‹ Œuvres;Chapitre 156 sur 236 · CATION · texte numérisé non relu

CATION

draient rien de ce que doivent savoir les hommes, non pas pour l'ignorer toujours, mais afin de s'en instruire avec plus de plaisir , et de trouver un jour leurs maîtres dans leurs amants. 11 y a cette différence morale de l'homme à la femme, que l'homme se doit à la patrie, et la femme au bonheur d'un seul homme. Une fille ne parviendra jamais à ce but que par le'goûtdes occupations de son sexe. On a beau la charger de toutes sortes de sciences , et en faire une philosophe ou une théologienne, un mari n'aime pointa trouver un rival ni un docteur dans sa femme. Les livres et les maîtres chez nous flétrissent de bonne heure, dans une jeune fille, l'ignorance virginale , cette fleur de l'ame , si charmante à cueillir pour un amant. Ils enlèvent aux époux les plus doux charmes de leur union , et ces communications d'une science amoureuse et d'une ignorance naïve, si propres à remplir les longs jours du mariage. Ils détruisent ces contrastes de caractère que la nature a établis entre les deux sexes , pour y faire naître la plus aimable des harmonies.

Ces contrastes naturels sont si nécessaires à l'amour , qu'il n'y a pas une seule femme célèbre par rattachement qu'elle a inspiré à ses amants ou à son époux , qui ait dû son empire à d'autres attraits qu'aux amusements ou aux occupations de son sexe , depuis le siècle de Pénélope jusqu'au nôtre. ïl y en a de tous les états et de tous les caractères , mais il n'y en a point de savantes. Celles qui ont été savantes ont été presque toutes malheureuses en amour, depuis Sapho jusqu'à Christine, reine de Suède , et même plus près de nous. Ce serait donc auprès de sa mère, de son père, de ses frères et de ses sœurs, qu'une fille s'instruirait de ses devoirs futurs de mère et d'épouse. C'est dans la maison paternelle qu'elle apprendrait une multitude d'arts domestiques, ignorés aujourd'hui de nos filles bien élevées.

J'ai vanté plus d'une fois, dans ces écrits, le bonheur de la Hollande; mais, comme je n'ai vu ce pays qu'en passant , j'en connais peu les mœurs domestiques. Je sais seulement que les femmes y sont sans cesse occupées du soin de leur ménage, et que la plus grande concorde règne dans les mariages. Mais j'ai vu à Berlin une image des charmes que ces mœurs si méprisées parmi nous peuvent répandre dans une maison. Un ami, que la Providence m'avait ménagé dans cette ville, où je ne connaissais personne, m'introduisit dans une société de demoiselles : car , en Prusse , ce n'est pas chez les femmes que se tiennent les assemblées , mais chez leurs filles. Cet usage s'observe

ÉTUDE QUATORZIÈME

dans toutes les familles qui n'ont point été corrompues par les mœurs de nos officiers français qui y furent prisonniers dans la dernière guerre. Il y est donc d'usage que les demoiselles de la même société s'invitent tour à tour a des assemblées qu'on appelle cafés. Pour l'ordinaire, c'est le jeudi. Elles se rendent a vec leurs mères chez celle qui les a invitées. Celle-ci leur sert du café à la crème, avec toutes sortes de pâtisseries et de confitures faites de sa main. Elle leur présente , au milieu de l'hiver, des fruits de toute espèce, conservés dans le sucre avec leurs couleurs , leur verdure et leurs parfums , en apparence aussi frais que s'ils étaient sur les arbres. Elle reçoit de ses compagnes mille compliments qu'elle leur rend avec usure. Mais bientôt elle déploie d'autres talents. Tantôt elle déroule à leurs yeux , sur une grande pièce de tapisserie, à laquelle elle travaille jour et nuit, des forets de saules toujours verts qu'elle a plantés elle-même , et des ruisseaux de moire qu'elle a fait couler avec son aiguille. Tantôt elle marie sa voix au son d'un clavecin , et semble réunir dans son appartement tous les oiseaux des bocages. Elle invite ses compagnes à chanter à leur tour. C'est alors que les éloges redoublent. Leurs mères, comblées de joie, "s'applaudissent en secret, comme Niobé, des louanges données à leurs filles : Pertentant gaudia pectus. Quelques officiers en uniforme et en bottes , échappés furtivement de leurs exercices , viennent jouir parmi elles d'un instant de calme délicieux ; et pendant que chacune d'elles espère trouver dans l'un d'eux son protecteur et son ami, chacun d'eux soupire après la compagne qui doit adoucir un jour, par le charme des talents domestiques, la rigueur des travaux militaires. Je n'ai point vu de pays où la jeunesse des deux sexes ait plus de mœurs, et où les mariages soient plus heureux.

11 n'est pas besoin d'aller chercher chez des étrangers des preuves du pouvoir de l'amour sur l'honnêteté des mœurs. J'attribue l'innocence de celle de nos paysans, et la fidélité de leurs mariages , à ce qu'ils peuvent se livrer de très bonne heure a cet honnête sentiment. C'est l'amour qui les rend contents de leur pénible sort; il suspend même les maux de l'esclavage. J'ai vu souvent a l'Ile-de-France des noirs, épuisés des fatigues du jour, se mettre en route à l'entrée de la nuit pour aller voir, a trois ou quatre lieues de la, leurs maîtresses. Ils leur donnent rendez-vous au milieu des bois , au pied de quelque rocher , où ils allument du feu; ils dansent avec elles une partie de la nuit au son de leur tamtam , et re-

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viennent à leur travail avant le point du joi contents , pleins de force, et aussi frais que ce qui ont bien dormi : tant les affections mora qui se combinent avec ce sentiment ont de pu sance sur l'organisation physique! La nuit de mant charme la journée de l'esclave.

Il y a dans l'Écriture un exemple très rem quable a ce sujet ; c'est dans la Genèse : « Jacc » y est-il dit , servit donc sept ans pour Rach » et ce temps ne lui paraissait que peu de jou » tant l'affection qu'il avait pour elle él » grande* ! » Je sais bien que nos politiques ne connaissent que l'or et les titres, ne conçoivi rien a tout cela ; mais je suis bien aise de 6 dire qu'aucun homme n'a mieux connu les de la nature que les auteurs des livres saints que ce n'est que sur les lois de la nature qu peut établir celles des sociétés heureuses.

