‹ Œuvres;Chapitre 157 sur 236 · FIN DES ÉTUDES DE LA NATURE · texte numérisé non relu

FIN DES ÉTUDES DE LA NATURE

NOTES DE L'AUTEUR

|<t La lune fait dégeler, résolvant toutes glaces et gelées

jpar l'humidité de son influence \ » Quand la lune brille i fns les nuits de l'hiver de tout son éclat , il gèle sans doute Ttâprement, parcequ'alors lèvent du nord qui cause Itite sérénité de l'air empêche l'influence chaude de la

lie; mais pour peu qu'il fasse calme, vous voyez le ciel »! couvrir de vapeurs qui s'exhalent de la terre, et vous 1 .iitez l'atmosphère s'adoucir. J'attribue, comme Pline, à

lumière de cet astre une action particulière sur les eaux f jifées de la terre et de l'air ; car je l'ai vu souvent , dans belles nuits de la zone torride, dissiper, en se levant, tfis les nuages de l'atmosphère; ce qui fait dire aux mais, en proverbe, que la lune mange les nuages. Au reste, m physiciens se contredisent en supposant que la lune . rut l'Océan, et en lui refusant toute influence non-seu- Jiaent sur les glaces, mais sur les plantes, pareeque sa

«leur, disent-ils, ne fait pas monter la liqueur de leur 8 érmomètre. J'ignore si en effet elle n'agit pas sur Fes- Mt-de-vin; mais qu'en conclure? Le feu, ainsi que les [ ijxes éléments, subit des combinaisons qui redoublent son t îjion dans telle affinité , et la rendent nulle dans une

are : ce n'est donc point avec nos instruments de phy- ! sue que nous parviendrons à déterminer les effets des 1 dises naturelles.

2 page 127.

( jl n'est pas permis long-temps d'y garder son franc-taire; Ci ceux qui y parlent ne veulent être écoutés que par des hs qui les applaudissent.

f'ai remarqué que le degré d'attention que le monde aorde à ses orateurs est toujours proportionné au degré epuissance ou de malignité qu'il leur suppose. La vérité, l aison, l'esprit même, y sont comptés pour rien. Pour sfaire écouter du monde , il faut s'en faire craindre : asi ceux qui y brillent emploient fréquemment des tours dphrase qui donnent à entendre qu'ils sont des amis pissants ou des ennemis dangereux. Tout homme simple, rdeste, vrai et bon, y est donc réduit au silence : il en P t sortir toutefois en flattant ses tyrans ; mais ce moyen p duirait en moi un effet tout contraire ; car je ne puis 1er que ce que j'aime.

uyez donc le monde, vous qui ne voulez ni flatter ni *i .lire ; car vous y perdriez à la fois et les biens que vous fl espérez, et ceux qui appartiennent à votre conscience.

3 page 127.

I a paru, dans le Journal général de France, du 11 et (1.13 mars 1788 , une lettre qui renferme de grands éloges

Histoire naturelle de Pline, liv. II, chap. ci.

de ma théorie des marées , mais où l'on tâche de prouver que nos académiciens ne se sont pas trompés en concluant , de ce que les degrés sont plus longs au nord, que la courbe de la terre s'y aplatit , c'est-à-dire qu'elle y devient plus courte que l'arc de cercle qui la renferme.

J'avoue que je n'ai rien pu comprendre à la démonstration par laquelle on veut justifier cette erreur. Les principes et les méthodes de nos sciences me jettent , comme Michel Montaigne, en éblouissement ; aussi je ne m'arrête qu'à leurs résultats.

Si l'on conclut que la terre s'aplatit aux pôles pareeque ses degrés s'y allongent, ou doit conclure, par la raison contraire , que la terre s'allongerait aux pôles si ses degrés s'y raccourcissaient.

Ainsi , il s'ensuivrait que plus les degrés polaires seraient longs , plus la courbe polaire serait aplatie; et qu'au contraire plus ces mêmes degrés seraient courts, plus la courbe polaire serait allongée.

Ainsi, en doublant, triplant, quadruplant la longueur de ces degrés en particulier, vous réduiriez à la moitié, au tiers, au quart, la longueur de la courbe polaire dont ils sont cependant les parties constituantes ; et au contraire, en réduisant la longueur de ces mêmes degrés à la moitié, au tiers, ou au quart, vous doubleriez, tripleriez, quadrupleriez la courbe polaire ; en sorte que plus ces degrés seraient grands , plus la courbe polaire qu'ils composent serait petite; et plus ils seraient petits, plus cette courbe serait grande. Or, c'est ce qui est contradictoire et impossible évidemment.

Si les voussoirs d'une voûte en plein cintre s'élargissent , la voûte entière doit s'élargir ; et si ses voussoirs se rétrécissent , la voûte doit se raccourcir. Les degrés polaires sont les voussoirs; et la courbe polaire, la voûte.

L'auteur de cette lettre , M. de Sallier , m'adresse ensuite quelques objections. Il oppose à une conséquence générale des aperçus particuliers.

Le baromètre est plus bas eu Suède qu'à Paris. Or , comme il baisse à mesure qu'on s'élève sur une montagne, j'en ai tiré la conséquence générale que la terre s'élevait vers le nord. M. de Sallier conclut au contraire que l'abaissement du baromètre en Suède vient de la densité de son atmosphère que le froid rend plus pesante , ou de la gravité qui augmente vers le pôle. Il s'ensuit de cet aperçu que le baromètre ne peut plus servir à mesurer la hauteur des montagnes , puisque , dès qu'il baisse, on en peut conclure que cet effet vient de la densité de l'atmosphère, ou d'une autre cause. 11 s'ensuit encore que M. de Sallier détruit la conséquence particulière que les académiciens , qu'il veut servir, avaient tirée eux-mêmes de cette observation : car ils en concluaient alors que la terre était un sphéroïde allongé vers les pôles; et, ce qu'il y a encore de singulier , ils appuyaient ce même raisonnement sur les

NOTES DE L'AUTEUR

mêmes expériences qui leur ont fait conclure depuis que la terre était un sphéroïde aplati, je veux dire sur la grandeur des degrés vers les pôles. Voici un extrait de leur jugement , rapporté par le père Begnault dans le XIV0 Entretien physique du tome Ier, septième édition :

« Une autre raison qui prouve que la terre n'est point y> parfaitement ronde , c'est que , selon les essais de a> M. Cassini pour déterminer la grandeur de la terre, j) sa surface doit avoir la figure d'une ellipse allongée vers » les pôles, et dont une propriété est telle, qu'étant di- » visée eu degrés , chacun de ces degrés augmente à mey> sure qu'il.* approchent des pôles ; de sorte que le circuit » d'un méridien de la terre doit surpasser le circuit de a son équateur d'environ 50 lieues \ »

C'est à M. de Sallier à concilier, s'il le peut , des jugements si opposés dans la même académie , et d'après les mêmes expériences. Mais comme les académiciens n'ont point encore varié sur les conséquences qu'ils tirent sur l'ascension ou la descente du mercure dans le baromètre, il en faut conclure, avec l'auteur que je viens de citer :

« Que plus l'endroit est bas , plus la colonne d'air qui 7) soutient le mercure est haute ; plus elle est haute , plus » elle pèse; plus elle pèse, plus elle soutient de mercure ; a plus elle en soutient , moins il doit baisser. Par une rai- » son contraire , plus l'endroit est élevé , plus la colonue « d'air est courte; plus elle est courte, moins elle «pèse ; y> moins elle pèse , moins elle soutient de mercure; moins » elle en soutient , plus il baisse **. »

Ainsi la colonne d'air est plus courte en Suède qu'à Paris, puisque le mercure baisse d'une ligue en Suède, quand on s'élève au-dessus du bord de la mer de 10 toises 1 pied 6 pouces 4 lignes , et que , pour le faire baisser d'une ligne dans notre climat, il faut s'élever au-dessus de la mer de 10 toises 5 pieds , c'est-à-dire il faut monter plus haut à Paris pour trouver une atmosphère de la même hauteur que celle de la Suède. Donc le terrain de la Suède est naturellement plus élevé que celui de Paris , puisqu'il faut monter à Paris 4 pieds et demi de plus pour être au même niveau d'air qu'en Suède.

J'ai dit que si la terre était un sphéroïde renflé de six lieues et demie sous l'équateur, et aplati sur les pôles, les mers de l'équateur couvriraient les pôles. M. de Sallier répond à cela que « la combinaison de la gravité de la » force centrifuge, en élevant l'équateur et en déprimant » les pôles , n'a pu donner à cette élévation une courbure » plus subite, comme l'a supposé notre auteur. »

M. de Sallier a souligné l'expression de plus subite, qui, en effet, rend l'écoulement des mers de l'équateur vers les pôles plus sensible , quoique cet effet s'ensuivît également, puisqu'il ne dépend pas delà rapidité de la pente de la terre sous l'équateur, mais de sa seule élévation. J'en demande pardon à M. de Sallier, mais il attaque encore ici les académiciens qu'il veut défendre , puisque ce sont eux qui ont employé cette image et cette expression, et non pas moi, qui la leur suppose.

