‹ Œuvres;Chapitre 186 sur 236 · L ARCA1J1K · texte numérisé non relu

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m Quelquefois j'essayais de faire entendre aux saunages de ma cabane que j'avais perdu un ami. Je mettais la main sur mes yeux , sur ma bouche et fiipûr mon cœur ; je leur montrais l'horizon ; je levais lu ciel mes mains jointes, et je versais des larmes, oi Ils comprenaient ce langage muet de ma douleur, toifcàr ils pleuraient avec moi; mais, par une contrao'feiction dont je ne pouvais me rendre raison, ils ^redoublaient de précautions pour m'ernpêeher de oo m'éloigner d'eux.

ni Je m'appliquai donc a apprendre leur langue, ûdlfin de les instruire de mon sort et de les y rendre insensibles. Us s'empressaient eux-mêmes de m'enl&eigner les noms des objets que je leur montrais. îlÉ/esclavage est fort doux chez ces peuples. Ma vie, s'IjSt la liberté près, ne différait en rien de celle de oijmes maîtres. Tout était commun entre nous, les iltiijnvres , le toit et la terre; sur laquelle nous couchions enveloppés de peaux. Ils avaient même des [égards pour ma jeunesse, et ils ne me donnaient a o«;j>upporter que la moindre partie de leurs travaux. ifEn peu de temps je parvins a converser avec eux. HiVoici ce que j'ai connu de leur gouvernement et fljle leur caractère.

Les Gaules sont peuplées d'un grand nombre de petites nations, dont les unes sont gouvernées par ifles rois, d'autres par des chefs appelés iarles, mais 3i soumises toutes au pouvoir des druides , qui les ' réunissent sous une même religion, et les gouvernent avec d'autant plus de facililé, que mille coutumes différentes les divisent. Les druides ont persuadé à ces nations qu'elles descendaient de Pluf :!'on, dieu des enfers , qu'ils appellent Hoder, ou l'aveugle. C'est pourquoi les Gaulois comptent par ' mils, et non point par jours; et ils comptent les meures du jour du milieu de la nuit, contrôla ïhoul urne de tous les peuples. Ils adorent plusieurs fiulres dieux aussi terribles que Hoder , tels que |\iorder, lemaîire des vents qui brise les vaisseaux >ur leurs côtes, afin, disent-ils, de leur en procurer je pillage. Ainsi ils croient que tout vaisseau qui ■périt sur les rivages leur est envoyé par Niorrper. Ils ont de plus Tbor ou ïheulatès , le dieu Ke la guerre, armé d'une massue qu'il lance du tiaut des airs : ils lui donnent des gants de fer, et pn baudrier qui redouble sa fureur quand il en est peint; Tir, aussi cruel; le taciturne Vidar, qui porte des souliers fort épais, avec lesquels il peut inarcher dans l'air et sur Teau, sans faire de bruit; Seimdall a la denl d'or, qui voit le jour et la nuit : il entend le bruit le plus léger, même celui que ait l'berbe ou la laine quand elle croît; Uller, le 'lieu de la glace, chaussé de patins ; Loke , qui eut

trois enfants de la géante Àngherbode \ la messagère de douleur ■ savoir : le loup Fenris, le serpent de Migdar, et l'impitoyable Héla. Héla est la mort. Ils disent que son palais est la misère , sa table la famine, sa porte le précipice, son vestibule la langueur, son lit la consomption. Hsontencore plusieurs aulres dieux, dont les exploits sont aussi féroces que les noms,Hérian, Riflindi, Svidur, Svidrer, Salsk, qui veulent dire le guerrier, le bruyant, l'exterminateur, l'incendiaire, le père du carnage. Les druides honorent ces divinités 11 avec des cérémonies lugubres, des chants lamentables, et des sacrifices humains. Ce culte affreux leur donne tant de pouvoir sur les esprits effrayés des Gaulois , qu'ils président à tous leurs conseils et déciden t de tou les les affaires. Si quelqu'un s'oppose à leurs jugements, ils le privent de la communion de leurs mystères 12 ; et dès ce moment il est abandonné de tout le monde, même de sa femme etdeses enfants. Mais il est rare qu'on ose leur résister; car ils se chargent seuls de l'éducation de la jeunesse, afin de lui imprimer de bonne heure, et d'une manière inaltérable, ces opinions horribles.

