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IcihL !
'In peut voir un acacia de l'Asie dans ce beau jardin ^Jjé près de la grille de Chaillot , qui appartenait autreau vertueux chevalier de Gensin. Quant au nom de acacia donné à l'acacia de l'Amérique, j'ohserverai i nature ne fait rien de faux. Elle a varié toutes ses proîs dans chaque pays, pjur leur donner des relations tables avec les éléments et les animaux; et quand 'y trouvons pas les caractères que nous leur avons ce ne sont pas ses ouvrages qu'il faut accuser de îté, ce sont nos systèmes.
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observerai ici que l'ail , dont l'odeur est si redoutée Bernardin,
de nos petites maîtresses , est peut-être le remède le plus puissant qu'il y ait contre les vapeurs et les maux de nerfs auxquels elles sont si sujettes. J'en ai vu plusieurs expériences. Pline assure même qu'il guérit l'épilepsie. Il est encore antiputride , et toute plante qui a son odeur a les mêmes vertus. Il est très remarquable que les plantes à odeur d'ail croissent communément dans les lieux marécageux, comme un remède présenté par la nature contre les émanations putrides qui s'en exhalent. Tel est, entre autres, le scordium. Galien rapporte que l'on reconnut sa vertu anti-putride, en ce que , après un combat, les corps morts qui gisaient sur des plantes de scordium se trouvèrent bien moins corrompus que ceux qui en étaient loin , et que ces corps étaient principalement restés frais et sains du côté où ils touchaient à ces plantes. Mais l'épreuve que le baron de Busbec en fît sur des corps vivants est encore plus frappante. Ce grand homme , revenant de Constantinople, à son premier voyage, un Turc de sa suite fut attaqué de la peste , et en mourut. Ses camarades se partagèrent ses dépouilles, malgré les représentations du médecin de Busbec , qui leur prédit que la peste ne tarde rait pas à se communiquer à eux. En effet , quelques jours après , ils en éprouvèrent les symptômes.
Mais laissons le savant et vertueux ambassadeur rendre compte lui-même des suites de cet événement. « Le jour » suivant de notre départ d Andrinople, dit-il, ils allèrent » tous le trouver d'un air triste et abattu, se plaignant » d'un grand mal de tête, et lui demandant des remèdes. » Ils sentirent bien que c'étaient là les premiers symptômes » de la peste. Pour lors, mon médecin leur fit une sévère «réprimande, et leur dit qu'il s'étonnait qu'ils vinssent » chercher des remèdes contre un mal dont il les avait » prévenus, et qu'ils avaient cherché avec empressement. » Ce n'était pas cependant qu'il ne voulut bien les soigner. » 11 était, au contraire, très inquiet de savoir comment il » ferait pour les secourir. En effet, où prendre desre- » môdes dans une route où les choses les plus communes » souvent manquent? La Providence devint notre seul » espoir ; elle nous secourut effectivement. Voici comment.
» J'é:ais accoutumé, aussitôt que nous étions arrivés » d:ms les endroits de notre route, d'aller me promener » aux environs , et de chercher ce qu'il y avait de curieux ; s ce jour-là je fus assez heureux pour aller sur les bords » d'un pré. J'aperçus dedans une plante qui m'était in- » connue; je pris de sa feuille, je la sentis : elle avait l'o- » deur de l'ail. Aussitôt je la donnai à mon médecin, lui » demandant s'il la connaissait. Après l'avoir examinée » avec attention , il me répondit que c'était du scordium. j> Il leva les mains au ciel , et rendit grâces à Dieu du re- » mède si à propos qu'il nous envoyait. Il en ramassa à » l'instant une grande quantité , qu'il alla mettre dans un » chaudron , et qu'il fit bien bouillir. De là , il avertit nos » pestiférés de prendre courage; et, sans perdre un mo- » ment, il leur fit boire la décoction de cette plante, dans » laquelle il mit un peu de terre de Lemnos; ensuite il les » fit bien chauffer, et les envoya coucher, leur ordonnant » de ne dormir qu'après qu'ils auraient bien sué, ce qu'ils » observèrent exactement. Dès le lendemain , ils se sen- » tirent très soulagés. On leur donna ensuite une seconde » potion de cette même drogue , qui finit enfin de les » guérir. C'est ainsi que, parla grâce de Dieu, nous échap- » pâmes à la mort, qui nous semblait très proche. » (Lettres du baron de Busbec, tome I, pages 197 et 198.)
Je ne veux pas dire cependant que l'Amérique n'a été
NOTES DE L'AUTEUR
peuplée que par les îles de la mer du Sud. Je crois qu'elle l'a été encore par le nord de l'Asie et de l'Europe. La nature présente toujours aux hommes différents moyens pour la même fin. Mais la principale population du Nouveau- Monde s'est faite par les îles de la mer du Sud. C'est ce que je pourrais prouver par une multitude de monumenls qui en subsistent encore , et aux principaux desquels je m'arrêterai : par le culte du soleil établi aux Indes, dans les îles de la mer du Sud et au Pérou, ainsi que le titre de soleils ou d'enfants du soleil , pris par plusieurs familles de ces contrées ; par les traditions des Caraïbes répandus dans les Antilles et dans le Brésil , qui se disaient originaires du Pérou ; par l'établissement même de cette monarchie du Pérou, ainsi que de celle duMexique, situées sur la côte occidentale de l'Amérique qui regarde les îles de la mer du Sud, et par le nombre de leurs nations, qui étaient beaucoup plus considérables et plus policées que celles qui habitaient les côtes orientales , ce qui suppose aux premières une plus grande ancienneté; par l'étendue prodigieuse de la langue taïtienne , dont les différents dialectes sont répandus dans la plupart des îles de la mer du Sud, et dont quantité de mots se retrouvent dans la langue du Pérou , comme l'a prouvé dernièrement un savant, et dans celle même des Malais en Asie, ainsi que j'en ai reconnu moi-même quelques uns , entre autres celui de maté, qui signifie tuer ; par des usages communs et particuliers aux peuples de la presqu'île de Malaca , des îles de l'Asie, de celles de la mer du Sud et du Brésil, qui ne sont point inspirés par la nature, tels que celui de faire des boissons fermentées et enivrantes en mâchant des herbes et des racines; par des cauaux du commerce de l'antiquité qui coulaient par ceite voie, tels que celui de l'or, qui était fort commun en Arabie et au* Indes du temps des Romains, quoiqu'il y en ait fort peu de mines en Asie ; mais surtout parle commerce des émeraudes, qui a dû prendre cette route dans l'antiquité, pour parvenir dans l'ancien continent, où on n'en trouve aucune mine. Voici ce que dit à ce sujet Taveruier , qui est fort croyable lorsqu'il parle du commerce de l'Asie, et surtout de celui des pierreries : « C'est une ancienne erreur, dit-il, que bien des gens » ont, de croire que l'émeraude se trouve originairement » dans l'Orient. La plupart des joailliers , d'abord qu'ils » voient une émeraude de couleur haute, ont coutume de » dire que c'est une émeraude orientale. Mais ils se trom- » pent ; je suis assuré que jamais l'Orient n'en a produit , » ni dans la terre-ferme, ni dms ses îles. J'en ai fait une » exacte perquisition dans tous mes voyages. » 11 avait fait six voyages par terre dans les grandes Indes. 11 en faut conclure que les émeraudes si estimées des anciens leur venaient de l'Amérique par les îles de la mer du Sud , par celles de l'Asie, par les grandes Indes , la mer Rouge, et enfin par l'Egypte , d'où ils les tiraient.