Bouguer, que j'ai cité, tome III, explication des figures, dit positivement : « La courbe de la terre est plus subite » vers l'équateur , dans le sens nord et sud, puisque les » degrés y sont plus petits ; et la terre au contraire est ■o plus plate vers les pôles , puisque les degrés y sont plus » grands. »

J'avoue que je ne comprends pas le raisonnement de

* Histoire de l'Académie, suite de l'année 1778, pages 237,

** Histoire de l'Académie , entretien xu.

fii

M. de Sallier, qui conçoit, au moyen de la force centrl fuge , que les courants occasionnés par la fonte des glaci polaires peuvent partir des pôles aplatis, et se rendre daJ l'Océan ,| sous l'équateur, élevé de six lieues et demie dessus de leur niveau. M. de Sallier oublie que ces coi rants polaires vont non-seulement jusqu'à l'équateur, ni bien au-delà, jusqu'au fond des zones tempérées. Ma comment se peut-il que cette force centrifuge élève l'Océî à six lieues et demie sous l'équateur, lorsqu'elle n'a pu élever la partie solide de la terre, quand elle était dans état de mollesse, suivant les newtoniens ? Comment tant corps mobiles qui sont à la surface de la terre, incompar blement plus légers et plus volatils qu'une masse d eau six lieues et demie d'élévation , ne se dirigent-ils pas sa; cesse vers l'équateur , et ne circulent-ils pas dans le tou billon de sa force centrifuge?

Ainsi , toutes ces objections en faveur de l'aplatisseme des pôles et du renflement de l'équateur n'ont point solidité. J'invite M. de Sallier, qui, malgré ces préjug en faveur du système de Newton , a eu la franchise et courage d'adhérer publiquement à ma théorie du mouv ment des mers , de continuer à examiner , avec l'imparti lité d'un ami de la vérité, les preuves de l'allongement la terre aux pôles. M. de Sallier verra que l'allongeme des pôles est une conséquence nécessaire de ma théoi des marées. Je serais fâché que sur un sujet si importa il restât aucun doute à un écrivain aussi savant que po dont les éloges et la critique m'honorent également

4 page 1215.

Bien des gens concevront difficilement que nos mar< puissent remonter en été vers le pôle nord , dans la sais même où le courant qui les produit descend de ce pôle peuvent voir une image bien sensible de ces effets rétr grades des eaux courantes au pont Notre-Dame, à l'c verture de l'arche qui s'appuie au quai Pelletier. Le cor de la Seine, dirigé obliquement par une espèce de bâti deau contre une pile de celte arche , y produit un ren qui remonte sans cesse contre le cours de la rivière, j qu'aux bouillons mêmes du bâtardeau. De même les fon des glaces septentrionales descendent , en été, des ba voisines du cercle polaire , en faisant huit à dix lieues ] heure, suivant Ellis, Linschoten et Barents : elles s'éc( lent vers le sud dans le milieu de b océan Atlantique ; m venant à rencontrer sur leurs bords , presque de froi l'Afrique et l'Amérique qui se rapprochent de part d'autre, elles sont forcées de refluer à droite et à gaucl le long de leurs continent , et de remonter vers le noi au-dessus des caps Bojador et Saint-Augustin, qu'elles rendus fameux par leurs courants. Or, comme les sour d'où elles partent ont un flux intermittent d'accélérat et de ralentissement, occasionné par l'aclion diurne nocturne du soleil sur les glaces de l'hémisphère oriei et occidental du pôle, leurs remoux latéraux, c'est-à-d leurs marées, en ont aussi un qui leur est semblable.

s page 128.

Je suis tombé dans l'erreur lorsque j'ai mis les ast nomes en contradiction , en leur faisant dire d'un côté \ la plupart des degrés du méridien étaient plus grands < ceux de l'équateur, puisqu'ils croissent depuis l'équat jusqu'aux pôles ; et , d'un autre côté , que le méridien éj plus petit que l'équateur, puisqu'ils supposent la te aplatie aux pôles.

Mon erreur est au point de départ, comme dans prest toutes les erreurs du monde. Les astronomes no dis

NOTES DE

mnt que la plupart des degrés du méridien sont plus rands que ceux de l'équateur. lis supposent d'abord le remier degré du méridien beaucoup plus petit qu'un vcgré de l'équateur. Ils disent ensuite que les degrés suiants du méridien vont en augmentant jusqu'au 55e, qui st égal à un degré de l'équateur ou de la sphère. Les 55 egrés qui restent vont en augmentant jusqu'aux pôles, et jeux-là seulement sont plus grands que ceux de l'équateur fu de la sphère ; de sorte que les 54 degrés plus petits et les 5 degrés plus grands étant compensés, il en résulte que b méridien est plus petit que l'équateur, ou qu'un cercle je la sphère. Ainsi , les astronomes ne se contredisent point n disant que le méridien est renfermé dans la sphère , ou, e qui est synonyme , que la terre est aplatie aux pôles. Tel est le précis de l'éclaircissement que m'a envoyé un [Stronome plein de clarté et de politesse, que j'eusse nomp s'il me l'eût permis.

J'ai été induit en erreur par les expressions obscures es astronomes, et par l'assertion positive du père Renault, citée note 5, page 486, qui suppose , d'après Casai, que les degrés du méridien augmentent en allant ers les pôles; « De sorte, dit-il, que le circuit d'un méridien de la terre doit surpasser le circuit de son équateur d'environ 50 lieues. » D'où il conclut, avec Cassini, que la terre est allongée aux pôles.

! Ce qu'il y a de singulier , c'est que Cassini, dans le voîme de l'Académie cité par le père R.eghauli , suppose au antraire que les degrés du méridien diminuent en allant ers les pôles. Depuis, il changea de principe et de conjkjuence, avec les académiciens modernes. 11 semble que les vérités les plus simples soient les plus iffîciles à saisir. En toutes choses les éléments sont loueurs prêts à nous échapper. Fonteneîîe , à qui on ne peut sfuser la sagacité géométrique , avait tiré une conséquence pposée à celle de Cassini , et semblable à la mienne. Les cadémiciens de son temps avaient trouvé que les degrés u méridien allaient en diminuant vers le pôle nord; il en inclut que la terre y était aplatie. Les académiciens moernes ont trouvé que les degrés y allaient en augmentant; en ai conclu qu'elle y était allongée.

A la vérité, Fontenetle se rétracta, d'après un mémoire je lui écrivit Abauzit, ami de Newton : pour moi, en connaissant que les académiciens modernes ne se sont oint contredits, il m'est impossible de conclure comme ix. Il me suffît que les 55 degrés du méridien qui partent a 55e degré soient plus grands que ceux de la sphère, Dur en conclure qu'ils en sortent , et que la terre n'est 's aplatie aux pôles : mon objection reste dans toute sa rce pour un segment du méridien comme pour le méricn entier. La courbe polaire de 55 degrés est plus grande l'un arc de la sphère de 55 degrés, puisqu'elle est apiyée sur la même corde, et que ses degrés sont plus •ands. La courbe polaire est donc saillante hors de son •c sphérique, et la terre est allongée au pôle. Quant aux 54 degrés du méridien qui sont plus petits ie ceux de la sphère, ils ma deviennent inutiles. Cepenmt je n'admets point que le premier degré du méridien >:t plus petit qu'un degré de l'équateur , au point où ces ux cercles se croisent. J'en exposerai ailleurs des raisons 'oméîriques, d'une manière, je l'espère, à me mériter Estime des savants qui ont cherché h m' éclairer. Quant aux raisons physiques, j'en ai en grand nombre. î compte les joindre à celles par lesquelles j'ai montré la rculation semi-annuelle des mers et semi diurne des apées, par les fontes semi-annuelles et semi-journalières îs glaces polaires. Quoiqu'il semble impossible de rien

ajouter à celles-ci , j'en ai encore plusieurs de différents genres qui ne sont pas moins évidentes. Pour mettre le lecteur à portée d'en juger, je ne lui citerai que celle-ci:

Il est connu de tous les habitants des bords de la mer, que les hivers y sont plus doux et les étés plus froids que daus l'intérieur des terres. J'ai vu , sur les côtes de Normandie, les figuiers passer l'hiver en plein air, tandis que dans cette saison on est obligé de les empailler à Paris, quoique cette ville soit dans une latitude plus méridionale ; d'un autre côté, dans l'été les figues mûrissent moins vite et moins bien , et les primeurs en tous genres sont plus tardives sur les côtes de Normandie qu'à Paris. C'est la douceur de l'hiver qui entretient en Angleterre la verdure perpétuelle des beaux gazons. La fraîcheur de l'été y contribue pareillement ; mais, d'un autre côté, elle ne permet pas aux raisins et à plusieurs autres fruits d'y bien mûrir, quoiqu'ils viennent à leur perfection aux mêmes latitudes dans l'intérieur de la France.