Quant aux iarles ou nobles, ils ont droit de vie et de mort sur leurs vassaux. Ceux qui vivent sous des rois, leur paient la moitié du tribut qu'ils lèvent sur les peuples; d'autres les gouvernent entièrement à leur profit. Les plus riches donnent des festins aux plus pauvres deleur classe, qui les accompagnent à la guerre et font vœu de mourir avec eux. lis sont très braves. S'ils rencontrent à la chasse un ours, le principal d'entre eux met bas ses flèches, aitaque seul l'animal, et le tue d'un coup de couteau. Si le feu prend à leur maison, ils ne la quittent point qu'ils ne voient tomber sur eux les solives enflammées. D'autres, sur le bord de la mer, s'opposent, la lance ou lépéea la main, aux vagues qui brisent sur le rivage. Ils mettent la valeur a résister non-seulement aux ennemis et aux bêtes féroces, mais même aux éléments. La valeur leur tient lieu de justice. Us ne décident leurs différents que parles armes, et regardent la raison comme la ressource de ceux qui n'ont point de courage. Ces deux classes de citoyens , dont l'une emploie la ruse et l'autre la force pour se faire craindre, se balancent entre elles; mais elles se réunissent pour tyranniser les peuples, qu'elles traitent avec un souverain mépris. Jamais un homme du peuple ne peut parvenir, chez les Gaulois, à remplir aucune charge publique. Il semble que cette nation n'est faite que pour ses prêtres et poursesgrands. Au lieu d'être consolée par les uns

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et protégée par les autres, comme la justice le requiert, les druides ne l'effraient que pour que les iarles l'oppriment.

On ne trouverait cependant nulle part des hommes qui aient de meilleures qualités que les Gau-

femmes. Egalement opprimées par les lois d( druides et par les mœurs féroces des iarles, c\\i sontréduites au plus dur esclavage. Elles sont chai! gées des offices les plus pénibles , comme de la; bourer la terre, d'aller dans les bois chercher )

lois. Ils sont fort ingénieux , et ils excellent dans gibier des chasseurs , de porter les bagages de| D

plusieurs genres d'industrie qu'on ne trouve point ailleurs. Us couvrent d'étain des plaques de fer13, avec tant d art, qu'on les prendrait pour des plaques d'argent. Ils assemblent des pièces de bois avec une si grande justesse, qu'ils en forment des vases capables de contenir toutes sortes de liqueurs. Ce qu'il y a de plus étrange, c'est qu'ils savent y faire bouillir de l'eau sans les brûler. Us font rougir des cailloux au feu, et les jettent dans l'eau contenue dans le vase de bois, jusqu'à ce qu'elle prenne le degré de chaleur qu'ils veulent lui donner, lis savent encore allumer du feu sans se servir d'acier ni de caillou , en froltaut ensemble du bois de lierre et de laurier. Les qualités de leur cœur surpassent encore celles de leur esprit. Ils sont très hospitaliers. Celui qui a peu le partage de bon cœur avec celui qui n'a rien, lis aiment leursenfants avec tant de passion, que jamais ils ne les maltraitent. Ils se contentent de les ramener à leur devoir par des remontrances. Il résulte de cette conduite, qu'en tout temps la plus tendre affection unit tous les membres de leurs familles, et que les jeunes gens y écoutent, avec le plus grand respect, les conseils des vieillards.

Cependant ce peuple serait bientôt détruit par la tyrannie de ses chefs, s'il ne leur opposait leurs propres passions. Quand il arrive des querelles parmi les nobles, il est si persuadé que c'est aux armes à I es décider, et que la raison n'y peut rien, qu'il les force, pour mériter son estime, de se battre jusqu'à la mort. Ce préjugé populaire détruit beaucoup d'iarles. D'un autre côté, il est si convaincu des choses terribles que les druides racontent de leurs dieux , et la peur , comme c'est l'ordinaire, lui fait ajouter a leurs traditions des circonstances si effrayantes, que ses prêtres bien souvent tremblent plus que lui devant les idoles qu'ils ont eux-mêmes fabriquées. J'ai bien reconnu parmi eux la vérité de cette maxime de nos livres sacrés, qui dit que Jupiter a voulu que le mal que l'on fait aux hommes rejaillît sept fois sur son auteur, afin que personne ne pût trouver son bonheur dans le malheur d'autrui.

II y a ça et la, parmi quelques peuples des Gaules, des rois qui fortifient leur autorité, en prenant la défense des plus faibles; mais, ce qui préserve la nation de sa ruine totale, ce sont les

hommes dans les voyages. Elles sont, de plus, as sujetties toute leur vie a obéir a leurs propre enfants. Chaque mari a droit de vie et de moi! sur la sienne; et, lorsqu'il meurt, si on souti çonne sa mort de n'être pas naturelle , on donnj la question a sa femme : si elle s'avoue coupabf par la violence des tourments, on la condamne a feu 14.