On peut objecter la difficulté de naviguer contre les vents réguliers de l'est, pour aller d'Asie en Amérique sous la zouetorride; mais je répéterai à ce sujet que les vents réguliers n'y soufilent point de l'est , mais du nordest et du sud-est , et dépendent d'autant plus des deux pôles qu'on approche plus de la ligue. Cette direction oblique du vent suffisait à des peuples qui naviguaient d'île en île et qui avaient imaginé les bateaux les moins propres i dériver, tels que les doubles pros des îles de Guam , dont la forme semble s'être conservée dans les doubles baises de la côte du Pérou. Schouten trouva un de ces doubles pros naviguant à plus de six cents lieues de l'île de Guam * du côté de l'Amérique. De plus , il paraît que la mer du Sud a aussi des moussons, qui n'ont pas encore été obser
si»!
vées. Voici ce que dit sur l'inconstance de ces vents u voyageur anglais anonyme , qui a fait le tour du mond dans le vaisseau où étaient MM. Banks et Solander 1768, 1769, 1770 et 1771, page 83: « Les habitants d'C » taïti commercent avec ceux des îles voisines qui sont » l'est de cette île , et que nous avions découvertes si » notre passage. Pendant trois mois de l'année, les ven » qui soufflent constamment de la partie de l'ouest lei » sont très favorables pour cette navigation. » L'amir Anson trouva aussi , dans ces parages, des vents d'oue qui le contrarièrent. Le capitaine Cook a confirmé cet observation dans sou troisième voyage.
Quelques philosophes expliquent les correspondanc qui se rencontrent entre les peuples des îles et ceux d continents, en supposant que les îles sont des terres su mergées, dont il n'est resté que les sommets avec quelqu habitants. Mais nous en avons dit assez dans cet ouvra pour faire voir que les îles maritimes ne sont point d débris du continent, et qu'elles ont des montagnes, d pics , des lacs , des collines proportionnés à leur étendu et dirigés aux vents réguliers qui souffle n t sur leurs mei Elles ont des végétaux qui leur sont propres, et qui viennent nulle part ailleurs de la même beauté. De plu si ces îles avaient fait autrefois partie de notre continen on y trouverait ceux de nos quadrupèdes qui se rencc trent dans tous les climats. 11 n'y avait point de rats ni souris en Amérique et dans les Antilles avant l'arrivée < Européens , suivant le témoignage de l'historien espagi Plerrera et du père Du Tertre. On y eût trouvé encore bœuf, l'âne, le chameau, le cheval, et il n'y avait auc de ces animaux; mais bien des poules , des canards , < chiens et des porcs , ainsi que chez les insulaires de la n du Sud, qui n'avaient eux-mêmes aucun autre de nos ai maux domestiques. 11 est aisé de voir que les premi animaux, comme le cheval et la vache, étant d'une ta et d'un poids trop considérables, n'ont pu, malgré | utilité, passer dans les petites pirogues des premiers vigateurs, qui, d'un autre côté, se sont bien gardés transporter avec eux des souris et des rats. Enfin , re nons aux lois générales de la nature. Si toutes les îles la mer du Sud formaient autrefois un continent, il avait donc point de mers dans l'espace qu'elles occupe Or , il est certain que si on ôtait aujourd'hui autour d'e l'Océan qui les environne, et le vent régulier qui y soul on les frapperait de stérilité. Les îles de la mer du I forment , entre l'Asie et l'Amérique , un véritable pont communication dont nous ne connaissons que quek arches , et dont il ne serait pas difficile de découvri reste par les autres concordances du globe. Mais je boi rai ici mes conjectures à ce sujet. J'en ai dit assez ï prouver que la même main qui a couvert la terre de pla et d'animaux pour le service de l'homme, n'a pas nég les diverses parties de son habitation.
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Écoutez la raison, disent sans cesse nos philosoj) moralistes. Mais comment ne voient-ils pas qu'ils | livrent à notre plus grande ennemie? Est-ce que cluj passion u'a pas sa raison ?
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C'est faute d'avoir observé ces deux puissances , » tant d'ouvrages vantés , faits sur l'homme , ont un co||» faux. Tantôt leurs auteurs nous le représentent comm m objet métaphysique; vous croiriez que les besoins pi)»' , ques, qui ébranlent même les saints, ne sont qujle
NOTES DE
jibles accessoires de la vie humaine : ils la composent ]\ îiquemcnt de monades , d'abstractions et de moralités, mantôt ils ne voient dans l'homme qu'un animal , et ne
jstingueut en lui que les sens les plus grossiers. Ils ne
j'tudient que le scalpel à la main et quand il est mort, E' bst-à-dire quand il n'est plus homme. D'autres ne le cons missent que comme un individu politique : ils ne l'aper- ^r'ivent que par les convenances de l'ambition. Ce n'est 'i hint un homme qui les intéresse , c'est un Français , un ll! iglais , un prélat, un gentilhomme. De tous les écri- * jins , je ne connais qu'Homère qui ait peint l'homme en tflltier : les autres (et je parle des meilleurs) n'en présentât que des squelettes. h'Iliacle d'Homère est, à mon al'is, la peinture de tout l'homme , comme elle est celle ,iy toute la nature. Toutes les passions y sont avec leurs jutrastes, et leurs nuances les plus intellectuelles et les I :jis grossières. Achille chante les dieux sur sa lyre, et fait lriire un gigot de mouton dans une marmite. Ce dernier '«Bit a fort scandalisé nos écrivains de théâtre, qui se com- '•ïsent des héros artificiels qui se dissimulent leurs premiers besoins, comme leurs auteurs eux-mêmes dissimuf« les leurs à la société. On trouve toutes les passions de iwjjomme dans l'Iliade : la colère furieuse dans Achille ; P'ttnbition superbe dans Agamemnon; la valeur patriolss|ue dans Hector; dans Nestor, la froide sagesse; dans "%sse , la prudence rusée ; la calomnie dans Thersite ; la "'llupté dans Paris ; l'amour infidèle dans Hélène ; l'amour ^làjugal dans Audromaque ; l'amour paternel dans Priam ; •Jmitié dans Patrocle, etc., avec une multitude de lances intermédiaires de ces passions , telles que le cou- ■ffee téméraire de Diomède et celui d'Ajax , qui osent iltabaitre les dieux mêmes: puis des oppositions de site 3^de fortune qui détachent ces caractères , comme des ;1lces et des fêtes champêtres sur le terrible bouclier d'Avilie; les remords dans Hélène et l'inquiétude dans An- :|i jbraaque; la fuite d'Hector près de périr au pied des T^rs de sa ville , à la vue de son peuple , dont il est l'unidéfenseur ; et les objets paisibles qu'elle lui présente ^iis ces terribles moments, tels que ce bosquet d'arbres, •ficet.e fontaine où les filles de Troie allaient laver leurs ifegbes, et aimaient à se rassembler dans des temps plus
Éireux.