Les physiciens ont attribué la tiédeur des hivers et la fraîcheur des étés , sur les bords de la mer , aux vapeurs de l'eau ; mais ce qu'ils n'ont pas remarqué , et ce qui est très remarquable , c'est que ces effets n'arrivent que sur les bords de la mer Atlantique. L'hiver est fort rude sur les bords de la mer Baltique, qui gèle, tous les ans, en tout ou en grande partie ; il en est de même des lacs de la Laponie. Cependant la mer Atlantique ne gèle jamais sur les côtes de la Norwège , située dans les mêmes latitudes. Il y a plus : la mer Atlantique est , par les qualités de ses eaux, plus froide que la Baltique; car elle est salée, et la Baltique ne l'est pas. Le sel est de sa nature très froid, puisqu'on l'emploie , en été , à la fabrication des glaces. Pourquoi donc la mer Atlantique, quoique salée, est-elle plus tiède en hiver que la mer Baltique, qui gèle aux mêmes latitudes, et dont les eaux sont douces, si ce n'est vers son embouchure dans l'Atlantique, où elles sont un peu salées, et où elle ne gèle jamais? D'un autre côté, pourquoi fait-il plus froid en été sur les rivages de l'Atlantique que sur ceux de la Baltique et dans le continent, comme on le voit par les exemples que j'ai cités, et par celui des îles Orcades et de l'Islande , où les moissons mûrissent fort rarement, quoique l'hiver y soit tempéré; tandis qu'on en recueille d'abondantes à Stockholm , à Pétersbourg, et dans les latitudes du continent encore plus septentrionales , où l'hiver est fort âpre ?

Pour résoudre ce double problème de la tiédeur des eaux de l'Atlantique en hiver et de la fraîcheur de se, eaux en été, et des qualités qui en résultent par son atmosphère pour la température de ses rivages, il faut recourir au principe que j'ai posé , que l'Océan descend alternativement des deux pôles allongés du globe. Dans notre hivers l'océan fluide descend de l'océan glacé du pôle sud , qui a alors quatre à cinq mille lieues de circonférence , par l'action du soleil qui en fond les glaces depuis l'équinoxe de septembre jusqu'à celui de mars. Ces fontes australiennes descendent vers la ligne, entraînant avec elles, dans toute la circonférence du pôle sud , des glaces qui parviennent quelquefois au 42e degré sud , ayant encore à cette latitude 2 à 500 pieds de hauteur. Ces fontes, si abondantes, poussent les eaux de la zone torride vers le uord. Les eaux torridiennes , malgré leur salure, échauffées entre les tropiques par l'action perpétuelle du soleil, remontent bien avant vers le nord, et attiédissent, chemin faisant, les rivages qu'elles baignent et l'atmosphère qui les environne. Celles qui se sont engagées dans le canal de l'Atlantique s'avancent jusqu'au 65° degré, où cessent les marées dans notre hiver. Quelques degrés plus loin , les brumes

NOTES DE L'AUTEUR

qui s'en exhalent se changent sans cesse en congélations sur les flancs du pôle nord, et y préparent les glaces monstrueuses qui doivent en descendre au printemps. Ainsi , la chaleur de l'océan Atlantique dans la zone torride est cause en hiver de la tiédeur du même océan dans la zone tempérée, et de sa solidité en glace dans la zone glaciale. Au contraire , en été , cet océan glacial du pôle nord venant à se fondro par le retour du soleil , depuis l'équinoxe de mars jusqu'à celui de septembre, ses eaux entraînent avec elles des flottes de glaces de 1 2 et de 1 5î)0 pieds de hauteur, et de deux à trois journées de navigation, jusqu'au 52e degré. Elles refroidissent sans cesse, par leurs eaux fraîches et leur atmosphère brumeuse, les îles et les rivages de l'Atlantique, et nous occasionnent quelquefois, dans la continent, des jours bien froids au milieu de juillet. Ainsi, le froid de l'océan Glacial d'où s'écoule l'Atlantique est cause, en été, de la froideur du même océan dans la zone tempérée, et de sa température fraîche dans la zone torride , où s'élèvent sans cesse , dans cette saison , des pluies et des orages qui vont rafraîchir les rivages brûlants de l'Afrique et de l'Amérique.

Ces diverses températures de la mer Atlantique s'appuient d'une expérience remarquable citée par M. Pennant dans son Nord du globe , tome Ier, page 555. Il dit que le docteur Blagden a éprouvé que, dans le mois d'avril, à 55 degrés de latitude nord et à 76 de longitude, à l'ouest de Greenwich, la chaleur du courant qui venait du golfe du Mexique était de 6 degrés plus forte que celle de l'eau de la mer en dehors de ce courant. C'est que la mer Atlantique, qui commençait à descendre du pôle nord, participait de la froidure de ses glaces , tandis que le courant du Mexique venait du midi en remontant au nord par l'action du courant général qui donne les marées, parla réaction de ses contre-courants latéraux.

On peut résoudre , par cette grande loi de la fonte alternative des glaces du pôle sud et du pôle nord , une multitude de problèmes qui regardent les diverses températures des lieux situés dans le même climat, et expliquer, par exemple , pourquoi les hivers sont plus froids et les étés moins chauds sur les rivages du Canada que sur ceux de la France ; pourquoi les îles Antilles sont plus fraîches, en été et en hiver , que les iles de l'océan Indien sous les mêmes parallèles , comme on en peut juger d'ailleurs par la couleur de leurs habitants et les différentes qualités de leurs végétaux. Cette différence de températures vient uniquement de celle de leurs mers. Si la terre a des causes particulières de froid par l'élévation de son sol et ses montagnes à glace , et des causes de chaleur par ses zones sablonneuses et ses montagnes à feu, la mer a aussi les siennes par ses courants froids et ses glaces flottantes qui descendent des pôles, et par ses courants chauds qui viennent de la zone torride : les premières sont fixes , et les secondes sont mobiles , mais d'un plus grand effet, parcequ' elles étendent plus loin leur influence dans l'atmosphère. C'est l'histoire de la mer qui peut donner l'histoire de la terre. La mer a donné à la terre ses sables, ses pierres calcaires , ses marbres , les couches de ses argiles, ses baies, ses caps, et la plupart de ses îles. Elle lui donne encore ses températures, ses nuages, ses vents, ses neiges, ses pluies, ses glaciers, ses lacs, ses fleuves, et par conséquent les causes premières de sa végétation, de sa navigation, de ses pêches et de son commerce. Ces phénomènes, ces météores, toutes ces harmonies, si constantes et si variées, dépendent uniquement des fontes alternatives des deux océans glacés qui couvrent les pôles , et qui n'en pourraient pas descendre si les pôles étaient aplatis. Je viens

d'en rapporter une nouvelle preuve, qui explique pourquoi l'hiver est plus doux et l'été plus froid sur les rivages de la mer que dans l'intérieur du continent. 11 m'en reste d'au 1res qui ne sont pas moins intéressantes. J'espère les joindre aux anciennes , si Dieu m'en donne le loisir et la grâce. J'ornerai encore de quelques fleurs le berceau de cette vérité naissante , exposée aux portes de nos académies repoussée par elles , mais qui , recueillie par des cultiva teurs, des voyageurs, des pêcheurs , et favorisée du ciel s'élèvera un jour sur les débris des systèmes savants, el présidera sur le globe à l'étude de la nature.

Suivant les botanistes , le lis n'a point de calice ; il u'î qu'une corolle pluripétale. Ils appellent les fleurs des corolles , et les étuis des fleurs des calices : c'est évidemmeni par un abus des termes. Càlix, en grec et en latin, veu dire une coupe; etcorolla, une petite couronne. Or, une infinité de fleurs , comme les cruciées, les papilionacées les fleurs en gueule, et une multitude d'autres, ne son point faites en couronne, ni leurs étuis en calice. J' assurer que si les botanistes avaient donné le simple non d'étui ou d'enveloppe aux parties de la floraison qui protègent la fleur avant son développement, ils auraient été sui la route de plus d'une découverte curieuse. Cette impro priété de termes élémentaires dans les sciences est la pre mière entorse donnée à la raison humaine; elle la met dès les premiers pas, hors du chemin de la nature. Voya Étude XI.

7 page 160.