Ce sexe malheureux triomphe de ses tyrans p leurs propres opinions. Comme c'est la vanité q les domine, les femmes les tournent en ridicule une simple chanson leur suffit pour détruire le r sultat des assemblées les plus graves. Le peupl et surtout les jeunes gens, toujours prêts a les sei vir, font courir cette chanson dans les bourgs i les hameaux. On la chante le jour et la nuit. Ceh qui en est le sujet , quel qu'il soit , n'ose plus si montrer. De la il arrive que les femmes, si faible! en particulier, jouissent en général du plus gran pouvoir. Soit crainte du ridicule, soit expéricnc des lumières des femmes , les chefs n'entrepren nent rien sans les consulter ; elles décident de 1 paix et de la guerre. Comme elles sont forcées, pa les maux de la société, de renoncer a ses opinion et de se réfugier entre les bras de la nature, e les ne sont ni aveuglées ni endurcies par les prt jugés des hommes. De la vient qu'elles voient plu sainement qu'eux dans les affaires publiques prévoient avec beaucoup de justesse les évém. ments futurs. Le peuple, dont elles soulagent le maux, frappé de leur trouver souvent plus de dii cernement qu'à ses chefs , sans en pénétrer le causes , se plaît à leur attribuer quelque chose d divin 15

Ainsi les Gaulois passent successivement et ra pidement de la tristesseà la crainte, et de la craint à la joie. Les druides les épouvantent ; les iarles le maltraitent; les femmes les font rire, chanter danser. Leur religion , leurs lois et leurs mœur étant sans cesse en contradiction , ils vivent dan une inconstance perpétuelle, qui faitleur caractèr principal. Voila encore pourquoi ils sont très eu rieux de nouvelles , et de savoir ce qui se pass chez les étrangers. C'est par cette raison qu'on e trouve beaucoup hors de leur patrie, dont ils ai ment à sortir, comme tous les hommes qui y son malheureux.

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|ei Ils méprisent les laboureurs, et ils négligent par ^conséquent l'agriculture, qui est la base de la félijjuité publique. Quand nousarrivâmesdansleur pays, Ijtls ne cultivaient que les grains qui peuvent croître ]Hans le cours d'un été, comme les fèves, les lentilles, l'avoine, le petit mil , le seigle, et l'orge. JOn n'y trouvait que bien peu de froment. Cependant la terre y est très féconde en productions naturelles : il y a beaucoup de pâturages excellents Je long des rivières; les forets y sont élevées, et Jbmplies de toutes sortes d'arbres fruitiers sauiages. Comme ils manquent souvent de vivres, ils ^n'employaient à en chercher dans les champs et lans les bois. Je [trouvais dans les prairies des pousses d'ail, des racines de daucus et de filipenp, llile. Je revenais quelquefois tout chargé de baies e le myrtilles, de faînes de hêtres, de prunes, de poires, de pommes que j'avais cuillies dans la fole 'êt. Ils faisaient cuire ces fruits, dont la plupart 5r ie peuvent se manger crus , tant ils sont âpres. cjtlais il s'y trouve des arbres qui en produisent lujl'un goût excellent. J'y ai souvent admiré des sjpommiers chargés de fruits d'une couleur si éclatante, qu'on les eût pris pour les plus belles fleurs. D(| Voici ce qu'ils racontent au sujet de ces pomlcjniers, qui y croissent en abondance et de la plus ,n [rande beauté. Ils disent que la belle Thétis, qu'ils |Jippel!ent Friga, jalouse de ce qu'à ses propres noj:es Vénus, qu'ils appellent Siofne , avait remporté Ja pomme qui était le prix de la beauté, sans qu'on i'eût mise seulement dans la concurrence des trois Jléesses, résolut de s'en venger. Un jour donc que J/énus, descendue sur cette partie du rivage des Jiaules, y cherchait des perles pour sa parure, |](Jt des coquillages appelés manches de couteau, Jour son fils Sifionne 16 , un Triton lui déroba sa Ijlomme, qu'elle avait mise sur un rocher, et la I iiortaàla déesse des mers. Aussitôt Thétis en sema jijes pépins dans les campagnes voisines , pour y Perpétuer le souvenir de sa vengeance et de son iriomphe. Voilà, disent les Gaulois celtiques, la ^ause du grand nombre de pommiers qui croissent dans leur pays, et de la beauté singulière de Jjeurs filles 17.

