‹ Œuvres;Chapitre 191 sur 236 · PAGE CH · texte numérisé non relu

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Il y avait en Grèce plusieurs fleuves et ruisseaux de nom. Il ne faut pas confondre ce ruisseau qui sortait di mont Lycée , avec le fleuve du même nom qui descendai du Pinde, et séparait i'Étolie de l'Acarnanie. Ce fleuv Achéloûs, selon la fable , se changea en taureau pour dis puter à Hercule Déjanire, fille d'Œnée , roi d'Etolie. Mai Hercule, l'ayant saisi par une de ses cornes, la lui rompit et le fleuve désarmé fut obligé, pour ravoir sa corne, de lu donner unede celles de la chèvre Amaltiiée. Les Grecs voi laient les vérités naturelles sous des fables ingénieuses.Voi le sens de celle-ci. Les Grecs donnaient le nom d'Achéloù à plusieurs fleuves, du mot'ÀyeJ.<] (aghélè) qui signifS troupeau de bœufs, ou à cause du mugissement de leur eaux , ou plutôt pureeque leurs têtes se séparent ordinal rement , comme celles des bœufs , en cornes ou embou chures qui facilitent leur confluence entre eux ou dans mer , ainsi que nous l'avons observé dans nos Etudes pré cédentes. Or, l'Achéloùs étant sujet à se déborder, Hercule ami d'Œnée, roi d'Étolie, tira de ce fleuve, suivant Sirabon un canal d'arrosement qui affaiblit une de ses embou chures, ce qui fit dire qu'Hercule lui avait rompu une d ses cornes. Mais comme , d'un autre côté , il résulta de ce canal beaucoup de fertilité pour le pays, les Grecs ajou tèrent qu'Achcloùs, à la place de sa corne de taureau avait donné en échange celle de la chèvre Amalihée, qui,| comme on sait , était le symbole de l'abondance.

* Liv. VIII.

ic 11

NOTES DE LARCADÏE.

Memnon , fils de Tithon et de l'Aurore , fut tué au siège de Troie par Achille. On lui érigea, à Thèbes en Egypte, un superbe tombeau , dont les ruines subsistent encore sur les bords du Nil , dans un lieu appelé par les anciens Meranonium , et aujourd'hui par les Arabes Médinet-Habou , c'est-à-dire ville du père. On y voit des débris colossaux de sa statue , d'où sortaient autrefois des sons harmonieux au lever de l'aurore.

Je me propose de faire ici quelques observations au sujet du bruit que produisait cette statue , parcequ'il intéresse particulièrement l'étude de la nature. D'abord on ne peut révoquer ce fait en doute. L'Anglais Richard Pocoke, qui vit en 1 758 les restes du Memnonium, dont il nous a donné une description aussi détaillée qu'on puisse la faire aujourd'hui , rapporte sur l'effet merveilleux de la statue de Memnon plusieurs autorités des anciens , que voici en abrégé.

Strabon dit qu'il y avait dans le Memnonium , entre autres figures colossales, deux statues à peu de distance l'une [ de l'autre ; que la partie supérieure de l'une avait été ren- I versée , et qu'il sortait une fois le jour de son piédestal un | bruit pareil à celui qu'on entend lorsqu'on frappe sur f quelque chose de dur. Il ouït lui-même le son, étant sur le ( lieu avec AElius Gallus ; mais il ne put savoir s'il venait ou de la base , ou de la statue, ou de ceux qui étaient autour. Pline le naturaliste , bien plus circonspect qu'on ne le ! croit lorsqu'il s'agit d'attester un fait extraordinaire , se 1 contente de rapporter celui-ci sur la foi publique , en em- ! ployant ces expressions de doute : Karralur^itpidant, dij cunl, dont il se sert si fréquemment dans son ouvrage. C'est ; en parlant de la pierre de basalte, ISist. nut.l. xxzvi,chap. 7.

! Invenit eadem iEgyptus in Mhiopia qucm vocant basaltes ! ferrei coloris atque duritiae....

j Non absimilis ilii narratur inThebis, delubro Serapis, ut iputant, Memnonis statua dicatus ; quera quotidiano solis ortu ; contactum rad is crepare dicunt.

| « Les Egyptiens trouvent aussi en Ethiopie une pierre, apj » pelée basalte , qui a la couleur et la dureté du fer... »

« On raconte que c'est de cette même pierre qu'est faite à ; » Thèbes, dans le temple de Sérapis, la statue de Memnon , qui, » dit-on , fait du bruit chaque jour, lorsqu'elle est touchée par f.» les rayons du soleil levant. »

| Juvénal , si en garde contre les superstitions, et surtout contre celles de l'Egypte, adopte ce fait dans sa satire xv°, (qu'il a dirigée contre ces mêmes superstitions :

