‹ Œuvres;Chapitre 162 sur 236 · POLE ANTARCTIQUE · texte numérisé non relu

POLE ANTARCTIQUE

Soit x l'arc inconnu du méridien compris au dessus du cercle polaire arctique AKC , et soit DEF l'arc du même méridien compris entre les tropiques. Ces deux arcs sont, comme l'on sait, chacun de 47 degrés. Mais quoiqu'ils aient chacun un angle de la même ouverture AGC et DGF, ils n'ont, pas chacun un arc du même développement: car, suivant no6 astronomes, un degré du méridien au

cercle polaire est plus grand de 674 toises qu'un degré du j F même méridien près de l'équateur. Il s'ensuit dono que I \ l'arc polaire inconnu x de 47 degrés surpasse en étendue! l'arc équinoxial DEF, qui est aussi de 47 degrés, de 47k " fois 674 toises, qui équivalent à 51,678 toises, ou à douzel lieues deux tiers. Or, il s'agit maintenant de savoir si cet1 arc polaire inconnu x est renfermé au dedans du cercle comme AhC , ou s'il se confond avec lui comme ABC , ou s'il sort de sa circonférence comme AiC.

L'arc polaire inconnu x ne peut pas être renfermé au dedans du globe comme A/iC, ainsi que le prétendeut nos astronomes , qui l'y supposent aplati ; car s'il y était renfermé, il serait évidemment plus petit que l'arc sphériqul ABC qui l'environne, suivant cet axiome que le contenu est plus petit que le contenant ; et plus cet are AliC serait aplati, et moins il aurait d'étendue, puisqu'il approcherait de plus en plus de sa corde ou de la ligne droite AKC.

D'un autre côté, cet arc polaire x ne peut pas se confondre avec l'arc sphérique ABC , puisqu'il surpasse celui- f 11 ci de douze lieues deux tiers. 11 appartient donc à une lCDfl courbe qui sort de la circonférence du globe, telle que !Fsf AiC. Donc le globe de la terre est allongé aux pôles, puis-! !'IB que les degrés y sont plus grands qu'à l'équateur. Donc nos! 91 ' astronomes se sont trompés en concluant de la grandeur !*'' de ces degrés qu'il y était aplati.

Je terminerai cette démonstration par une image plus) F triviale , mais aussi sensible. Si vous divisiez les deux cir-Fs conférences d'un œuf en largeur et en longueur , chacune Wâ en 560 degrés, concluriez-vous que cet œuf serait aplati'*1' vers ses extrémités , pareeque les degrés de sa circonfé-P; rence en longueur seraient plus grands que les degrés def""'1 sa circonférence en largeur? Ce qu'il y a de singulier Jf ,u c'est que les académiciens se servent à peu près de laff18111 même figure pour tirer des résultats contraires. Ilsrepré-Ptci sentent le globe de la terre comme un fromage de Hol-*'01 lande. Ils supposent que le globe est fort élevé sur l'équa-l : ' leur. « La courbure de la terre , dit Bouguer (uhi snpra)M®\ » est plus subite vers l'équateur dans le sens nord et sud Ji* 'a » puisque les degrés y sont plus petits ; et la terre au con-pM » traire est plus plate vers les pôles, puisque les degrés y|P » sont plus grands. On croyait que l'équateur n'était distin-W » gué que par la plus grande rapidité du mouvement, quiP'f « se fait en vingt-quatre heures; mais il est marqué d'unej1""" » manière bien plus réelle par une élévation continue, M;™ » qui doit être d'environ six lieues marines et demie toutîf 1,11 » autour de la terre , et partout â une égale distance des! ^ » deux pôles. » i r ;

Nous venons devoir l'étrange conséquence qui résulter à la fois de l'aplatissement de la terre aux pôles, et de laj J 11 grandeur des degrés du méridien dans cette partie, qui r1" donne nécessairement au cercle polaire une saillie hors de| p sa circonférence: celles qu'on peut tirer de l'élévation ctf*'1 delà courbure plus subite de l'équateur ne seraient pas f ** moins extraordinaires. C'est que si l'une et l'autre exis-i M taient, il n'y aurait point de mers sous l'équateur, parce- i *" qu'elles seraient alors déterminées , par l'élévation de six | ** lieues et demie , et par la courbure plus subite de cette partie de la terre , à s'en éloigner ; et par la pesanteur, à *ult s'écouler vers les pôles aplatis, plus voisins du cenlre, et * à y rétablir le segment sphérique que les académiciens en f 1 retranchent. Ainsi , dans cette hypothèse, les mers couvriraient les pôles et y seraient d'une grande profondeur, tandis qu'il n'y aurait que des continents très élevés sous i la ligne. Or, la géographie démontre le contraire; cari c'est dans le voisinage de la ligne que se trouvent les plus grandes mers, et quantité de terres qui ne sont qu'à leur

EXPLICATION DES FIGURES

jiveau ; et au contraire les terres élevées et les hauts-fonds je la mer sont très fréquents, surtout vers le pôle septentrional .

Parlons maintenant des glaces polaires. Quoiqu'elles [oient représentées ici précisément dans les parties fuyantes ji les moins visibles du globe, il est aisé de juger de leur tendue considérable par l'arc du méridien qui les entrasse. Au pôle austral, où elles sont en moindre quantité, juisqu'elles y ont éprouvé toutes les ardeurs de l'été de cet émisphère, elles s'étendent encore depuis ce pôle jusqu'au |0e degré sud au moins. Elles y forment donc une couoie d'un arc de plus de 40 degrés , qui , à vingt-cinq lieues lu moins le degré (puisque les degrés dans cette partie font plus grands que vers l'équateur, suivant les expériences des académiciens), donne une amplitude de plus de Lille vingt lieues , ou une circonférence de plus de trois Lille. On ne peut douter de ces dimensions, car elles sont rises d'après les dernières expériences du capitaine Cook, ai en a fait le tour au milieu de leur été. Les glaces du pie nord sont beaucoup plus étendues, parcequ'elles sont ^présentées dans leur hiver. On a exprimé aux unes et aux près une crête de vingt-cinq lieues environ d'élévation j ax pôles. Je ne répéterai point ici ce que j'ai dit sur les auteurs de celles qu'on trouve flottantes aux extrémités e leurs coupoles, qui ont jusqu'à douze et quinze cents ieds d'élévation. J'avais envie de faire représenter autour e ces glaces une espèce d'auréole ou aurore boréale qui lirait fait sentir leur étendue circulaire , et eût ajouté à 'effet pittoresque du globe , en rendant ses pôles rayonnants ; car le pôle austral a aussi des aurores nocturnes ,

nsi que Cook l'a observé ; et il paraît que ces aurores bivent leur origine aux glaces. Mais M. Moreau le jeune, lui a dessiné les planches de cet ouvrage , et particulièrement celle-ci, avec toute l'intelligence et la complaisance pi lui sont propres , m'a fait sentir qu'il n'y avait pas tsez de champ dans la carte. Il a d'ailleurs rendu ces jlaces polaires assez lumineuses pour les faire distinguer, ins faire disparaître les contours des îles et des contijsnts qu'elles couvrent.

Quant au canal Atlantique, on y reconnaît évidemment |s parties saillantes et rentrantes des deux continents en nrespondance les unes avec les autres. Si vous y joignez

sinuosité de sa source au nord, qui semble tourner 1 limaçon autour de notre pôle , et son embouchure large ; divergente, formée par le cap Horn d'une part , et par

cap de Bonne-Espérance de l'autre , par laquelle il se icharge pendant six mois daus l'océan Indien , comme )us Talions voir, vous y reconnaîtrez toutes les propor- )ns d'un canal fluviatile. Quant à sa pente à partir du )le pour se rendre jusque dans la mer du Sud , par le p de Bonne-Espérance , je la crois , comme je l'ai dit ins le texte , à peu près la même que celle du cours de Amazone.