Je voudrais donc que nos jeunes gens puss cultiver le sentiment de l'amour au milieu leurs travaux , ainsi que Jacob. N'importe à q

jîî!

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âge : dès qu'on est capable de sentir, ouest ca

ble d'aimer. L'amour honnête suspend lespein bannit l'ennui, détourne de la prostitution, erreurs et des inquiétudes du célibat ; il remj la vie de mille perspectives délicieuses, en m trant dans l'avenir la plus fortunée des unio il redouble , dans le cœur de deux jeunes amai: le goût de l'étude et celui des travaux domestiqu Quel plaisir pour un jeune homme , ravi d( science de ses maîtres, d'en répéter les leçons \ beauté qu'il aime ! Quelle joie pour une fille jei et timide de se voir distinguée au milieu de compagnes , et d'entendre relever par son am le prix et les grâces de sa propre industrie ! jeune homme destiné à réprimer un jour sur tribunal l'injustice des hommes est enchanté milieu du dédale des lois , de voir sa maître broder pour lui les fleurs qui doivent décorer sile de leur union , et lui donner une image beautés de la nature, dont de tristes honneurs c vent le priver toute sa vie. Un autre, qui porter le feu de la guerre au bout du mono s'attache à l'ame sensible de son amie, et se fis que les maux qu'il fera au genre humain sen réparés par le bien qu'elle fera aux malheure1 Les amitiés redoublent, dans chaque maison, l'ami au frère qui l'introduit , et du frère À sœur. Les familles se rapprochent. Les jeu' gens forment leurs mœurs ; et les heureuses p spectives dont ils flattent leur union les soulii

* Genèse , cliap. xxix. % 20.

en

DE L'ÉDUCATION

t dans l'amour de leurs devoirs et de la vertu. I sait si ces choix libres , ces liaisons tendres Jures, ne fixeraient pas cet esprit volage qu'on ,rpk naturel aux femmes? Elles respecteraient des m .aïs qu'elles auraient elles-mêmes formés. Si, lit femmes, elles cherchent a plaire à tous, M peut-être parcequ'étanfc filles il ne leur est s permis d'en aimer un seul. Iji on peut espérer une révolution heureuse dans latrie, ce n'est qu'en rappelant les femmes aux ■tirs domestiques. Quelles que soient les satires En ait écrites sur leur compte, elles sont moins fcables que les hommes. Elles n'ont guère de i. jusque ceux que nous leur donnons, et nous en lis beaucoup qu'elles n'ont pas. Quant à ceux .fleur sont propres, on peut dire qu'ils ont rejjé notre ruine, en compensant les vices de »e constitution politique. On n'imagine pas ce ■serait devenue notre société, livrée a loutes les

iiséquenccs de notre éducation, à tous les pré- > de nos conditions et aux ambitions de chaparti , si les femmes ne nous avaient croisés îemin. Notre histoire ne présente que desdéde moines contre moines, de docteurs contre neurs, de grands contre grands, de nobles fire vilains, psndant que des politiques rusés ■Mparen t peu à peu de nos possessions. Sans les aines, tous ces partis auraient fait a la fin un iéjrt de l'état, et mené jusqu'au dernier du peujJa la boucherie ou au marché , comme on le veillait il y a quelques années. 11 y a eu des ic.es où nous aurions été tous cordeliers , naisjlet mourant avec le "cordon de saint François; litres, tous chevaliers errants, courant par |{ts et par vaux, la lance à la main; d'autres, o pénitents, parcourant les villes en procession m nous flagellant; d'autres, qutsquis ou quamfifrc de l'université. Les femmes, jetées hors de ci état naturel par nos mœurs injustes, renverse; tout, se moquent de tout, détruisent tout, irandes fortunes, les prétentions de l'orgueil et Bréjugés de l'opinion. Les femmes n'ont qu'une mon, qui est l'amour, et cette passion n'a qu'un lit; tandis que les hommes rapportent tout à jibition, qui en a des milliers. Quels que soient llésordres des femmes, elles sont toujours plus H de la nature que nous, pareeque leur passion Binante les en rapproche sans cesse , et que la me, au contraire, nous en écarte. Un bourgeois Hrovince, et môme de Paris , caresse à peine o.îiifants quand ils sont un peu grands; mais il s'i :line profondément devant ceux des étrangers, 'i sont riches ou de qualité. Sa femme, au con-

traire, les juge à la figure ; s'ils sont laids, elle n'en tient compte; mais elle caressera l'enfant d'un paysan s'il est beau : elle portera plus respect à un homme du peuple à cheveux blancs et à tête vénérable, qu'à un conseiller sans barbe. Les femmes ne voient que les avantages naturels, et les hommes que ceux de la fortune. Ainsi , les femmes, au milieu de leurs désordres, nous ramènent encore a la nature, pendant qu'au milieu de notre prétendue sagesse nous tendons sans cesse à nous en éloigner.