Effigies sacri nitet aurei cercopitheci,

Uimidio magicae résonant ubi Memnone chordae,

Atque vêtus Thebe centum jacet obruta portis.

i « Le simulacre doré d'un singe sacré , à longue queue, brille f encore où résonnent les cordes magiques de la moitié de la

ii statue de Memnon, dans l'ancienne Thèbes, ensevelie sous les |» débris de ses cent portes. »

Pausanias rapporte que ce fut Cambyse qui brisa cette iitatue; que la moitié du tronc était par terre; que l'autre noitré rendait tous les jours, au lever du soleil , un son Pareil à celui que rend la corde d'un arc qui casse, pour Hre trop tendue.

I Philostrate en parle comme témoin. Il dit , dans la Vie i'ApolIonius de Tyane , que le Memnonium était non-seulement un temple, mais un forum, c'est-à-dire un lieu de rès grande étendue, ayant ses places publiques, ses bâiments particuliers, etc. Car les temples, dans l'antiquité, Bernardin

avaient beaucoup de dépendances extérieures , des bois qui leur étaient consacrés, des logements pour les prêtres, les victimes, et pour recevoir les étrangers. Philostrate assure qu'il viila statue de Memnon entière, ce qui suppose que de son temps on eu avait réparé la partie supérieure. Il la représente sous la forme d'un jeune homme assis qui regardait le soleil levant. Elle était de pierre noire. Elle avait ses deux pieds de niveau, comme toutes les statues anciennement faites avant Dédale, qui, le premier, dit-on, porta les pieds des statues l'un devant l'autre. Ses deux mains étaient appuyées sur ses cuisses, comme si elle voulait se lever.

On aurait cru , à ses yeux et à sa bouche , qu'elle allait parler. Philostrate et ses compagnons de voyage ne furent point surpris de l'attitude de cette statue, parcequ'ils ignoraient sa vertu ; mais, lorsque les rayons du soleil levant vinrent à darder sur sa tète , ils ne furent pas plutôt ar rivés à sa bouche, qu'elle parla en effet , ce qui leur parut un prodige.

Ainsi, voilà une suite d'auteurs graves, depuis Strabon, qui vivait sous Auguste, jusqu'à Philostrate, sous Caracalla et Géta, c'est-à-dire pendant un espace de deux cents ans , qui affirmentque la statue de Memnon faisait du bruit au lever de l'aurore.

Pour Richard Pocoke, qui n'en vit que la moitié en 1758, il la trouva dans le même éiat que Strabon l'avait vue environ 1758 ans auparavant , excepté qu'il n'en sortait aucun son. Il dit qu'elle est d'une espèce particulière de granit dur et poreux , tel qu'il n'en avait jamais vu, qui ressemble beaucoup à la pierre d'aigle. A trente pieds d'elle, au nord, il y a, ainsi que du temps de Strabon , une au,re statue colossale entière, bâtie de cinq assises de pierres , dont le piédestal a trente pieds de long et dix-sept de large. Mais le piédestal de la statue mutilée, qui est celle de Memnon, a trente-trois pieds de long sur dix-neuf pieds de largeur. Il est d'une seule pièce, quoique fend a à dix pieds du dos de la statue. Pocoke ne parle point de la hauteur de ces piédestaux , sans doute parcequ'ils sont encombrés dans les sables, ou plutôt parceque l'action perpétuelle et insensible de la pesanieur les aura fait enfoncer dans la terre , ainsi qu'on le remarque à tous les anciens monuments qui ne sont point fondés sur le roc vif.Cet effet s'observe même sur les canons et sur les piles de boulets posés sur le sol de nos arsenaux , qui s'y enterrent au bout de quelques années, s'ils ne sont supportés par de bonnes plates-formes.

Quant aux restes de la statue de Memnon, voici les dimensions que Pocoke en donne :

Depuis la plante des pieds jusqu'à la cheville , 2 pieds 6 pouces ; Jdem, jusqu'au cou-de-pied, 4 pieds; Idem, jusqu'au haut du genou, 19 pieds. Le pied a cinq pieds de largeur, et la jambe quatre pieds d'épaisseur.

11 y apparence que Pocoke rapporte ces dimensions au pied anglais , ce qui les diminue à peu près d'un onzième. Au reste, il trouva sur le piédestal, ainsi que sur les jam » bes et les pieds de la statue, plusieurs inscriptions en caractères inconnus ; d'autres très anciennes , grecques et latines , assez mal gravées , qui sont des témoignages de ceux qui ont entendu le son qu'elle rendait.