ji L'hiver vint, et je ne saurais vous exprimer quel

ut mon étonnement lorsque je vis, pour la pre-

, aière fois de ma vie , le ciel se dissoudre en plucri '

aes blanches comme celles des oiseaux, l'eau des

Cil' '

ontaines se changer en pierres , et les arbres se S épouiller entièrement de leur feuillage. Je n'a-

ais jamais rien vu de semblable en Egypte. Je 31 rus que les Gaulois ne tarderaient pas à mourir, 01 omme les plantes et les éléments de leur pays; et

sans doute la rigueur de l'air n'aurait pas manqué de me faire mourir moi-même, s'ils n'avaient pris le plus grand soin de me vêtir de fourrures. Mais qu'il est aisé à un homme sans expérience de se tromper! Je ne connaissais pas les ressources delà nature pour chaque saison comme pour chaque climat. L'hiver est pour ces peuples septentrionaux le temps des festins et de l'abondance. Les oiseaux des rivières, les élans, les taureaux sauvages, les lièvres, les cerfs, les sangliers abondent alors dans leurs forêts, et s'approchent de leurs cabanes. On en lue des quantités prodigieuses. Je ne fus pas moins surpris quand je vis le printemps revenir, et étaler dans ces lieux désolés une magnificence que je ne lui avais jamais vue sur les bords même du Nil. Les rubus, les framboisiers, les églantiers, les fraisiers, les primevères, les violettes, et beaucoup d'autres fleurs inconnues à l'Egypte, bordaient les lisières verdoyantes des forêts. Quelques unes, comme les chèvre-feuilles, grimpaient sur les troncs des chênes, et suspendaient à leurs rameaux leurs guirlandes parfumées. Les rivages , les rochers , les montagnes, les bois, tout était revêtu d'une pompe à la fois magnifique et sauvage. Un si touchant spectacle redoubla ma mélancolie. Heureux, me disais-je, si, parmi tant de plantes, j'en voyais s'élever une seule de celles que j'ai apportées de l'Egypte ! ne fût-co que l'humble plante du lin, elle me rappellerait ma patrie pendant ma vie; en mourant, je choisirais près d'elle mon tombeau ; elle apprendrait un jour à Céphas où reposent les os de son ami, et aux Gaulois le nom , et les voyages d'Amasis.

Un jour, pendant que je cherchais à dissiper ma mélancolie en voyant danser de jeunes filles sur l'herbe nouvelle , une d'entre elles quitta la troupe des danseuses, et s'en vint pleurer sur moi : puis, tout-à-coup, elle se joignit à ses compagnes, et continua de danser en jouant et folâtrant avec elles. Je pris ce passage subit de la joie à la douleur et de la douleur à la joie, dans cette jeune fille, pour un effet d'une inconstance naturelle à ce peuple, et je ne m'en mettois pas beaucoup en peine , lorsque je vis sortir de la forêt un vieillard à barbe rousse, revêtu d'une robe de peaux de belette. Il portaitàsa main une branche de gui, et à sa ceinture un couteau de caillou. II était suivi d'une troupe déjeunes gens à la fleur de l'âge, vêtus de baudriers faits des mêmes peaux, et tenant dans leurs mains des courges vides, des chalumeaux de fer, des cornes de bœufs, et d'autres instruments de leur musique barbare.

Dès que ce vieillard parut, toutes les danses ces-

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sèrent, tous les visages s'attristèrent, et tout le monde s'éloigna de moi. Mon maître même et sa famille se retirèrent dans leur cabane. Ce méchaut vieillard alors s'approcha de moi, me passa une corde de cuir autour du cou, et, ses satellites me forçantdele suivre, ilsm'entraînèrent toutéperdu, comme des loups qui emportent un mouton. Ils me conduisirent a travers la forêt jusqu'aux bords delà Seine : là, leur chef m'arrosa de l'eau du fleuve; ensuite, il me fit entrer dans un grand ba- j teau d'écorce de bouleau, où il s'embarqua luimême avec toute sa troupe.