Quelques écrivains ont fait parmi nous l'éloge de druides. Je leur opposerai, entre autres témoignages celui des Romains, qui, comme on sait, étaient très tolé rants sur la religion. César dit , dans ses Commentaires que les druides brûlaient des hommes en l'honneur de dieux, dans des paniers d'osier; et qu'au défaut de cou pables, ils prenaient des innocents. Voici ce qu'en di Suétone dans la vie de Claude : « La religion des druides » trop cruelle à la vérité, et qui, du temps d'Auguste y> avait été simplement défendue, fut par lui entièremen » abolie. «Hérodote leur avait fait, long-temps auparavant le même reproebe. On ne peut opposer à l'autorité de (roi empereurs romains et du père de l'histoire que celle d; roman de l'Aslrée. N'avons-nous pas assez de nos fautes sans nous charger de justifier celles de nos ancêtres? Ai fond ils n'étaient pas plus coupables que les autres peuples qui tous ont sacrifié des hommes à la Divinité. Plutarqu reproche aux Romains eux-mêmes d'avoir immolé , dès le premiers temps de la république , deux Gaulois et deu Grecs qu'ils enterrèrent tout vifs. Est -il donc possible qu le premier sentiment de l'homme dans la nature ait ét celui de la terreur, et qu'il ait cru au diable avant d croire en Dieu? Ohl non. C'est l'homme qui partout; égaré l'homme. Un des bienfaits de l'Évangile a été d détruire , dans une grande partie du monde , ces dogme et ces sacrifices inhumains.

8 page 160.

On a exprimé , au sujet des effets de l'électricité , un pensée assez impie , dans un vers latin dont le sens est qu l'homme a désarmé la Divinité. Le tonnerre n'est poir un instrument particulier de la justice divine. Il est néces saire au rafraîchissement de l'air clans les chaleurs de l'étt Dieu a permis à l'homme d'en disposer quelquefois, connu il lui a donné le pouvoir de faire usage du feu, de traverse

NOTES DE

s mers, et de se servir de tout ce qui existe dans la najire. C'est la mythologie des ancieus qui, nous représenut toujours Jupiter armé du foudre , nous en inspire tant b frayeur. Il y a dans l'Écriture sainte des idées de la ;vinité bien plus consolantes, et une bien meilleure phyr]iie. Je puis me tromper, mais je ne crois pas qu'il y ait b seul endroit où elle nous parle du tonnerre comme un instrument de la justice divine. Sodome fut détruite pr une pluie de feu et de soufre. Les dix plaies dont l'Érpte fut frappée furent la corruption des eaux, les repïes, les moucherons, les grosses mouches, la peste, les iicères, la grêle, les sauterelles, les ténèbres très épaisses, la mort des premiers-nés. Coré, Dathan et Abiron fu- Int dévorés par un feu qui sortit de la terre. Lorsque les raélites murmurèrent dans le désert de Pharan , « une flamme du Seigneur, s'étant allumée contre eux, dévora tout ce qui était à l'extrémité du camp \ » Dans les enaces faites au peuple , dans le Lèvitique , il n'est point nié du tonnerre. Au contraire, ce fut au bruit des tonnes que la loi que Dieu donna à son peuple, sur le mont naï , fut promulguée. Enfin , dans le beau cantique où miel invite tous les ouvrages du Seigneur à le louer, il Appelle les tonnerres ; et il n'est pas inutile de remarquer l'il comprend dans son invitation tous les météores qui firent dans l'harmonie nécessaire de l'univers. Il les quaie du titre sublime de puissances et de vertus du Seiram. Voyez Daniel, ch. m.

Voyez James Seeverel, Délices de l'Ècosse , tome VII, ge \ iOo. Il dit encore, page 1421 , que dans l'île Po- :>ne ou de Mainïand , la plus grande des Orcades , il y a nord de la partie orientale un promontoire fort haut , ;< les marées qui viennent du nord-ouest donnent avec tant de violence , que les flots s'élèvent encore plus haut nue lui; » et, page i 424 , qu'entre Phara et Heth, les îs septentrionales de ces îles , « la marée tient un cours tout singulier, montant du sud-est au nord-est pendant trois heures seulement, et descendant pendant neuf heures entières au sud-ouest, a

Réfléchissez sur celte haute marée du nord-ouest, et sur ' te autre qui vient du nord-est pendmt neuf heures , et ù y remonte seulement pendant trois, vous verrez l'ac- Ip directe de la fonte des glaces du pôle nord sur les Ori les, et sa réaction qui s'affaiblit à mesure qu'elle remonte "s sa source. Mais je suis convaincu que ces marées sepîtrionales des Orcades n'arrivent jamais que l'été , lorsie le soleil échauffe le pôle nord, et que, l'hiver, les urants du pôle sud doivent y produire des effets tout i Hraires.

Les prêtres de l'Egypte assuraient , suivant Hérodote , 'ele soleil avait plusieurs fois changé de cours: ainsi itre hypothèse n'a rien de nouveau. Ils en avaient peut- 1 e tiré les mêmes conséquences. Ce qu'il y a de certain, st qu'ils croyaient que la terre périrait un jour par un bendie général , comme elle avait péri par un déluge 'iversel. Je crois même que ce fut un de leurs rois qui, i is l'alternative de l'un ou de l'autre événement , fit bâtir ' ix pyramides , l'une de brique , pour échapper au feu, htre de pierre, pour se préserver de l'eau. L'opinion <in incendie futur de la nature est répandue chez beauup de nations. Mais de si terribles effets, qui résulte-

Nombres , chap. xi.

raient bientôt des causes mécaniques par lesquelles l'homme tâche d'expliquer les lois de la nature , ne peuvent arriver que par l'ordre immédiat de la Divinité. Elle conserve ses ouvrages avec la même sagesse qu'elle les a créés. Les astronomes observent depuis un grand nombre de siècles le mouvement annuel de la terre dans l'écliptique , et jamais ils n'ont vu le soleil en-deçà ou au-delà des tropiques seulement d'une simple seconde. Dieu gouverne le monde par des puissances mobiles , et il en tire des harmonies invariables. Le soleil ne parcourt ni l'équateur, où il remplirait la terre de feux, ni le méridien, où il l'inonderait d'eaux ; mais sa route est tracée dans l'écliptique , où il décrit une ligne spirale entre les deux pôles du monde. Il répand , dans sa course harmonique , le froid et le chaud , la sécheresse et l'humidité; et il fait résulter de ces puissances destructibles , chacune en particulier , des latitudes si variées et si douces par toute la terre , qu'une infinité de créatures d'une délicatesse extrême y trouvent tous les degrés de température convenables à leur fragile existence.

11 page 179.

Je trouve un témoignage historique en faveur de cette hypothèse dans l'Histoire de la Chine, par le père Martini, livre I: « Sous le règne d'Yaus, septième empereur, les » annales du pays rapportent que le soleil fut dix jours » sans se coucher , et qu'on craignit un embrasement uni- » versel. » 11 en résulta au contraire un déluge qui inonda toute la Chine. L'époque de ce déluge chinois et celle du déluge universel sont du même siècle. Yaus naquit 2358 ans avant Jésus-Christ, et le déluge universel arriva 2548 avant la même époque, suivant les Hébreux. Les Égyptiens avaient aussi des traditions sur ces anciennes altérations du cours du soleil.

J'ai vu , à l'Ile-de-France , de ces grands bancs de madrépores , de sept à huit pieds de hauteur , semblables à des remparts, restés à sec à plus de trois cents pas du rivage. L'Océan a laissé dans toutes les terres des traces de ses anciennes excursions. On trouve dans les falaises du pays de Caux une très grande coquille des îles Antilles appelée la tuilée ; dans les vignobles de Lyon , celle qu'on appelle le coq et la poule, qu'on n'a pêchée vivante dans aucune mer qu'au détroit de Magellan ; des dents et des mâchoires de requins dans les sables d'Étampes... Nos carrières sont pleines des dépouilles de l'océan méridional. D'un autre côté, suivant les Mémoires du père Le Comte, jésuite, il y a à la Chine des couches de terre végétale de trois à quatre cents pieds de profondeur. Ce missionnaire leur attribue , avec raison , l'extrême, fécondité de ce pays. Nos meilleurs terrains en Europe n'en ont pas plus de trois ou quatre pieds. Si nous avions des cartes géographiques qui représentassent les différentes couches de nos coquillages fossiles, on pourrait y reconnaître les directions et les foyers des anciens courants qui les ont apportés. Je n'étendrai pas cette vue plus loin ; mais en voici une autre qui peut présenter de nouveaux objets de curiosité aux savants qui font plus de cas des monuments des hommes que de ceux de la nature. C'est que, comme on trouve dans les fossiles de nos contrées occidentales une multitude de monuments de la mer, on pourrait peut-être rencontrer ceux de notre ancienne terre dans ces couches de terre végétale de trois à quatre cents pieds d'épaisseur, des contrées orientales. D'abord, il est certain, d'après le témoignage du même missionnaire que je viens de citer, que le charbon de terre est si commun à la Chine, que la plupart des Chi-

NOTES DE L'AUTEUR

nois n'emploient pas d'autre matière pour se chauffer. Or, on sait que le charbon de terre doit son origine à des forêts qui ont été ensevelies dans le sein de la terre. On pourrait donc trouver, au milieu de ces débris de végétaux, ceux des animaux terrestres, des hommes, et des premiers arts du monde qui avaient quelque solidité.