Les restes du Memnonium offrent tout autour , jusqu'à une grande distance, des ruines d'une immense et étrange architecture : des excavations dans le roc vif, qui font partie d'un temple ; de grands pans de mur renversés et à moitié détruits, et d'autres debout ; une porte pyramidale; des

NOTES DE L'ÀRCADIE.

avenues, des piliers carrés, surmontés de statues dont la tête est brisée , qui tiennent un Hlmis d'une main et un fouet de l'autre , comme celle d'Osiris ; plus loin , des débris de figures gigantesques épars sur la terre ; des tètes de six pieds de diamètre et de onze pieds de longueur; des épaules larges de vingt et un pieds; desoreilles humaines de trois pieds de long et de seize pouces de large ; enfin , d'autres figures qui semblent sortir de terre, dont on ne voit que les bonnets phrygiens. Tous ces ouvrages gigantesques sont faits des matériaux les plus précieux, de marbre noir et blanc , de marbre tout noir , de marbre tacheté de rouge, de granit noir , de granit jaune , et sont chargés la plupart d'hiéroglyphes. Quels sentiments de respect et d'admiration devaient produire sur des peuples superstitieux ces énormes et mystérieuses fabriques, surtout lorsque dans leurs parvis silencieux on entendait, aux premiers rayons de l'aurore , des sons plaintifs sortir d'une poitrine de pierre , et le colossal Memnon soupirer à la vue de sa mère!

Ce fait est trop bien attesté et a duré trop long-temps pour qu'on puisse le révoquer en doute. Cependant , plusieurs savants l'ont attribué à quelque artifice extérieur et momentané des prêtres de Thèbes. Il paraît même que Strabon, témoin du bruit de la statue, le donne à entendre. En effet, nous savons que les ventriloques peuvent, sans remuer les lèvres , faire ouïr des paroles et des bruits qui semblent venir de bien loin , quoiqu'ils les produisent de fort près. Pour moi , quelque durable qu'on suppose l'effet merveilleux de la statue de Memnon , je le conçois produit par l'aurore , et facile à imiter sans qu'on soit obligé d'en renouveler l'artifice qu'après des siècles. On sait que les prêtres de l'Egypte faisaient une étude particulière de la nature; qu'ils en avaient fait une science connue sous le nom de magie , dont ils se réservaient la connaissance. Ils n'ignoraient pas sans doute l'effet delà dilatation des métaux, et entre autres du fer, que le froid raccourcit et que la chaleur allonge. Us pouvaient avoir placé dans la grande base de la statue de Memnon une longue verge de fer en spirale, et susceptible , par son étendue , de se contracter et de se dilater à la plus légère action du froid et de la chaleur.

Ce moyen était suffisant pour y faire résonner quelque timbre de métal. Leurs statues colossales étant creuses en partie, comme on le voit aux sphinx près des pyramides du Caire, ils y pouvaient disposer tou!es sortes de machines. La pierre même de la statue de Memnon étant , selon Pline , un basalte qui a la dureté et la couleur du fer, peut fort bien se contracter et se dilater comme ce métal, dont elle paraît composée. Elle est certainement d'une nature différente des autres pierres , puisque Pocoke , qui en avait observé de toutes les espèces , dit qu'il n'en avait jamais vu de semblable. Il lui attribue un caractère particulier de pureté et de porosité qui convient en général aux pierres ferrugineuses. Elle pouvait donc être susceptible de contraction et de dilatation, et avoir ainsi en elle-même un principe de mouvement, surtout au lever de l'aurore, où le contraste du froid de la nuit et des premiers rayons du soleil levant a le plus d'action.

Cet effet devait être infaillible sous un ciel comme celui de la Haute-Égypte , où Une pleut presque jamais. Les sons de la statue de Memnon , au moment où le soleil paraissait sur l'horizon de Thèbes, n'avaient donc rien de plus merveilleux que l'explosion du canon du Palaislloyal et celle du mortier du Jardin du Roi, au moment où le soleil passe au méridien de Paris. Avec un verre ardent , des mèches et de la poudre à canon , on pourrait

