‹ Œuvres;Chapitre 20 sur 236 · OBSERVATIONS NAUTIQUES · texte numérisé non relu

OBSERVATIONS NAUTIQUES

Avant d'entrer dans aucun détail sur l'Ile-de- France, je joindrai à mon journal les observa- j tionsdes marins les plus expérimentés sur la route que nous venons défaire.

Quelque réguliers que soient les vents alizés el, ;

VOYAGE A L'ILE-DE-FRANCE

généraux , ils sont sujets à varier le long des côtes et aux environs des îles.

Il s'élève une brise ou vent de terre , presque toutes les nuits, le long des grands continents. L'action de ce vent, opposé au vent du large, amasse les nuages sous la forme d'une longue bande fixe , que les vaisseaux qui abordent aperçoivent presque toujours avant la terre.

Les atterrages sont bien souvent orageux, surtout dans le voisinage des îles. Les vents y varient aussi. Aux Canaries , les vents du sud et du sud-ouest soufflent quelquefois huit jours de suite.

On trouve les vents alizés vers le 28e degré de latitude nord ; mais on les perd souvent longtemps avant d'être à la ligne. 11 résulte des observations d'un habile marin qui a comparé plus de deux cent cinquante journaux de navigation , que les vents alizés cessent :

En janvier, entre le 6e et 4e degré de lat. nord.

En février, entre le 5e et 3e degré.

En mars et avril , entre le 5e et 2e degré. En mai , entre le 6° et 4e degré.

En juin, au 10e degré.

En juillet, au! 2e degré.

En août et septembre , entre le 14e degré et le *."e. Us se rapprochent de la ligne en octobre , novembre et décembre.

Entre les vents alizés et les vents généraux , qui sont les alizés de la partie du sud , on trouve des vents variables et orageux. Les généraux régnent sur une plus grande étendue que les alizés. On fixe leurs limites au 28e degré de latitude sud. Au-delà les vents sont plus variables que dans les mers de l'Europe: plus on s'élèveen latitude, plus ils sont violents; ils soufflent, pour l'ordinaire, du nord au nord-ouest , et du nord-ouest a l'ouest-sud-ouest; quand ils viennent au sud, le calme succède.

En approchant du cap de Bonne-Espérance , on trouve souvent des vents de sud-est et est-sud-est. C'est une maxime générale de se tenir toujours au vent du lieuoùl'on veut arriver ; il faut cependant se garder de tenir le plus près , la dériv e est trop grande; il faut tâcher de couper la ligne le plus est que l'on peut , autrement on risque de s'affaler sur la côte du Brésil.

Si l'on est forcé de relâcher, on trouvera quelques rafraîchissements aux îles du cap Vert ; les vivres sont chers au Brésil , et l'air y est malsain. On peut pêcher de la tortue a l'île de ïristan-da- Cunha ; on y fait de l'eau très difficilement, a cause des arbres qui croissent dans la mer. Le cap de Bonne-Espérance est, de toutes les relâches , la

meilleure. 11 est dangereux d'y mouiller depuis avril jusqu'en septembre; cependant l'ancrage est sûr a Falsebaye , qui n'en est pas loin. Si on manquait l1 lle-dc-France, on peut relâchera Madagascar, au fort Dauphin , à la baie d'Antongil ; mais il y a des maladies épidémiques très dangereuses, et des coups de vent qui durent depuis octobre jusqu'en mai.

Si c'est au retour, on a Sainte-Hélène, colonie anglaise , et l'Ascension , où Ton ne trouve que de la tortue. En temps de guerre, ces deux îles sont ordinairement des points de croisière, pareeque tous les vaisseaux cherchent, à leur retour, à les reconnaître pour assurer leur route, mais le Cap est en tout temps le point de réunion de tous les vaisseaux.

Les cartes les plus estimées sont celles de M. Daprès; les marins ont aussi beaucoup d'obligation au savant et modeste abbé de La Caille ; mais la géographie est encore bien imparfaite : la longitude des Canaries et celle des îles du cap Vert est mal déterminée ; entre le cap Blanc et le cap Vert, la carte marque trente-neuf lieues d'enfoncement, quoiqu'il y en ait a peine vingt.

On soupçonne un haut-fond au sud de la ligne par les 20 minutes de latitude et par les 25 degrés 10 minutes de longitude occidentale. Le vaisseau le Silhouette, commandé par M. Pintaulte, et la frégate la Fidèle, commandée par M. Lehoux,y éprouvèrent, l'un le 5 février 1764 , et l'autre le 5 avril suivant , une forte secousse.

Les courants peuvent jeter dans des erreurs dangereuses. 11 me semble qu'on ne pourra recueillir la-dessus aucune connaissance certaine, tant qu'on n'aura aucun moyen sûr d'évaluer la dérive d'un vaisseau; l'angle même qu'il forme avec son sillage ne pourrait donner rien d'assuré , puisque le vaisseau et sa trace sont emportés par le même mouvement. On ne saurait trop admirer la hardiesse des premiers navigateurs, qui, sans expérience efc sans carte, faisaient les mêmes voyages. Aujourd'hui, avec plus de connaissance, on est moins hardi • la navigation est devenue une routine ; on part dans les mêmes temps , on passe aux mêmes endroits, on fait les mêmes manœuvres. 11 serait à souhaiter que l'on risquât quelques vaisseaux pour la sûreté des autres.

11 est étrange que nous ne connaissions pas encore notre maison ; cependant nous brûlons tous en Europe de remplir l'univers de uotre renommée: théologiens, guerriers, gens de lettres, artistes, monarques , mettent la leur suprême félicité.

VOYAGE A L'I

LE-DE-FRANCE

Commençons donc par rompre les entraves que nous a données la nature. Sans doute nous trouverons quelque langue qui puisse être universelle; et quand nous aurons bien établi la communication avec tous les peuples de la terre , nous leur ferons lire nos histoires, et ils verront combien nous sommes heureux.

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