PLANCHE II
On voit l'hémisphère atlantique avec ses sources, ses glaces, son canal, ses courants et ses marées dans les mois de janvier et de février.
Quoique je sois obligé de répéter ici quelques observations que j'ai déjà placées dans le texte , je vais y en joindre
* Voyez son histoire dans Télémaque, liv. XIII et XIV.
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quelques autres , dignes, j'ose dire, de toute l'attentiof111 du lecteur.
Observez d'abord que le globe de la terre n'est pas guré ici à la manière des géographes , qui le représente!! en creux dans leurs mappemondes , afin d'en faire apeï W cevoir les parties fuyantes sur une grande échelle. Leu projection nous donne une idée fausse de la terre , en non i montrant les parties fuyantes de sa circonférence comm h les plus larges, et, au contraire, les parties saillantes dj milieu comme les plus étroites. Ce n'est point un gloll convexe qu'ils nous présentent , c'est un globe concave. Oioi l'a figuré ici tel qu'on l'apercevrait dans le ciel du côté c lia l'océan Atlantique , et dans notre hiver.
On y distingue les sources de l'océan Atlantique , qi tel sortent Tété du pôle nord; son canal, formé parles parti' le saillantes et rentrantes des deux continents, et son eâ m bouchure comprise entre le cap Horn et le cap de Bonn| jans Espérance, par laquelle cet océan se décharge, pendaip l'été, dans la mer des Indes.
Le côté opposé de cet hémisphère , quoique encore p< lises connu, présenterait, ainsi que celui-ci, un canal fluviati m avec tous les mêmes accessoires, sources , glaces, courar et marées, formé , non pas par des continents, mais pioni des projections d'iles et de hauts-fonds qui dirigent, pe dant notre hiver , dans la mer des Indes , le cours des eff sions polaires australes. Quelque intéressantes que soie ces nouvelles projections du globe, il ne m'a pas été prj sible de faire les frais nécessaires pour les faire grave car il eût été encore convenable de présenter l'un et l'aut h hémisphère dans son été et dans son hiver , afin qu'on pj On,,, voir leurs différents courants dans chaque saison, et montrer les pôles mêmes à vue d'oiseau, aussi en hiver en été, afin de présenter l'étendue des coupoles de gla< qui les couvrent , et les courants qui en sortent dans diverses saisons de l'année. Ces différentes coupes eusse exigé au moins huit planches d'une échelle plus gran que celle-ci , pour développer sensiblement les harmon de cette seule partie de mes Études de la Nature. D'aillei cette augmenlation de cartes eût entraîné des mémoii plus détaillés sur les distributions du globe, dont jeu voulu parler dans cet ouvrage qu'en hors-d'œuvre.
Le simple aspect de l'hémisphère atlantique aux m de janvier et de février suffira pour l'intelligence de que nous avons dit sur les glaces polaires et sur lei effusions périodiques. Nous parlerons successivement ses sources, de ses glaces, de son canal, de ses courac de ses marées, et même de son embouchure.
Les sources de l'océan Atlantique sont en été au p septentrional. Elles sont situées dans la mer Baltique, baies d'Hudson et de Baffin, au détroit de Waigats, <
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EXPLICATION DES FIGURES
qui forment la naissance du canal Atlantique, tournent îjautour du pôle , en formant le limaçon , à peu près comme ficelles d'une rivière serpentent autour de la montagne d'où ifelles descendent; en sorte qu'elles rassemblent dans cette bartie toutes les décharges des fleuves du nord , et qu'elles pu portent les eaux dans l'océan Atlantique. Je présume Ne là qu'il y a à proportion bien moins d'effusions polaires JlJans la partie de la mer du Sud qui lui est opposée. Nous verrons encore que la nature a fait ressortir au canal Atlanique les extrémités des deux courants généraux des pôles, pi viennent y aboutir après avoir fait le tour du globe; et lest par opposition aux sources dont ces courants partent, Ijue je donne aux extrémités de leur cours le nom d'embouchure. Ne nous occupons maintenant que de leurs iiources. On conçoit que les eaux de ces sources doivent couler vers la ligne, où elles vont remplacer celles que le li jsoleil y évapore chaque jour ; mais elles ont de plus une Mévation qui facilite leur cours. Non-seulement les glaces Tld'où elles sortent sont fort élevées sur l'hémisphère, mais les pôles ont eux-mêmes une élévation de sol qui est considérable. Je m'appuie dans cette assertion , en premier