I Considérons maintenant le cours des effusions polaires j'oduites par l'action du soleil sur les glaces des pôles. Il rt chaque année un courant géuéral de celui que le soleil hauffe; et comme le soleil les visite alternativement, il însuit qu'il y a deux courants généraux opposés qui mmuniquentaux mers leurs mouvements de circulation, qui sont connus aux Indes sous le nom de moussons jïentale et occidentale, ou d'hiver et d'été. Ceci posé , examinons les effusions du pôle austral, qui t représenté ici dans son été. Le courant général qui en rt se divise en deux branches , dont l'une s'engage dans tcéan Atlantique, et pénètre jusqu'à son extrémité sepnlrionale. Lorsque cette branche vient à passer entre la

partie saillante de l'Afrique et de l'Amérique , comme elle se trouve resserrée en passant d'un espace plus large dans un plus étroit, elle forme sur leurs côtes deux contrecourants ou remoux qui vont en sens contraire. L'un de ces contre-courants va à l'est, le long des côtes de Guinée, jusqu'au quatrième degré sud , suivant le témoignage de Dampier. L'autre part du cap Saint-Augustin , va au sudouest le long des côtes du Brésil , jusqu'au détroit de Le Maire inclusivement. Cet effet est la suite d'une loi hydraulique dont les effets sont communs ; c'est que toutes les fois qu'un courant passe d'un canal large dans un plus étroit, il forme sur ses côtés deux contre-courants. C'est ce qu'on peut vérifier dans le cours des ruisseaux, au passage de l'eau d'une rivière sous les arches près de la tête d'un pont, etc. Ainsi le courant porte à l'est le long des côtes de Guinée, et au sud-ouest le long des côtes du Brésil, dans l'été du pôle austral. Mais au milieu de l'océan Atlantique et au-delà du détroit des deux continents, il porte au nord dans tout son cours, et s'avance jusqu'aux extrémités septentrionales de l'Europe et de l'Amérique , en nous apportant deux fois par jour le long de nos côtes les marées du midi , qui sont des effusions semi-journalières des deux côtés du pôle austral.

L'autre brandie, qui part du pôle austral , prend à l'ouest du cap Horn , s'engage dans la mer du Sud , produit dans la mer des Indes la mousson de l'est qui arrive aux Indes dans notre hiver , et après avoir fait le tour du globe par l'occident, vient à l'orient se réunir , par le cap de Bonne-Espérance , au courant général qui entre dans l'océan Atlantique. On peut suivre en partie sur la carte ce courant général du pôle austral avec ses deux branches principales , ses contre-courants et ses marées , aux flèches qui indiquent ses mouvements directs, obliques et rétrogrades.

Six mois après , c'est-à-dire dans notre été, à commencer vers la fin de mars , lorsque le soleil à la ligne abandonne le pôle austral et vient échauffer le pôle septentrional , les effusions du pôle austral s'arrêtent , celles du nôtre commencent à couler , et les courants de l'Océan changent dans toutes les latitudes. Le courant général des mers part alors de notre pôle , et se divise, comme celui du pôle austral, en deux branches. La première de ces branches tire ses sources du "Waigats , de la baie d'Hudson , etc. , qui coulent alors dans certains détroits avec la rapidité d'une écluse, et produisent au nord des marées qui viennent du nord , de l'orient et de l'occident, au grand étonnement de Linschoten , d'Ellis et des autres navigateurs, accoutumés à les voir venir du midi sur les côtes de l'Europe. Ce courant , formé par la fusion de la plupart des glaces du nord de l'Amérique , de l'Europe et de l'Asie , qui ont alors près de six mille lieues de circonférence , descend par l'océan Atlantique, passe la ligne; et se trouvant resserré au même détroit de la Guinée et du Brésil , il forme sur ses côtés deux contre-courants latéraux qui remontent au nord , comme ceux formés six mois auparavant par le courant du pôle austral remontaient au midi. Ces contrecourants nous donnent sur les côtes de l'Europe les marées, qui paraissent toujours venir directement du midi , quoique alors elles viennent en effet du nord.

La branche qui les produit s'avance ensuite vers le sud, double le cap de Bonne-Espérance , prend son cours vers l'orient , forme aux Indes la mousson occidentale ; et après avoir circuit le globe jusque dans la mer du Sud , elle passe au cap Horn, remonte le long de la côte du Brésil , et y produit un courant qui se termine au cap Saint-Augustin, et qui est opposé au couraut principal qui descend du nord.

EXPLICATION DES FIGURES

L'autre branche du courant qui descend en été de noire pôle, de l'autre côté de noire hémisphère , s'écoule par le détroit appelé détroit du Nord , situé entre l'extrémité la plus orientale de l'Asie et la plus occidentale de l'Amérique. Elle descend dans la mer du Sud, où elle vient se réunira la première branche, qui forme alors, comme nous l'avons dit, la mousson occidentale de cette mer. D'ailleurs, cette branche du détroit du Nord reçoit bien moins d'effusions glaciales que celle de l'océan Atlantique, parceque les baies profondes qui sont aux sources de cet océan , et les contours de ces mêmes sources qui entourent le pôle en spirale , reçoivent , comme nous l'avons dit , la plus grande partie des effusions glaciales du pôle septentrional , et les versent dans l'océan Atlantique.

Ainsi l'océan parcourt, deux fois dans un an, le globe en spirales opposées , en partant alternativement de chaque pôle, et décrit sur la terre pour ainsi dire la même route que le soleil dans les cieux.

J'ose dire que cette théorie est si lumineuse, qu'on peut éclaircir par elle une multitude de difficultés qui jettent beaucoup d'obscurité dans les journaux des voyageurs. Froger, par exemple, dit qu'au Brésil les courants vont du côté du soleil , c'est-à-dire qu'ils vont au nord quand il est dans les signes septentrionaux, et au sud quand il est dans les signes méridionaux. On ne peut certainement expliquer cet effet versatile par la pression ou l'attraction du soleil et de la lune entre les tropiques, puisque ces astres n'en sortent point, et qu'ils vo it toujours du même côté, c'est-à-dire d'orient en occident; mais c'est que , lorsque ce courant du Brésil va au sud dans notre hiver , il est le contre-courant du courant général du pôle austral , qui va alors au nord ; et lorsque ce courant du Brésil va au nord dans notre été, il est l'extrémité de ce même courant général qui revient par le cap Horu. La même chose n'arrive pas à celui du golfe de Guinée qui est vis-à-vis , et qui court toujours à l'est, quoiqu'il soit précisément dans le même cas ; car, dans notre hiver, ce courant du golfe de Guinée est l'extrémité du courant général du pôle austral qui revient par le cap de Bonne-Espérance, et qui porte au nord dans cette saison le long des côtes de l'Afrique , depuis le trentième degré de latitude sud jusqu'au quatrième de la même latitude, suivant le témoignage de Canipier. Mais cette extrémité du courant général qui porte au nord, et qui part alors du quatrième degré sud , pour se joindre au courant général , n'entre point dans le golfe de Guinée, à cause du grand enfoncement de ce golfe ; de sorte que , d;ms cette partie-là seulement , la mer court toujours à l'est, suivant i'observaiion de tous les navigateurs de l'Afrique.

J'appuierai les principes de cette théorie par des faits attestés des marins les plus accrédités. Voici ce que dit Dampier des courants de l'Océan , dans son Traité des Vents , pages 586 et 587 :

« Au reste, il est certain que partout les courants chan- » gent leur cours à certains temps de l'année : dans les » Indes orientales , ils courent de l'est à l'ouest une partie » de l'année, et de l'ouest à l'est l'autre partie. Dans les Indes » occidentales et dans la Guinée, ils ne changent qu'en- » viron la pleine lune. Mais il faut entendre ceci des parties » de la mer qui ne sont pas éloignées des côtes : ce n'est » pas qu'il n'y ait au si des courants d'une force extraor- » dinaire dans le grand Océan, qui ne suivent pas ces » règles; mais cela n'est pas commun.

» Dans la côte de Guinée, le courant se porte est; hor- » mis en pleine lune ou environ. Mais au midi de la ligne , » depuis Loango jusqu'au 25e ou 50° degré, il court avec

» le vent du sud au nord , hormis vers la pleine lune,.