TOCe divin génie ayant réparti à chacun de ses héros une fission principale du cœur humain , et l'ayant mise en afiion dans les phases les plus remarquables de la vie , a Intttribué de même les attributs de Dieu à plusieurs divi- *yés, et leur a assigné les différents règnes de la na ture : uiKeptuue, la mer; à Pluton, les enfers; à Junon , l'air; i#ulcaiu, le feu ; à Diane, les forêts; à Pan , les trou- Ifljpux ; enfin, les Nymphes, les Naïades, et jusqu'aux cipfures, ont toutes quelque département sur la terre. 11 a pas une Oeur qui n'y suit dans le gouvernement de nfélque divinité. C'est ainsi qu'il a rend u l'habitation de lpmme céleste. Son ouvrage est la plus sublime des en- «îlopédus. Tous les caractères en sont si bien dans le <iur humain et dans la nature , que les noms dont il les a clignés sont devenus immortels. Joignez à la majesté de li # plans une vérité d'expression qui ne vient pas uniqueil^nt-de la beauté de sa langue, comme le prétendent les lammairiens, mais de l'étendue de ses observa;ions nacelles. C'est ainsi, par exemple , qu'il appelle la mer ]!trpree,au moment où le soleil S3 couche, parccqu'alors !i hreflets du soleil à l'horizon la rendent de cette couleur, iljsi que je l'ai moi-même remarqué. Virgile , qui l'a f ijité en tout , est plein de ces beautés d'observation, dont ç commentateurs ne s'occupent guère. Par exemple,
L'AUTEUR. m
dans les Gêorgiques, Virgile donne au printemps l'épithète de rougissant, vere rubenti, dit-il. Comme ses traducteurs et ses commentateurs n'y ont point fait attention , ainsi qu'à bien d'autres , j'ai cru long-temps qu'elle n'était là que pour fournir la mesure du vers ; mais ayant remarqué, au commencement du printemps , que les scions et les bourgeons de la plupart des arbres devenaient tout rouges avant de jeter leurs feuilles , j'ai alors compris quel était le moment de la saison que Virgile désignait par vere rubenti.
Quand on a perdu cette première des harmonies, toutes les autres le sont. C'est une chose digne de remarque, que tous les ouvrages des athées sont arides et secs. Ils vous étonnent quelquefois , mais jamais ils ne vous touchent. Ils ne vous présentent que des caricatures ou des idées gigantesques. 11 n'y a ni ordre , ni proportion, ni sensibilité. Je n'en excepte que le poème de Lucrèce. Mais cette exception, comme je l'ai dit, confirme mon observation ; car quand ce poète a voulu plaire , il a été obligé de faire intervenir la Divinité , ainsi qu'on le voit dans son exorde, où il débute par cette belle apostrophe, Aima Venus. Partout ailleurs où il explique la physique d'Épicure , il est d'une sécheresse insupportable.
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On peut rapporter à ces deux instinc's toutes les sensations de la vie , qui semblent souvent se contredire. Par exemple, si l'habitude et la nouveauté nous paraissent agréables , c'est que l'habitude nous rassure sur nos relations physiques qui sont toujours les mêmes; et la nouveauté promet de nouveaux points de vue à notre instinct divin, qui veut toujours étendre ses jouissances.
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Il y a dans nos campagnes des filles plus respectables qu'Ariane, dont nos historiens, qui parlent tant de vertu, ne s'occupent guère. Une personne de ma connaissance vit un dimanche , à la porte de l'église d'un village , une fille toute seule qui priait Dieu pendant qu'on chantait vêpres. Comme il séjourna quelque temps dans ce lieu, il observa, les dimanches suivants , que cette même fille n'entrait point dans l'église pendant l'office. Frappé de cette singularité, il en demanda la cause aux autres paysannes, qui lui répondirent que c'était sans doute sa volonté de s'arrêter à la porte , puisque rien ne l'empêchait d'entrer, et qu'elles l'en avaient souvent pressée inutilement. Enfin, voulant en savoir la raison , il s'adressa à la fille même dont la conduite lui paraissait si extraordinaire. D'abord elle parut troublée ; mais s'étant bientôt rassurée , elle lui dit : « Monsieur , j'avais un amant pour » lequel j'eus une faiblesse ; je devins grosse , et mon amant » étant tombé malade mourut sans m'avoir épousée J'ai » désiré que mon exil de l'église servît toute ma vie d'ex- » piation à ma faute et d'exemple à mes compagnes. »
Un curé de village des environs de Paris, près de Dravet, a éprouvé dans son enfance une cruauté non moins grande delà part de ses parents. Il fut châtré par son père, qui était chirurgien; et il l'a nourri dans sa vieillesse, malgré sa barbarie. Je crois que l'un et l'autre sont encore vivants.
Son père le destinait à en faire un musicien pour la chapelle du roi, à l'instar de ceux qui viennent de l'Italie,
soo
NOTES DE L'AUTEUR
où règne la coutume abominable de châtrer des enfants pour en faire des musiciens.
J'ai ouï dire que Poutavéri , cet Indien de Taïti qui a été amené à Paris il y a quelques années , ayant vu au Jardin du Roi le mûrier à papier , dont l'écorce sert dans son pays à faire des étoffes, les larmes lui vinrent aux yeux, et qu'en le saisissant dans ses bras, il s'écria: O arbre de mon pays ! Je voudrais qu'on essayât si , en donnant à un oiseau étranger , comme à un perroquet , un fruit de son pays qu'il n'aurait pas vu depuis long-temps, il témoignerait à sa vue quelque émotion extraordinaire. Quoique les sensations physiques nous attachent fortement à la patrie, il n'y a que les sentiments moraux qui leur donnent une grande intensité. Le temps, qui affaiblit les premières, ne fait qu'accroître ceux-ci. C'est pourquoi la vénération pour un monument est toujours proportionnée s son antiquité ou à sa distance; et voilà pourquoi Tacite a dit: Major e longinquo reverentia.
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Voilà pourquoi nous n'admirons que ce qui est rare. S'il apparaissait sur l'horizon de Paris une de ces parhélies si communes au Spilzberg , tout le peuple sortirait dans les rues pour l'admirer. Ce n'est cependant qu'une réflexion du disque du soleil dans les nuages; et personne ne s'arrête pour admirer le soleil lui-même , pareeque le soleil est trop connu.
C'est le mystère qui fait un des charmes de la religion. Ceux qui y veulent une démonstration géométrique ne connaissent ni les lois de la nature, ni les besoins du cœur humain.
Nos artistes font verser des larmes à des statues de marbre auprès des tombeaux des grands. Il faut bien y faire pleurer des statues, quand les hommes n'y pleurent pas. J'aivu plusieurs enterrements de gens riches; j'y ai vu bien rarement quelqu'un verser des larmes, si ce n'est parfois quelque vieux domestique qui se trouvait peut-être sans ressource. 11 y a quelque temps que, passant par une rue assez déserte du faubourg Saint-Marceau , je vis un cercueil à l'entrée d'une petite maison. Il y avait auprès de ce cercueil une femme à genoux , qui priait Dieu , et qui paraissait absorbée dans le chagrin. Cette femme ayant aperçu au bout de la rue les prêtres qui venaient faire la levée du corps, se leva et s'enfuit, en se mettant les deux mains sur les yeux, et en jetant des cris lamentables. Des voisins voulurent l'arrêter pour la consoler, mais ce fut en vain. Comme elle passa auprès de moi, je lui demandai si elle regrettait sa fdle ou sa mère. « Hélas! monsieur, me » dit-elle tout en pleurs, je regrette une dame qui me y> faisait gagner ma pauvre vie : elle me faisait aller en » journée. » Je m'informai des voisins quelle était cette dame bienfaisante : c'était la femme d'un petit menuisier. Gens riches, quel usage faites-vous donc des richesses pendant votre vie, puisque personne ne pleure à votre mort?