Je conviens cependant qu'elles n'ont empêché le malheur général qu'en causant parmi nous une infinité de maux particuliers. Hélas ! ainsi que nous, elles ne trouveront le bonheur que dans la vertu. Dans tout pays où la vertu ne règne plus, elles sont très malheureuses. Elles étaient autrefois très heureuses dans les vertueuses républiques de la Grèce et .de l'Italie ; elles y décidaient du sort des états : aujourd'hui, esclaves dans ces mêmes lieux, la plupart d'entre elles sont obligées de se prostituer pour vivre. Les nôtres ne doivent pas désespérer de nous, elles ont sur l'homme un empire inaliénable75. Nous ne les^connaissons que sous le nom de sexe, auquel nous avons donné le nom de beau par excellence ; mais combien d'autres épithèles plus touchantes pourrions-nous y ajouter, telles que celles de nourricier et de consolateur 1 Ce sont elles qui nous reçoivent en entrant dans la vie, et qui nous ferment les yeux à la mort. Ce n'est pointa la beauté, c'est à la religion, que nos femmes doivent leur principale puissance : le même Français qui soupire à Paris aux pieds de sa maîtresse la tient dans les fers et sous les fouets à Saint-Domingue. Notre religion seule a envisagé l'union conjugale dans l'ordre naturel; elle seule, de toutes les religions de la terre, présente la femme a l'homme comme une compagne : les autres la lui abandonnent comme une esclave. Ce n'est qu'à la religion que nos femmes doivent la liberté dont elles jouissent en Europe ; et c'est de la liberté des femmes que s'est ensuivie celle des peuples, et la proscription d'une multituded'usages inhumainsrépandusdans toutes les parties du monde, tels que l'esclavage, les sérails et les ennuques, 0 sexe charmant! c'est dans vos vertus qu'est votre puissance. Sauvez la patrie, en rappelant, par le spectacle de vos doux travaux, vos amants et vos époux à l'amour des mœurs domestiques : vous rendrez toute la société à ses devoirs, si chacune de vous ramène un seul homme a l'ordre naturel. N'enviez point à l'homme son autorité, ses magistratures, ses talents,

ÉTUDE QUATORZIÈME

entourées de vos laines et do vos soies , bénissez l'auteur de la nature de n'avoir donné qu'a vous de pouvoir être toujours bonnes et bienfaisantes.

RÉCAPITULATION

J'ai présenté, dès le commencement de cet ouvrage, les différentes routes de la nature que je me proposais de parcourir, pour me former une idée de l'ordre qui gouverne le monde. J'ai exposé d'abord les objections qu'on a faites dans tous les temps contre la Providence; je les ai présentées règne par règne , ce qui m'a donné occasion, en les réfutant, d'exposer des vues nouvelles sur la disposition et l'usage des différentes parties de ce globe : ainsi j'ai rapporté la direction des chaînes de montagnes sur les continents aux vents réguliers qui soufflent sur l'Océan; la position des îles, au confluent de ses courants ou de ceux des fleuves ; l'entretien des volcans, aux dépôts bitumineux de ses rivages; les courants de la mer et les mouvements des marées, aux effusions alternatives des glaces polaires. Après cela, j'ai réfuté, par ordre, les autres objections faites sur le règne végétal et animal , en faisant voir que ces règnes n'étaient pas plus gouvernés par des lois mécaniques que le règne fossile. J'ai démontré ensuite que la plupart des maux du genre humain naissaient du vice de nos institutions politiques, et non pas de la nature; que l'homme était le seul être abandonné a sa propre providence, par quelque punition originelle; mais que cette môme Divinité, qui l'avait livré a ses lumières, veillait encore sur ses destinées; qu'elle faisait rejaillir sur les chefs des nations les maux dont ils opprimaient les faibles et les petits; et j'ai démontré l'action d'une Providence divine par les malheurs mêmes du genre humain. Tel a été le sujet de mes huit premières Études.

J'ai commencé, dans la neuvième, par attaquer les principes de nos sciences, en faisant voir qu'elles nous égarent, ou par la hardiesse de ces mêmes principes, au moyen desquels elles remontent à la nature des éléments qui leur échappent, ou parla faiblesse de leurs méthodes, qui ne saisissent à la fois qu'une loi de la nature, à cause de l'imbécillité de notre esprit et de la vanité de notre éducation, qui nous fait prendre pour des routes uniques les petits sentiers où nous marchons. C'est ainsi que les sciences naturelles, et même les sciences politiques, qui en sont les résultats, s'étant séparées parmi nous les unes des autres, chacune d'elles a fait, si j'ose dire, un cul-de-sac du chemin par où. elle était entrée. C'est ainsi que

les causes physiques nous ontôté, à la longue, vue des fins intellectuelles dans l'ordre de nature, comme les causes financières nous onU levé les espérances de la vertu et de la relig! dans l'ordre social.

J'ai cherché, dans les Études dix et onze , t faculté plus propre a découvrir la vérité que no raison, qui n'est d'ailleurs que notre intérêt p sonnel. J 'ai cru la trouver dans cet instinct subli appelé le sentiment, qui est en nous l'express: des lois naturelles, et qui est invariable chez toi1 les nations. J'ai observé, par son moyen, les ] de la nature, non en remontant à leurs princip qui ne sont connus que de Dieu, mais en desc dant à leurs résultats, qui sont a l'usage des 1k mes. J'ai eu le bonheur, par cette route, d'apei voir quelques principes des convenances et harmonies qui gouvernent le monde. Je ne de Kt'

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pas que ce ne soit par cette même route que anciens Égyptiens se rendirent si célèbres dam connaissances naturelles, qu'ils ont portées comparable ment plus loin que nous. Ils étudiai la nature dans la nature même, et non par j celles et avec des machines. Ils en formèrent science merveilleuse et fameuse par toute la te sous le nom de magie. Les éléments de cette scii sont maintenant inconnus, et il n'en est resté le nom, qu'on donne aujourd'hui aux opérai les plus stupides où puissent porter l'erreur dépravation du cœur humain. Il n'en était ainsi de la magie des anciens Égyptiens, celé, par les auteurs les plus respectables de l'anliqi et même par les livres saints. Ce furent ces j cipes de convenance et d'harmonie, quePyllia puisa chez eux, qu'il apporta en Europe, et c devinrent les sources de plusieurs branche philosophie, et même des arts, qui ne comm(| rent qu'alors a y fleurir; car les arts ne sonl des imitations des procédés de la nature. Que mon insuffisance soit très grande, ces prin< harmoniques sont si lumineux, qu'ils m'ont senté non-seulement des dispositions du { tout-a-fait nouvelles, mais ils m'ont donné ei les moyens de reconnaître les caractères des j tes à leur premier aspect, et de dire : Celle-* de montagne, et cette autre est de rivage. J'ê montré, par eux l'usage des feuilles des plantt déterminés par les formes nautiques ou volati leurs graines, les rapports qu'elles ont ave< I lieux où elles sont destinées a naître. J'ai ob que les corolles de leurs fleurs avaient des rap positifs ou négatifs avec les rayons du soleil pi vaut les latitudes et les points d'élévation oùp