13 page 181.

Quoique le sens que je donne à ce passage ne diffère pas beaucoup de celui que lui donne M. de Sacy dans sa belle traduction de la Bible, il y a cependant plusieurs expressions auxquelles je donne un sens opposé à celui de ce savant homme.

1 0 Ostium veut proprement dire des ouvertures , des dégorgeoirs, des écluses, des portes , des embouchures, et non pas des barrières , comme l'a traduit Sacy. Observez que le sens de ce verset et celui du suivant conviennent admirablement à l'état de contrainte et d'inertie où la mer est retenue sur les pôles, environnée de nuées et d'obscurité, comme un enfant de bandelettes dans son berceau. Ils expriment encore les brouillards qui environnent la base des glaces polaires , comme le savent tous les marins du nord. 2° Les épithètes précédentes, de fondements de la terre, de bases consolidées, de points d'où l'on a dirigé les niveaux, d'écluses d'où la mer sort comme d'une matrice? déterminent particulièrement les pôles du monde , d'où les mers s'écoulent sur le reste du globe. L'épithète de pierre angulaire semble aussi désigner d'une manière plus particulière notre pôle , qui se distingue, par son attraction magnétique , de tous les points de la terre.

'4 page 181.

Aurorœ locum suum , le lieu de l'aurore. Peut-être est-il question ici de l'aurore boréale. Le froid des pôles produit l'aurore, car il n'y en a presque point entre les tropiques. Ainsi le pôle est proprement le lieu naturel de l'aurore. Le verset suivant, tenuisti canadiens extrema terrœ, caractérise évidemment les effusions totales des glaces polaires situées aux extrémités de la terre, qui occasionnèrent le déluge universel.

15 page 181.

Bestituetur ut lutum signaculum.Ce verset est fort obscur dans la traduction de Sacy. Il me paraît désigner ici les coquillages fossiles, qui sont par toute la terre les monuments du déluge.

,6 page 181.

In novissimis abyssi, aux sources de l'abîme. Sacy a traduit : dans les extrémités de l'abîme. Il fait disparaître la consonnance de cette expression avec celle des autres caractères polaires, si clairement exposés auparavant, et l'antithèse de novissima avec celle de nrofunda maris qui la précède , en lui donnant le même sens. L'antithèse est une figure fréquemment employée par les Orientaux , et surtout dans le livre de Job. JSovissima abijssi signifie littéralement les lieux qui renouvellent l'abîme , les sources de la mer , et par conséquent les glaces polaires.

'7 page 181.

Pcrtœ morlis , et ostia tenebrosa , les portes de la mort, ces dégorgeoirs ténébreux. Les pôles, qui sont inhabitables, sont vraiment les portes de la mort. L'épithète de ténébreux désigne ici les nuits de six mois qui y régnent. Ce sens est encore confirmé dans les versets suivants par locus tenebrarum, le lieu des ténèbres, et par ihesauros nivis ,

les réservoirs de la neige. Les pôles sont à la fois le lieu

des ténèbres et celui de l'aurore.

18 page 181.

Latitudinem terrœ. Mot à mot : Avez-vous considéré ls latitude de la terre ? En effet , tous les caractères du pôU ne pouvaient être connus que de ceux qui avaient parcourt la terre en latitude. Il y avait, du temps de Job, beaucoup de voyageurs arabes qui allaient à l'orient , à l'occident ei au midi , mais fort peu qui eussent voyagé au nord, c'est à-dire en latitude.

«9 page 182.

Spon, sans doute , n'y pense pas, en soupçonnant qu< l'art ait pu aider la nature dans la construction de cin< canaux souterrains , chacun de dix milles de long , à tra vers un rocher. Ces canaux souterrains se rencontrer] fréquemment dans les pays de montagnes , comme j'ei pourrais citer mille exemples. Ils servent à la circulalioi des eaux , qui ne pourraient autrement en traverser le chaînes. La nature perce les rochers, et y fait passer le fleuves , comme elle a percé plusieurs os du corps humai pour la communication des veines. Je laisse le lecteur su cette nouvelle vue. J'en ai dit assez pour le convaincre qu ce globe n'est pas l'ouvrage du désordre et du hasard.

Je finirai ces observations par une réflexion sur les deu voyageurs que je viens de citer; elle pourra être utile nos mœurs. Spon était Français, et George Whcler Ar glais. Ils voyagèrent eu société dans l'Archipel. Le premi( nous en a rapporté beaucoup d'inscriptions et d epitaphi grecques , et nos savants du dernier siècle l'ont fort vant L'autre nous a donné les noms et les caractères de beai coup de plantes fort curieuses qui croissent sur les ruin de la Grèce, et qui jettent, à mon gré, un intérêt fo touchant dans ses relations : il est peu connu parmi nou Suivant les titres que l'un et l'autre se donnent, Jacc Spon était médecin agrégé de Lyon , et fort curieux d monuments des hommes ; George Wheler était genti homme , et enthousiaste de ceux de la nature. Il semb que leurs goûts devaient être tout-à-fait différents ; que gentilhomme devait aimer les monuments , et le médeci les plantes ; mais , comme nous le verrons dans la suite i ces Éludes , nos passions naissent des contraires , et soi presque toujours opposées à nos états. C'est par une stii de celte loi harmonique de la nature que , quoique | voyageurs fussent l'un Anglais et l'autre Français , ils v< curent dans la plus parfaite union. Je remarque à le louange qu'ils se sont cités mutuellement avec éloge. M nistres d'éiat , voulez-vous former des sociétés qui soie bien unies entre elles , ne mettez pas des académiciens av des académiciens , des militaires avec des militaires , d marchands avec des marchands, des moines avec des ni' nés; mais rapprochez les hommes d'états opposés, etvoi verrez régner entre eux l'harmonie; pourvu toutefois qi vous en écartiez les ambitieux, ce qui n'est pas aisé, pui que l'ambition est un des premiers vices que nous inspi notre éducation.

20 page 205.

Plus d'un gourmand a déjà fait cette observation, ma en voici une à laquelle peu d'hommes s'arrêtent: c't qu'en tout genre , et par tout pays , les choses les pli

communes sont les meilleures.

" page 207.

De toutes les corruptions , celle de la chair humaine <

NOTES DE

[a plus dangereuse. En voici un effet bien étrange, que rapporte Carcilasso de la Vega, dans son Histoire des guerres civiles des Espagnols dans les Indes, partie h, tome I, chap. xlii. Il observe d'abord que les Indiens des jiles de Barlovento envenimaient leurs flèches , en en mettant les pointes dans des corps morts ; et il ajoute ensuite: je Je rapporterai ce que j'ai vu arriver de l'un des quar- L tiers du corps de Carvajal, qu'on avait mis sur le chej!> min de Collasuyu , qui est au midi de Cusco. Nous sorti fîmes un dimanche , pour aller à la promenade , dix ou

> douze écoliers que nous étions, tous mestifs, c'est-à-dire

j> fils d'Espagnols et d'Indiennes, dont le plus âgé n'avait <

> pas douze ans. Ayant aperçu à la campagne un des quar- |> tiers du corps de Carvajal , il nous prit envie de l'aller ï voir; et, nous en étant approchés, nous trouvâmes que j> c'était une de ses cuisses dont la graisse était coulée à I terre. La chair en était verdâtre et toute corrompue, i Comme nous regardions cet objet funeste , l'un des plus ' hardis d'entre nous se mit à dire : Je gage que personne

ne l'oserait toucher. Un autre dit que si. Enfin le plus i hardi de tous, qu'on appelait Barthélémy Monedero, ' croyant faire une action de courage , enfonça le pouce

de sa main droite dans cette cuisse corrompue , où il l entra tout entier. Cette action nous étonna tous si bien, ; que nous nous éloignâmes de lui, de peur d'en être in-' i> fectés , en lui criant : O le vilain ! Carvajal te paiera de ;> ton effronterie. Cependant il s'en alla droit à un ruis- 9 seau qui était là tout auprès , où il se lava la main plu- : sieurs fois , et se la frotta de boue , puis s'en retourna en i son logis. Le lendemain il revint à l'école, où il nous i montra son pouce, qui s'était extrêmement enflé; mais !> sur le soir toute la main lui vint grosse jusqu'au poignet,