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C'est par l'influence sublime de celte passion que les Thébains formèrent un bataillon de héros, appelé la bande sacrée; ils périrent tous ensemble à la bataille de Chéronée. On les trouva couchés tous sur la même ligne, l'estomac percé de grands coups de piques, et le visage tourné
vers l'ennemi. Ce spectacle tira des larmes des yeux ë Philippe même, leur vainqueur. Lycurgue avait emplo; aussi le pouvoir de l'amour dans l'éducation des Spartiate et il en fit un des grands soutiens de sa république. Ms comme le contre-poids animal de ce sentiment céleste ij se trouvait plus dans l'objet aimé, il jeta quelquefois Grecs dans des désordres qu'on leur a justement repri chés. Leurs législateurs ne jugèrent les femmes que prj près à donner des enfants ; ils ne virent pas qu'en favorisa l'amour entre les hommes , ils affaiblissaient celui qui d i vait réunir les sexes , et que , pour resserrer les liens <jj leur politique, ils rompaient ceux de la nature.
La république de Lycurgue avait encore d'autres défail naturels, entre autres l'esclavage des Ilotes. Ces del points exceptés, je le regarde comme le plus sublime gérl qui ait existé; encore peut-on l'excuser, par les obstacll de toute espèce qu'il rencontra dans l'établissement de jf lois.
Il y a dans les harmonies des différents âges de la humaine de si doux rapports de la faiblesse des enfant.'! la force de leurs parents, du courage et de l'amour enlfi les jeunes gens des deux sexes à la vertu et à la religion <| vieillards sans passions, que je m'étonne qu'on n'ait o présenté au moins un tableau d'une société humaine coi cordant ainsi avec tous les besoins de la vie et les lois del nature. Il y en a quelques essais dans le Tèlémaque, en] autres dans les mœurs des peuples de la Bétique; mais! ne sont qu'indiqués. Je crois qu'une pareille société, ail lice dans toutes ses parties, atteindrait au plus grand deà de bonheur social où puisse parvenir la nature huma i sur la terre, et serait inébranlable à tous les orages d(| politique. Loiu de craiudre ses voisins, elle en ferait conquête sans armes, comme l'ancienne Chine, par le si spectacle de sa félicité et par l'influence de ses vertus. J| vais eu dessein d'étendre cette idée, à l'instigation J.-J. Rousseau, en faisant l'histoire d'un peuple del Grèce, bien connu des poètes pareequ'il a vécu suivan nature, et par cette raison presque ignoré de nos écrivaj politiques; mais le temps ne m'a permis que d'en ébaucj le plan , et d'en achever tout au plus le premier livre.
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Il est impossible d'avoir de la vertu sans religion. Je| parle pas des vertus de théâtre, qui nous attirent les app! balious du public par des moyens souvent si méprisai)! qu'on peut bien les regarder comme des vices. Les paï eux-mêmes les ont tournés en ridicule. Voyez ce qij dit Marc-Aurèle. J'entends par vertu le bien qu'on fait hommes sans espoir de récompense de leur part, et H vent aux dépens de sa fortune et même de sa réputatil Analysez tous les traits de vertu qui vous ont paru fil pants; il n'y en a aucun qui ne vous montre la Divij éloignée ou présente. J'en citerai un peu connu, et, son obscurité même , bien loyal.
Dans la dernière guerre d'Allemagne , un capifaim cavalerie est commandé pour aller au fourrage. Il pal la tête de sa compagnie, et se rend dans le quartier lui était assigné. C'était un vallon solitaire, où on nevo guère que des bois. Il y aperçoit une pauvre cabane, frappe; il en sort un vieux hernouten à barbe blan<! « Mon père, lui dit l'officier, montrez-moi un chamf » je puisse faire fourrager mes cavaliers. — Tout-à-l'be . j> reprit l'hernouten. » Ce bon homme se met à leur tl# et remonte avec eux le vallon. Après un quart d'heur e marche, ils trouvent un beau champ d'orge : « VoiP » qu'il nous faut, dit le capitaine.— Attendez un mom»t>
NOTES DE
lui dit son conducteur, vous serez content. » Ils continent à marcher, et ils arrivent, à un quart de lieue plus , i n, à un autre champ d'orge. La troupe aussitôt met pied j'erre , fauche le grain , le met en trousse , et remonte à rferal. L'officier de cavalerie dit alors à son guide : « Mon jière, vous nous avez fait aller trop loin sans nécessité; 1 :je premier champ valait mieux que celui-ci. — Cela est Urai, monsieur, reprit le bon vieillard ; mais il n'était bas à moi. »
'Ce trait va au cœur. Je défie un athée d'en faire un 1 iinblable. J'observerai que les hernoutens sont une t j)èce de quakers répandus dans quelques cantons de j ijllemagne. Quelques théologiens ont écrit que les hé- | niques n'étaient pas capables de vertu , et que leur vertu 'dit sans mérite. Comme je ne suis pas théologien , je ne Rengagerai point dans cette discussion métaphysique,
ijoique j'eusse à opposer à leur opinion le sentiment de Ijilnt Jérôme et même cetuide saint Pierre , par rapport Jk païens , lorsque celui-ci dit au centenier Corneille :
■ En vérité , je vois bien que Dieu n'a point d'égard aux Ini|liverses conditions des personnes; mais qu'en toute na- , lion celui qui le craint , et dont les œuvres sont justes, |jui est agréable *. » Mais je voudrais bien savoir ce que ■il théologiens pensent de la charité du Samaritain , qui jijit ua schismatique. Il me semble qu'ils n'ont rien à
( eclcr au jugement de Jésus-Christ. Comme la simplicité ma profondeur de ses réponses divines font un contraste () înirable avec la mauvaise foi et les subtilités des docteurs Ice temps-là , je vais rapporter ce trait de l'Evangile .l:t entier :
,.Ë< Alors un docteur de la loi se levant lui dit, pour le tenter : Maître, que faut-il que je fasse pour posséder >a vie éternelle? Jésus lui répondit : Qu'y a-t-il d'écrit ' Mans la loi? qu'y lisez-vous? Il lui répondit ; Vous ai- >: nerez le Seigneur votre Dieu de tout votre cœur , de
•joute votre ame , de toutes vos forces et de tout votre
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, esprit, et votre prochain comme vous-même. Jésus lui dit : Vous avec très bien répondu ; faites cela , et tous vivrez. Mais cet homme , voulant faire paraître r ju'il était juste , dit à Jési;s : Et qui est mon prochain ? lit Jésus prenant la parole , lui dit : Un homme qui , » lescendait de Jérusalem à Jéricho tomba entre les mains ' ' 'les voleurs , qui le dépouillèrent, le couvrirent de plaies ' «lit s'en allèrent , îe laissant à demi mort. Il arriva en- 1 » uite qu'un prêtre descendit par le même chemin , lep jjuel aussi l'ayant aperçu , passa outre. Un lévite qui vint .J'dfju même lieu l'ayant considéré, passa outre encore;
I «nais un Samaritain passant son chemin , vint à l'en- [ «Iroit où était cet homme , et l'ayant vu, il en fut touché
II «je compassion. Il s'approcha donc de lui, il versa de " " huile et du vin dans ses plaies, et les banda ; et l'ayant "* »nis sur son cheval il l'amena dans l'hôtellerie , et eut
I zoin de lui. Le lendemain, il tira deux deniers qu'il «lonna à l'hôte , et lui dit : Ayez bien soin de cet homme ,
lJ!y!t tout ce que vous dépenserez de plus , je vous le ren-
I I "irai à mon retour. Lequel de ces trois vous semble-t-il 'Mvoir été le prochain de celui qui tomba entre les
»hains des voleurs? Le docteur lui répondit : Celui qui 11 * exercé la miséricorde envers lui. Allez donc, lui dit J »|ésus , et faites de même. »
J e me garderai bien d'ajouter ici aucune réflexion. jJpserverai seulemeut que l'action du Sainaritain est fcji supérieure à celle de l'hernoufen; car quoique le ; ! >nd fasse un plus grand sacrifice , il y est en quelque
1 rides des apôtres, cliap. x , ^ 34 et 53.