ieu, des observations de Tycho-Brahé et de Kepler, qui Bit vu l'ombre de la terre ovale sur les pôles dans des éclipses centrales de lune, et de l'autorité de Cassini , qui ] lionne cinquante lieues de plus à l'axe de la terre qu'à ses feiamètres. En second lieu, j'ai pour moi des expériences ' authentiques, recueillies par l'Académie des sciences, et | jont on n'a plus parlé dès que l'opinion de l'aplatissement ipe la terre aux pôles a prévalu. Par exemple, on sait qu'à «mesure qu'on s'élève sur une montagne , le mercure baisse îpans le baromètre : or, le mercure baisse dans le baro- Imètre à mesure qu'on avance vers le nord. 11 descend dans nos climats d'environ une ligne, si on s'élève à 1 1 Élises. Suivant l'Histoire de l'Académie des Sciences (1712, ■page 4) , le poids d'une ligne de mercure y équivaut à Paris m 40 toises 5 pieds, tandis qu'il ne faut s'élever en Suède ■qu'à 1 0 toises 1 pied 6 pouces 4 lignes , pour le faire baisser tia'une ligne. L'atmosphère de Suède a donc moins de hauiteur que celle de Paris, et par conséquent le terrain de ■Suède est plus élevé.
1 On peut encore joindre à ces observations celles des «navigateurs du nord, qui ont vu le soleil d'autant plus iHélcvé sur l'horizon , qu'ils se sont plus approchés du pôle. | On ne peut attribuer ces effets d'optique aux simples lois ide la réfraction de l'atmosphère. Selon l'académicien ■Bouguer * , « la réfraction élève les astres en apparence; É» et on sait, par une infinité d'observations certaines, que i|» lorsqu'ils nous paraissent à l'horizon , ils sont réellement 1» 33 ou 54 minutes au-dessous... Dans les régions où l'air ma est plus dense, les réfractions doivent y être un peu plus »» fortes; et elles sont aussi, toutes choses d'ailleurs égales, i|» un peu plus grandes en hiver qu'en été. On peut , dans m l'usage de la navigation , n'avoir point d'égard à cette ri» différence, et se servir toujours de la petite table qu'on 1 1« voit ici à côté. » En effet, on voit dans cet endroit de sson livre une petite table où il place la plus grande réfraction du soleil à l'horizon à 54 minutes pour tous les climats I (du monde. Mais comment est-il arrivé que Barents ait vu I jle soleil sur l'horizon de la Nouvelle-Zemble, le 24 janvier, ,dans le signe du Verseau, par les 5 degrés 25 minutes , tandis qu'il aurait dû y être par les 16 degrés 27 minutes, ipour être aperçu par les 76 degrés de latitude septenfriojnale où se trouvait Barents? La réfraclion du soleil sur
* Traité de la navigation, liv. IV, chap. m, sect m.
l'horizon était donc de près de 2 degrés et demi, c'està-dire plus de quatre fois aussi grande que Bouguer ne la suppose, puisqu'il ne lui donne que 54 minutes à peu près pour tous les climats. A la vérité , Barents fut fort étonné de voir le soleil quinze jours plus tôt qu'il ne l'attendait, et il ne s'assura bien positivement qu'il était au 24 janvier, qu'en observant , cette même nuit , la conjonction de la Lune et de Jupiter , annoncée pour Venise à une heure après minuit, dans les Éphémèridcs de Joseph Scala, et qui eut lieu, pour la Nouvelle-Zemble, cette même nuit, à six heures du matin, dans le signe du Taureau; ce qui lui donna à la fois la longitude de sa hutte dans la Nouvelle-Zemble , et la certitude qu'il était au 24 janvier. Une réfraction de 2 degrés et demi est certainement bien considérable. On peut, ce me semble, en attribuer la moitié à l'élévation apparente du soleil dans l'atmosphère très réfractaire de la Nouvelle-Zemble , et l'autre moitié à l'élévation réelle de l'observateur sur l'horizon du pôle. Ainsi, Barents aperçut de la Nouvelle-Zemble le soleil à l'équateur , comme un homme le voit plus tôt du sommet d'une montagne que de sa base. C'est d'ailleurs un principe sans exception des lois harmoniques de l'univers, que la nature ne se propose aucune fin qu'elle n'y fasse concourir tous les éléments à la fois. Nous en avons montré un grand nombre de preuves dans le cours de cet ouvrage. Ainsi la nature ayant voulu dédommager les pôles de l'absence du soleil , fait passer la lune vers le pôle que le soleil abandonne; elle cristallise et réduit en neiges brillantes les eaux qui le couvrent ; elle rend son atmosphère plus réfractaire, afin de lui enlever plus tard et de lui rendre plus tôt la présence du soleil : on en doit conclure encore qu'elle a allongé les pôles mêmes de la terre, afin de les faire participer plus long-temps aux influences de l'astre du jour.