> et le jour d'après, qui était le mardi , elle s'enfla jus-

> qu'au coude , tellement que la nécessité le contraignit » d'en dire la cause à son père. On appela d'abord les mé- ' decins, qui lui bandèrent étroitement le bras, et le ' lièrent au-dessus de l'enflure , y apportant tous les remèdes qu'ils jugèrent pouvoir servir de contre-poison. Avec tout cela néanmoins, peu s'en fallut que le malade n'en mourût ; et il ne réchappa qu'avec beaucoup de peine, après avoir été quatre mois entiers sans tenir la plume à la main , tant il l'avait faible. »

On peut conclure de cet événement combien les émalations putrides de nos cimetières sont dangereuses pour es habitants des villes. Nos églises de paroisse, où l'on nterre tant de cadavres , se remplissent d'un air si corompu, surtout au printemps, lorsque la terre vient à 'échauffer, que je les regarde comme une des principales ources des petites véroles et des fièvres putrides qui régnent dans cette saison. Il en sort alors une odeur fade qui oulève le cœur. Je l'ai éprouvé, notamment dans quelues unes des principales églises de Paris. Cette odeur est ien différente de celle que produit la foule des hommes liants, car on ne sent rien de semblable dans les églises es couvents, où l'on n'enterre que peu de monde.

11 serait digne de la curiosité des anatomisîes d'examier pourquoi la putréfaction des corps détruit l'économie nimale de la plupart des êtres , et pourquoi elle ne déange point celle des bêtes carnassières. Beaucoup d'espèces 'insectes et de poissons se nourrissent de cadavres. Je emarque que la plupart de ces animaux n'ont point de <ng , qui est le premier fluide qui soit affecté par la cornplion , et que les ouvertures par où ils respirent ne sont oint les mêmes que celles par où ils mangent. Mais ces ai.sons ne peuvent s'appliquer aux vautours, aux coraux , etc.

L'AUTEUR. m

Je présume que c'est une espèce particulière d'araignée. Je crois qu'il y en a d'autant d'espèces qu'il y en a de cel'es des insectes. Elles ne tendent pas toutes des filets; il y en a qui attrapent leur proie à la course ; d'autres leur dressent des embuscades. J'en ai vu une à Malte très singulière, et qui est fort commune dans toutes les maisons. La nature a donné à cette araignée de ressembler par la tête et par la partie antérieure du corps à une mouche. Lorsqu'elle aperçoit une mouche sur un mur, elle s'en approche d'abord fort vite, en observant toujours de se mettre au-dessus d'elle. Quand elle en est à cinq ou six pouces, elle s'avance fort lentement, en lui présentant une ressemblance trompeuse; et, lorsqu'elle n'en est plus éloignée quô de deux ou trois pouces, elle s'élance tout-àcoup sur elle. Ce saut, fait sur un plan perpendiculaire, devrait la précipiter à terre : point du tout. On la revoit toujours sur le mur, soit qu'elle ait manqué ou saisi sa proie , pareequ'avant de s'élancer , elle y attache un fil qui l'y ramène. Philosophes cartésiens, regardez donc les bêtes comme des machines !

Les politiques , en classant les gouvernements par ces ressemblances extérieures de formes, ont fait comme les botanistes, qui comprennent dans la même catégorie les plantes qui ont des fleurs ou des feuilles semblables , sans avoir égard à leurs vertus. Ceux-ci ont mis dans la même classe le chêne et la pimprenelle ; ceux-là , la république romaine et celle de Saint-Marin. Ce n'est pas ainsi qu'on doit observer la nature : elle n'est partout que convenance et harmonie. Ce ne sont pas ses formes, c'est son esprit qu'il faut étudier.

Si dans l'histoire d'un peuple vous ne faites pas attention à sa constitution morale et intérieure , dont presque aucun historien ne s'occupe , il vous sera impossible de concevoir comment des républiques bien ordonnées en apparence se sont ruinées tout-à-coup; comment d'autres, au contraire, où tout paraît dans l'agitation, deviennent formidables ; d'où vient la durée et le pouvoir des états despotiques, si décriés par nos écrivains modernes; et d'où vient enfin qu'après ces beaux règnes de Marc-Aurèle et d'Antonin , qu'ils ont si vantés, l'empire romain acheva de s'écrouler. C'est, je l'ose dire, pareeque ces bons princes ne songèrent qu'à conserver la forme extérieure du gouvernement. Tout était tranquille autour d'eux ; il y avait une forme de sénat ; le blé ne manquait point à Rome ; les garnisons dans les provinces étaient bien payées. Point desédition, point de troubles ; tout allait bien en apparence ; mais pendant cette léthargie les riches augmentaient leurs grandes propriétés , le peuple perdait les siennes; les emplois s'accumulaient dans les mêmes familles. Pour avoir de quoi vivre , il fallait s'attacher aux grands : Rome ne renfermait plus qu'un peuple de valets. L'amour de la patrie s'éteignait. Les malheureux ne savaient de quoi se plaindre. On ne leur faisait point de tort. Tout était dans l'ordre ; mais , par cet ordre , ils ne pouvaient plus parvenir à rien. On n'égorgeait pas les citoyens comme sous Marius et Sylla , mais on les étouffait.

Dans toute société humaine il y a deux puissances, l'une temporelle, et l'autre spiritueîle.Yous les retrouverez dans tous les gouvernements du monde , en Europe, en Asie, en Afrique et eu Amérique. Le genre humain est gouverné comme le corps humain. Ainsi l'a voulu l'auteur de la nature, pour la conscivation et le bonheur des hommes.

NOTES DE L'AUTEUR

Lorsque les peuples sont opprimés par la puissance spirituelle, ils se réfugient auprès de la temporelle; quand celle-ci les opprime à son tour , ils ont recours à l'autre. Quand toutes deux s'accordent pour les rendre misérables, alors naissent en foule les hérésies, les schismes, les guerres civiles, et une multitude de puissances secondaires qui ba lancent les abus des deux premières , jusqu'à ce qu'il en résulte enfin une apathie générale, et que l'état se détruise. Nous approfondirons ce grand sujet tout-à-l'heure , en parlant de la France. Nous verrons que, quoiqu'il n'y ait de droit qu'une puissance , il y en a en effet cinq qui la gouvernent.

24 page 226.

Ce jugement des nègres modernes leur fait beaucoup d'honneur. Ils sentent le prix inestimable des lumières ; mais s'ils avaient vu en Europe le sort de la plupart des gens de lettres, et celui des gens qui y ont de l'or, ils auraient renversé leur tradition.

Des opinions semblables se retrouvent chez les autres noirs de l'Afrique, et entre autres chez les noirs des îles du cap Vert , comme on peut le voir dans l'excellente relation que George Roberts nous en a donnée. Cet infortuné navigateur se réfugia dans celle de Saint- Jean, où il reçut de la part de ses habitants les preuves les plus touchantes de générosité et d'hospitalité, après avoir éprouvé un traitement atroce de la part des pirates anglais, ses compatriotes , qui lui pillèrent son vaisseau.

Cependant , il faut l'avouer, si quelques peuplades de l'Afrique nous surpassent en qualités morales , en général les nègres sont très inférieurs aux autres nations par celles de l'esprit. Ils n'ont pas encore eu l'industrie de dompter l'éléphant comme les Asiatiques. Ils n'ont perfectionné aucune espèce de culture. Ils doivent* celle de la plupart de leurs végétaux alimentaires aux Portugais et aux Arabes. Us n'exercent aucun des arts libéraux, qui faisaient cependant des progrès chez les habitants du Nouveau-Monde , bien plus modernes qu'eux. Ils sont dans une partie du continent d'où ils pouvaient aisément pénétrer jusqu'en Amérique, puisque les vents d'est les y portent , vent arrière ; et ils n'avaient pas même découvert les îles qui sont dans leur voisinage, telles que les iles Canaries et celles du cap \ert. Les puissances noires de l'Afrique n'ont jamais eu l'esprit de construire un brigantin. Loin de s'étendre au dehors, elles ont laissé les peuples étrangers s'emparer de toutes leurs côtes. Car dans les anciens temps , Jes Egyptiens et les Phéniciens se sont établis sur leurs côtes orientales et septentrionales, qui sont aujourd'hui au pouvoir des Turcs et des Arabes; et depuis quelques siècles, les Portugais , les Anglais , les Danois , les Hollandais et les Français se sont saisis de ce qui en restait à l'orient, au midi et à l'occident, uniquement pour avoir des esclaves. Il faut, après tout, qu'une Providence particulière préserve le patrimoine de ces enfants de Chanaan de l'avidité de leurs frères, les enfants de Sem et Japhet; car il est étonnant que nous autres surtout, fils de Japhet, qui, comme des cadets, cherchons fortune par tout le monde, et qui , suivant la bénédiction de Noé , notre père , nous logeons jusque dans les tentes de Sem , notre aîné , par nos comptoirs en Asie , nous n'ayons pas établi des colonies dans une partie de la terre aussi belle quelaNigrilie, si voisine de nous, où la canne à sucre, le café, et la plupart des productions de l'Amérique et de l'Asie, peuvent croître, et enfin où les esclaves sont tout portés.