» A l'est du cap de Bonne-Espérance, depuis le 50e de » gréjusqu'au24e dans la bande dusud, le courant se port f: » à l'est, depuis mai jusqu'au mois d'octobre, et le vej jjibi » est pour lors ousst-surî-ouest, ou sud-ouest ; mais depuis » octobre jusqu'en mai, lorsque le vent est entre est ût » nord-est et est-sud-est , le courant se porte à l'ouest j e y » cela s'entend de cinq ou six lieues de terre Jusqu'à cin jtyit » quante ou environ .-car à cinq lieues de terre on ni |ài » point le courant, mais on a la marée; et au-delà d foisi » cinquante lieues déterre, le courant cesse tout-à-fait [il » ou il est imperceptible. ^r,

» Dans la côte des Indes au nord de la ligne , le courai juill « court avec la mousson. Mais il ne change pas tout-à-fa pèi » si tôt, quelquefois de trois semaines ou davantage] Om » après cela, il ne change point jusqu'à ce que la mousso| \i » soit fixée du côté contraire. Par exemple , la mousso » d'ouest commence au milieu d'avril ; mais le courai »ou » ne change qu'au commencement de mai ; et la mousso » d'est commence au milieu de septembre ou environ|pi » mais le courant ne change qu'au mois d'octobre. »

Dampier semble attribuer la cause de ces courants aujb vents qu'il appelle moussons. Mais ce n'est pas ici le lie m de m'occuper de la cause de la révolution atmosphérique L qui toutefois dépend aussi des pôles , dont les atmosphèn sont plus ou moins dilatées en hiver et en été, dont les révolutions doivent précéder celles de l'Océan. Jlek< ne ferai attention qu'au retardement du courant occidoii us il tal , qui n'arrive aux Indes qu'au mois de mai , poq L prouver que c'est le même qui part de notre pôle au mo L de mars, et qui arrive sur différentes plages des Indes h des époques proportionnées à la distance du point d'où part.

Ce courant donc arrive vers le mois d'avril au c.ip j Bonne-Espérance, et c'est lui qui rend le passage du Ga y(| si difficile aux vaisseaux qui reviennent des Indes en ét< Je m'appuierai encore là-dessus de l'autorité de Dampie dans son Voyage autour du Monde, tome II, chap. xr C'était à son retour des Indes en Europe.

« Nous perdions le temps d'aller au Cap , que nous r » pouvions retrouver qu'au mois d'ocSobre ou do nettj » vembre, et nous étions alors à la fin de mars. En effet » ce n'est pas l'ordinaire d'aborder le Cap après le dkièrr » de mai. » Il y a plus, c'est que la compagnie de liol lande ne permet pas à ses vaisseaux d'y rester après le mo de mars, parcequ'alors il y règne des vents d'ouest et un merde l'ouest qui jette les vaisseaux en côte; d'où l'o voit que ce courant, qui vient de l'ouest en doublant c cap , y arrive vers le mois d'avril.

Par le passage précédent de Dampier, nous avons v que ce courant occidental arrivait sur les côtes de l'inc vers la mi-mai : une autre autorité va nous prouver qu' se rend vers la mi-juin à l'île de Tinian , qui est bien pli à l'orient. Je la tire du Voyage de l'amiral Anson , chaj xiv, année 1742, au sujet de l'île de Tinian : « Le sei y> ancrage propre aux gros vaisseaux est dans la partie » l'île au sud-ouest. Le fond de cette rade est rempl » roches de corail très aiguës. L'ancrage en est dange » reux , depuis le milieu de juin jusqu'au milieu d'octobre » qui est la saison des moussons occidentales ; et le dange |. » est encore augmenté par la rapidité extraordinaire d » courant de la marée qui porte au sud-ouest, entre cetl ^ » île et celle d'Agnigan. Durant les huit autres mois à ^ » l'année , le temps y est constant. » Bemarquez , en pas sant, que pendant que la moussou ou le courant vient d ' l'occident , la marée porte en sens contraire entre ces deu .

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% sont pour l'ordinaire que les contre-courants des cou- 1 llnts généraux resserrés par des détroits. I Ainsi , l'on voit que ce courant, qui part de notre pôle ¥i mars, arrive au cap de Bonne-Espérance en avril; sur % côtes de l'Inde , en mai ; à l'île de Tiniau , au milieu de lin; et qu'il trace autour du globe la ligne spirale que j'ai ''fjidiquée. On pourrait évaluer sa vitesse par le temps qu'il let à se rendre dans chacun de ces lieux et dans d'autres f|>ints de latitude, jusqu'à ce qu'il ait atteint le cap Horn , • où il porte au nord jusqu'au cap Saint-Augustin , où il lent rencontrer le courant général atlantique vers la fin A juillet. Mais le détail de tant de circonstances curieuses 1| mènerait trop loin.

!| On ne peut attribuer en aucune façon les courants généux de la mer des Indes , qui , comme j'ai dit, se portent t mois vers l'orient et six mois vers l'occident , à l'altrac- )n ou pression du soleil et de la lune entre les tropiques ; rcesastresvont toujours du môme côté , etleur action est même en tout temps dans l'étendue de cette zone, dont i ne sortent point. De plus , si leur action eu était la use, lorsque le soleil est au nord de la ligne, la mousson iicidentale devrait se faire sentir aux Indes dès le mois 4 mars, puisque le soleil est alors presque au zénith de I mer des Indes; et cependant elle n'y arrive que six Imaines après , c'est-à-dire en mai : au contraire , lorslie le soleil est au sud de la ligne , et le plus éloigné des •ers de l'Inde , la mousson y arrive peu après l'équinoxe m septembre , c'est-à-dire au mois d'octobre : d'où l'on ifftit que ces révolutions de l'océan Indien n'ont pas leurs lyerssousl'équateur , mais aux pôles ; etque celle du mois i|î mars, qui vient du nord par l'ouest , met six semaines à ij faire sentir aux Indes , à cause du grand détour qu'elle $t obligée de faire au cap de Bonne- Espérance ; et que file du pôle sud au mois de septembre y arrive beaucoup lus vite , parcequ'elle n'a point de détour à faire , et fi'enfin l'époque de ces révolutions versatiles commence 'ifécisément aux équinoxes , c'est-à-dire au moment où le jfleil abandonne un pôle pour échauffer l'autre, f il est donc évident que les courants semi-annuels et tîternatifs de la mer des Indes doivent leur origine à la fnte semi-annuelle et alternative des glaces du pôle nord "| du pôle sud , et que leur direction d'orient en occident 1 d'occident en orient est déterminée dans cette mer par I projection même du continent de l'Asie. I La mer Atlantique a pareillement deux courants semi- ' muels et alternatifs, qui ont les mêmes origines , mais ffie direction naturelle du nord au midi et du midi au |prd , quoiqu'un peu dévoyée de l'ouest à l'est et de l'est lij l'ouest, par la projection même du canal Atlantique. ! os marins ne supposent dans ce canal qu'un seul cou- 'fint perpétuel qui va toujours du midi au nord , dans )tre hémisphère. Ils sont induits dans cette erreur par If cours des marées , qui en effet vont toujours au nord i long de nos côtes et de celles de Bahama , et surtout |(ir notre système astronomique, qui attribue tous les ïijiouvements de la mer à l'action de la lune entre les opiques.

Que d'erreurs un seul préjugé peut introduire dans les éments de nos connaissances ! Il aveugle les hommes s plus éclairés, jusqu'au point de leur faire méconnaître ividence même , et rejeter , pendant une longue suite de ècles , les expériences de chaque année. J'ai recueilli , dans beaucoup de voyages maritimes, ï principalement dans ceux que le capitaine Gook a faits itour du monde avec tant de sagacité et de lumières,

EXPLICATION DES FIGURES

une multitude d'observations nautiques qui prouvent que les courants de l'océan Atlantique sont alternatifs et semiannuels, comme ceux de l'océan Indien. Cependant ceux mêmes qui les rapportent , pleins du préjugé que l'action de la lune entre les tropiques donne seule le mouvement aux mers , et ne pouvant faire accorder leurs couranis avec le cours de cet astre , n'en ont conclu autre chose , sinon qu'ils étaient naturellement irréguliers , et que leur cause était inexplicable. S'ils s'en étaient tenus à leur propre expérience , qui leur apprenait que ces couranis changeaient deux fois par an, qu'ils allaient dans l'océan Indien six mois avec le cours de la lune, et six mois à son opposite; et dans l'océan Atlantique , dans des directions qui n'avaient aucun rapport au cours de cet astre ; qu'ils étaient bien plus rapides en approchant des pôles qu'entre les tropiques sous la gravitation même de la lune, et enfin qu'ils divergeaient du pôle échauffé par le soleil vers celui qui en était abandonné , ils auraient alors rapporté les causes de ces variations à l'été et à l'hiver de chaque hémisphère, et ils auraient dissipé une partie de ce nuage d'erreurs dont nos prétendues sciences ont voilé les opérations'de la nature. Quoique ces observations nautiques soient décisives pour moi , puisqu'elles ont été faites par des partisans éclairés du système astronomique auquel elles sont absolument contraires , tandis qu'elles prouvent la vérité de ma théorie , cependant j'en citerai deux plus curieuses, plus authentiques et plus impartiales que toutes celles-là, parcequ'elles ont été recueillies par des hommes qui , n'étaut pas gens de mer, n'en ont eu ni les préjugés ni les systèmes. L'une a pour garants tous les habitants d'un royaume, et l'autre une des époques les plus terribles de l'histoire navale des Européens ; et toutes deux confirment admirablement une des plus agréables harmonies de l'histoire végétale de la nature, dont j'ai présenté les éléments dans l'émigration des plantes.