sorte déterminé par la force : il fallait qu'il y eût un champ fourragé. Mais le Samaritain obéit entièrement aux impulsions de l'humanité. Son action est libre, et sa charité gratuite. Ce trait , comme tous ceux de l'Évangile, renferme en peu de mots une foule d'instructions lumineuses sur le second de nos devoirs. Il serait impossible de les remplacer par d'autres, imaginés même à plaisir. Pesez toutes les circonstances de la charité inquiète du Samaritain. 11 panse les plaies d'un malheureux ; il le met sur son propre cheval; il expose sa vie en s'arrêtant, et allant à pied dans un lieu fréquenté par les voleurs. Il pourvoit ensuite dans l'hôtellerie aux besoins tant présents que futurs de cet infortuné, et il continue , sa route sans rien attendre de sa reconnaissance.
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Flutarque remarque qu'Alexandre ne se livra au désordre qui souilla la fin de son auguste carrière, que parcequ'il se crut abandonné des dieux. Non-seulement ce sentiment cause nos maux qnand il disparaît de nos plaisirs, mais quand , par l'effet de nos passions ou de nos institutions qui pervertissent les lois naturelles , il se porte sur nos maux mêmes. Ainsi , par exemple, quand, après avoir donné des lois mécaniques aux opérations de notre ame, nous venons à porter sur nos maux physiques et passagers le sentiment de l'infini, c'est alors que, par une juste réaction , notre misère devient insupportable. Je n'ai esquissé que faiblement l'action des deux principes de l'homme ; mais , à quelque sensation de douleur ou de plaisir qu'on veuille les appliquer , on sentira la différence de leur nature et leur réaction perpétuelle.
A propos d'Alexandre abandonné des dieux , je serais surpris que l'expression de cette situation n'eût pas inspiré le génie de quelque artiste de la Grèce. Voici ce que je trouve à ce sujet dans Addison : « 11 y a dans la même » galerie (à Florence) un beau buste d'Alexandre le Grand, » le visage tourné vers le ciel , avec un certain air noble » de chagrin et de déplaisir. J'ai vu deux ou trois anciens » bustes d'Alexandre du même air et de la même posture, » je suis porté à croire que le sculpteur avait dans l'esprit , » ou le conquérant pleurant pour de nouveaux mondes, » ou quelques autres circonstances semblables de son bis- » toire *. » Je pense que la circonstance de l'histoire d'Alexandre, à laquelle il faut rapporter ces bustes, est celle où il se plaint aux dieux de l'avoir abandonné. Je ne doute pas qu'elle n'eût fixé l'excellent jugement d'Addison , s'il se fût rappelé l'observation de Plutarque.
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Je cite beaucoup de livres de voyages : pareeque ce sont ceux que j'aime et que j'estime le plus de la littérature moderne. J'ai beaucoup voyagé , et je puis assurer que je les ai trouvés presque toujours d'accord sur les productions et les mœurs de chaque pays, quand ils n'y portent pas l'esprit de leur nation ou de leur parti. (11 en faut excepter un petit nombre dont le ton romancier frappe d'abord.) Tout le monde les décrie , et tout le monde les consulte. C'est chez eux que puisent sans cesse les géographes, les physiciens, les naturalistes, les navigateurs, les commerçants , les écrivains politiques, les philosophes, les compilateurs en tout genre , les historiens des nations étrangères , et même ceux de notre pays , quand ils veulent connaître la véri:é.
* Addison , Voyage d'Italie, t. IV de Mhson , p. 293 et 294.
NOTES DE L'AUTEUR
Il y a bien d'autres raisons qui motiveraient la nécessité d'un ministre de l'agriculture. Les canaux d'arrosage, absorbés par le luxe des seigneurs ou par le commerce des villes ; les mares et les voiries qui empoisonnent les villages, et entretiennent des foyers perpétuels d'épidémies ; la sûreté des grands chemins; la police de leurs auberges; les milices et les corvées des paysans; les injustices qu'ils éprouvent, sans qu'ils osent quelquefois se plaindre, lui offrirait une multitude d'établissements utiles à faire ou d'abus à réformer. Je sais que la plupart de ces fonctions sont réparties dans divers départements; mais elles ne peuvent avoir d'harmonie et d'ensemble que lorsqu'elles seront réunies sur une même tête.
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A Dieu ne plaise que je veuille exciter notre peuple à haïr les Anglais , si dignes aujourd'hui de toute notre estime ! Mais comme leurs écrivains et même leur gouvernement se sont permis plus d'une fois de nous rendre odieux sur les théâtres de leur nation, j'ai voulu leur montrer qu'il nous était bien aisé d'user de représailles. Puisse plulôt le génie deFénelon, dont ils font tant de cas, qu'un de leurs plus aimables beaux esprits , le lord Littleton , l'a mis au-dessus de Platon, réunir un jour nos cœurs et nos esprits !
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Je voudrais aussi qu'on embarquât les femmes des marins avec leurs maris; elles empêcheraient sur les vaisseaux des désordres de plus d'un genre. D'ailleurs , elles y trouveraient beaucoup d'occupations convenables à leur sexe : telles que de préparer à manger , de laver le linge, de raccommoder les voiles, etc.. Elles suppléeraient souvent aux travaux de l'équipage. Elles résistent mieux que les hommes au scorbut et à plusieurs maladies. Le projet d'embarquer des femmes paraîtra sans doute extraordinaire à ceux qui ne savent pas qu'il y a au moins dix mille femmes qui naviguent sur les vaisseaux caboteurs des Hollandais , qui travaillent en bas à la manœuvre , et tiennent le gouvernail aussi bien que des hommes. Une jolie femme ferait sans doute naîlre des désordres dans un vaisseau français; mais des femmes de cette nature, robustes et laborieuses, sont propres au contraire à y détruire ceux qui n'y sont que trop fréquents.
