‹ Œuvres;Chapitre 198 sur 236 · ESCHINE · texte numérisé non relu

ESCHINE

Je lui suis plus redevable qu'aucun de vous. Je vivais dans une extrême pauvreté, et je voyais tant de jeunes gens riches et nobles fréquenter sa maison , que je n'osais en approcher. Enfin , comme mon ame avait un grand besoin d'instruction, je me hasardai un jour a l'aborder. Je lui dis, tout tremblant : Je suis pauvre, Socrate; je me trouve dans l'impuissance de vous rien offrir en récompense des soins que je désirerais que vous prissiez de moi , en me recevant au nombre de vos disciples ; mais je me donnerai à vous tout entier , je serai le compagnon de votre bonne et mauvaise fortune. Il fut si touché de ma franchise qu'il m'embrassa, et me dit : Mon pauvre Eschine, il n'y a que vous qui ayez su m'honorer parfaitement. Je lui dois aujourd'hui l'art de faire des vers avec quelque succès.

PHtEDON.

Eschine, je lui ai bien plus d'obligation que vous. J'étais fort jeune, et esclave d'un maître infâme ; mais ayant entendu un jour Socrate discourir sur la vertu, je le priai de me délivrer a la fois de l'esclavage de mon maître et de celui du vice ; mais je crains bien, ajoutai-je en pleurant, qu'il ne soit déjà trop tard pour me corriger. Pourquoi donc? me dit Socrate. Pour être vertueux, on n'a qu'à le vouloir. Moi-même je suis né avec les plus fortes inclinations pour le vice; mais, avec l'aide de Dieu , je m'en suis guéri par la philosophie. Puis , touché de mes larmes, il me fit racheter par l'argent d'Alcibiade, et il n'a cessé de purifier et de fortifier mon cœur par ses instructions.

CH/EREPIION.

A qui de nous n'a-t-il pas rendu les plus grands services! A mon retour de Delphes, il apprit que j'étais brouillé depuis long-temps avec mon frère Chœrecrate; il fit si bien qu'il nous réconcilia , et maintenant nous vivons dans une parfaite amitié.

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