Par la première de ces observations, nous prouverons que le courant atlantique vient en effet du sud et porte au nord, comme le croient les marins ; mais dans notre hiver seulement. Ainsi il est produit dans cette direction par les effusions des glaces du pôle sud , qui , dans notre hiver, s'écoulent vers 1j nord, et non par l'action de la lune entre les tropiques , suivant nos astronomes ; puisque , dans cette même saison , les navigateurs de l'hémisphère austral ont trouvé hors des tropiques ce même courant venant du sud , ce qui n'arriverait sûrement pas si ce courant était produit par l'action de la lune surl'équateur ; car, dans celte hypothèse, il fluerait en sens contraire dans l'hémispbère austral. Or, c'esl ce qui n'est pas , ainsi que je puis le prouver par les journaux d'Abel Tasman , de Dampier,de Fraisier, de Gook, etc., qui ont trouvé hors des tropiques mêmes , dans l'hémisphère austral , ce courant veuant du sud , mais pendant notre hiver seulement.

Par la seconde de ces observations , nous démontrerons que le courant atlantique vient du nord, et porte au sud dans notre hémisphère, contre l'opinion des marins; mais pendant l'été seulement. Ainsi il provient alors directement des effusions des glaces du pôle nord , qui , dans notre été, s'écoulent vers le sud; et il détruit évidemment, par cette direction vers 1 equateur , la prétendue action de la lune entre les tropiques , qui , selon nos astronomes, faitfluer l'Océan vers les deux pôles.

La première de ces observations est rapportée par M. Thomas Pennant, savant naturaliste anglais, sans préjugé et sans système , du moins sur cet important objet. Elle est tirée de son Voyage, en 1772, aux îles Hébrides »

EXPLICATION DES FIGURES

à l'ouest de l'Écosse *. « Mais, dit ce voyageur éclairé, ce » qui est plus réel et plus digne d'attention , c'est qu'on » trouve fréquemment ici (à l'île d'Ilay) , sur les côtes de » toutes les Hébrides et des Orcades, des graines de » plantes qui croissent dans la Jamaïque et les îles voisines ; » telles que celles de dolichos urens , guilandina bonduc , » bonducetta , minosa scandens de Linnée. Ces graines , » qu'on nomme ici fèves des Moluques , croissent sur les » bords des fleuves de la Jamaïque; et de là , entraînées s par les courants et les vents d'ouest , qui régnent les deux » tiers de l'année dans cette partie d'Atlantique, elles » sontpousséesjusquesur les rivages des Hébrides.La même » chose arrive quelquefois à des tortues d'Amérique , > qu'on prend vivantes sur ces côtes; et cela est mis hors » de doute depuis qu'on a trouvé sur la côte d'Ecosse une » partie du mât du Tilbury , vaisseau de guerre qui brûla » près de la Jamaïque. »

M. Pennant a omis de dire dans quelle saison ces graines et ces tortues abordent sur les côtes occidentales de l'Ecosse. Ces omissions de dates sont capitales, quoique très communes dans la plupart des voyageurs, qui négligent souvent de marquer celles de leurs propres observations. Ce n'est cependant que par ces dates qu'on peut entrevoir l'ensemble des harmonies de la nature. Que penser donc du goût de nos rédacteurs de voyages , qui les retranchent comme des circonstances ennuyeuses et inutiles? Toutefois il est aisé de voir ici que les graines des fleuves de la Jamaïque et les tortues de l'Amérique arrivent , en hiver , sur les côtes occidentales des Hébrides et des Orcades , puisqu'elles y sont poussées , suivant M. Pennant, par les vents et les courants de l'ouest , qui y régnent , dit-il , les deux tiers de l'année. Or , on sait que les vents d'ouest y soufflent tout l'hiver ; ce qui est confirmé dans cette relation par son propre témoignage , et , dans le même recueil , par les autres voyageurs de l'Écosse. Après tout , ce ne sont pas les vents d'ouest qui entraînent ces graines et ces tortues si loin de la Jamaïque vers le nord. Les vents n'ont point de prise sur des corps à fleur d'eau; et certainement ceux de l'ouest ne peuvent les pousser au nord. Les courants de l'ouest ne pourraient même produire cet effet , car ils les charieraient à l'est ; et comme la Jamaïque est par les 18 degrés nord, ces graines et ces tortues iraient aborder en Afrique à la même latitude, et non pas jusqu'au 59e degré nord dans les Hébrides et les Oreades , où elles atterrissent en effet. Le courant qui les entraîne va donc directement au nord, en tirant un peu vers l'est, précisément comme le canal Atlantique lui-même dans cette partie. Ainsi les importantes observations des habitants de l'Ecosse au sujet des graines de la Jamaïque , des tortues de l'Amérique , et d'une portion du mât du Tilbury, jetées sur leurs côtes , prouvent qu'en effet le courant atlantique vient du sud et porte au nord , comme le croient d'ailleurs les marins; mais il n'a cette direction qu'en hiver : car nous allons démontrer, par une autre observation non moins curieuse, qu'en été, et dans les mêmes latitudes , le courant atlantique vient du nord et porte au sud , à l'opposite de la prétendue action de la lune entre les tropiques , et contre l'opinion des marins, ou plutôt sans qu'ils sachent là-dessus à quoi s'en tenir.

Nous avons déjà allégué les témoignages des plus fameux navigateurs du nord, qui attestent unanimement que le courant atlantique vient du nord , et porte au sud en été, dans son extrémité septentrionale : tels sont ceux d'Ellis ,

* Imprimé à Genève en 4785, dans un recueil de voyages aux montagnes et aux îles de l'Écosse, 1. 1 , pages 216 et 217.

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de Barents , de Linschoten , etc. , qui , ayant navigué \ 11 ^ été aux environs du cercle polaire arctique , attestent q les courants et même les marées se dirigent vers le sud f ™( descendent du nord , ou tout au plus du nord-ouest ou ( f(l nord-est, suivant le gisement des baies où ils ont pénéti r Nous avons encore rapporté , à l'appui de cette impo |(lk'' tante vérité, les témoignages des navigateurs de l'Améi ?f 111 que septentrionale, cités par Denis, gouverneur du G ^'"t nada , qui attestent que les courants du nord amène rsi'! 1 tous les ans , en été , vers le sud , de longs bancs de glac flottantes d'une élévation et d'une profondeur considér Ces|f bles, qui viennent s'échouer jusque sur le banc de Terr Neuve. Et enfin nous avons cité l'observation de Chri 1 \h tophe Colomb , qui , dans une latitude bien plus méridi Lqu nale,prèsdu tropique même du Cancer, éprouva, \ps& septembre, que le milieu du canal atlantique portait i liés si sud , et par conséquent descendait du nord. Nous pourrio; ni'1"'1 joindre à ces autorités celles d'une foule d'autres mari qui n'ont eu égard qu'aux dérives de leurs vaisseaux , ont reconnu, en été , l'existence de ce courant septei^ trional , sans oser l'admettre , ni opposer leur propre e Lpj périence à un système astronomique accrédité. hw

Mais, pour ne rien omettre sur un objet si essentiel ■ des bl la navigation et à l'étude de la nature , et pour lever toui ilance espèce de doute sur l'existence de ce courant septentri teillt nal en été, nous nous arrêterons à une observation simpl lï ft>l mais liée à un événement très connu dans l'histoire. Cet observation est d'autant moins suspecte qu'elle est raj 3Cf(( portée sans intention de favoriser aucun système, par i ^ voyageur qui n'était ni homme de mer ni naturaliste, mi qui n'en tira d'autres conséquences que celles qui concel »<lel' naient sa fortune et sa liberté. C'est celle de Souchu ( celle Rennefort, secrétaire du conseil souverain de Madagascai llej"s sortant des îles Açores le 20 juin 1666 , lors de son retoi rm en Europe . m