RÉCAPITULATION

r iiveiit s'épanouir. J'ai remarqué ensuite les consistes charmants de leurs feuilles, de leurs fleurs, it i leurs fruits et de leurs tiges, avec le sol et le im où elles naissent, et ceux qu'elles forment de libre à genre, étant pour ainsi dire groupées deux îjdeux ; enfin j'ai indiqué les relations qu'elles îifjt avec les animaux et les hommes ; en sorte que ! |se dire avoir démontré qu'il n'y a pas une seule I j ance de couleur jetée au hasard dans la nature. ff ] i donné, par ces vues, le moyen de former des i< api très complets d'histoire naturelle, en mon- [Jint que chaque plante était le centre de l'exis- Jpce d'une infinité d'animaux, qui ont avec elle |, m convenances qui nous sont encore inconnues. s ,è pourrait étendre, sans doute, leurs harmonies Jbsloin ; car beaucoup de plantes semblent avoir Ms relations non-seulement avec le soleil, mais Mec diverses constellations. Ce n'est pas toujours ,,: le hauteur du soleil sur l'horizon qui les met en I , gétation. Il y a telle plante qui fleurit au priujtnps, qui ne développerait pas la plus petite ,j pille en automne , quoiqu'elle éprouve alors le unième degré de chaleur. 11 en est de même de Itars semences, qui germent et poussent dans j. fie saison, et non dans l'autre, quoiqu'elles aient la j ême température. Ces relations célestes étaient | innues de l'ancienne philosophie des Égyptiens et ( fi Pythagore. On en trouve beaucoup d'observa- , Dns dans Pline, lorsqu'il dit, par exemple, que iirs le lever de la Poussinière les oliviers et les Ignés conçoivent leur fruit ; et, d'après Virgile , pe le froment doit se semer après la retraite de ptte constellation, et les lentilles a celle du Boulier; que les roseaux et les saussaies doivent se ] îanter lorsque l'étoile de la Lyre se couche. C'est (après ces relations, dont les causes nous sont in- . bimues, que Linnée avait formé avec les fleurs es plantes un aîmanach botanique dont Pline a fésenté la première idée aux laboureurs de son pnps*. Mais nous avons indiqué des harmonies pétales encore plus touchantes, en faisant voir lue le temps du développement de chaque plante, o sa floraison et de la maturité de ses fruits, (ait lié avec les développements et les besoins es animaux, et surtout avec ceux de l'homme, n'y en a point qui n'ait avec nous des relations 'utilité directe ou indirecte ; mais cette immense t mystérieuse partie de l'histoire humaine ne sera eut-être jamais connue que des anges.

L'Étude douzième présente l'application de ces rincipes harmoniques à la nature même de homme. J'y ai fait voir qu'il était formé de deux

' Foyez Pline , Histoire naturelle, liv. XVIII, chap. mm.

puissances, l'une physique et l'autre intellectuelle, qui l'affectent perpétuellement de deux sentiments contraires, dont l'un est celui de sa misère, et l'autre celui de son excellence. J'ai démontré que ces deux puissances étaient très heureusement satisfaites dans les diverses périodes des passions, des âges et des occupations auxquelles la nature a destiné l'homme, comme l'agriculture, le mariage, l'établissement de la postérité , la religion. Je me suis arrêté principalement sur les affections de la puissance intellectuelle, en faisant voir que tout ce qui nous paraissait délicieux et ravissant dans nos plaisirs naissait du sentiment de l'infini ou de quelque autre attribut de la Divinité , qui se montrait à nous à l'extrémité de nos perspectives. J'ai démontré, au contraire, que la source de nos maux et de nos erreurs venait de ce que, dans l'état social, nous croisons souvent ces sentiments naturels par les préjugés de l'éducation et de la société; en sorte que nous portons souvent le sentiment de l'infini sur les objets passagers de ce monde , et celui de notre misère et de notre faiblesse sur les plans immortels de la nature. Je n'ai fait qu'effleurer cette riche et sublime matière ; mais j'ose dire que par cette seule route j'ai prouvé suffisamment la nécessité de la vertu , et que j'en ai indiqué la véritable source , non où nos philosophes modernes la cherchent, c'est-à-dire dans nos institutions politiques, qui lui sont souvent contraires, mais dans l'état naturel de l'homme , et dans son propre cœur.

J'ai appliqué ensuite de mon mieux, dans l'Etude treizième, l'action de ces deux puissances au bonheur de la société, en faisant voir d'abord que la plupart de nos maux ne sont que des réactions sociales , qui ont toutes pour origine principale les grandes propriétés en emplois , en honneurs , en argent et en terres. J'ai prouvé que ces grandes propriétés produisaient l'indigence physique et morale d'une nation ; que cette indigence engendrait a son tour une foule d'hommes corrompus, qui employaient toutes les ressources de la ruse et de l'industrie pour faire rendre aux riches la portion de leur nécessaire ; que le célibat et les inquiétudes qui l'accompagnent étaient, dans un grand nombre de citoyens , des effets de cet état de pénurie et d'angoisse où ils se trouvaient réduits ; et que le célibat produisait, par contre-coup, la prostitution des filles du monde, pareeque tout homme qui se prive du mariage , de gré ou de force, voue une fille au célibat ou à la prostitution. Cet effet résulte nécessairement d'une des lois harsa vaine gloire; mais, au milieu de votre faiblesse^

ÉTUDE QUATORZIÈME

moniques de la nature, puisque chaque homme vient au monde et en sort avec sa femme , ou , ce qui est la même chose, les mâles naissent et meurent en nombre égal aux femelles dans l'espèce humaine. J'ai tiré de ces principes plusieurs conséquences importantes.

J'ai démontré enfin qu'une partie de nos maladies physiques et morales venait des châtiments, des récompenses et de la vanité de notre éducation.