rendre , au milieu d'un désert, une statue de Jupiter fou-j droyante à tel jour de l'année , et même a telle heure dui \ jour et de la nuit que l'on voudrait. Elle paraîtrait d'autanl 1 plus merveilleuse , qu'elle ne tonnerait qu'en temps serein comme les foudres à grands présages chez les anciens Quels prodiges n'opérerait-on pas aujourd'hui sur des. peuples prévenus des préjugés de la superstition, ave( l'électricité , qui , au moyen d'un fil de fer ou de cuivre 1 1 frappé d'une manière invisible , peut tuer un homme d'un seul coup; fait tomber le tonnerre du sein de la nue, et le dirige où l'on veut dans sa chute ? Quel effet ne pourrait-on pas produire avec l'aréostatique , cet arl nouveau parmi nous, qui, au moyen d'un globe de taffetas enduit de gomme élastique et rempli d'un air putride huit ou dix fois plus léger que celui que nous respirons élève plusieurs hommes à la fois au-dessus des nuages, ot les vents les transportent à des distances prodigieuses , et leur faisant faire neuf ou dix lieues par heure sans 1 moindre fatigue ? A la vérité, nos aérostats nous sont inuJ ; i tiles , pareequ'ils ne vont qu'au gré des vents, et que non n'avons pas encore trouvé le moyen de les diriger; mai^ \:slt je suis persuadé qu'on atteindra ma jour à ce point de perfection. Il y a, au sujet de cette invention, un passag( fort curieux dans l'histoire de la Chine , qui prouve quejj § a les Chinois ont connu anciennement les aérostats, et qu'il: savaient les conduire où ils voulaieut de jour et de nuit, pi Cela ne doit point surprendre de la part d'une nation qui; 0 avait inventé avant nous l'imprimerie , la boussole et 1 poudre à canon.

Je vais rapporter ce fait des annales chinoises en entier, km afin de rendre nos lecteurs incrédules plus circonspects lorsqu'ils traitent de fables ce qu'ils ne comprennent pasj||ila dans l'histoire de l'antiquité; et les lecteurs crédule moins faciles, lorsqu'ils attribuent à des miracles ou ù h magie des effets que la physique moderne imite aujour- tta d'hui publiquement.

C'est au sujet de l'empereur Ki , selon le P. Le Comte ou Kieu, selon la prononciation du P. Martini, qui nou: a donné une histoire des premiers empereurs de la Chine d'après les annales du pays. Ce prince , qui régnait il y { environ trois mille six cents ans, se livra à tant de cruauté! n et à de si grands désordres , que son nom est encore aujourd'hui détesté à la Chine, et que lorsqu'on veut y parlei d'un homme déshonoré par toutes sortes de crimes, ou lu donne le nom de Kieu. Pour jouir sans distraction de se: voluptés , il se retira avec son épouse et ses favoris dan: un superbe palais fermé de tous côtés à la clarté du soleil 11 y suppléait par un nombre prodigieux de magnifique!; lanternes , dont la lumière lui semblait préférable à celle de l'astre du jour , parcequ'elle était toujours constante et qu'elle ne lui rappelait point, par les révolutions du jour et de la nuit, le cours rapide de la vie humaine Ainsi, au milieu de ses appartements toujours illuminés il renonça au gouvernement de l'empire, pour subir le joug de ses propres passions. Mais les peuples dont il ahan dormait les intérêts s'étant révoltés , le forcèrent de sortir de sa retraite infâme, d'où il fut errant pendant toute sa vie, ayant privé, par sa conduite , ses descendants de la couronne, qui passa dans une autre famille, et laissaaf une mémoire en si grande exécration, que les historiens chinois ne l'appellent jamais que le Brigand, sans lui donner le titre d'empereur.

« Cependant, dit le P. Le Comte, on détruisit son pa- » lais , et, pour conserver à la postérité la mémoire d'une| » si indigne action , on en suspendit les lanternes dans » tous les quartiers de la ville. Cette coutume se renoii"

NOTES DE

» vela tous les ans , et devint depuis ce temps-là une fête lu » considérable dans tout l'empire. On la célèbre à Yamtol: » Cheou avec plus de magnificence que nulle autre part, M » et l'ou dit qu'autrefois les illuminations en étaient si M » belles, qu'un empereur, n'osant quitter ouvertement sa b] » cour pour y aller, se mit avec la reine et plusieurs 8t| » princesses de sa maison entre les mains d'un magicien, M y> qui promit de les y transporter en très peu de temps. K )> Il les fit monter durant la nuit sur des trônes magnifiai » ques , qui furent enlevés par des cygnes, et qui en un et » moment arrivèrent à Yamt-Cheou.

rt » L'empereur, porté en l'air sur des nuages qui s'af- » baissèrent peu à peu sur la ville, vit à loisir toute la

