ne kremuer les jambes. Une femme d'esprit, qui «.ailles enfants, vit un jour, chez une marchande «a rue Saint-Denis , un petit garçon et une pe- !i fille qui avaient l'air fort sérieux. « Vos enfants î >nt bien tristes, dit-elle à la mère. — Ah! » ,adame , répondit la bourgeoise , ce n'est pas
anque que nous ne les fouettions bien pour
es enfants, rendus misérables dans leurs jeux ans leurs études , deviennent hypocrites et nois devant leurs pères et leurs mères. Enfin grandissent. Un soir , la fille met son manteîet, l'Oj prétexte d'aller au salut, et elle va voir son n sit ; bientôt sa grossesse se déclare ; elle s'en- * le la maison paternelle , et elle devient fille du ' 'le. Un beau malin, le fils s'engage. Le père Bernardin.
et la mère sont au désespoir. Nous n'avons rien épargné, disent-ils, pour leur éducation : nous leur avons donné des maîtres de toute espèce. Insensés î vous avez oublié le point principal , qui était de vous en faire aimer.
Us justifient leur tyrannie par ce cruel adage : « Il faut corriger les enfants; la nature humaine » est corrompue. » Ils ne s'aperçoivent pas que ce sont eux-mêmes qui la corrompent par leurs châtiments 71 , et que dans tous les pays où les pères sont bons , les enfants leur ressemblent.
Je pourrais démontrer, par une foule d'exemples, que la dépravation de nos plus fameux scélérats a commencé par la cruauté même de leur éducation , depuis Guiîlery jusqu'à Desrucs. Mais, pour sortir tout-à-fait de celte perspective odieuse , nous ne ferons plus que cette réflexion : c'est que, si la nature humaine était corrompue, comme le prétendent ceux qui s'arrogent le pouvoir de la réformer, les enfants ne manqueraient pas d'ajouter une corruption nouvelle à celle qu'ils trouvent déjà introduite dans le monde lorsqu'ils y arrivent. Ainsi, la société humaine atteindrait bientôt le terme de sa destruction. Ce sont les enfants, au contraire, qui l'éloignent, en y apportant des ames neuves et innocentes. Il faut de longs apprentissages pour leur faire naître le goût de nos passions et de nos fureurs. Les générations nouvelles ressemblent aux rosées et aux pluies du ciel, qui rafraîchissent les eaux des fleuves, ralenties dans leurs cours et prêtes à se corrompre : changez les sources d'un fleuve, vous le changerez dans tout son cours; changez l'éducation d'un peuple, vous changerez son caractère et ses mœurs.
Nous hasarderons quelques idées sur un sujet si important, et nous en chercherons les indications dans la nature. Lorsqu'on examine le nid d'un oiseau , on y trouve non-seulement les nourritures qui sont agréables à ses petits ; mais à la mollesse des fourrures qui le tapissent, à sa situation qui l'abrite du froid , de la pluie et du vent , et à une multitude d'autres précautions , il est aisé de reconnaître que ceux qui l'ont construit ont réuni autour de leurs petits toute l'intelligence et toute la bienveillance dont ils étaient capables : leur père même chante à quelque distance de leur berceau , excité plutôt, je pense, par les sollicitudes de l'amour paternel que par celles de l'amour conjugal : car ce dernier sentiment finit chez la plupart dès que leur couvée commence. Si nous examinions sous le même aspect les écoles des enfants des hommes , nous aurions une bien mauvaise idée de l'affection de leurs parents. Des verges, des féru-
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les , des fouets , des cris, des larmes , sont les premières leçons données a la vie humaiae : à la vérité , on démêle quelques récompenses parmi tant de châtiments ; mais , symboles de ce qui les attend dans la société, la douleur y est en réalité, et le plaisir n'y est qu'en image.