« Depuis 40 jusqu'à 45 degrés, dit-il, on vit des ma m y> rompus, des vergues et des hunes de vaisseaux, q» «mai a firent juger qu'il était arrivé un épouvantable débri isui » On appréhenda le choc de ces pièces dans la gorge d ^ » la Vierge de bon Port , vieux bâtiment pourri et facile *l » ouvrir. Il a été su depuis que ce fracas venait du combe J,; » qui s'était donné entre les Français et les Hollanda ^ » d'une part, elles Anglais de l'autre; ce qu'il eût été bo » à ceux qui s'étaient embarqués de savoir plus tôt. » Sfi,iii

En effet, le vaisseau de Rennefort, où l'on ignora jfei.ipi que la France fût en guerre avec les Auglais, eut le mal e, mai heur d'être pris et coulé à fond par une frégate anglaise ^es à la hauteur de Guernesey , dix-huit jours après cette ob| '''l11 servalion , c'est-à-dire le 8 juillet. jy

Cet épouvantable débris, dispersé sur la mer dans ui||PS espace de 5 degrés ou de 75 lieues , provenait du plus ter|jtS( rible combat qui se soit donné sur cet élément , entre 1 Anglais d'une part et les Hollandais de l'autre. Il commenç le 1 1 juin , et dura quatre jours. La flotte anglaise étai! composée de 85 vaisseaux de guerre, et la Hotte hollan daise de 90, commandés par Ruyter. Il y avait à peu pri de chaque côté 21,000 hommes et 4,500 pièces de canon Les Anglais y perdirent 23 vaisseaux, dont la plupart furen^, brûlés ou coulés à fond, et les Hollandais 4 seulement mais il n'y eut guère de vaisseau qui n'y laissât ses mâts en tout ou en partie. Il y périt de part et d'autre à peu près 9,000 hommes. Les historiens de chaque nation élevèrent, suivant l'usage , la gloire de leur flotte jusqu'au T;l ciel. Ce qu'il y a de certain, c'est que 9,000 corps d'hommes

* Histoire Jles Indes orientales , liv. III, chap. v.

ijets lu er (si ik

EXPLICATION DES FIGURES

tilés et demi-brûlés , abandonnés aux requins et aux îns de mer , donnèrent aux monstres marins le spece d'une férocité qui n'a d'exemple que dans le genre huo ; et que ce nombre prodigieux de hunes , de vergues le mats flottants, mêlés de pavillons à croix rouges et iches, allèrent apprendre aux barbares de toutes les Tes méridionales de l'océan Atlantique comment les ssances qui vivent sous la loi de Jésus vident entre elles rs différends \

Ces débris furent certainement portés plus loin que les res. Il est probable que dans cette saison il en flotta une ne partie jusque sur les côtes € t les îles occidentales de l'Aue. Or, c'était précisément pour la traite des esclaves en que que l'Angleterre et la Hollande se faisaient la guerre. ! puissances avaient commencé dès l'année précédente leurs jilités sur les côtes de Guinée et dans les îles du cap Vert, à uine de ces pays. Je suppose donc que ces débris du combat itende vinrent passer à travers les îles du cap Vert, et près elle de Saint-Jean , qui est si peu fréquentée des Européens les Portugais l'appellent Brava ou Sauvage. Ses bons et hosliers habitants , suivant l'Anglais Roberts qui en fit une si ce expérience , sont si humbles qu'ils regardent les hommes îur couleur comme soumis par l'ordre de Dieu même au des blancs. Ils se confirment dans cette opinion en voyant Uance du commerce européen , dont un des bras ne prél'Europe que des biens , tandis que l'autre , chargé de pèse sans cesse sur la malheureuse Afrique. Mais quand, ommet de leurs rochers, à l'ombre de leurs cotonniers et îurs bananiers, ils aperçurent le long de leurs paisibles ris ce train effroyable de mâtures, de vergues, de galeries, oupes, de proues, à demi brûlées, teintes de sang humain êlées de pavillons européens , ils virent alors le fléau des x de l'Afrique se relever, et peser à son tour sur l'Europe; cette réaction de calamités ils reconnurent sans doute ne justice universelle gouverne par des lois égales toutes liations du monde.

ffi roi de France , dit-on , faisait jeter à la rivière les corps ïnalfaiteurs, avec ces lugubres écriteaux : Laissez passer Î jstice du roi. Les Chinois et les Japonais punissent de la Ûe manière les pirates qui infestent la navigation de leurs ries. Ainsi les débris de ces vaisseaux de guerre qui avaient ïde fois répandu la terreur dans l'océan Atlantique , étaient ijîrtés par ses courants; et leurs grandes courbes noircies le feu , rougies par le sang humain , et devenues le jouet des

ïde l'Afrique, disaient bien mieux que des écriteaux aux

%ants opprimés de ses rivages : O noirs ! voyez maintenant

hp-:R LA GLOIRE DES BLANCS ET LA JUSTICE DE DIEU.

* serait un calcul digne , je ne dis pas de nos politiques mooiip , qui n'estiment plus dans le monde que l'or et la puisuPjî, mais d'un ami de l'humanité , de rechercher si la traite jWègres n'a pas causé autant de maux à l'Europe qu'à l'Afri-

■iet quels sont les biens qu'elle a produits pour ces deux

«es du monde.

^faudrait d'abord mettre dans la balance des maux de l'Ae les guerres que ses puissances se font entre elles pour des esclaves à vendre aux Européens; le despotisme bare ses rois, qui , pour remplir cet objet, livrent leurs proujets ; le caractère dénaturé de leurs sujets , qui , à leur pie , mènent quelquefois à ces marchés inhumains leurs es et leurs enfants; la plupart des contrées maritimes de lique rendues désertes par l'émigration de leurs habitants upi«jenés en esclavage; la mortalité d'un grand nombre de ces ables, qui meurent dans leur passage en Amérique, par tuvaise nourriture et le scorbut, les travaux excessifs, la e d'aliments , les coups de fouet et les supplices qu'ils vent dans nos colonies , et qui les font périr la plupart de e, de chagrin et de désespoir. Voilà sans doute bien des rs et du sang répandus pour l'Afrique; mais la balance des | sera au moins égale pour l'Europe , si l'on met de son a navigation même de l'Afrique , dont le mauvais air emles équipages de nos vaisseaux tout entiers , ainsi que les sons de nos comptoirs en Afrique, par les dysenteries, le

Un

RpijvAiiniiv

Ces débris, épars dans 75 lieues de mer, venaient de douze milles au nord-ouest d'Ostende, où se livra le combat naval ; et ils étaient portés jusque sur les iles Açores, d'où sortait le vaisseau de Rennefort quand il les rencontra. Ostende est par le 51e degré nord, et les Açores par le 40e , beaucoup à l'ouest. Les premiers de ces débris étaient partis du nord-ouest d'Ostende le 1 i juin, date du commencement du combat, suivant la lettre de Ruyter et l'histoire de France, et ils se trouvaient près des Açores au plus tard le 20 du même mois, comme on doit le conclure de la relation de Rennefort, quoique sans date journalière. Ainsi , les courants du nord les avaient charriés , en neuf jours , à plus de 275 lieues au sud , sans compter le chemin considérable fait à loues' , ce qui fait beaucoup plus de 54 lieues par jour.

Ce n'était sûrement pas le vent qui chassait ces débris vers le sud-ouest avec tant de rapidité : celui qui régnait alors leur était contraire. Le vaisseau de Rennefort, qui venait à leur rencontre, n'avait éprouvé d'autre vent que celui qui le poussait vers le nord-est ; et Ruyter ne parle dans sa lettre que des vents du sud-ouest, qui soufflèrent pendant le combat. D'ailleurs, ainsi que nous l'avons dit, comment le vent aurait-il prise sur des corps à fleur d'eau? Ils ne pouvaient pas être non plus charriés au sud par les marées, qui vont au nord sur nos côtes: c'était donc un courant direct du nord qui les entraînait au sud, malgré les marées mêmes, et un peu à l'ouest par la direction du canal atlantique. Donc le courant atlantique porte au sud en été, malgré la prétendue action de la lune entre les tropiques , et il ne doit son cours , dans cette saison , qu'à la fonte des glaces septentrionales.