» fête; il en revint ensuite avec la même vitesse et par le s) j> même équipage, sans qu'on se fût aperçu à la cour de M » son absence. Ce n'est pas la seule fable que les Chinois îD » racontent. Ils ont des histoires sur tout; car ils sont sula » perstitieus à l'excès; et en matière de magie, soit feinte, •t » soit véritable : il n'y a pas de peuple au monde qui les m » ait égalés. » Mémoire sur l'état présent de la Chine , lis par le P. Louis Le Comte, lettre vi. r f Cet empereur qui fut porté en l'air s'appelait Tain, segejlonleP. Magaillans, et cet événement arriva deux mille Mj ans après le règne de Kieu, c'est-à-dire il y a environ ils ) seize cents ans. Le P. Magaillans, qui ne révoque point cet ii événement en doute, quoiqu'il le suppose opéré par la i magie, ajoute , d'après les Chinois, que l'empereur Tarn Il fit faire en l'air, par ses musiciens, un concert de voix et

d'instruments qui surprit beaucoup les habitants d'YamtïfCheou. Cette ville est à environ dix-huit lieues de Nans l kin, où on peut supposer qu'était alors l'empereur. Ce- « pendant , s'il était à Pékin, comme Magaillans le donne à f entendre , en disant que le courrier d'Yamt-Cheou fut un Il | mois en route pour lui porter la nouvelle de cette musique J- I extraordinaire qu'on attribuait à des habitants du ciel, le

voyage aérien fut de cent soixante-quinze lieues en ligne c droite.

I Mais, sans sortir du fait en lui-même, si le P. Le

II Comte avait vu en plein midi, ainsi que tous les habitants " de Paris, de Londres et de plusieurs villes considérables ^ de l'Europe, des physiciens suspendus à des globes au-des- - sus des nuages, portés en peu d'heures à quarante et cin- !( ;quante lieues du point de leur départ , et un d'entre eux

'traverser dans les airs le bras de mer qui sépare l'Anglek (terre de la France, il n'aurait pas traité si légèrement de 1 fable la tradition des Chinois. Je trouve d'ailleurs une grande analogie déforme entre ces trônes magnifiques et j 'ces nuages qui s' abaissaient peu à peu sur la ville (V Yamt- ' Cheou, cl nos globes aérostatiques, auxquels on peut don- 1 jner si aisément ces décorations volumineuses. 11 n'y a que ' 'les cygnes qui les guidaient qui peuvent nous paraître !i difficiles à conduire. Mais pourquoi les Chinois n'auraientils pu dresser au simple vol les cygnes, oiseaux herbivores , |si aisés à apprivoiser par la domesticité, tandis que nous ; javons instruit le faucon , oiseau de proie toujours sauvage, jà attaquer le gibier, et à revenir ensuite sur le poing du chasjseur ? Les Chinois , mieux policés, plus anciens et plus pacifiques que nous, ont eu, sur la nature, des lumières que nos jiiscordes continuelles ne nous ont permis d'acquérir que jbien tard ; et ce sont sans doute ces lumières naturelles que le P. Le Comte, d'ailleurs homme d'esprit, regarde comme me magie feinte ou véritable , dans laquelle il avoue que ses Chinois surpassent toutes les nations. Pour moi, qui îe suis pas magicien , je crois entrevoir , d'après quelques ouvrages delà nature, un moyen facile de diriger les iérostats, même contre le vent; mais je ne le publierais pas,

L'ÂRCADÏE. G,<3

quand je serais certain du succès. Quels maux n'a pas attirés au genre humain la perfection de la boussole et de la poudre à canon ! Il ne s'agit pas de nous rendre plus savants, mais meilleurs. La science est un flambeau qui éclaire entre les mains des sages , et qui incendie entre les mains des méchants.

3 page 613.

Amasis était Égyptien , et l'Egypte est en Afrique ; mais les anciens la mettaient en Asie. Le Nil servait de limite a l'Asie du côté de l'occident. Voyez Pline et les anciens géographes.

C'est l'île de Malte.

5 page 614.

C'est le coton en herbe : il est originaire d'Égypte. On en fait maintenant à Malte de très jolis ouvrages, qui servent à faire vivre la plupart du peuple, qui y est fort pauvre. Il y en a une seconde espèce en arbrisseau, que l'on cultive en Asie et dans nos colonies d'Amérique. Je crois même qu'il y en a une troisième espèce en Amérique, portée par un grand arbre épineux, tant la nature a pris soin de répandre une végétation si utile dans les parties chaudes du monde. Ce qu'il y a de certain, c'est que les sauvages des parties de l'Amérique comprises entre les tropiques se faisaient des habits et des hamacs de coton lorsque Colomb y aborda.

6 page 6 M.

Les cailles passent encore à Malte à jour nommé, et marqué sur l'almanach du pays. Les coutumes des animaux ne varient point; mais celles des hommes ont un peu changé dans cette île. Quelques grands-maîtres de 1 ordre de Saint-Jean , auxquels cette île appartient , y ont fait des travaux pour l'utilité publique; entre autres ils y ont conduit l'eau d'un ruisseau jusque dans le port. Il y reste sans doute bien d'autres projets à faire pour le bonheur des hommes.