Il est digne de remarque que , de toutes les espèces d'êtres sensibles , l'espèce humaine est la seule dont les petits soient élevés à force de coups. Je ne voudrais pas d'autre preuve, dans le genre humain, d'une dépravation originelle. L'espèce européenne surpasse a cet égard toutes les nations du monde, comme aussi en méchanceté. Nous avons remarqué , d'après les témoignages des missionnaires mêmes , avec quelle douceur les sauvages élèvent leurs enfants , et quelle affection ceux-ci portent à leurs parents. Les Arabes étendent leur humanité jusqu'à leurs chevaux : jamais ils ne les frappent; ils les dressent à force de caresses, et ils les rendent si dociles, qu'il n'y en a point dans le monde qui leur soient comparables en beauté et en bonté. Ils ne les attachent point dans leur camp; ils les laissent errer en paissant aux environs, d'où ils accourent a la voix de leurs maîtres. Ces animaux dociles viennent la nuit se coucher dans leurs tentes au milieu des enfants, sans jamais les blesser. Si un cavalier tombe dans une course, son cheval s'arrête sur-le-champ . et reste auprès de lui sans le quitter. Ces peuples sont parvenus , par l'influence invincible d'une éducation douce, à faire de leurs chevaux les premiers coursiers de l'univers. On ne peut lire sans attendrissement ce que rapporte à ce sujet le vertueux consul d'Arvieux, dans son voyage du Liban. Un pauvre Arabe du Désert avait pour tout bien une magnifique jument : le consul de France a Seyde lui proposa de la lui vendre, dans l'intention de l'envoyer à Louis XIV. L'Arabe, pressé par le besoin , balança long-temps; enfin ily consentit, et en demanda un prix considérable. Le consul , n'osant de son chef donner une si grosse somme , écrivit a sa cour pour en obtenir l'agrément. Louis XIV donna ordre qu'elle fûtdélivrée. Le consul sur-le-champ mande l'Arabe, qui arrive monté sur sa belle coursière , et il lui compte l'or qu'il avait demandé. L'Arabe, couvert d'une pauvre natte , met pied à terre , regarde l'or; il jette ensuite les yeux sur sa jument, il soupire , et il lui dit : « A qui vais-je te livrer? a » desEuropéens qui t'attacheront, qui te battront, » qui te rendront malheureuse: reviens avec moi, » ma belle , ma mignonne , ma gazelle ! sois la joie » de mes enfants! »> En disant ces mots, il sauta dessus , et reprit la route du Désert.
Si les pères battent les enfants chez nous, c'e qu'ils ne les aiment pas ; s'ils les mettent en nom rice dès qu'ils sont venus au monde, c'est qu'ils les aiment pas; s'ils les envoient, dès qu'ils grarj; dissent, dans des pensions et des collèges, c qu'ils ne les aiment pas ; s'ils leur procurent d états hors de leur état et de leur province , c qu'ils ne les aiment pas : ils les éloignent d'eux toutes les époques de la vie, sans doute parcequ les regardent comme leurs héritiers.
J'ai cherché long-temps la cause de ce sentime dénaturé, non pas dans nos livres: car leurs a teurs , pour faire la cour aux pères qui achète leurs ouvrages , n'y parlent que des devoirs des e fants; et si quelquefois ils s'occupent de ceux pères , ceux qu'ils leur prescrivent envers lei enfants sont si tristes , qu'ils semblent leur donr de nouveaux moyens de s'en faire haïr.
