DE L ÉD
H bien d'autrui. Ils y feraient de grands progrès, ■and ils n'en recueilleraient d'autre fruit que la jiucorde et l'amour de la patrie. Dans la belle sai- \m, quand la moisson est faite, vers le commenlénent de septembre , je les mènerais à la carapace , divisés sous plusieurs drapeaux. Je leur don- Irais une image delà guerre. Je les ferais coucher ifejr l'herbe, à l'ombre des forêts : la , ils préparèrent eux-mêmes leurs aliments; ils apprendraient itlléfendre et à attaquer un poste , a passer une rimre a la nage ; ils s'exerceraient à faire usage iip armes a feu , et a exécuter en même temps lis manœuvres prises de la tactique des Grecs , {iC|i sont nos maîtres presque en tout genre. Je fendis tomber, par ces exercices militaires, le goût à l'escrime, qui ne rend* les soldats redoutables il'aux citoyens, inutile et nuisible à la guerre, «prouvé par tous les grands capitaines, et déro- ]jgmt au courage, disait Philopœmen. « En mon ijinfance, dit Michel Montaigne, la noblesse fuyoit jija réputation de bien escrimer, comme injurieuse, et se desroboit pour l'apprendre, comme mes- *ier de subtilité, desrogcant a la vraie et nayve »crlu *. » Cet art, né dans la même société , de ]||iaine des classes inférieures contre les supérieu- )Pft, qui les oppriment , nous est venu de l'Italie, ail a perdu l'art militaire. C'est lui qui nourrit uifrmi nous l'esprit des duels. Cet esprit n'est pas |Hp des peuples du nord, comme l'ont dit tant tldjcrivains. Les duels sont très rares en Prusse et «■Russie ; ils sont tout-a-fait inconnus aux sauvaifgii du nord : leur origine vient de l'Italie, comme a en peut juger par les fameux livres d'escrime ftebar les termes de cet art, qui sont italiens, comi»ï tierce , quarte ; il s'est naturalisé chez nous ] Pf la faiblesse et la corruption de beaucoup de i fumes qui sont bien aises de trouver un spadassin (]diis un amant. C'est sans doute a ces causes mo- Ltfcs qu'il faut attribuer cette étrange contradiction Idinotre gouvernement, qui défend le duel, et i q permet en même temps l'exercice public d'un a, qui n'apprend rien autre chose qu'à se battre iCjduel73. Les élèves de la patrie auraient une a|re idée du courage; et, dans le cours de leurs ('des, ils feraient un cours de la vie humaine, pjils apprendraient comment ils doivent un jour ' Comporter envers les citoyens et envers l'ennui.
^e temps de la jeunesse se passerait agréable- Diit et utilement dans un si grand nombre d'oc- ! galions. Les esprits et les corps se développe-
Esèais de Michel Montaigne , liv. II , chap. xxvn.
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raient a la fois. Les talents naturels, souvent inconnus dans la plupart des hommes , se manifesteraient à la vue des différents objets qui leur seraient présentés. Plus d'un Achille sentirait , à la vue d'une épée, son sang s'enflammer ; plus d'un Vaucanson, à l'aspect d'une machine , méditerait d'organiser le bronze ou le bois. Toutes ces connaissances, dira-t-on, demandent un temps considérable; mais si on songe à celui qui est perdu dans nos collèges par les répétitions ennuyeuses des leçons , par des décompositions et explications grammaticales de la langue latine , qui ne donnent pas seulement aux écoliers la facilité de la parler, et par les concours dangereux d'une vaine ambition, on ne saurait disconvenir que nous n'en fassions ici un meilleur usage. Les écoliers y barbouillent chaque jour autant de papier que des procureurs 7'', d'autant plus inutilement que, grâces à l'impression des livres dont ils copient les versions ou les thèmes, ils n'ont pas besoin de tout cet ennuyeux travail. Mais à quoi les régents euxmêmes emploieraient-ils leur temps,' si les écoliers ne perdaient le leur?
Dans les écoles de la patrie, tout se passerait a la manière académique des philosophes grecs. Les élèves y étudieraient tantôt assis , tantôt debout ; tantôt à la campagne , tantôt dans l'amphithéâtre, ou dans le parc qui l'environnerait. Il n'y serait besoin ni de plumes, ni de papier, ni d'encre; chacun apporterait seulement avec lui le livre classique qui serait le sujet de la leçon. J'ai éprouvé bien des fois que l'on oublie ce qu'on écrit. Ce que je mets sur le papier, je l'ôtc de ma mémoire, et bientôt de mon souvenir ; je m'en suis aperçu a des ouvrages entiers que j'avais mis au net, et qui me paraissaient aussi étrangers que s'ils eussent été faits d'une autre main que de la mienne. 11 n'en est pas de même des impressions que nous laisse la conversation d'autrui , surtout quand elle est accompagnée d'un grand appareil. Le ton de voix, le geste , le respect dù à l'orateur , les réflexions de nos voisins , concourent a nous graver les paroles d'un discours bien mieux que l'écriture. Je citerai encore , à cette occasion , l'autorité de PI marque, ou plutôt celle de Lycurgue.