Les politiques attribueront les différents caractères des nègres et des Européens à telles causes qu'il leur plaira.

Pour moi , je le dis du fond de mon cœur, je ne connais; point de livre où il y ait des monuments plus certains de; l'histoire des nations et de celle de la nature que la Genèse.

23 page 229.

Je citerai encore un exemple des charmes ineffables que la religion répand sur l'innocence : il est tiré d'une relation assez peu estimée de l'île de Saint-Érini (ch. xn), par le père François Richard , jésuite missionnaire ; mais où il y a des choses qui me plaisent par leur naïveté.

« Après dîner , dit le père Richard , je me retirai à » Saint-Georges, qui est l'église principale de l'île de » Stampalia. Ce fut là qu'un papa m'apporta un livre » d'Evangile, pour savoir si je lisais en leur langue aussi » bien que j'y parlais ; un autre me vint demander si notre » saint-père le pape était marié. Mais ce qui me parut plus » plaisant fut la demande d'une vieille femme , qui , après » m'avoir fort long-temps regardé, me pria de lui dire si » véritablement je croyais en Dieu et en la sainte Trinité » Oui, lui dis-je; et pour l'assurer davantage , je fis le » signe de la croix. Oh ! que cela va bien, dit-elle, que » tu sois chrétien ! Nous en doutions. Sur cela , je tirai de » mon sein la croix queje portais : cette femme, toute ravie » d'aise, s'écria : Que cherchons-nous davantage pour » savoir s'il est bon catholique , puisqu'il adore la croix ? » Après celle-ci , vint une autre à qui je demandai si elle » voulait se confesser. Eh ! quoi , dit-elle , n'y a-t-il poinl » de péché de se confesser à vous autres? Non, dis-je » car, quoique je sois Franc, je confesse en grec. Je m'er » vais le demander à notre évêque, reprit-elle. Un pei » après elle retourna toute joyeuse d'en avoir obtenu h » permission. Après sa confession, je lui donnai un Agnw » Dei, qu'elle ne manqua pas de montrer à tous, commi » une chose qu'ils n'avaient jamais vue. Incontinent je fu, » accablé d'une multitude de femmes et d'enfants qui m< » pressaient de leur en donner. Je fis réponse que ce » Jgnusne se donnaient qu'à ceux qui s'étaient confessés » ils s'offrirent , pour en avoir , de se confesser , et L » voulaient faire deux à deux : à savoir , une fille avec si » confidente, un jeune garçon avec son intime, qu'oi » appelait àhtyontidov (adelphopeithon) , frère de cou » fiance, apportant pour raison qu'ils n'avaient qu'ui » cœur, et partant rien ne devait être secret entre eux » J'eus de la peine de les séparer; toutefois ils furen » obligés d'obéir. »

On a souvent calomnié la religion, en lui attribuan nos malheurs politiques. Voici ce qu'en dit Montaigne qui a vécu au milieu de ses guerres civiles : « Confesson * la vérité : qui tireroit de l'armée mesme légitime e » moyeune ceux qui y marchent par le seul zele d'un » affection religieuse, et encore ceux qui regardent sei » lement la protection des lois de leur pays , ou servi »> du prince , il n'eu sauroit bastir une compagnie de gei » d'armes complète \ »

26 page 251.

Comme la plupart des hommes ne sont choqués d abus que dans le détail , pareeque tout ce qui est gra.ni leur impose du respect, je ne citerai ici que quelque effets de la vénalité dans la bourgeoisie. Tous les états sub alternes , subordonnés aux autres de droit , en sont de venus les supérieurs de fait , par cela seulement qu'ils son plus riches. Ainsi ce sont aujourd'hui les apothicaires qti emploient les médecins ; les procureurs , les avocats ; le

* Essais, liv. II, chap. xn, page 19, éd. d'Am. Duval. 182

NOTES DE

Inarchands , les artistes ; les maîtres maçons , les archijectes ; les libraires , les gens de lettres , même ceux de ['Académie; les loueuses de chaises iansles églises, les prédicateurs, etc.. Je n'en dirai pas davantage. On sent m cela mène. De cette vénalité seule doit s'ensuivre la j'écadence de tous les talents. Elle est, en effet, bien senible , quand on compare ceux de ce siècle à ceux du siècle 1 Louis XIV.

! Nicolas de Villebois était né en Livonie , d'une famille ji-ançaise originaire de Bretagne. 11 décida , à la bataille jle Francfort , la victoire pour les Russes, eu chargeant es Prussiens à la tête d'un régiment de fusilliers de l'arjillerie, dont il était alors colonel. Cette action , jointe à j'on mérite personnel, lui valut le cordon bleu de Saintjindré , et bientôt après la place de grand-maître de l'arliilerie , dont il était revêtu quand j'arrivai en Russie. Quoique son crédit s'affaiblît alors , ce fut lui qui m'admit u service de S. M. Catherine II, et qui me fit l'honjeur de me présenter à elle comme un des officiers de son jorps du génie. Il m'y préparait de l'avancement, conjoinpment avec le général Daniel Du Bosquet , chef du corps les ingénieurs ; ils firent l'un et l'autre tout ce qu'ils purent pur me retenir au service , en me le rendant agréable de butes les manières, et en me proposant des établissements oaorables et avantageux. Mais l'amour de ma patrie, ne j'avais servie précédemment, et le désir de la servir ucore , que des hommes à grand caractère nourrissaient e vaines espérances , me firent persister à demander mon ongé, que j'obtins en ]7G5, avec le grade de capitaine, u partir de Russie , je fis à mes frais une tentative pour

1 service de la France en Pologne , en me jetant dans le arti qu'elle protégeait : j'y courus de grands risques, uisque j'y fus fait prisonnier par le parti polonais-russe. le retour à Paris, j'ai donné des mémoires sur le Nord !ux affaires étrangères , où je présageais le partage futur e la Pologne par les puissances limitrophes. Ce partage est effectué quelques années après. Depuis, j'ai cherché bien mériter de ma patrie par mes services , tant raililires aux Iles où j 'étais capitaine ingénieur du roi , que ttéraires en France , et j'ose dire aussi par ma conduite; îais je n'ai pas encore eu le bonheur d'éprouver dans ma )rtune qu'elle eût agréé les sacrifices en tout genre que b lui avais faits.

Divide et impera , a dit , je crois , Machiavel. Jugez de bonté de cette maxime par le misérable état des pays où le est née, et où on l'a mise en pratique. Les enfants n'apprenaient, à Sparte, qu'à obéir, à mer la vertu, la patrie , et à vivre dans la plus intime nion, jusque là qu'ils étaient divisés dans leurs écoles en Jeux classes d'amants et d'aimés. Chez les autres peuples

2 la Grèce , l'éducation était arbitraire ; il y avait beau- )up d'exercices d'éloquence , de lutte , de courses ; des jrix pythiens , olympiques , isthmiques , etc. Ces frivolités s remplirent de partialité. Lacédémone leur donna à tous i loi; et pendant qu'il fallait aux premiers, lorsqu'ils liaient combattre pour leur patrie , une paye, des haranues > des trompettes et des fifres pour exciter leur couige, il fallait au contraire retenir celui des Lacédémoiens. Ils allaient au combat sans appointements, sans iscours , au son des flûtes , et en chantant tous ensemble hymne des deux frères jumeaux Castor et Pollux.

Passe pour le dieu trompeur du babil , du commerce et des filous; mais pour la sage Minerve ! Cette considération m'a engagé à substituer le nom sans reproche de Minerve à celui de Mercure , qui est dans l'édition précédente.

30 page 240.

Michel Montaigne est encore un de ces hommes qui n'ont point été élevés dans les collèges : il n'y fut du moins que bien peu de temps. U fut instruit sans châtiments corporels et sans émulation dans la maison paternelle, par le plus doux des pères , et par des précepteurs dont il a conservé précieusement la mémoire dans ses écrits. Il est devenu, par une éducation si opposée à la nôtre, un des meilleurs et des plus savants hommes de la nation.

31 page 248.