scorbut , les fièvres putrides , et surtout par celles de Guinée , qui tuent en trois jours l'homme le plus robuste. Ajoutez à ces maux physiques les maladies morales de l'esclavage , qui détruisent dans nos colonies de l'Amérique les premiers sentiments de l'humanité , parceque là où il y a des esclaves il se forme des tyrans , et l'influence de cette dépravation morale sur l'Europe : joignez aux maux de cette partie du monde les ressources des travaux champêtres de l'Amérique enlevées à nos bourgeois et à nos propres paysans , dont un grand nombre chez nous languit de misère, faute d'occupations et de propriétés; les guerres que la traite des noirs fait naître entre les puissances maritimes de l'Europe; leurs comptoirs pris et repris, leurs batailles navales qui enlèvent des 9,000 hommes à la fois , sans ceux qui restent blessés pour toute leur vie ; leurs guerres, qui, comme une peste, se communiquent à l'intérieur de l'Europe par leurs alliances, et au reste du monde par leur commerce : on avouera que la balance des maux de l'Europe égale pour le moins celte des maux de l'Afrique. Quant à la balance des biens, elle se réduit de part et d'autre à fort peu de chose. On ne peut pas, en conscience, compter dans les biens que les habitants de l'Afrique tirent de la vente de leurs compatriotes , nos sabres de fer dont ils s'estropient , nos mauvais fusils dont ils se cassent la tête , et nos eaux-de-vie qui leur font perdre la raison et la santé : tout se réduit donc à peu près pour eux à des miroirs et à des sonnettes. Quant aux biens qui en reviennent à l'Europe, il y a le sucre, le café et le coton, que l'Amérique nous donne parle travail des esclaves nègres; mais ces produits bruts et informes ne peuvent entrer en aucune comparaison avec les fabriques perfectionnées et les récoltes en tout genre que tireraient de ces mêmes campagnes des cultivateurs européens libres, heureux et intelligents.

Il me semble que si cette balance de maux si pesants et de biens si légers était présentée aux puissances maritimes et chrétiennes de l'Europe , elles reconnaîtraient à la fin qu'il ne suffit pas d'avoir banni l'esclavage de leur propre territoire pour rendre leurs sujets heureux et industrieux, mais qu'il faut eneore le proscrire de leurs colonies , pour le bonheur de ces mêmes sujets , pour celui du genre humain , et pour la gloire de la re« ligion.

EXPLICATION DES FIGURES

Ces deux observations si authentiques confirment de plus que les îles sont aux extrémités des courants, ainsi que nous l'avons dit ailleurs. Linsehoten , qui avait séjourné aux Açores, remarque que les débris de la plupart des naufrages dans l'océan Atlantique sont jetés sur leurs côtes. Il en arriva de même sur celles des Bermudes, des Barbades , etc. Ces corps flottants sont portés à des distances prodigieuses, régulièrement et alternativement, comme les courants mêmes de la mer. Ainsi les graines de la Jamaïque sont charriées en hiver jusqu'aux Orcades, à plus de \ ,060 lieues du sud au nord , et à plus de 1 ,800 lieues de distance , par le flux du pôle sud; et saus doute les graines fluviatiles des Orcades sont portées en été sur les côtes de la Jamaïque , par le flux du pôle nord. Ces mêmes correspondances doivent régner entre les végétaux de Hollande et des Açores. Je ne connais aucune des graines des fleuves de la Jamaïque , mais je suis bien sûr qu'elles ont les caractères nautiques que j'ai observés dans celles de toutes les plantes fluviatiles. Ainsi voici une nouvelle confirmation des harmonies végétales de la nature sur l'émigration des plantes. On peut appliquer celle-ci à l'émigration des poissons, qui font de si longues traversées en pleine mer, guides sans doute par les graines flottantes des plantes fluviatiles, pour lesquelles ils ont par tout pays un goût de préférence , et que la nature fait croître sur les rivages, pour servir particulièrement à leur nourriture.

Il me semble que les hommes pourraient, par le moyen des courants alternatifs des mers, entretenir parmi eux une correspondance régulière et sans frais , dans toutes les parties maritimes du globe. On pourrait , je crois, exploiter par leur moyen ces vastes foré! s du nord de l'Amérique et de l'Europe, composées en grande partie de sapins qui pourrissent inuiilemcnt pour les hommes sur ces ferres désertes. On les abandonnerait pendant l'été , en trains bien assemblés , d'abord aux courants des fleuves, puis à ceux de la mer, qui les apporteraient au moins jusqu'à la latitude de nos côtes dépouillées de bois , comme le cours du Rhin amène tous les ans en Hollande un train prodigieux de bois de chêne exploité dans les forêts de l'Allemagne. Les débris du combat naval d'Ostende, portés si rapidement jusqu'aux Açores , montrent l'étendue des ressources que la nature nous présente dans ce genre. La géographie peut aussi en tirer le plus grand parti. Christophe Colomb doit aux effets de ces courants la découverte de l'Amérique. Un simple roseau d'une espèce étrangère , jeté sur les côtes occidentales des Açores, fit conclure à ce grand homme qu'il existait d'autres terres à l'occident. Il pensa encore à tirer parti des courants de la mer au refour de son premier voyage ; car étant sur le point de périr dans une tempête , au milieu de l'océan Atlantique , sans pouvoir apprendre à l'Europe , qui avait meprii-é si long-temps ses services et ses lumières , qu'il avait enfin trouvé un nouveau monde, il renferma l'histoire de sa découverte dans un tonneau qu'il abandonna aux flots , espérant qu'elle arriverait tôt ou tard sur quelque rivage. Une simple bouteille de verre pouvait la conserver des siècles à la surface des mers, et la porter plus d'une fois d'un pôle à l'autre. Ce n'est point pour nos superbes et injustes savants, qui refusent de voir dans la nature ce qu'ils n'ont pas imaginé dans leur cabinet, que j'étends si loin l'application de ces harmonies pélagiennes; c'est pour vous, infortunés matelots; c'est de l'adoucissement de vos maux que j'attends un jour ma plus durable et plus noble récompense. Peut-être un jour quelqu'un de vous, naufragé dans une île déserte , chargera les courants de la mer d'annoncer la nouvelle de son désastre à

quelque terre habitée-, et d'en implorer du secours. Peu|s être quelque Céix , périssant dans les tempêtes du c%( Horn, leur confiera ses derniers adieux, et les flots (L l'hémisphère austral les apporteront jusque sur les rivagL de l'Europe , pour consoler quelque nouvelle Alcyone. ^

Après les faits que je viens de rapporter, on ne peut pli ]f , douter que l'océan Indien et l'océan Atlantique n'aie; jL, leurs sources dans les fontes semi-annuelles et alternativ ,p| des glaces du pôle sud et du pôle nord, puisqu'ils ont dv| courants semi-annuels et alternatifs concordant parfait) p ment à l'été et à l'hiver de chaque pôle. Ces courant L comme on peut bien le croire, ont plus de vitesse que corps qui flottent à leur surface. Il se fait , aux équinoxe^, une impulsion rétrogressive dans toute la masse de len , „, eaux à la fois, ainsi qu'il appert, à ces époques , par l'aj ^ lation universelle de l'Océan dans toutes les latitudes, Ljc, bouleversement total et presque subit ne peut être ope |s par l'attraction de la lune et du soleil, qui vont toujouL du même côté, et qui sont constamment entre les tro[!ie j, ques : niais , ainsi que je l'ai répété plusieurs fois , il ( L produit par la chaleur du soleil, qui passe alors presque s ^ bitement d'un pôle à l'autre , fond l'Océan glacé qui le cd L vre, donne par les effusions de ses glaces, de nouvel sources à l'Océan fluide , des directions opposées à ses C( rants, et renverse l'ancien équilibre de ses eaux.

On peut encore moins déduire, comme l'on fait

* mi-

cause des marées de l'action du soleil et de la lune l'équateur; car, si cela était, elles devraient être pc(l| considérables entre les tropiques , près du foyer de Ici mouvements, que partout ailleurs; et c'est ce qui n' cfô pas. Voyez ce que dit sur les marées de l'Inde, Yoisji ' de l'équateur, Dampier, dans son Traité des Ven^ page 578: h| « Depuis le cap Blanc, sur les côtes de la mer du Si^ » au troisième degré, jusqu'au trentième degré de l!jj||f » lude méridionale, la mer ne flue et reflue qu'un p^ » et demi ou deux pieds... Les marées , dans les In ||IS|I » orientales, montent fort peu , et ne sont pas si réguliè ^ » qu'ici , c'est-à dire en Europe ; elles y sont tout au \ ^ » de quatre à cinq pieds, » dit-il ailleurs. Il rapporte m, suite que a plus grande marée qu'il éprouva sur les c< de la INouvclle-Hoilande n'arriva que trois jours aprè "m pleine ou nouvelle lune.