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On pourrait affaiblir dans la plupart des concitoyens la soif de l'or et du luxe , en leur présentant un grand nombre de ces perspectives politiques. Elles font le charme des petites conditions, en ce qu'elles leur offrent les attraits de l'infini, dont le sentiment est naturel au cœur humain , comme nous l'avons vu. C'est par elles que les artisans et les petits marchands sont attachés avec beaucoup plus de force, par de modiques profits , à leurs petits états remplis d'espérances , que les riches et les grands ne le sont à des conditions dont ils voient le terme, lise passe dans la tête des petits ce qui se passait dans la tète de la laitière de la fable : Avec ce lait , j'aurai des œufs , avec ces œufs , des poussins ; avec ces poussins , des poulets ; avec des poulets , un agneau , etc.. Le plaisir qu'ils éprouvent dans ces pro gressionssans fin est le charme qui les soutient dans leurs travaux ; et il est si réel , que lorsqu'ils viennent à faire for tune et à vivre en bourgeois aisés , leur santé s'altère , et
la plupart d'entre eux finissent par mourir de mclancoliff1 et d'ennui. Politiques modernes, rapprochez-vous don\^ de la nature ! Ce n'est point des flûtes d'or et d'argent qu se tirent les plus douces harmonies , mais de celles qui s fbfl font avec des roseaux. > -
iai
En général , les cultivateurs sont d'honnêtes gens. Le (k plantes portent avec elles leur théologie. J'ai cependar. ^ rencontré un jour un moissonneur athée. 11 est vrai qu' W n'avait pas pris ses opinions dans les campagnes, mai dans des livres. 11 paraissait fort content de ses lumières*' Je lui dis eu le quittant : « Vous voilà bien avancé d'avoi*
employé les recherches de votre raison à vous rendrp lo
misérable!»
Dans les exemples hypothétiques que je rapporte ci- dei»j°ll! sous, il n'y a guère de mon invention que le bien que jF1111 n'ai pas fait.
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Et comme les emploient les sauvages. Les voyageu sont fort étonnés lorsqu'ils voient au Pérou les monumen m des anciens lncas , formés de grandes pierres irrégulièr W qui se joignent parfaitement. Leur construction présen ^ d'abord deux grandes difficultés. Comment les Indie * ont-ils transporté ces grandes pierres; et comment sodJP ils venus à bout de les faire accorder d'une manière si pa faite, malgré leur irrégularité ? Nos savants ont d'aboj supposé des machines pour les transporter , comme s J"1 fallait des machines plus puissautes que les bras de tout î »™ peuple qui travaille de concert. Us ont dit ensuite que 1 fK Indiens leur donnaient ces formes irrégulières à force ^ travail et d'attention. C'est se moquer du monde. TNe leP"1 était-il pas beaucoup plus aisé de les tailler régulièremeP"'1 qu'irrégulièrement ? J'ai été moi-même long-temps ePiî barrasse à me résoudre ce problème. Enfin , ayant ludîpil les mémoires de don TJlloa , et aussi dans quelques autrui voyageurs , qu'on trouve dans plusieurs endroits du Pér te des lits de pierre à la surface de la terre qui sont rem] de fentes et de crevasses, j'ai compris aussitôt l'iudustlÉié des anciens Péruviens. Ils ne faisaient autre chose cjjiliioi d'enlever par pièces ces lits horizontaux des carrières de les placer perpendiculairement, en rapprochant morceaux les uns des autres. Us avaient ainsi un mur t fait, qui ne leur coûtait rien à tailler. L'esprit naturel a ressources très simples , et fort supérieures à celles de ] » l'cVn arts. Par exemple, les sauvages du Canada n'avaient poi iféw de marmites de fer avant 1 arrivée des Européens; étaient venus à bout d'y suppléer, en creusant avec le le tronc d'un arbre. Mais comment s'y prenaient-ils pi y faire bouillir des bœufs entiers, comme ils faisaient? l'ai donné à deviner à plus d'un homme soi-disant de géc ïé qui ne l'a su trouver. Pour moi , j'avoue que je ne pou pas imaginer qu'il fût possible défaire bouillir de 1' %\\ dans des marmites de bois , qui contenaient souvent sieurs muids. Il n'y avait cependant rien de si aisé pour feii sauvages ; ils faisaient rougir des cailloux au feu , et ïls| jetaient dans l'eau de la marmite jusqu'à ce qu'elle bouillante. ( Voyez Champlain.)
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Les arbres sout par leur durée les vrais monuments nations , et ils en sont encore le calendrier parles différ temps où ils poussent leurs feuilles , leurs fleurs et li
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NOTES DE L AUTEUR
ïuils. Les sauvages n'en ont point d'autre , et dos paysans nêmes s'en servent fréquemment. Je rencontrai un jour, ?ers la fin de l'été , une jeune paysanne qui pleurait en îherehant son mouchoir qu'elle avait perdu sur le grand îbemin. « Était-il beau, votre mouchoir? lui demandai-je. jj — Monsieur, me dit-elle, il était tout neuf; je l'avais acheté aux fèves. » J'ai pensé plus d'une fois que si nos îpoques historiques si vantées étaient datées de celles de la liature , il n'en faudrait pas davantage pour les couvrir irinjuslice et de ridicule. Si on lisait , par exemple , dans 10s histoires , qu'un prince fit massacrer une partie de ses fujets pour se rendre le ciel favorable, précisément dans la bison où son royaume était couvert de moissons ; qu'on y latât nos batailles sanglantes et nos bombardements de filles de la floraison des violettes , des premiers laitages , de lia tonte des brebis, il ne faudrait pas d'autre contraste pour la rendre la lecture abominable. D'un autre côté , ces dates Ajouteraient des grâces immortelles aux actions des bons i Irinces et confondraient leurs bienfaits avec ceux du ciel.
j! Pour moi , je verrais le monument de cet homme-là , iie fût-ce qu'une tuile , avec plus de respect que les super- |e.s mausolées qu'on a élevés en plusieurs endroits de l'Europe et de l'Amérique à la gloire des cruels conquérants du I lexique et du Pérou. Plus d'un historien a fait leur éloge; priais la Providence divine en a fait justice. Ils ont tous péri : |e mort violente, et la plupart par la main du bourreau.