J'ai hasardé différentes vues, pour fournir au peuple des moyens abondants de subsistance et de population ; et, pour ranimer chez lui l'esprit de religion et de patriotisme , en lui présentant quelques perspectives de l'infini, sans lesquelles le bonheur d'une nation , comme celui d'un particulier, est nul et bientôt épuisé, quand on le composerait d'ailleurs des plans les plus avantageux de finances, de commerce et d'agriculture. Il faut pourvoir à la fois a l'homme comme animal et comme être intellectuel. J'ai terminé ces différents projets par présenter, à la fin de la quatorzième et dernière Etude , l'esquisse d'une éducation nationale , sans laquelle il ne peut y avoir aucuue espèce de législation ni de patriotisme durable. J'ai tâché d'y développer à la fois les deux puissances physique et intellectuelle de l'homme, et de les diriger vers la patrie et la religion.

Sans doute je me serai souvent égaré dans des routes si nouvelles et si étendues. J'aurai été bien des fois au-dessous de mon sujet par la coupe de mes plans, par mon inexpérience, par l'embarras môme de mon style; mais, je le répète, pourvu que mes idées en fassent naître de meilleures à d'autres, je suis content. Cependant , si le malheur est le chemin de la vérité, je n'ai pas manqué de moyens pour me diriger vers elle. Les désordres dont j'ai été souvent le témoin et la victime m'ont fait naître des idées d'ordre. J'ai trouvé quelquefois sur ma route des grands accrédités et des hommes appartenant a des corps respectables, qui avaient toujours à la bouche les mots de patrie et d'humanité. Je me suis approché d'eux pour m'éclaircr de leurs lumières, et pour me mettre sous la protection de leurs vertus ; mais je n'ai trouvé que des intrigants, qui n'avaient d'autre objet que leur fortune personnelle, et qui m'ont bientôt persécuté, pareequ'ils ont vu que je n'étais propre a être ni l'agent de leurs plaisirs , ni la trompette de leur ambition. Je me suis alors rangé du côté de leurs ennemis, croyant que j'y trouverais l'amour de la vérité et du bien public ; mais , quelque variés que soient nos sectes , nos partis et nos corps , j'ai rencontré partout les mômes hommes,

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couverts seulement d'habits différents. Quand le uns et les autres ont vu que je refusais d être leui sectateur, ils m'ont calomnié à la manière perfid de ce siècle , c'est-a-dire en faisant mon éloge. 0 vante beaucoup le temps ou nous vivons ; mais nous avons sur le trône un prince rival de Marc Aurèle, notre siècle est l'émule de celui de Tibèrf

Si je mettais au jour les mémoires de ma vie 7( je ne voudrais pas d'autres preuves du mépris qu mérite la gloire de ce monde, que de montrer découvert ceux qui en sont les objets. Penda que, sans nuire à personne, après une infinité d voyages , de services et de travaux infructueux , j préparais dans la solitude ces derniers fruits d mon expérience et de mes veilles, mes ennemi secrets, c'est-à-dire les hommes dont je n'ai pa voulu être le partisan , m'ont fait retrancher u bienfait que je devais chaque année a la bienfai sance du prince. C'était le seul moyen que j'euss de subsister et d'aider ma famille. A cette cata strophe se sont joints des altérations de santé et de maux domestiques inénarrables. Je me suis don p'1 hâté de cueillir le fruit encore vert de l'arbr que je cultivais avec tant de constance , avant qu' fût renversé par les tempêtes.

Mais je ne veux de mal à aucun de mes perse cuteurs. Si je suis forcé un jour, à cet égard, d parler de leur conduite secrète envers moi , ce n sera que pour justifier la mienne. Je leur ai d'ail leurs obligation : leurs persécutions ont causé moi repos. Je dois a leur ambition dédaigneuse une li berté préférable a leur grandeur. C'est à eux qu je dois les études délicieuses auxquelles je me sui livré. La Providence ne m'a point abandonn comme eux ; elle m'a suscité des amis qui m'on servi dans le temps auprès de mon prince, et ell m'en suscitera d'autres auprès de lui lorsqu'il ser; nécessaire. Si j'avais eu en Dieu la confiance qu j'ai donnée aux hommes, j'aurais été toujour tranquille ; les preuves de sa providence a mor égard, dans le passé, devaient me rassurer pom l'avenir. Mais , par un vice de mon éducation, les opinions des hommes ont encore trop d'empire sui moi. Ce sont leurs craintes, et non les miennes qui me troublent. Cependant je médis quelquefois à moi-même : Pourquoi vous embarrassez-vous d( l'avenir ? Avant de venir au monde , vous êtes-vous inquiété de quelle manière s'assembleraient vos membres et se développeraient vos nerfs et vos os? Quand vous êtes venu ensuite à la lumière , avez vous étudié l'optique pour savoir comment vou apercevriez les objets ; et l'anatomic, pour ap prendre à mouvoir votre corps, et pour lui don-

RÉCAPITULATION

1er de l'accroissement? Ces opérations de la napre, bien supérieures à celles des hommes, se [ont faites en vous à votre insu , sans que vous vous |n soyez mêlé. Si vous ne vous êtes pas inquiété ju naître, pourquoi du vivre et pourquoi du mou- Ir? N'êtes-vous pas toujours dans la même main? j Cependant d'autres sentiments naturels m'ont Itristé : par exemple, de n'avoir pas acquis, après mt de courses et de services, seulement un petit ,eu agreste où j'eusse pu , au sein du repos , metj*e en ordre mes observations sur la nature, qui ont les seules qui m'aient paru aimables et intéressantes sous le soleil. Un autre regret encore plus if est de n'avoir pas attaché à mon sort une consigne simple, douce, sensible et pieuse, qui, bien iiieux que la philosophie, eût adouci mes peines, ! qui, en me donnant des enfants semblables à lie, m'eût laissé une postérité plus chère qu'une [line réputation. J'avais trouvé cet asile et ce rare fmheur en Russie, au milieu d'un service hono- |ble ; mais j'ai renoncé a tous ces avantages , pour tercher, à l'instigation de nos ministres, de bmploi dans ma patrie , où je n'avais rien de mblable a prétendre. Cependant je puis dire lie mes études particulières ont réparé la première privation , en me donnant de jouir nonulement d'un petit coin de terre, mais de toutes {s harmonies répandues dans le grand jardin de ■ nature. Une épouse estimable ne peut pas être |ssi aisément remplacée ; mais si je puis me flat- |r que cet ouvrage contribue a multiplier les ariages , a les rendre plus heureux, et à adoue l'éducation des enfants, je croirai perpétuer en itx ma famille, et je considérerai les femmes et 4 enfants de ma patrie comme m'appartenant w quelque chose.