La faiblesse et le retardement considérable de ces ri

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Wliï',

rées entre les tropiques prouve donc évidemment qu foyer de leurs mouvements n'est point sous l'équateur; s'il y était, les marées seraient terribles sur les côtes de 1 1 T qui sont dans son voisinage , et qui lui sont parallè mais leur origine est près des pôles , où elles sont en e ^u de vingt à vingt-cinq pieds auprès du détroit de Magelj 'j" suivant le chevalier iNarbrough; et d'une hauteur a j!. ' considérable à l'entrée de la baie d'Hudson , suivant E' ^ m Récapitulons. Les marées sont des effusions semi-jc , j1"" nalières des glaces d'un pôle, comme les courants g< J," 1 raux de la mer en sont des effusions semi-annuelles. 11 J11 deux couranis généraux opposés par an , pareeque le si ' 1 " échauffe tour à tour, dans un au, l'hémisphère austriî ||J ' le septentrional; et il y a deux marées par jour, parce * ' le soleil échauffe tour à tour, en vingt-quatre heures ""' partie orientale et occidentale du pôle qui est en fus 10 C'est le même effet que nous voyons arriver dans b< J1, coup de lacs voisins des montagnes à glaces , qui ont ^ couranis et un flux et reflux , pendant le jour seulem; a " Mais il n'est pas douteux que si le soleil échauf.ait pen^ 1 la nuit l'autre côté de ces montagnes, elles ne produji1' 11,11 sent encore un autre flux et reflux dans leurs lacs,

EXPLICATION DES FIGURES

nséquent deux marées en vingt-quatre heures , comme )céan. Le retardement des marées de l'Océan , qui est vingt-quatre minutes environ de l'une à l'autre , vient

■ ce que la coupole glaciale du pôle en fusion diminue aque jour de diamèlre. Ainsi le foyer des marées s'éloi- E de plus en plus de nos côtes. Si leur intensité est telle, ivant Bouguer , que ce sont nos marées du soir qui sont ; plus fortes en été , c'est qu'elles sont les effusions diurs de notre pôle arrivées pendant le jour d'une saison jaude. Si , dans cette saison, elles sont moins fortes le atin que le soir, c'est que ce sont les effusions nocturnes i viennent de l'autre partie du pôle , et qui se décharnt dans les sources en spirale de l'océan Atlantique, mais

moindre quantité. Si , au contraire , au bout de six }is , les plus fortes marées , c'est-à-dire celles du soir , viennent les plus faibles; et les plus faibles , c'est-à-dire lies du matin , deviennent les plus fortes , c'est qu'elles mnent alors de l'action du soleil sur le pôle austral , et e, la cause étant opposée , les effets doivent l'être pareilnent. Si les marées sont plus fortes un jour et demi ou ux jours après les pleines lunes, c'est que cet astre augjnte , par sa chaleur , les effusions polaires , et par consentie volume d'eau de l'Océan. Non-seulement la lune ■me chaleur qui évapore les eaux, comme on l'a observé Jrnièrement a Rome et à Paris, mais qui fond les glaces, Iisi que le rapporte Piine , d'après les observations de Inliquité. « La luue fait dégeler, résolvant toutes glaces ■et gelées par l'humidité de son influence*. » Si enfin les Jirées sont plus considérables aux équinoxes qu'aux sellées , c'est que , comme nous l'avons vu , c'est aux équi- Ixes qu'il y a le plus grand volume d'eau dans l'Océan , Ijisque la plus grande partie des glaces d'un des pôles est 1rs fondue , et que celles du pôle opposé commencent |>rs à fondre.

ml ne faut pas croire que chaque marée soit une effusion laire du jour même : mais elle est un effet de cette suite iffusions polaires qui se succèdent perpétuellement; en ?ie que la marée qui arrive aujourd'hui sur nos côtes ; partie du pôle il y a peut-être six semaines ; et son mvement est en! retenu par celles qui coulent chaque ir à sa suite. C'est ainsi que, dans une file de billes plains sur un billard , la prenait re qui reçoit une impulsion «communique à sa voisine, celle-ci à la suivante , et que Idemière seule se détache de la file avec ce qui reste de imvement. Mais on doit admirer ici cette autre concor- Ince qui règne entre les effets de la nature les plus éloiiés : c'est que les marées du soir et du matin arrivent w nos côtes comme si elles partaient dans le même jour

■ la partie supérieure et inférieure de notre hémisphère, ïque les marées d'été sont précisément opposées à celles 1 l'hiver, comme les pôles mêmes, d'où elles s'écoulent. Ije pourrais appuyer cette nouvelle théorie d'une multiple de faits, et l'appliquer à la plupart des phénomènes 'lutiques qu'on a regardés jusqu'ici comme inexplicables; m s le temps et l'espace qui me resient ne me le permetlit pas. 11 me suffit d'en avoir déduit les principaux mou ■aients de la mer. Il m'a fallu parcourir ce labyrinthe »c un travail dont le lecleur n'a pas d'idée. Je lui en ai jpntré l'entrée et la sortie , et je lui en présente le fil. Il

jurra , sans doute , aller beaucoup plus loin sans mon i:ours. Je puis l'assurer qu'en s'éclairant de ces principes mas la lecture des journaux et des voyages maritimes qui lit un peu d'exactitude dans les dates de leurs observations, is que ceux d'Abel Tasmnn , de Hugues Linschoten , du

I Histoire naturelle, liv. Il, ehap. ci.

général Beaulieu , de Froger , de Fraisier, de Bampier , d'Ellis, etc. , il verra un jour nouveau se répandre sur les endroits des journaux de marine , qui sont , pour l'ordinaire , si arides et si obscurs.

Si le temps et mes moyens m'eussent permis de répandre sur cette partie toute la lumière dont elle est susceptible, j'ose me flatter que je l'eusse rendue bien autrement intéressante. J'eusse fait représenter sur deux grands globes solides les deux courants généraux de la mer en hiver et en élé, avec des flèches qui eussent exprimé les intervalles exacts d'une marée à l'autre , et leurs contre-courants latéraux au passage de tous les détroits , qui produisent , sur différents rivages, des contre-marées semi-diurnes, diurnes, hebdomadaires, lunaires, semi-annuelles. Ces contremarées en eussent produit d'autres, de retour au passage des îles ; en sorte qu'on eût vu l'Océan , comme un grand fleuve, partir de chaque pôle, circuire le globe, et former sur ses rivages une multitude de contre-courants et de contre-marées dépendantes toutes des effusions d'un seul pôle. Je me fusse servi pour cela des journaux de marine les plus authentiques.

On eût vu alors évidemment que les baies des continents et même des îles sont à l'abri des courants généraux : et j'eusse fait voir , au contraire , que le cours et la direction de tous les fleuves sont ordonnés à ces courants et à ces marées de l'Océan , pour les accélérer en certains lieux , et les retarder en d'autres , comme le cours des ruisseaux et des rivières est ordonné lui-même au courant des fleuves , pour la même fin.

-J'eusse fait plus: afin de bannir l'aridité de notre géographie, et de réunir les grâces que se prêtent mutuellement tous les règnes delanaiure, au lieu de flèches, j'y eusse représenté des figures p'us analogues aux mers , et j'aurais ajouté de nouvelles preuves à la théorie de ces effusions polaires, en y représentant plusieurs espèces de poissons voyageurs, qui, à certaines époques de l'année, s'abandonnent à leurs courants pour passer d'un hémisphère dans l'autre. Ce qu'il y a de certain, c'est que le point principal de leur réunion, tant d'un pôle que de l'autre , est précisément au détroit formé par la Guinée et le Brésil, où nous avons dit que se formaient ces deux grands contre courants latéraux qui retournent vers les pôles. C'est là le rendez-vous des poissons du pôle septentrional et du pôle austral. Les harengs, les baleines et les maquereaux se trouvent en abondance en été sur ces rivages. Les baleines du nord ont été si communes au Brésil autrefois , que , suivant le rapport chs voyageurs , leur pêche y était affermée , et produ sait un revenu cons dérable au roi de Portugal. Je ne sais pas ce qui en est à présent : peut-être le bruit de ''artillerie européenne les aura éloignées de ces côtes. On y péchait aussi en quantité la morue connue dans toute l'Amérique sous le nom de morue du Brésil. D'un autre côté, suivant le Hollandais Bosman, qui nous a donné une très bonne relation de la Guinée , les baleines de l'espèce de celles qu'on appelle nord-caper, câpres du nord, abondent sur les côtes de Guinée. Il prétend qu'elles y viennent faire leurs petits. Artus nous a conservé une liste des poissons voyageurs qui apparaissent sur cette côte pendant les divers mois do l'année. Quoiqu'elle soif bien imparfaite , on y peut reconnaître les poissons particuliers à chaque pôle. Aux mois d'avril et de mai, c'est une espèce de raie , qui s'élève à la surface de l'eau ; en juin et juillet, une sorte de hareng si nombreuse, que les nègres , en jetant au milieu d'eux un simple plomb à l'extrémité d'une longue ligne environnée d'hameçons, en pèchent toujours plusieurs d'un seul coup. Pendant les mêmes mois, ils