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■ J'attribue à ce genre de châtiment , non-seulement la ijorruption physique et morale des enfants et de plusieurs ladres de moines, mais même de la nation. Vous ne sauriez faire un pas dans les rues , que vous n'entendiez les uiionnes et les mères dire à leurs enfants : Je vous fouetterai, ûe n'ai point été en Angleterre ; mais j'étais persuadé que il férocité qu'on attribue aux Anglais devait venir d'une
iiiareille cause. J'ai ouï dire , en effet, que ce genre de i punition était plus cruel et plus fréquent chez eux que f liez nous. Voyez ce que disent à ce sujet les illustres auteurs du Spectateur , ouvrage qui a, sans contredit, con- I tribué à adoucir leurs mœurs et les nôtres. Ils reprochent I la noblesse anglaise de permettre qu'on imprime ce caractère d'infamie à ses enfants. Voyez leslettres n et lu du Morne Ier. Voici comment se termine la ne : « Je ne vou-
■ drais pas qu'on inférât de ce que je viens de dire que nos m\ savants, tant d'Église que de robe, qui ont été fouettés à l | l'école , ne sont pas des hommes d'un caractère noble et if généreux; mais je suis bien sûr que leur caractère serait ? ! plus généreux et plus noble , s'ils n'avaient jamais souf- 1 ' I fert une pareille infamie. »
i i Le gouvernement doit proscrire ce genre de châtiment , : ion-seuIement dans les écoles publiques, comme a fait la Itussie , mais dans les couvents, sur les vaisseaux , chez les • |iarticnliers , dans les pensions ; il corrompt à la fois les i 'ères, les mères, les précepteurs, et les enfants. J'en pourrais citer des réactions terribles , si la pudeur me le permettait. N'est-il pas bien étonnant que des hommes , au (lemeurant , bien composés à l'extérieur , posent pour base l'une éducation chrétienne la douceur, l'humanité, la fhasteté , et punissent les timides et innocents enfants du /lus cruel et du plus obscène de tous les supplices? Nos liens de lettres , qui ont réformé tant d'abus depuis un jiècle , n'ont pas attaqué celui-ci cjmme il le mérite: ils lie s'occupent pas assez des malheurs de la génération iuture. Ce serait une question de droit intéressante à trai-
ter, savoir , si l'état peut laisser le droit d'infliger l'infamie à des hommes qui n'ont pas droit de vie et de mort. Il est certain que l'infamie d'un citoyen a des réactions plus dangereuses sur la société que sa propre mort. Ce n'est rien , dit-on , ce ne sont que des enfants; m'ais c'est pareeque ce sont des enfants; que toute ame généreuse doit les protéger, et pareeque tout enfant misérable devient un homme méchant.
Au reste, il s'en faut bien que ce que j'ai dit sur les maîtres en général ait été dans l'intention de les rendre odieux. Je veux les avertir seulement que ces châtiments , dont ils ont emprunté l'usage des Grecs corrompus du Bas-Empire , influent beaucoup plus qu'ils ne pensent sur la haine que leur porte , ainsi qu'aux autres ministres de la religion , tant moines qu'ecclésiastiques , le peuple , plus éclairé qu'autrefois. Dans le fond, les maîtres traitent leurs élèves comme ils ont été traités eux-mêmes. Ce sont des malheureux qui forment d'autres malheureux , souvent sans s'en douter. Tout ce que je prétends établir ici, c'est que l'homme a été abandonné à sa propre providence; que tous les maux qu'il fait à ses semblables rejaillissent sur lui tôt ou tard. Cette réaction est le seul contrepoids qui puisse le ramener à l'humanité. Toutes les sciences sont encore dans l'enfance ; mais celle de rendre les hommes heureux n'est pas encore au jour, même à la Chine, dont la politique est si supérieure à la nôtre.
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Il y a un grand caractère dans les ouvrages de la Divinité. Non-seulement ils sont parfaits , mais ils vont toujours en croissant de perfection. Nous avons dit quelque chose de cette loi en parlant des harmonies des plantes. Un jeune plant vaut mieux que la graine qui l'a produit ; un arbre en fleurs et en fruits, mieux qu'un jeune plant; enfin , un arbre n'est jamais plus beau que quand , devenu vieux, il est entouré d'une forêt de jeunes arbres sortis de ses semences. Il en est de même de l'homme. L'état d'un embryon vaut mieux que celui du néant, celui de l'enfance que l'état d'embryon. L'adolescence est préférable à l'enfance; et la jeunesse, saison des amours, l'emporte sur l'adolescence. L'homme dans l'âge viril , chef d'une famille, est préférable à un jeune homme. La vieillesse qui l'entoure d'une postérité nombreuse , qui , par son expérience , l'admet aux conseils des nations , qui ne suspend en lui l'empire des passions que pour donner plus de pouvoir à celui de sa raison; la vieillesse qui semble le mettre au rang des dieux , par les espérances multipliées que lui ont données l'exercice de la vertu et les lois de la Providence , vaut mieux que tous les âges de la vie. Je voudrais qu'il en fût ainsi de l'âge de la France, et que le siècle de Louis XVI surpassât en bonheur tous ceux qui l'ont précédé.
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Les maîtres en fait d'armes disent que leur art développe le corps et apprend à marcher.Autant en disent du leur les maîtres à danser. La preuve qu'ils se trompent , c'est qu'on les connaît d'abord les uns et les autres à l'affectation de leur démarche. Un citoyen ne doit avoir ni l'attitude ni les mouvements d'un gladiateur ou d'un sybarite. Mais si l'art de l'escrime est nécessaire, on devrait permettre le duel publiquement, afin de tirer les honnêtes gens de la cruelle alternative de se déshonorer également en manquant aux lois de l'état et de la religion , ou en les observant. En vérité , les méchants sont parmi nous bien à leur aise.
NOTES DE L'AUTEUR
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Je suis persuadé que si ce plan d'éducation , tout informe qu'il est , était adopté , un des plus grands obstacles à la refonte universelle de notre savoir et de nos mœurs ne serait ni les régents, ni les institutions collégiales, ni les privilèges de l'université , ni les bonnets de docteur. Ce seraient les marchands de papier, qui verraient tomber par-là une de leurs plus grandes branches de commerce. Il y aurait pour les privilèges des maîtres d'heureuses et de glorieuses compensations ; mais une objection d'argent, dans ce siècle vénal, me semble sans réponse.
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Il est digne de remarque que la plupart des noms des objets de la nature , de la morale et de la métaphysique, sont féminins, surtout dans la langue française. Il serait assez curieux de rechercher si les noms masculins ont été donnés par les femmes, et les noms féminins par les hommes, aux choses qui servent plus particulièrement aux usages de chaque sexe; ou si les premiers ont été faits du genre masculin , pareequ'ils présentaient des caractères de force et de puissance; et les seconds, du genre féminin , pareequ'ils offraient des caractères de grâces et d'agréments. Je crois que les hommes ayant nommé en général les objets de la nature , leur ont prodigué les noms féminins par ce penchant secret qui les attire vers le sexe : c'est ce qu'on peut remarquer aux noms que portent les constellations célestes , les quatre parties du monde, la plupart des fleuves , des royaumes , des fruits , des arbres , des vertus, etc.