Nous remontâmes la Seine pendant huit jours , en gardant un profond silence. Le neuvième, nous arrivâmes dans une petite ville bâtie au milieu d'une île. llsme débarquèrent vis-à-vis, sur la rive droite du fleuve, et ils me conduisirent dans une grande cabane sans fenêtres, qui était éclairée par des torches de sapin. Ils m'attachèrent au milieu de la cabane, à un poteau; et ces jeunes gens, qui me gardaient jour et nuit, armés de haches de caillou, ne cessaient de sauter autour de moi, en soufflant de toutes leurs forces dans leurs cornes de bœufs et leurs fifres de fer. Ils accompagnaient leur affreuse musique de ces horribles paroles, qu'ils chantaient en chœur:

« 0 Niorder ! ô Riflindi ! ô Svidrer ! ô Héla ! ô » Héla ! dieux du carnage et des tempêtes , nous » vous apportons de la chair. Recevez le sang de » celte victime, de cet enfant de la mort. O » Niorder ! ô Riflindi ! ô Svidrer ! ô Héla ! ô » Héla ! »

En prononçant ces mots épouvantables , ils avaient les yeux tournés dans la tête et la bouche écumante. Enfin, ces fanatiques, accablés de lassitude, s'endormirent, à l'exception de l'un d'entre eux, appelé Omû. Ce nom, dans la langue celtique, veut dire bienfaisant. Omû, touché de pitié, s'approcha de moi : « Jeune infortuné, me dit-il, une » guerre cruelle s'est élevée entre les peuples de » la Grande-Bretagne et ceux des Gaules. Les Bre- » ton-' prétendent être les maîtres de la mer qui » nous sépare de leur île. Nous avons déjà perdu » contre eux deux batailles navales. Le collège des » druides de Chartres a décidé qu'il fallait des vic- » times humaines pour se rendre favorable Mars, » dont le temple est près d'ici. Le chef des drui- » des, qui a des espions par toutes les Gaules , a » appris que la tempête t'avait jeté sur nos côtes : » il a été te chercher lui-même, il est vieux et sans » pitié ; il porte les noms de deux de nos dieux » les plus redoutables. 11 s'appelle Tor-Tir l8. » Mets donc ta confiance dans les dieux de ton

» pays , car ceux des Gaules demandent M » sang. »

Il me fut impossible de répondre à Omfi , ta| j'étais saisi de frayeur! Je le remerciai seulement en inclinant la tête: et aussitôt il s'éloigna de mc|js de peur d'être aperçu de ses compagnons.

Je me rappelai dans ce moment la raison qui avjt obligëlesGauloisqui m'avaient faitesclave de m'em pêcher de m'écarter de leur demeure : ils cr,p gnaient que je ne tombasse entre les mains d|»f druides; mais je n'avais pu vaincre ma fatale dis tinée. Ma perle maintenant me paraissait si cq-f taine , que je ne croyais pas que Jupiter me» pût me délivrer de la gueule de ces tigres affanaP de mon sang. Je ne me rappelais plus , ô Céphajl ce que vous m'aviez dit tant de fois , que les diejf n'abandonnent jamais l'innocence. Je ne me r|f souvenais plus même qu'ils m'avaient sauvé m naufrage. Le danger présent fait oublier les déj^ vrances passées. Quelquefois je pensais qu'ils w m'avaient préservé des Ilots que pour me livre» une mort mille fois plus cruelle. 11

Cependant, j'adressais mes prières à Jupiter,» je goûtais une sorte de repos à m'abandonne!» cette Providence infinie qui gouverne l'univer î« lorsque les portes de ma cabane s'ouvrirent toutcoup, et une troupe nombreuse de prêtres entr ayant Tor-Tir à leur tête, tenant toujours à main une branche de guide chêne. Aussitôt jeunesse barbare qui m'entourait se réveilla , recommença ses chansons et ses danses funèbr Tor-Tir vint à moi; il me posa sur la tête une ce ronne d'if et une poignée de farine de fèves ; e suilei! meinitun bâillon dans la bouche, et m'aya délié de mon poteau, il m'attacha les mains d( rière le dos. Alors, tout son cortège se mit en m< che au bruit de ses lugubres instruments, et de: druides, me soutenant par les bras, me condui: rentau lieu du sacrifice.

Ici Tirtée, s'apercevant que le fuseau de Cv que née lui échappait des mains, et qu'elle pâlissa lui dit : « Ma fille, il est temps de vous aller » poser. Songez que vous devez vous lever dema| » avant l'aurore, pour aller à la fête du mej » Lycée, où vous devez offrir, avec vos comf » gnes, les dons des bergers sur les aulels de J » piter. » Cyanée, toute tremblante, lui répondi « Mon père , j'ai tout préparé pour la fêle de 6 » main. Les couronnes de fleurs, les gâteaux » froment, les vasesde lait, tout est prêt. Mais » n'est pas tard: la lune n'éclaire pas le fond » vallon ; les coqs n'ont pas encore chanté; il n' » pas minuit. Permettez-moi, je vous ensuppli!

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Il : ' déft vos ïos

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