A la vérité , des académiciens célèbres ont posé pour principe fondamental que la terre était aplatie aux pôles. Voici ce que dit à ce sujet le même académicien que nous venons de citer , qui fut employé avec eux à mesurer près de l'équateur un degré du méridien , qu'ils trouvèrent de 56,748 toises. « Mais , dit-il, ce qui est bien digne d'atten- » tion, les degrés terrestres ne se sont pas trouvés de même » longueur dans les autres régions où on a fait des opéra- » tions semblables , et la différence est trop grande pour » qu'on puisse l'attribuer aux erreurs inévitables des ob- » servations. Le degré sous le cercle polaire s'est trouvé » de 57,422 toises. Ainsi , il faut absolument que la terre » ne soit pas parfaitement ronde, et qu'elle soit plus haute » vers l'équateur que vers les pôles , conformément à ce » que nous indiquent d'autres expériences dont il n'est pas « nécessaire de parler ici. La courbure de la terre est plus » subite vers l'équateur dans le sens nord et sud , puisque » les degrés y sont plus petits; et la terre au contraire est » plus plate vers les pôles, puisque les degrés y sont plus » grauds \ »
J'avoue que je tire une conséquence tout-à-fait contraire des observations de ces académiciens. Je conclus que la terre est allongée aux pôles, précisément pareeque les degrés du méridien y sont plus grands que sous l'équateur. Voici ma démonstration : Si on plaçait un degré du méridien au cercle polaire sur un degré du même méridien à l'équateur, le premier degré, qui est de 57,422 toises , surpasserait le second, qui est de 56,748 toises, de 674 toises, d'après les opérations des académiciens. Par conséquent , si on mettait l'arc entier du méridien qui cou-
Bouguer, Traité de la navigation, ttv. II, chap. xiv, art.
EXPLICATION DES FIGURES
ronne le cercle polaire , et qui est de 47 degrés , sur un arc de 47 degrés du même méridien près de l'équateur, il y produirait uu renflement considérable , puisque ses degrés sont plus grands. Cet arc polaire du méridien ne pourrait pas s'étendre en longueur sur l'arc équinoxial du même méridien , puisqu'il a le même nombre de degrés , et par conséquent une corde de la même étendue. S'il s'étendait en longueur, en surpassant le second de 674 toises par degré, il est évident qu'il sortirait à l'extrémité de ses 47 degrés de la circonférence de la terre, qu'il n'appartiendrait plus au cercle où il est tracé, et qu'il formerait, en le plaçant sur un des pôles , une espèce de champignon aplati qui déborderait le globe tout autour. Pour rendre la chose encore plus sensible , supposons toujours que le profil de la terre aux pôles soit un arc de cercle de 47 degrés. N'est-il pas vrai que si vous tracez une courbe au dedans de cet arc, comme font les académiciens qui aplatissent la terre aux pôles, elle sera moins grande que cet arc, puisqu'elle y sera contenue; et que plus cette courbe sera aplatie, moins elle sera grande , puisqu'elle approchera de plus en plus de la corde de cet arc, c'est-à-dire de la ligne droite? Par conséquent, les 47 degrés ou partitions de cette courbe intérieure seront chacun en particulier, comme ils le sont ensemble, plus petits que les 47 degrés de l'arc de cercle environnant. Mais, puisque les degrés de la courbe polaire sont au contraire plus grands que ceux d'un arc de cercle , il faut que la courbe entière soit aussi plus étendue qu'un arc de cercle ; or, elle ne peut être plus étendue qu'en la supposant plus renflée, et circonscrite à cet arc : par conséquent, la courbe polaire forme une ellipse allongée.
J'ai fait graver ici une figure du globe , pour rendre l'erreur de nos astronomes sensible aux yeux.