Il n'y a de durable que la vertu. La beauté du , (jrps passe vite ; la fortune inspire de vains désirs; [grandeur fatigue; la réputation est inconstante; Italent et le génie même s'affaiblissent : mais la ftu est toujours belle, toujours variée, toujours ■.«le et toujours forte, parcequ'elle est résignée ious les événements, aux privations comme aux jiissances, a la mort comme à la vie.

jfleureux donc, et mille fois heureux, si j'ai pu atribuer a réparer quelques uns des maux de m patrie, et a lui ouvrir quelque nouvelle perœctive de bonheur! Heureux si j'ai pu, d'une mt, essuyer les larmes de quelque infortuné, et mener, de l'autre, ces hommes égarés par la vupté à la Divinité, vers laquelle la nature, le tnps, nos propres misères et nos affections secrè- 1 nous entraînent avec tant de rapidité ! ,

Bernardin.

Il me semble qu'il se prépare pour nous quelque révolution favorable. Si elle arrive, on en sera redevable aux lettres : elles ne mènent aujourd'hui à rien ceux qui les cultivent parmi nous, cependant elles régissent tout. Je ne parle pas de l'influence qu'elles ont par toute la terre, gouvernée par des livres. L'Asie est régie par les maximes de Confucius, les Koran, les Beth, les Védam, etc. ; mais en Europe , ce fut Orphée qui le premier rassembla ses habitants, et qui les tira de la barbarie par ses poésies divines. Ensuite le génie d'Homère fît naître les législations et les religions de la Grèce; il anima Alexandre, et le porta à la conquête de l'Asie. Il influa sur les Romains, qui cherchèrent dans ses poésies sublimes la généalogie du fondateur et des souverains de leur empire , comme les Grecs y avaient cherché les origines de leurs républiques et de leurs lois. Son ombre auguste préside encore a la poésie , aux arts libéraux , aux académies et aux monuments de l'Europe : tant ont de pouvoir sur l'esprit humain les perspectives de la Divinité que ce grand génie lui a présentées ! Ainsi la parole qui créa le monde le gouverne encore ; mais quand elle fut descendue elle-même du ciel , et qu'elle eut montré aux hommes la route du bonheur dans la seule vertu , une lumière plus pure que celle qui avait brillé sur les îles de la Grèce éclaira les forêts des Gaules. Les sauvages qui les habitaient auraient été les plus heureux des hommes s'ils eussent été libres ; mais ils avaient des tyrans , et ces tyrans les replongèrent dans une barbarie sacrée, en leur présentant des fantômes d'autant plus effrayants que les objets de leur confiance étaient devenus ceux de leur terreur. C'en était fait du bonheur des peuples, et même de la religion, lorsque deux hommes de lettres, Rabelais et Michel Cervantes, s'élevèrent, l'un en France, et l'autre en Espagne, et ébranlèrent a la fois le pouvoir monacal77 et celui de la chevalerie. Pour renverser ces deux colosses, ils n'employèrent d'autres armes que le ridicule, ce contraste naturel de la terreur humaine. Semblables aux enfants, les peuples rirent et se rassurèrent : ils n'avaient plus d'autres impulsions vers le bonheur que celles que leurs princes voulaient leur donner , si leurs princes alors avaient été capables d'en avoir. Le Télémaque parut, et ce livre rappela l'Europe aux harmonies de la nature. Il produisit une grande révolution dans la politique. Il ramena les peuples et les rois aux arts utiles, au commerce , a l'agriculture , et surtout au sentiment de la Divinité. Cet ouvrage réunit a l'imagination

ÉTUDE QUATORZIÈME

d'Homère la sagesse de Confucius. Il fut traduit dans toutes les langues de l'Europe. Ce n'est pas en France qu'il a été le plus admiré ; il y a des provinces en Angleterre où on y apprend encore à lire aux enfants. Quand les Anglais entrèrent dans le Cambrésis avec l'armée des alliés, ils voulurent en enlever l'auteur, qui y vivait loin de la cour, pour lui donner, dans leur camp, une fête militaire ; mais sa modestie se refusa à ce triomphe : il se cacha. Je n'ajouterai qu'un trait à son éloge: ce fut le seul homme vivant dont Louis XIV fut jaloux : et il avait raison de l'être ; car, pendant qu'il cherchait a se faire craindre et admirer de l'Europe par ses armées , ses conquêtes, ses fêtes , ses bâtiments et son faste, Fénelon s'en faisait adorer avec un livre 78 .

Plusieurs gens de lettres, inspirés par son génie, ont changé parmi nous l'esprit du gouvernement et les mœurs. C'est à leurs écrits que nous devons ladestruction des restes de l'esclavage féodal, celie de plusieurs coutumes barbares , telles que de condamner à mort pour crime prétendu de sortilège, d'appliquer indifféremment tous les criminels à la question, de porter des épées dans le sein des villes et de la paix, etc.. C'est à eux qu'on doit le retour des goûts et des devoirs de la nature, ou du moins leur image. Ils ont rendu à plusieurs enfants les mamelles de leurs mères , et aux riches le goût de la campagne, qui les porte aujourd'hui a quitter le centre des villes pour en habiter les faubourgs. Ils ont inspiré à toute la nation celui de l'agriculture, qui est dégénéré, à l'ordinaire, en fanatisme dès qu'il est devenu un esprit de corps. Ce sont eux qui ont ramené la noblesse vers le peuple, dont elle s'était déjà rapprochée, à la vérité, par ses alliances avec la finance ; ils l'ont rappelée a ses devoirs par ceux de l'humanité. Ils ont dirigé toutes les puissances de l'état , et même les femmes, vers les objets patriotiques, en les couvrant d'agréments et de fleurs.