« Mais il faut bien noter que jamais Lycurgue » ne voulut qu'il y eust pas une de ses lois mise » par escrit ; ains est expressément porté , par » l'une de ses ordonnances qu'il appelle restres , » qu'il ne veut pas qu'il y en ait aucune escrite ; » car , quant a ce qui est de principale force et ef- » ficace pour rendre une cité heureuse et vertueu- » se, il estimoit que cela devoit estre empreint
ÉTUDE QUATORZIÈME
» par la nourriture ès cœurs et ès mœurs des hom- » mes 3 pour y demeurer a jamais immuable. » C'esl la bonne volonté, qui est un lien plus fort » que toute autre contrainte que l'on sauroit don- » ner aux hommes, qui fait que chacun d'eux se » sert de loi à soi-mesme *. »
Les têtes de nos jeunes gens ne seraient donc pas fatiguées, dans les écoles de la patrie, d'une vaine et babillarde science. Tantôt ils défendraient entre eux la cause d'un citoyen ; tantôt ils porteraient leur jugement sur un événement public. Ils suivraient le procédé d'un art dans tout son cours. Leur éloquence serait une vraie éloquence, et leur savoir un vrai savoir. Ils ne s'occuperaient ni de sciences abstraites, ni de recherches vaines, qui sont communément des fruits de l'orgueil . Dans les études que je propose , tout nous ramène a la société, a la concorde , à la religion, et à la nature.
Je n'ai pas besoin de dire que ces diverses écoles seraient décorées convenablement h leur usage, et que toutes serviraient dans leurs dehors de promenoirs et d'asiles au peuple, surtout pendant les jours longs et tristes de l'hiver. 11 y verrait chaque jour des spectacles plus propres à lui inspirer de la vertu ou de l'amour envers sa patrie , je ne dis pas que ceux des boulevards ou que les danses du Wauxhall , mais même que les tragédies de Corneille.
11 n'y aurait parmi ces jeunes gens ni récompense, ni punition, ni émulation, et, partant, point d'envie. La seule punition qu'on y exercerait serait de bannir de l'assemblée celui qui la troublerait, seulement pour un temps proportionné à la faute du coupable : encore serait-ce plutôt un acte de police qu'une punition , car on n'attacherait a cet exil aucune espèce de honte. Mais, si vous voulez vous former une idée d'une pareille assemblée, concevez, au lieu de nos jeunes gens de collège, pâles, méditatifs, jaloux, tremblants sur les succès de leurs infortunées compositions, des jeunes gens gais, contents, attirés par le plaisir dans de vastes salles circulaires, où s'élèvent ça et là les statues des hommes illustres de l'antiquité et de la patrie ; voyez-les tous attentifs à la leçon du maître, s'aidant les uns les autres à la concevoir, à la retenir, et à répondre a ses questions imprévues. Celui-ci suggère tacitement une réponse à son voisin , cet autre excuse la négligence de son camarade absent. Représentez-vous le progrès rapide des éludes , eclaircies par des
* Plutarque , Vie de Lycurgue.
maîtres intelligents, et recueillies par des élè\Ji qui s'entr'aident mutuellement à les retenir, j gurez-vous la science se répandant parmi e comme une flamme dans un bûcher dont tou les pièces sont bien ordonnées , se communiqué de l'une à l'autre , et les embrasant toutes à la fc Voyez naître parmi eux , au lieu d'une vaine én $ lation, l'union, la bienveillance, l'amitié, pc !l' une réponse suggérée à propos, pour une exci « donnée en faveur d'un absent par des camara " voisins , et pour d'autres services rendus. Le si $ venir de ces liaisons du premier âge les rapp ^ cherait encore dans le monde , malgré les préju P de leurs conditions. C'est dans cet âge ten isd que la reconnaissance et le ressentiment se g P vent, pour toute la vie, aussi profondément i à les éléments des sciences et de la religion. Il e p est pas ainsi de nos collèges , où chaque éco I cherche à supplanter son voisin. Je me souvi pi qu'un jour de composition , je me trouvai k embarrassé pour avoir oublié un auteur latin d É<j il fallait traduire une page : un de mes vol è m'offrit obligeamment de me dicter la ven tir; qu'il en avait faite. J'acceptai son service , e éi remerciant beaucoup. Je copiai donc sa versi p à quelques changements de mots près , poui h pas faire voir au régent qu'elle était la même j.1 celle de mon voisin; mais ecllequ'il m'avaitdor » n'était qu'une fausse copie de la sienne, et rem \f de contre-sens si extravagants, que le régent (|> étonna , et se douta d'abord qu'elle n'était pas ] §|i>, ouvrage, car j'étais assez bon écolier. Je n'ai fa perdu le souvenir de cette perfidie , quoique , | p vérité, j'en aie oublié de plus cruelles depui ^ temps-là ; mais le premier âge de la vie hum f est l'âge des ressentiments et des reconnaissa: ^ ineffaçables. Je me rappelle des époques d'un tej ftl encore plus éloigné. Lorsque j'allais en fouri ^ aux écoles , je perdais quelquefois mes livres ^ élourderie. J'avais une bonne , appelée Marie 1t bot, qui m'en achetait de son argent, de peur f je ne fusse fouetté à l'école. Certes , le souveni id ,| ces petits services est resté si bien et si long-tef empreint dans mon cœur , que je puis dire ( ma mère exceptée, je n'ai eu personne daile monde pour qui j'aie conservé une si forte si durable affection. Cette bonne et pauvre Xîll «t entrée souvent dans mes inutiles projets de i> tune. Je comptais lui rendre avec usure dar sa vieillesse, où elle était, pour ainsi dire, sar cours, les tendres soins qu'elle avait pris de enfance; mais à peine ai-je pu lui donner quel marques bien faibles et bien légères de bonn