Au fond, ce serait bien peu de chose, sans doute; mais, quelque solitaire que soit aujourd'hui ma vie, elle a été mêlée à de grandes révolutions. J'ai donné, à l'occasion de la Pologne , un mémoire fort détaillé au bureau des affaires étrangères, où je prédisais son partage par ses voisins , plusieurs années avant qu'il ait été effectué. Je me suis trompé seulement , en ce que j'avais compté que les puissances copartageautes la prendraient tout entière , et je m'étonne encore de ce qu'elles ne l'ont pas fait. Au reste , ce mémoire n'a été utile ni à ce pays , ni à moimême, quoique j'y eusse couru de grands risques, en me jetant , au sortir du service de Russie , dans le parti des républicains polonais , que la France et l'Autriche protégeaient. J'y fus fait prisonnier en 1765, lorsque j'allais, avec l'agrément de l'ambassadeur de l'Empire et du ministre de France à Varsovie , me jeter dans l'armée du prince Radzivil. Ce malheur m'arriva à trois milles de Varsovie, par l'indiscrétion de mon guide. Je fus ramené dans celte ville , mis en prison , et menacé d'être livré aux Russes, du service desquels je sortais, si je n'avouais que l'ambassadeur de Vienne et le ministre de France avaient concourra à me faire faire cette démarche. Quoique j'eusse tout à redouter de la part des Russes, et que j'eusse pu envelopper dans ma disgrâce deux personnes illustres par leurs emplois, et la rendre par conséquent plus éclatante, je persistai à la prendre entièrement sur mon compte. Je disculpai aussi de mon mieux mon guide, à qui j'avais donné le temps de brûler les lettres dont il était porteur, eu m'opposant, le pistolet à la main , aux hullans qui vinrent nous surprendre la nuit dans la maison de poste où nous fîmes notre premier campement, au milieu des bois. Je n'ai eu aucune sorte de récompense pour ces deux genres de services , qui m'ont coûté beaucoup de temps et
d'argent. Il n'y a pas même long-temps que j'étais encore redevable d'une partie des frais de mon voyage à M. Hennin , mon ami , qui était alors ministre de France à Var sovie, qui est aujourd'hui premier commis des affaires/ n;»1 étrangères à Versailles, et qui s'est donné à ce sujet bien] des peines inutiles. Sans doute , si M. le comte de Vergen-! nés eût été dans ce temps-là ministre des affaires étrangères , j'eusse été convenablement récompensé, puisqu'il m'a accordé quelques légères gratifications. Cependant je suis encore redevable à cette occasion de plus de quatre mille livres à plusieurs amis en Russie , en Pologne et en Allemagne.
Je n'ai pas été plus heureux à l'Ile-de-France, où j'ai été envoyé capitaine-ingénieur de la colonie; car j'ai d'a-ï bord été persécuté par les ingénieurs ordinaires qui y; étaient, pareeque je n'étais pas de leur corps. On m'avait! fait passer dans ce pays pour y faire fortune ; et je m'y se-t rais considérablement endetté, si je n'y avais pas vécu! d'herbes. Je ne parlerai pas de tous les maux particuliers! que j'y ai éprouvés. Je dirai seulement que je cherchai à| m'en distraire en m'occupant de ceux qui affligeaient l'îlej en général. C'est dans la seule vue d'y remédier que je publiai, à mon retour, en 1773, mon Voyage à l'Ile-de- France. Je crus d'abord rendre un service essentiel à ma! patrie, en faisant voir que cette île, que l'on remplissait del troupes, n'était propre en aucune manière à être l'entrepôt! ni la citadelle de notre commerce des Indes, dont elle est! éloignée de quinze cents lieues; ce que j'ai prouvé mêmej par les événements des guerres précédentes, où Pondi-S chéry nous a été toujours enlevé, quoique l'Ile-de-France fût pleine de soldats. La guerre dernière a confirmé de nouveau la vérité de mes observations. Pour ces services, ainsi que pour plusieurs autres, je n'ai reçu d'autres récompenses que des persécutions indirectes et des ca-i lomnies de la part des habitants de cette île, à qui j'ai reproché leur barbarie pour leurs esclaves. Je n'ai pas même été dédommagé suffisamment d'une espèce de naufrage que j'éprouvai à mon retour à l'île de Bourbon, ni de la modicité de mes appointements, qui n'allaient pas à la moiLié de ceux des ingénieurs ordinaires de mon grade. Je suis bien sûr que , sous un ministre de la marine aussi éclairé et aussi équitable que M. le maréchal de Castries, j'aurais recueilli quelques fruits de mes veilles et de mes services.
A Dieu ne plaise que je veuille parler des véritables religieux ! Quand ils n'auraient d'autre mérite dans cette vie que de la passer sans faire de mal, ils seraient respectables aux yeux mêmes de l'incrédulité. Il ne s'agit point ici des hommes vraiment pieux , qui ont quitté le monde pour embrasser sans obstacle l'esprit de la religion, mais de ceux qui se revêtent d'un habit consacré par la religion, pour se procurer des richesses et des honneurs dans le monde; de ceux contre lesquels saint Jérôme a tant crié en vain , et qui ont vérifié sa prophétie dans la Palestine et dans l'Egypte, en décréditant la religion par leurs mœurs, leur avarice et leur ambition.
On a beau comparer Bossuet et Fénelon, je ne suis pas capable d'apprécier leur mérite; mais le second me paraît bien préférable à son rival. Il a rempli, ce me semble, les deux points de la loi: Il a aimé Dieu et les hommes.
On ne sera pas fâché de savoir ce que pensait à son sujet Jean-Jacques Rousseau, Un jour, étant allé avec lui me
NOTES DE
ramener au mont Valérien , quand nous fûmes parvenus u sommet de la montagne , nous formâmes le projet de [emander à dîner à ses ermites pour notre argent. Nous jrrivâmes chez eux un peu avant qu'ils se missent à table, Il pendant qu'ils étaient à l'église. Jean- Jacques llousj au me proposa d'y entrer, et d'y faire notre prière, lies ermites récitaient alors les litanies de la Providence , lui sont très belles. Après que nous eûmes prié Dieu dans lie petite chapelle, et que les ermites se furent acheminés | leur réfectoire , Jean- Jacques me dit avec attendrissement : « Maintenant j'éprouve ce qui est dit dans l'Êvani gile : Quand plusieurs d'entre vous seront rassemblés en \mon nom, je me trouverai au milieu d'eux. II y a ici uu (sentiment de paix et de bonheur qui pénètre l'aine. » Je ji répondis : « Si Fénelon vivait, vous seriez catholique. » | me réparlit hors de lui et les larmes aux yeux : « Oh ! si Fénelon vivait, je chercherais à être son laquais, pour ' mériter d'être son valet de chambre. » Ayant trouvé, il y a quelque temps, sur le Pont-Neuf, îe de ces petites urnes de trois ou quatre sous que venant les Ilaliens dans les rues, l'idée me vint d'en ériger iins ma solitude un monument à la mémoire de Jean-
Jacques et de Fénelon , à la manière de ceux que les Chinois élèvent à celle de Confucius. Comme il y a deux petits écussons sur cette urne , j'écrivis sur l'un ces mots: J.-J. Rousseau , et sur l'autre : F. Fénelon. Je la posai ensuite à six pieds de hauteur , dans un angle de mon cabinet , et je plaçai auprès d'elle cette inscription :
A la gloire durable et pure De ceux dont le génie éclaira les vertus, Combattit à la fois l'erreur et les abus , Et tenta d'amener leur siècle à la nature. Aux Jean-Jacques Rousseaux, aux François Fénelons, J'ai dédié ce monument d'argile, Que j'ai consacré par leurs noms, Plus augustes que ceux de César et d'Achille. Ils ne sont point fameux par nos malheurs; Ils n'ont point, pauvres laboureurs, Ravi vos bœufs, ni vos javelles; Bergères , vos amants ; nourrissons , vos mamelles : Rois, les états où vous régnez :
Mais vous les comblerez de gloire , Si vous donnez à leur mémoire Les pleurs qu'ils vous ont épargnés.