0 hommes de lettres ! sans vous l'homme riche n'aurait aucune jouissance intellectuelle ; son opulence et ses dignités lui seraient à charge. Vous seuls nous rappelez les droits de l'homme et de la Divinité. Partout où vous paraissez, dans le militaire, dans le clergé, dans les lois, dans les arts , l'intelligence divine se montre, et le cœur humain soupire. Vous êtes a la fois les yeux et la lumière des nations. Nous serions peut-être maintenant bien près du bonheur si plusieurs d'entre vous , voulant plaire a la multitude, ne l'eussent égarée en flattant ses passions, et en prenant leur voix trompeuse pour celle de la nature humaine.

Voyez comme ces passions vous ont égarés vous mêmes, pour vous être trop approchés des hom mes 1 C'est dans la solitude, et réunis entre vous que vos talents se communiquent des lumières mu tuelles. Souvenez-vous des temps où les La Foc taine , les Boileau , les Racine , les Molière vivaier entre eux. Quel est aujourd'hui votre sort? C monde, dont vous flattez les passions, vous arm les uns contre les autres. Il vous livre à la gloir comme les Romains livraient des malheureux au bêtes. Vos lices saintes sont devenues des arèn de gladiateurs. Vaus êtes, sans vous en douter les instruments de l'ambition des corps. C'est p vos talents que leurs chefs se procurent des dignité et des richesses, tandis que vous restez dans l'ob curité et l'indigence. Songez à la gloire des gei de lettres chez les peuples qui sortaient de la ba barie : ils présentèrent la vertu aux nations, et en furent les dieux. Songez a leur avilissemei chez les peuples tombés dans la corruption : ils flattèrent les passions, et ils en furent les victime Dans la décadence de l'empire romain, les lettr ne devinrent plus le partage que de quelques Gre affranchis. Laissez courir la foule sur les pas cl riches et des voluptueux. Que vous proposez-vo dans la sainte carrière des lettres , sinon de mardi sous la protection de Minerve? Quel respect monde aurait -il pour vous si vous n'étiez co verts de son égide sacrée ? Il vous foulerait a pieds. Laissez-le tromper ses adorateurs; m< tez votre confiance dans le ciel , dont les secoi viendront vous chercher partout où vous serez Un jour la vigne, en pleurant, se plaignait ciel de l'injustice de son sort. Elle enviait celui roseau : « Je suis plantée, disait-elle, dans des I )) chers arides, et je suis obligée de produire < » fruits pleins de jus; tandis qu'au bas de ce » vallée, le roseau, qui ne porte qu'une boui » sèche , croît a son aise sur le bord des eaux Une voix lui répondit du ciel : « 0 vigne ! ne m » plaignez pas de votre destinée. L'automne vi< » dra, le roseau périra sans honneur sur le bord o marais ; mais les pluies du ciel iront vous cli » cher dans la montagne, et votre jus, mûri di » les rochers, servira un jour a consoler les ho » mes et à réjouir les dieux. »

Nous avons encore un grand espoir de réfor dans l'affection que nous portons à nos rois, nous, l'amour de la patrie n'est que l'amour prince. C'est le seul lien qui nous réunisse, et q plus d'une fois, nous a empêchés de nous sépar D'un autre côté, les peuples sont les véritables n numcnts des rois. Tous ces monuments de pier

Ce

«m i?ol

RÉCAPITULATION

mt tant de princes croient éterniser leur mépire, ne servent souvent qu'a la faire détester, line dit que les Égyptiens de sou temps maudissent la mémoire des rois d'Egypte qui avaient jtti les pyramides ; encore avaient-ils oublié leurs |)ms. Les Égyptiens de nos jours disent que c'est j diable qui les a faites , sans doute par le sentilent des peines que ces travaux ont coûtées aux

, tînmes. Notre peuple attribue souvent la même [•igine à nos anciens ponts et aux grands chemins

! jillés dans des rochers qui sont à la hauteur des . bes. On a beau frapper pour lui des médailles ,

I n'entend rien à leurs emblèmes ni à leurs in- • [riptions. Mais c'est le cœur des hommes qu'il faut , npreindre par des bienfaits ; le timbre en est I [effaçable. Le peuple a perdu la mémoire de ses 1( [onarques qui ont présidé a des conciles ; mais il

' iérit encoreicelle de ceux qui ont soupe chez des I euniers.

Le peuple n'affectionne dans son prince qu'une ' |ule qualité, c'est sa popularité : car c'est d'elle •lie découlent toutes les vertus dont il a besoin.

II acte de justice rendu a l'imprévu et sans faste à îe pauvre veuve, a un charbonnier, le remplit jadmiration et de joie.ïl regarde son prince com-

ile un dieu dont la providence veille partout; et la raison , car un seul événement de cette nare, qui arrive bien à propos , tient tous les opfesseurs en crainte et tous les opprimés en es- Tan ce. Aujourd'hui la vénalité et l'orgueil ont své entre le peuple et le roi mille murs inipéitrables d'or, de fer et de plomb. Le peuple ne iut plus aller vers son prince, mais le prince ut encore descendre vers son peuple. On a mpli, à ce sujet, nos rois de frayeurs et de préju- 1s. Cependant il est très remarquable que, dans {grand nombre de princes de toutes les nations 'ïi ont été les victimes de diverses factions , pas | seul n'a péri faisant le bien, allant à pied et fognilo; mais tous ou dans leurs carrosses, ou itable, au sein des plaisirs, ou dans leur cour, au ;ilieu deleurs gardes et au centre de leur puissance. Nous voyons de nos jours l'empereur et le roi «I Prusse parcourir, en simple voiture, avec un ou <ux domestiques et sans gardes, leurs états disjjrsés , quoique remplis en partie d'étrangers et « peuples conquis. Les grands hommes et les prin- <p les plus illustres de l'antiquité, tels que Sci- ]pn, Germanicus, Marc-Aurèle, voyageaient sans me, achevai, et souvent a pied. Combien deproices de son royaume n'a pas parcourues ainsi , ils un siècle de troubles et de factions, notre and Henri IV !

