‹ Œuvres;Chapitre 166 sur 236 · PLANCHES VIII ET IX · texte numérisé non relu

PLANCHES VIII ET IX

Ou voit, planche vm, le sparte ou jonc des montagnes d'Espagne creusé en écope pour recevoir les eaux des pluies; et, planche ix , le jonc cylindrique et plein des marais. La graine de celui-ci ressemble dans son développement à des œufs d'écrevisse. Je n'ai pu recouvrer de graine de sparte; mais je ne doute pas qu'à l'opposé de celle du jonc des marais, elle n'ait un caractère volatil. Je ne sais même si le sparte fructifie dans notre climat. MM. Thouin, jardiniers en chef du Jardin du Roi , auraient bien pu satisfaire à ce sujet ma curiosité. Ce sont eux qui m'ont prêté la plupart des graines et des feuillages que j'ai fait graver ici, entre autres le cône du cèdre du Liban; mais, accoutumé dans mes études solitaires à chercher dans la nature seule la solution des difficultés que j'y rencontre , je ne me suis point adressé à eux , quoiqu'ils soient remplis d'honnêteté et de complaisance pour les ignorants comme pour les docteurs.

Quoi qu'il en soit, c'est au fruit que la nature attache le caractère de volatilité ; et c'est par la feuille qu'elle indique la nature du site où le végétal doit naître. Ainsi , on voit dans la planche vm le cône du cèdre composé de folioles comme un artichaut. Chaque foliole porte son pignon : tel est celui qui est représenté ici détaché du cône; et chacun d'eux, dans la maturité du fruit, s'envole à l'aide des vents vers les sommets des hautes montagnes pour lesquels il est desiiné. Remarquez au.^si que les feuilles du cèdre sont d'une forme filiforme , pour résister aux vents qui sont violents dans les hautes montagnes; et el!es sont agrégées en pinceaux pour recueillir dans l'air les vapeurs qui y nagent. Chaque feuille de cet arbre a de plus un aqueduc tracé dans sa longueur; mais, comme elle est fort menue, la gravure n'a pu l'exprimer. Au reste , cette forme filiforme et capillacée, si propre à résister aux vents, ainsi que celle qui est en lame d épée, est commune aux végétaux de montagnes, comme pins, mélèzes, cèdres, palmiers ; elle se retrouve aussi très fréquemment sur les bords des eaux également exposés aux grands vents , comme dans les joncs , les roseaux , les feuilles de saule; mais les feuillages de ceux-ci diffèrent essentiellement de ceux des premiers, en ce qu'ils n'onl point d'aqueduc, et que ceux des montagnes en ont; leur agrégation n'est pas non plus la même.

Le pissenlit croît comme le cèdre dans les lieux secs et élevés. Ses graines sont suspendues aune sphère entière de volants, qui forme au dehors un polyèdre très régulier d'une multitude de faces hexagonales ou pentagooales. Ces faces ne sont point exprimées dans la figure, parcequ'on l'a copiée d'après celle d'un livre de botanique très esiimé, mais qui, comme les livres eu tout genre, n'a recueilli que les caractères qui convenaient à son système. La feuille du pissenlit détermine particulièrement son site naturel: elle est large et charnue , parceque, s'étalant sur la terre, où elle forme des étoiles de verdure , elle ne craint point les vents; elle est découpée profondément en dents de scie pour ouvrir un passage aux graminées, et ses dentelures se recourbent en dedans pour recevoir les eaux des pluies, et les porter à la racine. Ainsi la nature proportionne les moyens à chaque sujet, et redouble d'attention pour les plus faibles La sphère du pissenlit est plus artislement faite que le cône du cèdre, et est sans contredit bien plus volatile. Il faut des tempêtes pour portrr au loin la semence des cèdres; il ne faut que des zéphyrs pour ressemer celle des pissenlits. 11 faut de plus un Liban pour planter le premier.

et à l'autre il suffit d'une taupinière. Ce petit végétal eip11 aussi bien plus utile dans le monde que le cèdre; il sertifl"1* la nourriture de plusieurs quadrupèdes et de beaucoup tplS petits oiseaux qui se repaissent de sa graine. Il est fort s^m 111 lutaire à l'homme, surtout au printemps. Aussi on voirts11 alors beaucoup de pauvres gens qui cueillent s?s jeun) 0{ pousses dans les campagnes. C'e^t le seul aliment que 5 nature présente encore gratuitement à l'homme dans notr climat. Il vient partout dans les lieux secs, et jusque dac les intervalles des pavés. Il tapisse souvent les cours ûi hôtels dont les maîtres n'ont pas beaucoup de clients, i semble y appeler les misérables. Ses fleurs dorées émai lent très agréablement le pied des murs; et sa sphère d; plume, relevée sur une longue hampe au sein d'une étoil de verdure, ne laisse pas d'avoir son agrément.

C'est donc la feuille qui détermine particulièrement 1 site naturel d'un végétal; car, comme nous l'avons vu, I y a des plantes aquatiques qui ont leurs graines volatiles parcequ'elles croissent sur les bords des lacs ou des maraj qui n'ont pas de courants: telles que le saule et leroseaul i mais leurs feuilles alors n'ont point d'aqueducs. Il y enl même qui sont pendantes, et qui, par cette attitude, refc| sent les eaux du ciel. L'érable de Virginie, qui se plal sur les bords des lacs , des marais et des criques , a di graines attachées à des ailes membraneuses semblables! celles d'une mouche, comme celle de l'érable de montage! qui est représentée ici. Mais il y a cette grande différencf entre eux, que la large feuille du premier est pendante, i attachée à une longue queue; que cette queue, loin à'i voir un aqueduc, a une arête; et que la feuille de l'érabl de montagne , qui est d'une moyenne grandeur, anjmleuï et corticée, pour résister aux vents , s'élève presque vert; calement, et porte un aqueduc sur sa queue pour recevoi les eaux du ciel.

Page 1