Cette apathie paternelle tient au désordre de mœurs , qui a détruit parmi nous tous les ser menls de la nature. Chez les anciens, et mê chez les sauvages, la perspective de la vie soci leur présentait une suite d'emplois depuisFenfai jusqu'à la vieillesse, qui était parmi eux l'âge grandes magistratures et du sacerdoce. Les es rances de leur religion venaient alors termine fin de leur carrière, et achevaient de rendn ter, plan de leur vie conforme à celui de la natt Siiiii C'est ainsi qu'ils entretenaient toujours dans Yt de leurs citoyens cette perspective de l'infini naturelle au cœur humain. Mais la vénalité et mauvaises mœurs ayant renversé parmi nous 1 dre de la nature, le seul âge de la vie qui ait c servé ses droits est celui de la jeunesse et amours. C'est là l'époque où tous les citoyens rigent leurs pensées. Chez les anciens , c'éta :i(v les vieillards qui gouvernaient; chez nous, ce les jeunes gens. On force, dans tous les emplois vieillards de se retirer. Leurs chers enfants paien t alors le fruit de l'éducation qu' ils en on t re Il arrive donc de là qu'un père et une m fixant chez nous l'époque de leur bonheur y& l milieu de la vie, ne voient qu'avec peine I enfants s'en approcher, dans le temps qu'euxmes s'en éloignent. Comme leur foi est à peu détruite, la religion ne leur présente aucune j solation. Ils ne voient plus que la mort au boi leurs perspectives. Ce point de vue les rend tes, durs, et souvent cruels. Voilà pourquoi le; res,chez nous, n'aiment point leurs enfants que nos vieilles gens affectent tant de goûts fi les pour se rapprocher d'une génération qu i repousse.
DE L'ÉDUCATION
Et sur tous
\ C'est par une suite de ces mêmes mœurs qu'il jn'y a point de patriotisme chez nous. Il y en avait, au contraire, beaucoup chez les anciens. Les anciens se proposaient, non-seulement de grandes Récompenses dans le présent , mais de bien plus grandes pour l'avenir. Les Romains , par exemple, avaient des oracles qui promettaient à Rome d'être la capitale du monde, et elle le devint. Chai que citoyen, en particulier, se flattait d'influer sur jses destins, et de présider un jour, comme un dieu ■ itutélaire, sur ceux de sa propre postérité. Ils n'amï jbitionnaient rien de plus que de voir leur siècle l 'honoré et distingué par-dessus tous ceux de la république. Ceux qui parmi nous ont quelque ambition pour l'avenir la bornent a être distingués eux-
I mêmes de leur propre siècle par leur savoir ou lljleur philosophie. Voilà a peu près à quoi se termine notre ambition naturelle , dirigée par notre
][ (éducation.
fj) Les anciens cherchaient a deviner ce que deviendrait leur postérité; et nous, ce qu'ont été
II |nos ancêtres. Ils regardaient en avant, et nous en ^ •arrière. Nous sommes dans l'état comme des pas- ( isagers embarqués de force dans un vaisseau : nous ^regardons à la poupe, et non a la proue ; la terre ! d'où nous partons, et non celle où nous devons
aborder. Nous recueillons avec empressement des * manuscris gothiques, des monuments de chevaîe- ! rie, des médaillons de Childéric; nous ramassons 4|avec ardeur toutes ces pièces usées de l'ancienne ^manœuvre de notre vaisseau. Nous les suivons de us! la vue derrière nous le plus loin que nous pou-
ivons. Nous étendons même ce souci de l'antiquité
B1EPBIS DU PEUPLE,
a des Grecs et des Romains, ils sont, comme les El nôtres, des débris de leurs vaisseaux qui ont péri ï sur la vaste mer des siècles , sans pouvoir parve- Mnir jusqu'à nous. Ils nous accompagneraient , et it> nous devanceraient même , s'ils eussent été bien gouvernés. On peut encore les reconnaître a leurs débris, A la simplicité de sa construction et a la légèreté de sa coupe, voila le vaisseau, de Lacédémone. Il était fait pour voguer éternellement ; mais il n'avait point de carène; il survint une igrande tempête, et les Ilotes ne purent le ramener a son équilibre. A la hauteur de ses châteaux de poupe, vous reconnaissez la superbe Rome. Elle ne put supporter le poids de ses hautes manœuvres; ses grands la renversèrent. On pourrait graver ces inscriptions sur les différents écueils où ils ont échoué :