Un roi dans ses états doit être comme le soleil sur la terre , où il n'y a pas une seule petite plante qui ne reçoive à son tour l'influence de ses rayons. De combien de grandes vérités nos rois sont privés par les préjugés des courtisans! Combien ils perdent de plaisirs par leur vie sédentaire! Je ne parle pas de ceux de la grandeur lorsqu'ils voient à leur approche les peuples accourir en foule sur les chemins, les remparts des villes s'enflammer du tonnerre de l'artillerie, et les escadres, sortant de leurs ports, couvrir la mer de pavillons et de feux. Je les crois las des plaisirs de la gloire; mais je les crois sensibles à ceux de l'humanité, dont on les prive perpétuellement. On les force toujours d'être rois, on ne leur permet jamais d'être hommes. Quel plaisir pour eux de voiler leur grandeur comme des dieux, et d'apparaître au milieu d'une famille vertueuse, comme Jupiter chez Philémon et Baucis ! Combien peu il leur faudrait pour faire chaque jour des heureux! Souvent ce qu'ils donnent a une seule famille de courtisans suffirait pour faire le bonheur d'une province; souvent leur simple apparition y remplirait d'effroi tous les tyrans, et en consolerait les malheureux. On les croirait partout, quand on ne les saurait nulle part. Un ami fidèle, quelques serviteurs robustes, suffiraient pour rapprocher d'eux tous les agréments des voyages, et pour en écarter tous les inconvénients.

Ils sont les maîtres de varier les saisons à leur gré sans sortir du royaume, et d'étendre leurs plaisirs aussi loin que leur puissance. Au lieu d'habiter des maisons de campagne sur les bords de la Seine ou au milieu des roches de Fontainebleau, ils en peuvent avoir sur les bords de l'Océan et au pied des Pyrénées. Il ne tient qu'à eux de passer les ardeurs brûlantes de l'été au sein des montagnes du Dauphiné, entourées d'un horizon de neige; l'hiver en Provence, sous des oliviers et des chênes verts; l'automne, dans les prairies toujours vertes et sous les pommiers de la riche Normandie. Us verraient aborder sur les rivages de la France des gens de mer de toutes les nations, des Anglais, des Espagnols , des Suédois , des Hollandais, des Italiens, vivant tous avec les costumes et les mœurs de leurs pays. Nos rois ont dans leurs palais des comédies, des bibliothèques, des serres, des cabinets d'histoire naturelle; mais toutes ces collections ne sont que de vaines images des hommes et de la nature. Ils n'ont pas de jardins plus dignes d'eux que leur royaume, ni de bibliothèques plus instructives que leur peuple.

Ah ! si un seul homme peut être sur la terre

ÉTUDE QUATORZIÈME

l'espoir du genre humain , c'est un roi de France. Il règne sur son peuple par l'affection , son peuple sur l'Europe par les mœurs , l'Europe sur le reste du monde par la puissance. Rien ne l'empêche de faire le bien quand il lui plaît. Il peut, malgré la vénalité des emplois, humilier le vice superbe et élever l'humble vertu. Il peut encore descendre vers ses sujets, ou les faire monter vers lui. Beaucoup de rois se sont repentis d'avoir mis leur confiance dans des trésors , dans des alliés , dans des corps et dans des grands; ruais aucun de s'être fié à son peuple et à Dieu. Ainsi ont régné les populaires Charles Y et les saint Louis. Ainsi vous aurez régné un jour, ô Louis XVI 1 Vous avez, dès vos premiers pas au trône, donné des lois pour le rétablissement des mœurs, et (ce qui était plus difficile) vous en avez montré l'exemple au milieu d'une cour française. Vous avez détruit les restes de l'esclavage féodal , adouci le sort des malheureux prisonniers, ainsi que les punitions militaires et civiles; donné aux habitants de quelques provinces la liberté de répartir entre eux les impositions nationales, remis a la nation les droits de votre avènement à la couronne, assuré aux pauvres matelots une portion des fruits de la guerre, et rendu aux gens de lettres le privilège naturel de recueillir ceux de leurs veilles. Taudis que d'une main vous aidiez les infortunés de la nation, de l'autre vous éleviez des statues a ses hommes célèbres, dans les siècles passés, et vous secouriez les Américains opprimés. Quelques hommes sages qui vous environnent, et ( ce qui est encore plus puissant que leur sagesse) les charmes et la sensibilité de votre auguste épouse, vous ont rendu le chemin de la vertu facile. 0 grand roi ! si vous marchez avec constance dans les rudes sentiers de la

vertu,votre nom sera un jour invoqué par les malli 'f heureux de toutes les nations. 11 présidera a leur! destinées pendant la vie même de leurs propre! ;i souverains. Ils le présenteront comme une barrièr à leurs tyrans, et comme un modèle a leurs bot rois. Il sera révéré du couchant à l'aurore, comm celui des Titus et des Antonins. Lorsqu'aucun peij pie vivant ne subsistera plus, votre nom vivra ei core, et fleurira d'une gloire toujours nouvel!» La majesté des siècles ajoutera à sa vénération, < la postérité la plus reculée nous enviera le bonhci d'avoir vécu sous vos lois. Je ne suis rien , sin J'ai pu être la victime des maux publics, et e ignorer les causes; j'ai pu parler des moyens d remédier sïjîs connaître la puissance et les rei sources des grands rois. Mais si vous nous rend meilleurs et plus heureux, les Tacites futurs éti dieront d'après vous l'art de réformer et de goi verner les hommes dans un siècle difficile. D'aï très Fénclons parleront un jour de la France soi votre règne, comme de l'heureuse Egypte sous c lui de Sésostris. Pendant que vous recevrez alo sur la terre les hommages invariables des homme vous serez leur médiateur auprès de la Divinit dont vous aurez été parmi nous la plus vive im ge. Ah! s'il était possible que nous perdissions sentiment de son existence par la corruption ceux qui nous doivent l'exemple, par le désord de nos passions, par l'égarement de nos propi lumières, par les maux multipliés de l'humanii ô roi! il vous serait encore glorieux de conserv l'amour de l'ordre au milieu du désordre génér; Les peuples, livrés à des tyrans sans frein, se rél gieraient en foule au pied de votre trône, et vie draient chercher en vous le Dieu qu'ils n'apen vraient plus dans la nature.

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