EXPLICATION DES FIGURES

prennent beaucoup d'écrevisses de mer semblables , dit Artus, à celles de Norwège. En septembre, on y voit arriver des espèces très nombreuses de maquereaux. 11 y paraît; alors une espèce de mulet qui, à l'opposé des autres poissons , qui aiment le silence , accourt au bruit. Les nègres profitent de cet instinct pour le prendre. Us attachent à une pièce de bois hérissée d'hameçons une sorte de cornet avec son battant; ils la jettent ainsi équipée à la mer, et le mouvement des flots agitant le cornet, produit un certain bruit qui attire ce poisson, qui, voulant mordre le morceau de bois , se prend ainsi de lui-même. Ainsi la bonne nature fournit aux pauvres nègres des pêches proportionnées à leur industrie. Cette espèce de mulet paraît, par son instinct , destinée à voyager dans les mers et les saisons bruyantes, puisqu'il ne paraît qu'à l'équinoxe d'automne , à la révolution des saisons. Mais , dans les mois d'octobre et de novembre , terrissent en abondance des poissons dont le nom et les mœurs sont inconnus à l'Europe , et qui semblent appartenir au pôle austral , dont les courants sont alors en activité. Tels sont , un brochet de mer ou bécune, dont les dents sont très aiguës et la morsure fort dangereuse ; une espèce de saumon à chair blanche qui est de très bon goût ; un autre qu'on appelle l'étoile de mer; une espèce de chien marin qui a la tète très grosse, et la gueule en forme de bassinoire : il est marqué sur le dos d'une croix; il y en a de si gros qu'un seul fait la charge de deux ou trois canots. En décembre, on voit une grande abondance de korkofedos ou lunes qui paraissent aussi en juin. Le korkofedo semble régler sa marche sur les solstices. Il est aussi large que long; on le prend avec un morceau de canne à sucre attaché à un hameçon. Le goût de ce poisson pour la canne à sucre est une autre preuve des harmonies établies entre les poissons et les végétaux. Enfin , dans les mois de janvier, février et mars, on voit sur la côte de Guinée une espèce de petit poisson à grands yeux, qu'Artus croit être Yoculus ou jriscis oculatus de Pline. C'est encore un voyageur des mers bruyantes de l'équinoxe, car il saute et s'agite avec beaucoup de bruit.

Si le temps me l'eût permis, j'aurais étendu cesconsounanccs élémentaires aux divers habitants des départements de la mer. Nous eussions vu, par exemple, la cause du passage alternatif des tortues qui se rendent chaque année pendant six mois dans certaines îles, et qu'on retrouve six mois après dans d'autres îles, à sept ou huit cents lieues de là, sans qu'on ait pu imaginer jusqu'ici comment ce lourd amphibie peut taire de si grands trajets vers des lieux qu'il n'aperçoit pas. Nous eussions vu leurs pesantes flottes se laisser aller presque sans mouvement pendant la nuit au courant général de l'Océan, côtoyer à la clarté de la lune les sombres promontoires des îles , et chercher dans leurs anses désertes quelques baies sablonneuses et tranquilles , où elles puissent faire leurs pontes loin du bruit. D'autres , comme les maquereaux , ne manquent pas d'arriver dans les saisons accoutumées sur d'autres rivages, avec les mêmes courants, puisque alors ils sont aveugles. « Lorsque les maquereaux viennent sur les côtes du Ca- » nada, dit Denis, ancien gouverneur de ce pays, ils ne » voient goutte. Ils ont une maille sur les yeux qui ne leur » tombe que vers la fin de juin , et pour lors ils voient, et » se prennent à la ligne \ » Son témoignage est confirmé par d'autres voyageurs, quoiqu'il n'en eût pas besoin. D'autres poissons , comme les harengs, font étinceler au soleil leurs légions argentées sur les grèves s ptentrionales de l'Europe et de l'Amérique, ombragées de sapins; ils

* Histoire naturelle de V Amérique septentrionale, ch. xi.

s'avancent jusque sous les palmiers de la ligne, en re montant le long des rivages contre les marées du midi qui leur apportent sans cesse de nouvelles pâtures. D'au très , comme les thons, partent de la ligne, voguent à 1 faveur de ces mêmes marées, et entrent au printem dans la Méditerranée , dont ils font tout le tour ; et quoi qu'ils ne laissent aucune trace sur leur chemin liquide ils ne laissent pas de s'y reconnaître au milieu des nuit les plus obscures, à la lueur des feux phosphoriques qu'ej citent leurs mouvements. C'est à ces mêmes lueurs qu'oi aperçoit la nuit les tortues couleur d'ombre sur la surfac. , des eaux. On croirait que ces animaux , entourés de lu mière, ont des flambeaux attachés à leurs nageoires et leurs queues. Ainsi les qualités phosphoriques de l'eau ma rine sont liées même aux voyages nocturnes des poisson C'est le soleil qui est le moteur de toutes ces harmonies Parvenu à l'équinoxe, il abandonne un pôle à l'hiver il donne à l'autre le signal du printemps par les feux don il l'environne. Le pôle échauffé verse de toutes parts de torrents d'eau et de glaces fondues dans l'Océan , à qui donne de nouvelles sources. L'Océan change alors soi cours; il entraine dans son courant général la plupart de poissons du nord vers le midi , et par ses contre-couranlj latéraux ceux du midi vers le nord. Il en attire d'autre jusque dans le continent par les alluvions des terres qu les Heuves charient: tels sont les poissons à écailles, comm F'1 les saumons, qui aiment en général à remonter contre 1 cours des fleuves.

Ces légions flottantes sont accompagnées de cohorte innombrables d'oiseaux de marine qui quittent leurs cli mats naturels , et voltigent autour des poissons pour vivr *[i à leurs dépens : c'est alors qu'on voit aborder jusque su les rivages septentrionaux les oiseaux de marine du midi comme les pélicans, les flamants, les crabiers, les aiP« grettes ; et sur ceux du midi les oiseaux du nord , comm leur les lombes, les bourgmestres, les cormorans ; c'est alor » que les sables et les écueils les plus déserts sont habités , e M' que la nature présente de nouvelles harmonies sur tous le i* rivages. ;li Si les voyages des habitants de la mer eussent jeté d m nouveaux jours sur les courants de l'Océan , ces courant* »«l>«! eux-mêmes nous auraient donné des lumières sur le| Ml mœurs et sur les formes des poissous qui nous paraissenj ^ si étranges. La plupart de ces poissons jettent leur frai ek*11'1 si grande abondance, que la mer en est quelquefois couMSl1' verte dans des espaces de plusieurs lieues. Les couranth* emportent au loin ce frai ; et pendant que les pères et leMM mères sans souci se livrent à l'amour sur les côtes de ipÉ| Norwège, leur postéiité vient quelquefois écloresur cellej "I» de l'Afrique ou du Brésil. Nous eussions vu leurs catégorie wer si variées parfaitement configurées pour les différents site! M de la mer: les uns, taillés en longues lames de sabre! fc; comme le poisson de l'Afrique qui en porte le nom,s| plaisent à pénétrer dans les passages les plus étroits de; ' H rochers, et à remonter contre les courants les plus rapides! Mili d'autres, également aplatis , sont taillés en rond avec deu *« longues antennes qui partent de leur tète et se renversera ^ei en arrière pour leur servir de gouvernail , comme les lune) argentées des Antilles. Ces lunes se jouent sans cesse af ^nli milieu des flots qui S3 brisent contre les rochers, sans quj ^ I jamais on en voie une seule jetée sur le rivage. D'autre *s poissons triangulaires et taillés comme des coffres , dont Hi portent le nom , s'avancent jusqu'au milieu des récifs danj| 1 des flaques où il n'y a presque pas d'eau, et font briller ai sein des noirs rochers leurs robes bleues parsemées d'é toiles d'or. Pendant que les uns, toujours inquiets, fur<

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