Socrate avait fait une étude particulière de la nature ; et quoique son jugement sur la durée et la conservation de ses ouvrages soit contraire à celui de notre philosophie, qui regarde surtout le globe de la terre comme dans un état progressif de ruine, il est parfaitement d'accord avec celui de l'Ecriture sainte, qui assure positivement que Dieu le répare, et avec l'expérience que nous en avons, comme je l'ai déjà fait entrevoir. 11 ne faut pas mépriser la physique des anciens , si ce n'est celle qui n'était que systématique. Nous devons nous rappeler qu'ils avaient fait la plupart des découvertes dont nous nous vantons aujourd'hui. Les philosophes toscans savaient l'art de conjurer le tonoerre. Le bon roi Numa en fit l'expérience. Tullus Hostilius voulut l'imiter, mais il en fut la victime, pour ne s'y être pas pris convenablement. {Voy. Plutarque.) Philolaûs, pythagoricien, avait dit avant Copernic que le soleil était au centre du monde ; et avant Christophe Colomb, que la terre avait deux continents , celui-ci et le continent opposé. Plusieurs philosophes de l'antiquité avaient assuré que les comètes étaient des astres qui avaient un cours régulier. Pline même dit qu'elles se dirigent toutes vers le nord, ce qui est généralement vrai. Cependant, il n'y a pas deux cents ans qu'on croyait en Europe que c'étaient des feux qui s'enflammaient dans la moyenne région de l'air. On croyait encore dans ce temps-là que c'était la mer qui fournissait l'eau des fontaines et des fleuves , en filtrant à travers les*terres, quoiqu'il soit dit , dans cent endroits de l'Écriture, que ce sont les pluies qui en entretiennent les sources. Nous en sommes convaincus aujourd'hui par des observations savantes sur les évaporations des mers. Les monuments que les anciens nous ont transmis dans l'architecture , la sculpture , la poésie , la tragédie et l'histoire, nous serviront éternellement de modèles. Nous leur devons encore l'invention de presque tous les autres arts; et il est à présumer que ces arts avaient sur les nôtres la même supériorité que leurs arts libéraux. Quant aux sciences naturelles , ils ne nous ont laissé aucun objet de comparaison; d'ailleurs, les prêtres, qui s'en occupaient particulièrement, en cachaient la connaissance au peuple. Nous ne saurions douter qu'ils n'aient eu à ce sujet des lumières qui surpassaient les nôtres. Voyez ce que le judicieux chevalier Temple dit de la magie des anciens Égyptiens.

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Voyez Flacourt , Histoire de l'île de Madagascar , chap. xliv , page 182. Vous y trouverez cette prière , embarrassée de beaucoup de circonlocutions, mais renfermant le

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sens que je rapporte. Il est bieû étrange que des nègres aient trouvé tous les attributs de Dieu dans les imperfections de l'homme. C'est avec raison que la Sagesse divine a dit elle-même qu'elle s'était reposée sur toutes les nations : et in omni icrra steti ; et in omni populo et in omni gente primatum habui*. Je crois cependant que cette prière Tient originairement des Arabes , et appartient au mahométisme, qu'ils ont introduit à Madagascar.

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Je laisse maintenant le lecteur réfléchir sur la disparition totale de ces astres. L'antiquité avait observé sept étoiles dans les Pléiades : on n'en voit plus que sis aujourd'hui. La septième disparut au siège de Troie. Ovide dit qu'elle fut si touchée du sort de cette malheureuse ville , que de douleur elle mit la main sur son visage. Je trouve dans le livre de Job un verset curieux , qui semble présager cette disparition , chapitre xxsvm , jr. 51 : JVumquid conjungere valebis micantes stellas Pleiadas , aut gyrum Arcturi poteris dissipare? « Pourrez-vous joindre » ensemble les étoiles brillantes des Pléiades , et détourner » l'Ourse de son cours? » C'est ainsi que le traduit M. Le Maistre de Sacy. Cependant , si j'ose dire ma pensée après ce savant homme , je donnerai un autre sens à la fin de ce passage. Gyrum Aj turi dissipare veut dire, selon moi, dissiper l'attraction du pôle arctique. Je répéterai ici ce que j'ai déjà observé , que le livre de Job est rempli des connaissances les plus profondes de la nature.

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C'est l'harmonie qui rend tout sensible , comme c'est la monotonie qui fait tout disparaître. Non-seulement les couleurs sont des consonnances harmoniques de la lumière ; mais il n'y a point de corps coloré dont la nature ne relève la teinte par le contraste des deux couleurs extrêmes génératives, qui sont le blanc et le noir. Tout corps se détache par la lumière et l'ombre , dont la première tire sur le blanc , et la seconde sur le noir. Ainsi , chaque corps porte avec lui une harmonie complète.

Ceci n'est pas arrivé au hasard. Si nous étions éclairés , par exemple , par un air lumineux , nous n'apercevrions point la forme des corps ; car leurs contours , leurs profils et leurs cavités seraient couverts d'une lumière uniforme, qui en ferait disparaître les parties saillantes et rentrantes. C'est donc par une providence bien convenable à la faiblesse de notre vue , que l'auteur de la nature a fait partir la lumière d'un seul poiot du ciel; et c'est par une intelligence aussi admirable qu'il a donné un mouvement de progression au soleil, qui est la source de cette lumière , afin qu'elle formât, avec les ombres , des harmonies variées à chaque instant. Il a aussi modifié cette lumière sur les objets terrestres , de manière qu'elle éclaire immédiatement et médiateraent, par réfraction et par ré;lexion , et qu'elle étend ses nuances, et les harmonie avec celles de l'ombre d'une manière ineffable.

J.-J. Rousseau me disait un jour : « Les peintres donnent » l'apparence d'un corps en relief à une surface unie; »je voudrais bien leur voir donner celle d'une surface » unie à un corps en relief. » Je ne lui répondis rien pour lors; mais ayant pensé depuis à la solution de ce problème d'optique , je ne l'ai pas trouvée impossible. Il n'y aurait, ce me semble, qu'à détruire un des extrêmes harmoniques qui rendent les corps saillants. Par exemple, pour aplanir un bas-relief, il faudrait qu'ils peignissent ses cavités de

* Ecclésiastique , ebap. xxiv , $ 9 et 10.

blanc, ou ses parties saillantes de noir. Ainsi , comme ils!; emploient l'harmonie du clair-obscur pour faire appa-| raître un corps sur une surface plane , ils pourraient sel servir de la monotonie d'une seule teinte pour faire dispa-j raître ceux qui sont en relief. Dans le premier cas , ils fonlj voir un corps sans qu'on puisse le toucher; dans le second ;( ils feraient toucher un corps sans qu'on pût le voir. Cettt magie-ci serait bien aussi surprenante que l'autre.

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Chaque organe est lui-même en opposition avec l'élément pour lequel il est destiné . en sorte que de leur op position mutuelle naît une harmonie qui constitue 1< plaisir qu'éprouve cet organe. Ceci est très remarquable . et confirme les principes que nous avons posés. Ains l'organe de la vue, ordonné principalement pour le soleil est un corps qui lui est opposé , en ce qu'il est presqui entièrement aqueux. Le soleil lance des rayons lumineux l'œil , au contraire , est entouré de cils rembrunis qu l'ombragent. L'œil est encore voilé de paupières qu' ouvre et baisse à son gré; et il oppose de plus à la blan cheur de la lumière une tunique toute noire, appelé l'uvée, qui tapisse l'extrémité du nerf optique.

Les aures parties du corps présentent de même de oppositions à l'action des é!émenls]pour lesquels elles soi ordonnées. Ainsi , les pieds des animaux qui gravisset dans les rochers ont des molettes , comme ceux des tigr< et des lions. Les animaux qui habitent les climats froi( sont revêtus de fourrures chaudes , etc. Au reste , il i faut pas compter trouver toujours ces contraires de '. mêmeespèce danscliaque animal: La nature a une infini: de moyens différents pour produire les mêmes effets, suiv ai les besoins de chaque individu.

Cet homme était de Franche-Comté. Je'ne l'ai vu qu'ui fois, et j'ai oublié son nom et celui du régiment où il servi ; mais jeVai pas perdu la mémoire de sa vertu, qi m'a éié confirmée de bonne part. Lorsque son malhei l'eut forcé d'entrer aux Invalides , il se rappela qu'étai sergent, il avait engagé par surprise , dans un village, l'instigation de son capitaine, le fils unique d'une pauvi veuve , lequel fut tué trois mois après , dans une b taille. Cet homme , au ressouvenir de cette injustice , pr la i ésolution de s'abstenir de vin. Il vendait celui qu'on 1 donnait à l'Hôtel des Invalides, et il en envoyait tous 1 six mois l'argent à la mère qu'il avait privée de son fils

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