7 page 615.

Ce sont aujourd'hui les îles de Saint-Pierre et de Saint-Antioche. Elles sont fort petites; mais on y pèehe une grande quantité de thons, et on y fait beaucoup de sel.

8 page 615.

Quelques philosophes ont poussé la chose plus loin. Ils ont prétendu que l'exercice du corps était l'aliment de l'ame. L'exercice du corps n'est bon que pour la santé ; l'ame a le sien à part. Rien n'est si commun que de voir des hommes délicats qui ont de la vertu, et des hommes robustes qui en manquent. La vertu n'est pas plus le résultat des qualités physiques que la force du corps n'est l'effet des qualités morales. Tous les tempéraments sont également propres au vice et à la vertu.

s page 617.

Il y a , en effet , à l'embouchure de la Seine , sur sa rive gauche, une montagne formée de couches de pierres noires et blanches , qui s'appelle la Hève. Elle sert de renseignement aux marins, et on y a placé un pavillon pour signaler leurs vaisseaux.

IO page 617.

Celte montagne d'eau est produite par les marées qui

CM

NOTES DE L'ARCADIE

entrent de la mer dans la Seine, et la font refluer contre son cours. On l'entend venir de fort loin , surtout la nuit. On l'appelle la Barre, parcequ'elle barre tout le cours de la Seine. Cette barre est ordinairement suivie d'une seconde barre encore plus élevée , qui la suit à cent toises de distance. Elles courent beaucoup plus vite qu'un cheval au galop.

!I page 619.

On peut consulter , sur les mœurs et la mythologie des anciens peuples du nord, Hérodote, les Commentaires de César, Suétone , Tacite , l'Ecïa de M. Mallet, et les collections suédoises traduites par M. le chevalier de Kéralio.

12 page 619.

César dit précisément la même chose dans ses Commentaires.

Les Lapons savent filer Main avec beaucoup d'art. En général , on reconnaît une grande perfection dans tous les arts exercés par les peuples sauvages. Les canols et les raquettes des Esquimaux, les pros des insulaires de la mer du Sud , les filets , les lignes , les hameçons , les arcs , les flèches , les haches de pierre, les habits et les parures de tète de la plupart de ces nations , ont la plus exacte conformité avec leurs besoins. Pline attribue l'invention des tonneaux aux Gaulois. Il loue leur éiamure, leur teinture en pastel , etc.

'4 page 620.

Voyez les Commentaires de César.

•5 page 620.

Voyez Tacite sur les Mœurs des Germains.

16 page 621.

Les Gaulois , ainsi que les peuples du nord , appelaient Vénus Siofnne , et Cupidon Sifionne. Voyez l'Eda. L'arme la plus dangereuse chez les Celtes n'était ni l'arc , ni l'épée ; mais le couteau. Ils en ai -niaient les nains, qui triomphaient avec cette arme de l'épée des géants. L'enchantement fait avec un couteau ne pouvait plus se rompre. L'Amour gaulois devait donc être armé , non d'un arc et d'un carquois , mais d'un couteau. Les manches de couteau dont il s'agit ici sont des coquillages bivalves , et allongés en forme de manche de couteau, dont ils portent le nom. On en trouve abondamment sur les grèves de la Normandie, où ils s'enfouissent dans le sable.

»7 page 621.

Et peut-être des procès si communs en Normandie , puisque cette pomme fut , dans sou origine , un présent de la Discorde. On pourrait trouver une cause moins éloignée de ces procès dans le nombre prodigieux de petites juridictions dont cette province est remplie, dans ses coutumes litigieuses, et sur lout dans l'éducation européenne, qui dit à chaque homme, dès l'enfance : Sois le premier.

Il ne serait pas si aisé de trouver les causes morales ou physiques de la beauté singulièrement remarquable du sexe dans le pays de Caux, surtout parmi les filles de la campagne. Ce sont des yeux bleus , une délicatesse de traits , une fraîcheur de teint , et des tailles qui feraient

honneur aux plus jolies femmes de la cour. Je ne connais qu'un autre canton dans tout le royaume où les femmes du peuple soient aussi belles : c'est à Avignon. La beauté y a cependant un autre caractère. Ce sont de grands yeux noirs et doux , des nez aquilins , des têtes d'Angélica Kauffmann. En attendant que la philosophie moderne s'en occupe, on doit permettre à la mythologie' des Gaulois de rendre raison de la beauté de leurs filles par une fable que les Grecs n'auraient peut-être pas rejetée.

,8 page 622.

Peut-être est-ce des noms de ces deux dieux cruels du j nord que s'est formé le mot de torture.

'9 page 623.

C'est Montmartre, Mens Martis. On sait que celte colline, dédiée à Mars , dont elle porte le nom, est for mée d'un rocher de plâtre. D'autres, à la vérité, déri vent le nom de Montmartre de Mons Martyr um. Ces, deux étymologies peuvent fort bien se concilier. S'il y a eu autrefois beaucoup de martyrs sur cette montagne c'est qu'il est probable qu'il y avait quelque idole fameuse j à laquelle on les sacrifiait.

iiiin

Les portes étaient difficiles à faire pour des peuplef 11 sauvages qui ne connaissaient point l'usage delà scie, sanî Inquelle il est fort malaisé de réduire un arbre en plan ches. Aussi , quand ils quittaient un pays , ceux qu avaient des portes les emportaient avec eux. Un héro de Norwège , dont je ne me rappelle plus le nom , edu qui découvrit le Groenland , jeta les siennes à la me pour connaître où les destins voulaient le fixer, et il s'é lablit dans la partie du Groenland où elles abordèrent Les portes et les seuils étaient et sont encore sacrés dam l'Orient.

21 page 629.

La noix et la châtaigne croissent à une grande hau leur; mais ces fruits tombent quand ils sont mûrs , et il ne se brisent pas dans leur chute , comme les fruit! mous, qui d'ailleurs viennent sur des arbres faciles escalader.

22 page 629.

Les Gaulois vivaient, ainsi que tous les peuples sau vages , de bouillie ou de fromentée. Les Romains euxmêmes ont ignoré, pendant trois cents ans, l'usage du pain. Suivant Pline, la bouillie ou fromentée leur servait de principale nourriture.

23 page 650.

On prétend que c'est l'ancienne église de Sainle- Geneviève , élevée à Isis avant l'établissement du chris tianisme dans les Gaules.

L'anserina poîentilla se trouve fréquemment sur les rivages de la Seine , aux environs de Paris. Elle les rend quelquefois tout jaunes à la fin de l'été , par la couleui de sa fleur. Cette fleur est en rose, de la largeur d'une pièce de 24 sous, sans tige élevée. Elle tapisse la terre ainsi que son feuillage , qui s'étend fort loin en forme de réseau. Les oies aiment beaucoup cette plante. Ses, feuilles, en forme de pâtes d'oie, qui sont collées cou-

NOTES DE L'ARCADIE

ire la terre, permettent aux oiseaux aquatiques de s'y promener comme sur un tapis ; et la couleur jaune de ses fleurs forme un contraste très agréable avec l'azur de la rivière et la verdure des arbres , mais surtout avec la couleur marbrée des oies, qu'on y aperçoit de fort loin.

25 page 634.

Voyez la Voluspa des Islandais. Cette histoire de Balder a une ressemblance singulière avec celle d'Achille plongé, par Thétis]sa mère, dans le Styx jusqu'au talon , pour le rendre invulnérable , et tué ensuite par cette partie de son corps, qui n'y avait pas élé plongée , d'un coup de flèche que lui décocha l'efféminé Paris. Ces deux fables des Grecs et des peuples sauvages du nord renferment un sens moral bien vrai : c'est que les forts ne doivent jamais mépriser les faibles.

26 page 635.

Les Carnutes étaient des habitante du pays Chartrain ;

! les Cénomanes, ceux du Mans; et les Diablintes, ceux des environs. Les Rédons , qui habitaient la ville de Rennes , avaient les Curiosolites dans leur voisinage , et les peuples de Dariorigum étaient voisins des Vénéliens , qui habitaient Vannes en Bretagne. On prétend que les Vénitiens du golfe Adriatique , qui portent le même

i nom en latin, tirent leur origine d'eux. Voyez César,

!, Strabon , et la Géographie de Banville.

27 page 657.

\ La plupart des fruits qui renferment une agrégation de semences, comme les grenades, les pommes, les | poires , les oranges, et même les productions des gra- ; minées, telles que les épis de blé , les portent divisées par des peaux molles , sous des capsules fragiles ; mais les fruits qui ne contiennent qu'une seule semence , ou rarement deux , comme la noix , la noisette , l'amande , la châtaigne, le cocotier, et tous les fruits à noyau, tels que la cerise , la prune , l'abricot , la pêche , la portent enveloppée de capsules fort dures de bois, de pierre ou de cuir , faites avec un art admirable. La nature a assuré la conservation des semences agrégées en multipliant leurs cellules , et celles des semences solitaires en fortifiant leurs enveloppes.

28 page 638.

I II semble que le premier état des nations soit celui de

; barbarie. On est tenté de le croire par l'exemple des Grecs, avant Orphée; des Arcadiens, sous Lycaon; des Gaulois, sous les druides; des Romains, avant Numa ;

; et de presque tous les sauvages de l'Amérique.

Je suis persuadé que la barbarie est une maladie de l'enfance des nations , et qu'elle est étrangère à la na-

| ture de l'homme. Elle n'est souvent qu'une réaction du mal que des peuples naissanls éprouvent de la part de leurs ennemis. Ce mal leur inspire une vengeance d'autant plus vive que la constituiion de leur état est plus

i aisée à renverser. Ainsi les petites hordes sauvages du Nouveau-Monde mangent réciproquement leurs prison

I niers de guerre , quoique les familles de la même peuplade vivent entre elles dans une parfaite union. C'est par une raison semblable que les animaux faibles sont

i beaucoup plus vindicatifs que les grands. L'abeille en-

I fonce son aiguillon dans la main qui s'approche de sa ruche ; mais l'éléphant voit passer prèj de lui la flèche du chasseur, sans se détourner de son chemin.

Quelquefois la barbarie s'introduit dans une société naissante par les individus qui s'agrègent à elle. Telle fut , dans l'origine , celle du peuple romain , formé en parlie de brigands rassemblés par Roraulus , et qui ne commencèrent à êlre civilisés que par Numa. D'autres fois, elle se communique comme une épidémie à un peuple déjà policé , par la simple fréquentation de ses voisins. Telle fut celle des Juifs , qui , malgré la sévéri'é de leurs lois , sacrifiaient des enfants aux idoles , à l'exemple des Cananéens. Le plus souvent elle s'incorpore à la législation d'un peuple par la tyrannie d'un despote , comme en Arcadie , sous Lycaon ; et encore plus dangereusement , par l'influence d'un corps aristocratique qui la perpétue pour l'intérêt de son autorité jusque dans les âges de civilisation. Tels sont de nos jours les féroces préjugés de religion inspirés aux Indiens si doux par leurs brames ; et ceux de l'honneur aux Japonais si polis, par leurs nobles.

Je le répète pour la consolation du genre humain , le mal moral est étranger à l'homme ainsi que le mal physique. Us ne naissent l'un et l'autre que des écarts de la loi naturelle. La nature a fait l'homme bon. Si elle l'avait fait méchant , elle, qui est si conséquente dans ses ouvrages, lui aurait donné des griffes, une gueule, du venin , quelque arme offensive , ainsi qu'elle en a donné aux bêles dont le caractère est d'être féroce. Elle ne l'a pas seulement armé d'armes défensives , comme le reste des animaux ; mais elle l'a créé le plus nu et le plus misérable de tous , sans doute pour l'obliger de recourir sans cesse à l'humanité de ses semblables , et d'en user envers eux. La nature ne fait pas plus des nations entières d'hommes jaloux , envieux , médisants , desiraut se surpasser les uns les autres, ambitieux, conquérants, cannibales , qu'elle n'en fait qui ont constamment la lèpre, le pourpre, la fièvre, la petite vérole. Si vous rencontrez même quelque individu qui ait ces maux physiques, attribuez-les, à coup sûr, à quelque mauvais aliment dont il se nourrit , ou à un air putride qui se trouve dans son voisinage. Ainsi , quand vous trouvez de la barbarie dans une nation naissante , rapportez-la uniquement aux erreurs de sa politique ou à l'influence de ses voisins , comme la méchanceté d'un enfant aux vices de son éducation ou au mauvais exemple.

Le cours de la vie d'un peuple est semblable au cours de la vie d'un homme , comme le port d'un arbre ressemble à celui de ses rameaux.

Je m'étais occupé dans mon texte du progrès moral des sociétés : la barbarie, la civilisation et la corruption. J'avais jeté ici un coup d'œil non moins important sur leur progrès naturel : l'enfance, la jeunesse, l'âge viril et la vieillesse ; mais ces rapprochements se sont étendus bien au-delà des bornes d'une simple note.

D'ailleurs , pour porter sa vue au-delà de son horizon , il faut grimper sur des montagnes trop sou\eni orageuses. Redescendons dans les paisibles vallées. Reposons-nous entre les croupes du mont Lycée , sur les rives de l'Achéloùs. Si le temps , les Muses et les lecteurs favorisent ces nouvelles Études , il suffira à mes pinceaux et à mon ambition de peindre les prés, les bois et les bergères de l'heureuse Arcadie.

FIN DES NOTES DE L'ARCADIE

LA MORT DE SOCRATE

LA MORT DE SOCRATE

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